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Posts Tagged ‘enivrer’

Je l’ai cueilli ! Je l’ai goûté (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Hans Baldung Grien (8)

Je l’ai cueilli ! Je l’ai goûté,
Le beau fruit qui enivre
D’orgueil, et je vis !
Je l’ai goûté de mes lèvres
Le fruit délicieux de vertige infini.
Mon âme chante, mes yeux s’ouvrent,
Je suis égale à Dieu !

Un autre monde de beauté
S’étend devant mes rêves ;
De toutes choses sur la terre se lèvent
De nouvelles clartés.
Ah ! tout n’était qu’illusion humaine,
Et songes décevants !
Pour la première fois je vois et je comprends,
Comme Dieu même.

Ah ! qu’en la paix de l’Eden il repose,
L’arbre miraculeux de lumière et de vie,
Où je devais trouver la mort !
Pas un frisson dans ses feuilles ravies.
Avec quel sourire de calme bonheur,
Il respire l’air empourpré du soir !
Et voici qu’à la place où furent ces fruits d’or,
Les rameaux innocents se sont couverts de roses.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Hans Baldung Grien

 

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Dans les ténèbres du jardin (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Dans les ténèbres du jardin
Viennent des filles invisibles
Plus fines qu’à midi l’ondée
Mon sommeil les a pour amies
Elles m’enivrent en secret
De leurs complaisances aveugles.

(Paul Eluard)

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Paix profonde (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    
paix
profonde

l’immense
déferle

dilate

enivre

les mots
s’élèvent

lourds
lents
neutres

et le poème
s’érige

happe
la fulgurance

(Charles Juliet)

 

Recueil: une joie secrète
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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Ce soir si tu veux (Adrian Grima)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Ce soir, si tu veux,
Nous irons à la mer
Pour compter les étoiles.

Ce soir,
Si l’odeur de la mer nous enivre,
Nous monterons vers cet horizon
nous jouerons comme des enfants avec l’eau

Et si la lune se dévoile,
Nous irons cueillir un à un
Ses reflets colorés,
Nous irons les laver,
Puis d’un seul coup les libérer.

Et s’il n’est pas trop tard,
Si le soleil n’est pas encore levé
Tu pourras, si tu veux,
Poser ta tête sur mon corps
Et je te prendrai dans mes bras,
Et ma poitrine mouillera tes cheveux,
Et je te bercerai sur l’eau,
Si tu veux.

(Adrian Grima)

Illustration: schilder Antoon Van Wely

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LE BLEU VENT D’OUTRE-MONTS (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



LE BLEU VENT D’OUTRE-MONTS

Le bleu vent d’outre-monts fait palpiter les frênes;
Il chante au loin du bois un carillon d’été;
Aux prés l’hermine et l’or des marguerites reines,
Et par l’azur sans fin, comme au chant des sirènes
Des récifs répété,
De grands nuages lents vont s’enflant en carènes…

Il sourd du pâturage un murmure sans trêve:
Juin chante au bois nouveau qui redit sa gaîté;
Des barques de foin gris attendent vers la grève,
La mort des fleurs qu’on fauche enivre l’air de sève
Et ma lèvre eût quêté
De la tienne le miel aprilin de ton rêve…

L’heure passe légère et court au crépuscule;
Le soleil près de choir s’est, d’orgueil, arrêté,
Là-bas, royal encore; et la fumée ondule
Du bûcher d’Occident jusqu’au zénith qui brûle…
Mon regard a guetté
Ton âme dans tes yeux où l’avenir recule…

L’heure était telle, et tout est même et se ressemble:
Le fleuve roule encore en lueurs de Léthé,
L’horizon, aussi, tel encore — que t’en semble? —
Est-il un rêve encore où nous rêvions ensemble?
N’as-tu rien regretté?
La nuit, ivre d’encens, est amoureuse et tremble…

Mais! sommes-nous ceux-là que nous avons été?

