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Poésie

Posts Tagged ‘enlacement’

Rien, tes mains n’implorent rien (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2018




Rien, tes mains n’implorent rien, tes mains désormais choses ;
Tes lèvres désormais figées n’émeuvent rien,
Dans l’enlacement souterrain
De l’humide terre imposée.
Seul peut-être le sourire dont tu aimais
T’embaume, la lointaine, et au fond des mémoires
Telle que tu étais te dresse,
Aujourd’hui ruche putréfiée.
Et l’inutile nom dont feu ton corps
Usa, vivant, sur terre, à la façon d’une âme,
N’évoque plus rien. L’ode grave,
Anonyme, un sourire.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 ps
vivant

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Le cloître (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Le cloître

Avec peu de frères, fuyez le bruit des hordes
Avant que dans le froid poison ne soit défait
Votre jeune vouloir: bâtissez pour la paix
Dans un val silencieux la maison de votre Ordre.

Bercés d’heures égales aux douces mélodies
Travailler le sol chaste est un acte sacré
Le jour s’écoule ainsi rythmé de sept degrés
pour vous et ma légion qui à vous se dédie.

L’enlacement ignore les avides tourments
L’amitié libérée de peur et désespoir —
Sanglots baisers et mots s’envolent dans le soir..
Voici des couples pieux le sublime ornement :

De douleur et d’envie sereines consumés
De lever leur regard vers cette beauté bleue
Renoncement divin zèle des bienheureux —
Comme enseigna jadis un moine à Fiesole.

(Stefan George)


Illustration

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Nous voulons quelque chose (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018


 


 

Daniel Martineau_l Amour Fou

Nous voulons quelque chose comme une fidélité,
Comme un enlacement de douces dépendances,
quelque chose qui dépasse et contienne l’existence ;
Nous ne pouvons plus vivre loin de l’éternité

(Michel Houellebecq)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Daniel Martineau

 

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Tourment-de-joie (Tagore)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



CroisRefletNuage
Epier l’enlacement soudain silencieux
De la rivière, par l’ombre du flottant nuage,
Tout cela grise ma vie par un profond tourment-de-joie
Pour qui je lutte toujours
espérant toujours
l’exprimer

(Tagore)

Illustration

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Voix dans le fleuve (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Etres d’amour, êtres de plaintes et de craintes
Venez chercher votre refuge en notre empire
Vous y serez heureux, vous y serez guéris
Au souple enlacement des mots et des étreintes.

Tailles fines, coquilles, et lèvres de corail
Viennent nager et bruir en nos palais mouvants
Chevelures mêlées aux ramures des roches
S’approchent et s’en vont quand un remous les prend.

Lampes à la clarté incertaine et bleuâtre
Piliers flottant sur des socles qui tourbillonnent
Chants de violes vibrant dans la fuite des ondes
Vous bercent, bienheureux, de rêves apaisés.

Quand vous serez lassés de songes et de chants
Au fil de ces plaisirs glissants et toujours calmes
Touchés par un baiser, vous deviendrez des vagues
Qui poussent leurs anneaux onduleux et fuyants.

***

Stimmen im Strom

Liebende klagende zagende wesen
Nehmt eure zuflucht in unser bereich
Werdet geniessen und werdet genesen
Arme und worte umwinden euch weich.

Leiber wie muscheln korallene lippen
Schwimmen und tönen in schwankem palast
Haare verschlungen in ästige klippen
Nahend und wieder vom strudel erfasst.

Bläuliche lampen die halb nur erhellen
Schwebende säulen auf kreisendem schuh –
Geigend erzitternde ziehende wellen
Schaukeln in selig beschauliche ruh.

Müdet euch aber das sinnen das singen
Fliessender freuden bedächtiger lauf
Trifft euch ein kuss: und ihr löst euch in ringen
Gleitet als wogen hinab und hinauf.

(Stefan George)

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O lune fais surgir… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Ô lune fais surgir…

Ô lune, fais surgir, lune aux odeurs suaves,
Des marais langoureux où traîne ta clarté,
Des écluses filtrant une écumeuse bave,
Des ruisseaux étalant leur blême nudité,

Lune, fais s’élever, langage intelligible,
Ces parfums sensuels dont j’aime à m’enivrer,
Révélateurs lointains d’un monde inaccessible
Où nous pouvons par eux un instant pénétrer.

