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Poésie

Posts Tagged ‘ennui’

J’écris parfois (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2020



J’écris
parfois sur mes paupières
« fermé pour cause de rêve ».

J’écris
parfois sur mes lèvres
« fermé pour cause d’ennui ».

J’écris
parfois sur mes mains
« fermé pour cause de guerre ».

J’écris
souvent sur ma boutique
« fermé pour cause de poésie ».

J’écris
parfois sur ma poitrine
« fermé pour cause d’amour ».

(Gérard Le Gouic)

 

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Skuiz maro (Anthony Lhéritier)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2020



Skuiz maro

Jouer à mourir et que ce jeu dure
Encore un été
Vivoter d’ennui et puis en voiture
Pour l’éternité

La mort que j’attends, la mort que j’espère
C’est ma mort à moi
Au long de mon corps enfin terre à terre
Dormir comme un Roi

Chez nous on meurt pour changer d’air
Chez nous on meurt pour se distraire.

Assommez-le ! Faites-le taire !

(Antony Lhéritier)

Illustration: Guillaume Bodinier

 

 

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IL ME RESTE UN PAYS (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



 

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IL ME RESTE UN PAYS

Il me reste un pays à te dire
Il me reste un pays à nommer

Il est au tréfonds de toi
N’a ni président ni roi
Il ressemble au pays même
Que je cherche au coeur de moi
Voilà le pays que j’aime

Il me reste un pays à prédire
Il me reste un pays à semer

Vaste et beau comme la mer
Avant d’être découvert
Puis ne tient pas plus de place
Qu’un brin d’herbe sous l’hiver
Voilà mon Jeu et ma Chasse

Il te reste un pays à connaître
Il te reste un pays à donner

C’est ce pont que je construis
De ma nuit jusqu’à ta nuit
Pour traverser la rivière
Froide obscure de l’Ennui
Voilà le pays à faire

Il me reste un nuage à poursuivre
Il me reste une vague à dompter

Homme ! Un jour tu sonneras
Cloches de ce pays-là
Sonnez femmes joies et cuivres
C’est notre premier repas
Voilà le pays à vivre

Il nous reste un pays à surprendre
Il nous reste un pays à manger

Tous ces pays rassemblés
Feront l’Homme champ de blé
Chacun sème sa seconde
Sous l’Amour qu’il faut peler
Voilà le pays du monde

II nous reste un pays à comprendre
II nous reste un pays à changer

(Gilles Vigneault)

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Mille chemins, un seul but (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020




    

Mille chemins, un seul but

Le chasseur songe dans les bois
À des beautés sur l’herbe assises,
Et dans l’ombre il croit voir parfois
Danser des formes indécises.

Le soldat pense à ses destins
Tout en veillant sur les empires,
Et dans ses souvenirs lointains
Entrevoit de vagues sourires.

Le pâtre attend sous le ciel bleu
L’heure où son étoile paisible
Va s’épanouir, fleur de feu,
Au bout d’une tige invisible.

Regarde-les, regarde encor
Comme la vierge, fille d’Ève,
Jette en courant dans les blés d’or
Sa chanson qui contient son rêve !

Vois errer dans les champs en fleur,
Dos courbé, paupières baissées,
Le poète, cet oiseleur,
Qui cherche à prendre des pensées.

Vois sur la mer les matelots
Implorant la terre embaumée,
Lassés de l’écume des flots,
Et demandant une fumée !

Se rappelant quand le flot noir
Bat les flancs plaintifs du navire,
Les hameaux si joyeux le soir,
Les arbres pleins d’éclats de rire !

Vois le prêtre, priant pour tous,
Front pur qui sous nos fautes penche,
Songer dans le temple, à genoux
Sur les plis de sa robe blanche.

Vois s’élever sur les hauteurs
Tous ces grands penseurs que tu nommes,
Sombres esprit dominateurs,
Chênes dans la forêt des hommes.

Vois, couvant des yeux son trésor,
La mère contempler, ravie,
Son enfant, cœur sans ombre encor,
Vase que remplira la vie !

Tous, dans la joie ou dans l’affront,
Portent, sans nuage et sans tache,
Un mot qui rayonne à leur front,
Dans leur âme un mot qui se cache.

Selon les desseins du Seigneur,
Le mot qu’on voit pour tous varie ;
– L’un a : Gloire ! l’autre a : Bonheur !
L’un dit : Vertu ! l’autre : Patrie !

Le mot caché ne change pas.
Dans tous les cœurs toujours le même ;
Il y chante ou gémit tout bas ;
Et ce mot, c’est le mot suprême !

C’est le mot qui peut assoupir
L’ennui du front le plus morose !
C’est le mystérieux soupir
Qu’à toute heure fait toute chose !

