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Poésie

Posts Tagged ‘enluminé’

CERNÉES (Carole Zalberg)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
CERNÉES

Les femmes fatiguées
s’inventent des beautés
vitales

le temps cavale
il faut parer

Sous l’oeil enluminé
bienheureusement
des ombres évasives
ne se laissent pas chasser

c’est la plainte furtive
des belles épuisées.
Qui l’entend ?

(Carole Zalberg)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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Soudain, elle voit (Jean Aron)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



lourdesDans son cachot
elle prie comme elle peut
puis repense à sa journée:
elle espère qu’on la réveille,
elle erre
au milieu des brebis,
elle marche au bord de l’innocence,
son regard est vers là-bas;
elle cueille du bois mort
qu’elle met dans son panier,
elle enlève ses sabots,
l’eau glacée
comme un étau l’étreint.
Soudain,
elle voit la voix des branches
dégouliner le long des tiges
parmi les partitions endormies
de la prairie des gaves,
une gloire enluminée d’opale
flotte autour d’elle,
elle vit son extase
au gré tremblant du froid.

(Jean Aron)

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ÉTÉ (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



ÉTÉ

Eté, je m’en vais ! Les petites mains soumises
de tes soirs me font de la peine.
Dévotement tu arrives ; vieux ;
tu ne trouveras plus personne dans mon âme.

Eté! Tu traverseras mes balcons
avec un grand rosaire d’améthystes et d’ors,
comme un évêque triste qui arriverait
de loin pour chercher et bénir
les bagues brisées de quelques fiancés défunts.

Eté, je m’en vais. Là-bas, en septembre
je connais une rose que je recommande à tes prières;
tu l’arroseras d’eau bénite chaque
matin de péché et de sépulcre.

Et si à force de pleurer le mausolée,
son marbre ouvre des ailes tout enluminé,
élève ton répons, et supplie
Dieu de la garder en mort.
Mais il sera déjà trop tard ;
et tu ne trouveras plus personne dans mon âme.

Ne pleure plus, Eté! Dans ce sillon
meurt une rose renaissante toujours…

***

VERANO

Verano, ya me voy. Y me dan pena
las manitas sumisas de tus tardes.
Llegas devotamente; llegas viejo;
y ya no encontrarás en mi alma a nadie.

Verano! y pasarás por mis balcones
con gran rosario de amatistas y oros,
como un obispo triste que llegara
de lejos a buscar y bendecir
los rotos aros de unos muertos novios.

Verano, ya me voy. Allá, en setiembre
tengo una rosa que te encargo mucho;
la regarás de agua bendita todos
los días de pecado y de sepulcro.

Si a fuerza de llorar el mausoleo,
con luz de fe su mármol aletea,
levanta en alto tu responso, y pide
a Dios que siga para siempre muerta.
Todo ha de ser ya tarde;
y tú no encontrarás en mi alma a nadie.

Ya no llores, Verano! En aquel surco
muere una rosa que renace mucho…

(César Vallejo)

 

 

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Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles! (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2016



Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles!
Pauvre coeur inquiet qu’aucun bonheur n’emplit,
Missel enluminé qui s’attriste d’un pli,
Forêt d’où sort la plainte éternelle des trembles !

Je t’aime, ô ma beauté, puisque ton sort est tel
Que tu rêves d’amour en sachant que je t’aime,
Toi qui, pareille à moi, te tourmentes toi-même
En sentant fugitif ce qu’on rêve immortel.

Toi pour qui le présent est une source en fuite
Où, parmi l’eau qui souffre, on se mire un moment,
Tu comprends que je pleure, inconsolablement,
Le passé triste et cher comme un pays qu’on quitte.

Je t’aime, ô mon amour ! ô mon ombre ! ô ma soeur !
Il semble – tant notre âme a la même chimère —
Que nous avons jadis aimé la même mère
Et du même baiser partagé la douceur !

Je t’aime, ô mon amour, parce que l’un et l’autre
L’infini nous sépare ainsi qu’un noir témoin,
Puisque, même enlacés, nous nous sentons si loin
Sans jamais pouvoir faire un seul coeur qui soit nôtre !

Car nous sommes pareils à des miroirs jumeaux
Où tout se mire et luit d’identique manière,
Mais l’ombre de la nuit absorbe la lumière
Et nous nous sentons loin dans l’exil des trumeaux.

O coeur semblable au mien — coeur profond qui m’évoques
Un ciel d’automne, un ciel maladif et changeant
Où fleurit, parmi les nuages voyageant,
Toute une floraison d’étoiles équivoques !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Lauri Blank

 

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