O lune qui promets des délices perverses,
Répands tes lents reflets sur les genêts fumeux;
Leurs groupes inccertains que ta pâleur traverse
Ont des enlacements de couples amoureux:

Corps blancs, corps enivrés! – O lune aromatique,
Tels les rameaux des houx, mon coeur est saturé
De ton baume fluide et, prêtresse extatique
Que sourdement possède un délire sacré,

Je me tiens dans la nuit où coule ton haleine,
Pressentant épuisée au souffle qui m’atteint
Et qui monte vers toi des prés et des fontaines,
Les voluptés sans borne et dont mon âme a faim.

(Marie Dauguet)

 

 

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Birds in the night (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Albert Lynch 1000

Birds in the night

Vous n’avez pas eu toute patience,
Cela se comprend par malheur, de reste.
Vous êtes si jeune! et l’insouciance,
C’est le lot amer de l’âge céleste!

Vous n’avez pas eu toute la douceur,
Cela par malheur d’ailleurs se comprend;
Vous êtes si jeune, ô ma froide soeur,
Que votre coeur doit être indifférent!

Aussi me voici plein de pardons chastes,
Non certes! joyeux, mais très calme, en somme,
Bien que je déplore, en ces mois néfastes,
D’être, grâce à vous, le moins heureux homme.

*
* *

Et vous voyez bien que j’avais raison
Quand je vous disais, dans mes moments noirs,
Que vos yeux, foyer de mes vieux espoirs,
Ne couvaient plus rien que la trahison.

Vous juriez alors que c’était mensonge
Et votre regard qui mentait lui-même
Flambait comme un feu mourant qu’on prolonge,
Et de votre voix vous disiez: «Je t’aime!»

Hélas! on se prend toujours au désir
Qu’on a d’être heureux malgré la saison…
Mais ce fut un jour plein d’amer plaisir,
Quand je m’aperçus que j’avais raison!

*
* *

Aussi bien pourquoi me mettrai-je à geindre?
Vous ne m’aimez pas, l’affaire est conclue,
Et, ne voulant pas qu’on ose se plaindre,
Je souffrirai d’une âme résolue.

Oui, je souffrirai, car je vous aimais!
Mais je souffrirai comme un bon soldat
Blessé, qui s’en va dormir à jamais,
Plein d’amour pour quelque pays ingrat.

Vous qui fûtes ma Belle, ma Chérie,
Encor que de vous vienne ma souffrance,
N’êtes-vous donc pas toujours ma Patrie,
Aussi jeune, aussi folle que la France?

*
* *

Or, je ne veux pas,—le puis-je d’abord?
Plonger dans ceci mes regards mouillés.
Pourtant mon amour que vous croyez mort
A peut-être enfin les yeux dessillés.

Mon amour qui n’est que ressouvenance,
Quoique sous vos coups il saigne et qu’il pleure
Encore et qu’il doive, à ce que je pense,
Souffrir longtemps jusqu’à ce qu’il en meure,

Peut-être a raison de croire entrevoir
En vous un remords qui n’est pas banal.
Et d’entendre dire, en son désespoir,
A votre mémoire: ah! fi que c’est mal!

*
* *

Je vous vois encor. J’entr’ouvris la porte.
Vous étiez au lit comme fatiguée.
Mais, ô corps léger que l’amour emporte,
Vous bondîtes nue, éplorée et gaie.

O quels baisers, quels enlacements fous!
J’en riais moi-même à travers mes pleurs.
Certes, ces instants seront entre tous
Mes plus tristes, mais aussi mes meilleurs.

Je ne veux revoir de votre sourire
Et de vos bons yeux en cette occurrence
Et de vous, enfin, qu’il faudrait maudire,
Et du piège exquis, rien que l’apparence

*
* *

Je vous vois encor! En robe d’été
Blanche et jaune avec des fleurs de rideaux.
Mais vous n’aviez plus l’humide gaîté
Du plus délirant de tous nos tantôts,

La petite épouse et la fille aînée
Était reparue avec la toilette,
Et c’était déjà notre destinée
Qui me regardait sous votre voilette.