C’est le mot d’où les autres mots
Sortent comme d’un tronc austère,
Et qui remplit de ses rameaux
Tous les langages de la terre !

C’est le verbe, obscur ou vermeil,
Qui luit dans le reflet des fleuves,
Dans le phare, dans le soleil,
Dans la sombre lampe des veuves !

Qui se mêle au bruit des roseaux,
Au tressaillement des colombes ;
Qui jase et rit dans les berceaux,
Et qu’on sent vivre au fond des tombes !

Qui fait éclore dans les bois
Les feuilles, les souffles, les ailes,
La clémence au cœur des grands rois,
Le sourire aux lèvres des belles !

C’est le nœud des prés et des eaux !
C’est le charme qui se compose
Du plus tendre cri des oiseaux,
Du plus doux parfum de la rose !

C’est l’hymne que le gouffre amer
Chante en poussant au port des voiles !
C’est le mystère de la mer,
Et c’est le secret des étoiles !

Ce mot, fondement éternel
De la seconde des deux Romes,
C’est Foi dans la langue du ciel,
Amour dans la langue des hommes !

Aimer, c’est avoir dans les mains
Un fil pour toutes les épreuves,
Un flambeau pour tous les chemins,
Une coupe pour tous les fleuves !

Aimer, c’est comprendre les cieux.
C’est mettre, qu’on dorme ou qu’on veille,
Une lumière dans ses yeux,
Une musique en son oreille !

C’est se chauffer à ce qui bout !
C’est pencher son âme embaumée
Sur le côté divin de tout !
Ainsi, ma douce bien-aimée,

Tu mêles ton cœur et tes sens,
Dans la retraite où tu m’accueilles,
Aux dialogues ravissants
Des flots, des astres et des feuilles !

La vitre laisse voir le jour ;
Malgré nos brumes et nos doutes,
Ô mon ange ! à travers l’amour
Les vérités paraissent toutes !

L’homme et la femme, couple heureux,
À qui le cœur tient lieu d’apôtre,
Laissent voir le ciel derrière eux,
Et sont transparents l’un pour l’autre.

Ils ont en eux, comme un lac noir
Reflète un astre en son eau pure,
Du Dieu caché qu’on ne peut voir
Une lumineuse figure !

Aimons ! prions ! les bois sont verts,
L’été resplendit sur la mousse,
Les germes vivent entr’ouverts,
L’onde s’épanche et l’herbe pousse !

Que la foule, bien loin de nous
Suive ses routes insensées.
Aimons, et tombons à genoux,
Et laissons aller nos pensées !

L’amour, qu’il vienne tôt ou tard,
Prouve Dieu dans notre âme sombre.
Il faut bien un corps quelque part
Pour que le miroir ait une ombre.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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SPLEEN DE FIN D’OISE (Jean-Charles Michel)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020




SPLEEN DE FIN D’OISE

Rien n’est tant déprimant qu’un ennui sans partage,
Quand le choc d’aucun verre au contact du comptoir,
Ne vient porter secours au broyage du noir ;
La nuit dort sans étoile et sans Lune en servage.

Le charme désuet d’un très vieux paysage,
Oublié dans le lit d’un affluent miroir,
N’ose quitter le fond, du matin jusqu’au soir,
Et laisse gésir seul son voile de veuvage.

La brume au ras du sol emmitoufle un chat gris,
Aux rives des trottoirs se butent les aigris ;
Le talus sous le joug d’une bête de somme,

Nous concède un long train pesant comme un intrus,
Au milieu des vergers sans groseille et sans pomme,
En rupture d’ailleurs, que nul n’espère plus.

(Jean-Charles Michel)

 

 

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L’amour (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Le lundi, vingt-et-un. C’est la nuit.
La ville dort sous la brume triste.
Quel jean-foutre saisi par l’ennui
Proclama que l’amour, ça existe ?

Et, par ennui ou par habitude,
Tout le monde l’a cru — et toujours
On espère, on craint les ruptures,
Et on chante des chansons d’amour.

