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Poésie

Posts Tagged ‘enlever’

Idylle morte (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



Illustration
    
Idylle morte

Que fait donc à cette heure Rita ma douce andine
de jonc et de cape;
maintenant que m’asphyxie Byzance, et que sommeille
en moi le sang, comme un pâle cognac.

Où peuvent être ses mains qui d’un humble geste
repassaient dans le soir des blancheurs futures ;
maintenant, sous cette pluie qui m’enlève
l’envie de vivre.

Que sont devenus sa jupe de flanelle; ses
rêves; sa démarche;
sa saveur de canne à sucre d’un Mai villageois.

Elle doit être au soir sur le seuil regardant quelque nuage,
puis elle dira en tremblant : « Quel froid il fait… mon Dieu!»
et pleurera sur les tuiles un oiseau sauvage.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Locutions des Pierrots (VII) (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



 

Giampaolo Ghisetti -  (5)

Locutions des Pierrots VII

Coeur de profil, petite âme douillette,
Tu veux te tremper un matin en moi,
Comme on trempe, en levant le petit doigt,
Dans son café au lait une mouillette !

Et mon amour, si blanc, si vert, si grand,
Si tournoyant ! ainsi ne te suggère
Que pas-de-deux, silhouettes légères
A enlever sur ce solide écran !

Adieu. – Qu’est-ce encor ? Allons bon, tu pleures !
Aussi pourquoi ces grands airs de vouloir,
Quand mon Étoile t’ouvre son peignoir,
D’Hélas, chercher midi flambant à d’autres heures !

(Jules Laforgue)

Illustration: Giampaolo Ghisetti

 

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NOUS NOUS ENLEVAMES (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2019



Nous nous enlevâmes
Religion nouvelle
Corridor des rues
Pour la saison de terre
Comme deux oiseaux

Hardi l’heure grave
Nous nous enlevâmes
Les bras au large
Comme une clameur

Génial sourire
Qu’est-ce qui est tombé ?

Guéris de tous les morts
Deux bons corps qui s’aiment
Voisinent et le savent.

(Pierre Morhange)


Illustration: Gilbert Garcin

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Tabac (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



Tabac

Vous avez sans doute entendu dire que Christophe Colomb,
débarquant à Cuba, vers l’année 1492,
trouva tous les sauvages sur le rivage, un arc à la main, la pipe à la bouche.
Le naturaliste de l’expédition, chargé d’examiner la substance
dont ces sauvages aspiraient le parfum,
découvrit le tabac, qui ne portait pas encore ce nom;
il lui vient de la ville de Tabago,
où les cigarettes naissent toutes roulées sur les plantes.

Avec ces quelques détails vous en savez assez
pour vous faire une réputation d’érudit dans le monde;
c’est pour cela que nous vous les avons donnés,
car, pour notre part, nous ne les tenons nullement pour authentiques.
La vérité est que la Fée aux Fleurs ne pouvait se consoler
du départ de ses compagnes.
Dans sa douleur, elle cherchait à leur jouer
quelque bon tour de sa façon.

Les fleurs, se dit-elle, sont devenues femmes.
Comme telles, les hommages des hommes leur sont nécessaires.
Elles se dégoûteraient bien vite de la terre
si je trouvais un moyen de les leur enlever.
Elle songea alors à un génie jeune, beau, brillant,
génie à bonnes fortunes, s’il en fut jamais,
qui avait renoncé tout-à-coup au commerce des fées,
et s’était retiré dans sa grotte
pour se livrer tout entier au plaisir de fumer.
En apprenant aux hommes à fumer, ils feront comme le génie,
ils s’éloigneront des femmes.
J’ai trouvé ma vengeance.
Et le tabac fut inventé.

Un moment, la Fée aux Fleurs put croire
à la réussite de son entreprise:
les femmes étaient complètement délaissées,
leur empire avait cessé d’exister.
Mais les femmes ont conjuré l’orage,
et leur abaissement n’a pas été de longue durée,
elles ont bien vite trouvé un moyen de reconquérir l’homme;
elles se sont mises à fumer!

(J.J. Grandville)

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QUE ET QUE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2019



Illustration: Flo DS
    
QUE ET QUE
(Testament léger)

Je sais que j’attends que l’heure
s’ajoute à l’heure et m’enlève
je ne résisterai pas.

Sur les prés et sur les dunes
les poulains les goélands
auront leur part de vitesse
de lumière de repos.