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Cyn McCurry

 

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TOI (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration: Marcio Melo
    
TOI

Mon livre doré sur tranches que je veux lire de bout en bout.
Mon gâteau d’anniversaire qui n’a pas besoin de bougies pour être illuminé.
Mon alcool qui enivre sans nausée ni mal de tête.
Mon établi pour une espèce immatérielle de menuiserie.
Mon bateau de plaisance toujours prêt à prendre la mer.
Mon violon qui se fait mélodie dès que ma main effleure ses cordes.
Mon arme de précision que ne salit aucune piqûre de rouille.
Mon aube sur les jardins verts et sur les tas de charbon.
Mon sentier de forêt tout jalonné de cailloux blancs.
Ma fable trop merveilleuse pour comporter le post-scriptum d’une moralité.
Mon château à multiples tourelles, évanoui alors que son pont-levis vient à peine de s’abaisser.
Mon unité, dans la présence et dans l’absence.
Mon alphabet — d’arc-en-ciel à zodiaque — aux vignettes peintes des tons les plus acides et, aussi bien, les plus doux.
Ma déchirure et ce qui la recoud.
Ma preuve par neuf.
Ma partie et mon tout.
Ma panacée.
Ma chance.
Ma raison et ma déraison.
Ma fraîcheur et ma fièvre.

(Michel Leiris)

 

Recueil: Haut Mal suivi de Autres lancers
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un rêve (Salvatore Adamo)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018




    
Un rêve

Un rêve, un rêve,
Un rêve sinon rien
Un rêve qui élève
Qui enivre, qui délivre
Un rêve, pour aller plus loin

Donnez-nous un rêve
Et nous soulèverons le monde
Le rêve d’un rêve
Et nous le chanterons à la ronde

Celui du semeur qui prie pour sa moisson
Ou de l’homme confiant qui construit sa maison
Celui des braves gens qui disent encore bonjour
Et de l’enfant qui rit au bonheur qui l’entoure
Celui de l’ami Pierre, celui de Thérésa
Dans la même bonté Paris et Calcutta
Celui de celles et ceux
Qui cherchent et cherchent encore
Pour rallumer des vies

En réparant les corps

Et celui de John
Si bien imaginé
Celui que personne
N’a encore exaucé

Un rêve, le rêve de ne pas tout gâcher
Le rêve de n’pas tout fiche en l’air
Pour ne pas que la terre redevienne un désert
Sans rêve et sans lumière

Donnez-nous un rêve
Et nous soulèverons le monde
Le rêve d’un rêve
Et nous le chanterons à la ronde

Celui des marins qui ont vaincu leurs peurs
Qui ont défié la mer l’immensité au coeur
Les premiers fous volants,
Ces fiers enfants d’Icare
Jubilants en suspens
Entre le vide et l’histoire

Et celui de tous ceux
Qui inventent du soleil
D’une couleur, d’une note,
D’une image ou d’un mot
Artistes et magiciens
Qui entrouvrent le ciel
Frissons d’éternité
Si chers à Cyrano

Un rêve d’amour
Et de fraternité
Plus fort que les discours
Et les mots frelatés
Celui de Martin,
Celui de Nelson
La couleur de leur peau
Portée comme une couronne

Et celui de John
Si bien imaginé
Celui que personne
N’a encore exaucé

Le rêve, le rêve… La paix

(Salvatore Adamo)

 

Recueil:
Traduction:
Editions:

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LES CARESSES DES YEUX SONT LES PLUS ADORABLES… (Auguste Angellier)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



 

LES CARESSES DES YEUX SONT LES PLUS ADORABLES…

Les caresses des yeux sont les plus adorables ;
Elles apportent l’âme aux limites de l’être,
Et livrent des secrets autrement ineffables,
Dans lesquels seuls le fond du cœur peut apparaître.

Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d’elles ;
Leur langage est plus fort que toutes les paroles ;
Rien n’exprime que lui les choses immortelles
Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.