Soyez pardonnée! Et c’est pour cela
Que je garde, hélas! avec quelque orgueil,
En mon souvenir qui vous cajola,
L’éclair de côté que coulait votre oeil.

*
* *

Par instants, je suis le pauvre navire
Qui court démâté parmi la tempête,
Et ne voyant pas Notre-Dame luire
Pour l’engouffrement en priant s’apprête.

Par instants, je meurs la mort du pécheur
Qui se sait damné s’il n’est confessé,
Et, perdant l’espoir de nul confesseur,
Se tord dans l’Enfer qu’il a devancé.

O mais! par instants, j’ai l’extase rouge
Du premier chrétien, sous la dent rapace,
Qui rit à Jésus témoin, sans que bouge
Un poil de sa chair, un nerf de sa face!

(Paul Verlaine)

Illustration: Albert Lynch

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Le Plein et le Vide (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Le Plein et le Vide

Oh si je me souviens et combien.
Et si je ne me souvenais pas?
Autre serait mon âme,
bien différent mon visage.

Oh comme j’oublie et combien.
Et si je n’oubliais pas?
Je serais l’homme-étonnement,
sans tête déambulant.

Oh comme j’oublie et me souviens,
comme je me souviens et oublie,
par flux égaux
et simultanés enlacements.
Mais comment puis-je, à la fin,
recomposer mes déguisements?

Quel coffret étrange recèle
en moi sa brume et ses cendres,
son patrimoine de flammes,
tandis que la vie confère
sa limite, et que chaque heure
est une heure dévolue
dans la balance de la mémoire
qui pleure et qui rit, partagée?

(Carlos Drummond de Andrade)

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Ô femme de toujours que je t’aime (Dominique Vital)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



 

Ô femme de toujours que je t’aime.
Tes alcools et atours me troublent l’âme
et me jettent dans tes bras, ivre de joie.

Ô femme de toujours, te déshabiller et…
de poétiques mains écoutant ton coeur,
et parcourant ton corps tel un rêve.

Ô femme de toujours te voir dormir
aussi nue qu’une rivière de baisers,
à l’écoute des enlacements furtifs.

Ô femme de toujours, je t’aime tant,
que je vibre en nous tel un nouvel amant,
à l’écoute d’un dernier voyage érotique.

Ô femme de toujours, reste de toujours,
et embrasse-moi, et embrase-moi.

(Dominique Vital)

Illustration: Ekaterina Moré

 

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Est-ce toi qui viens d’apparaître (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2016



 

Alexandra Kirievskaya  8 [1280x768]

— Est-ce toi qui viens d’apparaître
Dans le sillage de ton nom,
Cette rumeur qui voudrait être
Celle où je ferais ma prison ?

Est-ce toi, ce vivant murmure
Qui fait trembler toute la nuit
Autour d’une ombre, ta figure,
Et de ce corps qui m’a détruit?

Est-ce toi, ce beau front limpide,
Ce regard qui porte le mien
Dans celui, toujours plus avide,
Où tu ne me caches plus rien ?

Est-ce toi, mon autre lumière
Éparse au coeur du demi-jour,
Sur cette muraille de lierre
Qui me lie aux vents sans retour ?

Est-ce toi, cette transparence,
Cette image où tu dors en moi
Dans l’incorruptible apparence
De celle où nous n’étions que toi ?

Est-ce toi, ces pas sur le sable
Qui me mènent vers des déserts
Où ton secret insaisissable
Transfigure mon univers ?

Est-ce toi, ma dernière chance,
Mon enlacement absolu,
Forme d’un coeur qui recommence
A souffrir d’un coeur révolu ?

Est-ce toi ? Je ne suis sur terre
Que par la grâce de pouvoir
Au mystère de ton mystère
Donner tous ces yeux pour te voir.

Est-ce toi, belle ombre implacable,
Ma fraîcheur, mon mal et mon bien,
Est-ce toi, ce corps qui m’accable
Dans celui qui n’est plus le mien ?

(Louis Emié)

Illustration: Alexandra Kirievskaya

 

 

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