Enfin je ressemblerai
à ce qui m’anima, dès
l’origine de ma vie :
moitié soleil moitié ombre,
victorieux et défait.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Qu’il serait bon que ma vie soit un char à boeufs (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Qu’il serait bon que ma vie soit un char à boeufs
Qui vient en grinçant, de bon matin, de par la route.
Et vers l’endroit d’où il est venu s’en retourne plus tard
Presque à la brune de par la même route.
Oui, je n’aurais pas à avoir de l’espoir –
je n’aurais qu’à avoir des roues…
Ma vieillesse n’aurait rides ni cheveux blancs…
Et quand je ne servirais plus à rien,
on m’enlèverait les roues
Et je resterais renversé et cassé
au fond d’un ravin.

(Fernando Pessoa)

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LE BOULEAU (Louis Simpson)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019




    
LE BOULEAU

Bouleau, tu me fais songer
A une chambre pleine des respirations,
Des mouvements et des murmures de l’amour.

Elle quitte ses chaussures ;
Elle dégrafe sa jupe ; les bras levés
Elle enlève une boucle d’oreille, puis l’autre.

C’est ainsi que le tronc blanc
Se divise en deux, et ses branches
Sont pâles et lisses.

***

BIRCH

Birch tree, you remind me
Of a room filled with breathing,
The sway and whisper of love.

She slips off her shoes ;
Ûnzips her skirt ; arms raised,
Ûnclasps an earring, and the other.

Just so the sallow trunk
Divides, and the branches
Are pale and smooth.

(Louis Simpson)

 

Recueil: Nombres et poussière
Traduction:
Editions: Atelier La Feugraie

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Qui aura deviné (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2019



Illustration: Jean Lavoué
    
Qui aura deviné
Que chacun de ces mots
Est copeau enlevé
Au silence d’un amour
Qui demeure secret ?

(Jean Lavoué)

son site:  http://www.enfancedesarbres.com/

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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ANTIENNE CONTRE LA DOULEUR (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




ANTIENNE CONTRE LA DOULEUR

Qui emportera,
Eloignera la douleur,
Ecartera la peine ?

Rivière, emporte
Au loin la douleur,
Enlève et entraîne,
Efface la douleur,
Eloigne la peine.

Brumes, cachez,
Voilez la douleur,
Couvrez les montagnes,
Recouvrez la mémoire,
Cachez la peine.

Terre, emporte,
Détruis la douleur,
Ensevelis sous l’herbe
Les os de l’alouette.
Ensevelis ma peine.

Corbeau noir, arrache,
Déchire la douleur.
Serres et bec,
Extirpez le coeur
Et les nerfs qui ont mal,
Arrachez la peine.

Soleil, emporte,
Dissipe la douleur,
La rosée est grise,
La pluie goutte sur l’herbe,
Soleil, sèche les larmes.

Sommeil, emporte,
Détruis la douleur,
Emporte le temps,
Efface le lieu
Entraîne-moi loin
Du monde de ma douleur.

Chant, murmure au loin,
Expire la douleur,
Mots, portez au loin,
Emportez la douleur,
Endormez la peine.

***

SPELL AGAINST SORROW

Who will take away
Carry away sorrow,
Bear away grief?

Stream wash away
Float away sorrow,
Flow away, bear away
Wear away sorrow,
Carry away grief.

Mists hide away
Shroud my sorrow,
Cover the mountains,
Overcloud remembrance,
Hide away grief.

Earth take away
Make away sorrow,
Bury the lark’s bones
Under the turf.
Bury my grief.

Black crow tear away
Rend away sorrow,
Talon and beak
Pluck out the heart
And the nerves of pain,
Tear away grief.

Sun take away
Melt away sorrow,
Dew lies grey,
Rain hangs on the grass,
Sun dry tears.

Sleep take away
Make away sorrow,
Take away the time,
Fade away place,
Carry me away
From the world of my sorrow.

Song sigh away
Breathe away sorrow,
Words tell away,
Spell away sorrow,
Charm away grief.

(Kathleen Raine)

Illustration: Frida Kahlo

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Tu ne dois pas chercher (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018



Illustration: Donald Zolan
    
Tu ne dois pas chercher à comprendre la vie,
elle sera dès lors pour toi comme une fête.
Laisse chaque jour te combler
comme un enfant qui passe
se voit comblé de fleurs
par chaque brise.
Il ne lui vient pas à l’esprit
de les ramasser ni de les garder.
Doucement de sa chevelure,
tendre prison, il les enlève,
et à ses chères jeunes années
il tend les mains pour avoir d’autres fleurs.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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