Lorsque l’âge a vieilli la bouche et le sourire
Dont le pli lentement s’est comblé de tristesse,
Elles gardent encor leur limpide tendresse ;

Faites pour consoler, enivrer et séduire,
Elles ont les douceurs, les ardeurs et les charmes !
Et quelle autre caresse a traversé des larmes ?

(Auguste Angellier)

 

 

 

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Le voyage de mon cœur (Joël Disez)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018


Aujourd’hui, comme hier,
comme avant-hier,
comme toujours,
je marche jusqu’à la barrière de ta maison.
Je vois, toute blanche,
la chanson fleurie de ton bonheur
en une farandole de parterres.
Mon cœur amoureux
se faufile à travers les buissons.
Zigzaguant d’un souffle heureux,
il parvient près de la fenêtre ouverte.
Là, attentif un instant à la chaleur de cet écrin,
il contemple, penaud, le décor de ta vie:
les tentures suaves aux couleurs d’automne,
les tapisseries fleuries et les vases en offrandes d’effluves.
Puis mon cœur s’immisce jusqu’à l’antre de vie.
Tu ne le vois pas, affairée que tu es au partage du repas.
Alors, tout doucement, il se loge dans un coin de la cuisine,
attiré, subjugué par toutes les senteurs paisibles
qui virevoltent dans la pièce.
Il te contemple.
Toi tu ne le vois pas.
Il te regarde longtemps, longtemps.
S’enivrant de ton parfum,
il accroche de multiples soupirs de bonheur
à chacun de tes gestes, pensant, naïf,
que tous ces papillons invisibles
t’étourdiront de leurs ailes magiques,
décidant ainsi ton regard cruel à plus de tendresse à son égard.
Il dépose en l’intimité de tes mains,
ses envies de caresses, parsème ta longue chevelure d’étoiles pailletées
afin de se perdre en une nuit étoilée.
Il orne ta gorge d’un collier de murmures puis,
en rougissant, dessine au creux de tes reins ses offrandes de désirs.
Il t’entend alors chanter une futile comptine,
bercé par la douce mélodie de ta voix de laine,
il bat le rythme de la mélopée
de ses palpitations enfantines.
Mon cœur gorgé de tendresse,
les larmes de son amour au bord des lèvres,
se prend à crier, à hurler sa détresse,

lorsque la porte s’ouvre et que ton mari entre.

(Joël Disez)

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A L’ABSENTE (Georges Druilhet)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



A L’ABSENTE

Que n’es-tu près de moi, sous tes fins cheveux blonds !…
Nous qui parle pouvoir d’un coup d’œil nous troublons,
Nous, poètes pensifs qu’une parole enivre,
Avons besoin surtout de tendresse pour vivre.
Sans la femme et le guide amical de sa main,
Nous ne saurions risquer nos pas sur le chemin
Que la vie a tendu de perfides embûches…
— Oh ! lorsqu’en l’âtre clair et gai flambent les bûches,
Je voudrais te sentir ici, près des landiers ;
Ou, quand les vastes cieux semblent incendiés
Au couchant, j’aimerais te conduire à l’orée
Du bois où se diffuse une cendre dorée.
Le crépuscule est doux aux amants. Lorsque à deux
Ils marchent, en suivant un sentier hasardeux,
Leurs mains s’enlacent mieux ; les prunelles en flammes
Eclairent les secrets cochés au fond des âmes ;

Et l’amer sentiment qu’ici-bas tout finit.
Que la feuille s’envole avec l’herbe du nid,
A l’heure où la forêt, veuve d’ombre, abandonne
Sa parure éphémère aux souffles de l’automne,
Cette angoisse des cœurs, si prompte à les saisir
Qu’elle devrait glacer aux veines le désir,
Bien au contraire ajoute à sa toute-puissance…
— Rien ne lasse l’Amour, rien, pas même l’absence,
Tu le sais, puisque loin de toi je rêve encor
A ton visage pur nimbé de rayons d’or.

(Georges Druilhet)

 

 

 

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