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Poésie

Posts Tagged ‘enlisement’

Barcarolle (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017



Illustration
    
Barcarolle

Comme un filet ourdi,
Par la brume qui dort,
Du silence engourdi
Traîne sur le flot mort,

Vogue en l’espace morne
Aux sinistres remous.
La rame en l’eau sans borne
Pourrit et se dissout.

Etalant leurs replis
Aux temps qui ne sont plus,
Déferlent vers l’oubli
Des flux et des reflux;

Du vent et de la cendre…
Fantôme dont tournoie
L’ombre aux blêmes méandres,
Un bateau qui se noie.

Sans qu’on ait rien compris
Au voyage dément,
Un geste, un dernier cri,
Et c’est l’enlisement!

(Marie Dauguet)

 

 

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On a peu de temps (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



on a peu de temps

dans l’eau lente puis stagnante
on prend sans voir
une figure d’arbre mort
d’oiseau figé

ainsi même des désirs
ou des rêves demeurés rêves
il ne reste vite
qu’un peu de sable clair
ou bien de vase

***

en continu les jours
on tente de s’enraciner
plus loin à l’intérieur
dans quelques visages
quelques poèmes qui durent
au travers de la masse
des actes des sommeils

***

à la longue
on apprend à vivre
de peu
et à tenir
dans ce long combat sans adversaire
sur qui s’appuyer
mémoire
épaisseur mouvante
enlisement
quand dehors
vite
c’est l’affolement matinal et présent du ciel

***

mémoire vaine
les êtres deviennent flous
puis noms retenus sans visage
et puis nuages qui filent
ou bien terre

on continue
avec ceux qui vivent
parce qu’il n’y a rien d’autre

(Antoine Emaz)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Nous n’avons pas de langage pour les fins (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Nous n’avons pas de langage pour les fins,
pour la chute de l’amour,
pour les labyrinthes compacts de l’agonie,
pour le scandale bâillonné
des enlisements irrévocables.

Comment dire à celui qui nous abandonne
ou que nous abandonnons
qu’ajouter encore une absence à l’absence
c’est noyer tous les noms
et dresser un mur
autour de chaque image ?

Comment faire des signes à qui meurt,
quand tous les gestes se sont figés,
quand les distances se brouillent en un chaos imprévu,
que les proximités s’écroulent comme des oiseaux malades
et que la tige de la douleur
se brise comme la navette
d’un métier disloqué ?

Ou comment se parler tout seul
quand rien, quand personne ne parle plus,
quand les étoiles et les visages sont neutres sécrétions
d’un monde qui a perdu
le souvenir d’être monde ?

Peut-être un langage pour les fins
exige-t-il l’abolition totale des autres langages,
la synthèse imperturbable
de la terre brûlée.

A moins de créer un langage d’interstices,
capable de resserrer les moindres espaces
imbriqués entre le silence et la parole
et les particules inconnues sans désir,
qui seulement là promulguent
l’équivalence ultime
de l’abandon et de la rencontre.

***

No tenemos un lenguaje para los finales,
para la caída del amor,
para los concentrados laberintos de la agonía,
para el amordazado escándalo
de los hundimientos irrevocables.

¿Cómo decirle a quien nos abandona
o a quien abandonamos
que agregar otra ausencia a la ausencia
es ahogar todos los nombres
y levantar un muro
alrededor de cada imagen?

¿Cómo hacer señas a quien muere,
cuando todos los gestos se han secado,
las distancias se confunden en un caos imprevisto,
las proximidades se derrumban como pájaros enfermos
y el tallo del dolor
se quiebra como la lanzadera
de un telar descompuesto?

¿O cómo hablarse cada uno a sí mismo
cuando nada, cuando nadie ya habla,
cuando las estrellas y los rostros son secreciones neutras
de un mundo que ha perdido
su memoria de ser mundo?

Quizá un lenguaje para los finales
exija la total abolición de los otros lenguajes,
la imperturbable síntesis
de las tierras arrasadas.

O tal vez crear un habla de intersticios,
que reúna los mínimos espacios
entreverados entre le silencio y la palabra
y las ignotas partículas sin codicia
que sólo allí promulgan
la equivalencia última
del abandono y el encuentro.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Karen Lamonte

 

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L’ESPACE D’UNE FENÊTRE (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



Carry Akroyd _two_white_horses

 

L’ESPACE D’UNE FENÊTRE

Comment dans ce désert où s’engouffre un désert
dans ce gouffre qui se fuit et se perd
dans on ne sait quels sables d’une baie
que ronge on ne sait quelle marée
dans le déferlement de quelle absence
comment dans ce flagellement immense
du vent qui se blesse à lui-même
dans ce déni de la sève et des branches
dans cette friche mortelle aux graines
dans ce refus et cet exil des ailes
dans cet enlisement de l’écheveau
dans cet espace où nous cherchons les mots
qui pourraient dire ce vide torrentiel
comment la Terre niche-t-elle
et comment sommes-nous ses oiseaux ?

(Robert Mallet)

Illustration: Carry Akroyd

 

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