Mais certains découvrent le secret,
Et ceux-là, le silence les habite.
Par hasard j’ai su la vérité,
Et depuis je suis comme maudite.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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A *** (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020




A ***
Pourquoi se livrer avant l’heure à l’ennui
et pourquoi le nourrir de songeries sinistres ?
Pourquoi languir en attendant, craintif,
le fatal moment des adieux ?
Tu souffriras bien assez tôt !
Seul, face aux champs muets et vides,
tu voudras rappeler à toi le souvenir
de ces jours que tu as gâchés,
prêt à payer alors de ta mort, de l’exil,
malheureux ! un seul mot des lèvres chéries
ou le bruit de ces pas légers.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration

 

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Retouche à l’ennui (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2020



 

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retouche à l’ennui

théâtre vide
une forme sans nom
passe entre les portants
et mêle aux voix d’un texte
où des couleurs s’en vont
sous prétexte de sang
sa main livide

(Daniel Boulanger)

 

 

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Habillage (Philippe Claudel)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020



Illustration: Pascal Renoux
    
Habillage

Mon amour
Mon Dieu que c’est long
Que c’est long
Ce temps sans toi
J’en suis à ne plus compter les jours
J’en suis à ne plus compter les heures
Je laisse aller le temps entre mes doigts
J’ai le mal de toi comme on a le mal d’un pays
Je ferme les yeux
J’essaie de retrouver
Tout ce que j’aime de toi
Tout ce que je connais de toi
Ce sont tes mains
Tes mains qui disent comme ta bouche les mots
En les dessinant dans l’air et sur ma peau parfois
Tes mains serrées dans le sommeil avec la nuit
Dans le creux de ta paume
Tes mains qui battent les rêves comme des cartes à jouer
Tes mains que je prends dans les miennes
Pendant l’amour
Ce matin tandis que le soleil venait à la fenêtre j’ai fermé les yeux
Et ta bouche s’est posée sur ma bouche
La tienne à peine ouverte
Et tes lèvres doucement se sont écrasées sur les miennes
Et ta langue s’est enroulée à ma langue
J’ai songé à l’Italie alors
Au citronnier de Ravello accroché dans l’à-pic au-dessus de la mer
Très bleue
Au vent dans tes cheveux
Tu portais ta robe rose
Elle devenait une fleur
Elle jouait avec tes cuisses et tes bras nus
Le vent la tordait comme un grand pétale souple
Le vent chaud comme ton ventre après l’amour
Tandis que mon sexe dans ton sexe frémit encore et s’émerveille
Que le plaisir a rendu mauves nos paupières
Que nous sommes couchés non pas l’un contre l’autre
Mais l’un à l’autre
Oui l’un à l’autre mon amour
Mon présent s’orne de mille passés dont il change la matière
Et qui deviennent par ta grâce des présents magnifiques
Ces heures ces instants ces secondes au creux de toi
Je me souviens du vin lourd que nous avions bu
Sur la terrasse tandis que la nuit couvrait tes épaules
D’un châle d’argent
Je me souviens de ton pied gauche jouant avec les tresses de ta sandale
La balançant avec une grâce qui n’appartient qu’à toi
Je me souviens de ce film de Nanni Moretti Caro Diaro
Vu dans un vieux cinéma
Des rues de Rome
De la lumière orangée de la ville
Et de la Vespa que nous avions louée quelques jours plus tard
Et nous avions roulé comme Nanni dans le film
Sans but et sans ennui
Dans l’émerveillement du silence de la ville
Désertée pour la ferragosto
Tu me tenais par la taille et tu murmurais à mon oreille
« Sono uno splendido quarantenne »
Et tu riais
Et je riais avec toi sous le nuage des pins parasols
Dans les parfums de résine
Et le soir devant le grand miroir rouillé de la très petite chambre de l’hôtel
Tu jouais un autre film
« Tu les trouves jolies mes fesses ?
Oui. Très.
Et mes seins tu les aimes.
Oui. Enormément. »
Et je disais oui à tout
Oui à toi
Oui à nous
Je sors une heure chaque jour
Cela est permis
Je marche je tourne je tourne en rond
Et rien ne tourne rond
Pour moi sans toi
Pour moi loin de toi et qui n’ai plus que ma mémoire
Pour te faire naître dans mon cerveau
Et l’apaiser l’embraser t’embrasser te serrer te chérir en lui
Hier le surveillant tandis que je rentrais dans ma cellule après la promenade
M’a dit que le confinement allait prendre fin au-dehors

Dombasle-sur-Meurthe, le 20 mai 2020

(Philippe Claudel)

 

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Les Quatre saisons (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Les Quatre saisons

I

Au printemps, c’est dans les bois nus
Qu’un jour nous nous sommes connus.

Les bourgeons poussaient, vapeur verte.
L’amour fut une découverte.

Grâce aux lilas, grâce aux muguets,
De rêveurs nous devînmes gais.

Sous la glycine et le cytise,
Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise ?

Nous n’aurions rien dit, réséda,
Sans ton parfum qui nous aida.

II

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés,
Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

III

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et, sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pêches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs
Est moins traître que ses yeux noirs.

IV

C’est l’hiver. Le charbon de terre
Flambe en ma chambre solitaire.

La neige tombe sur les toits,
Blanche ! Oh, ses beaux seins blancs et froids !

Même sillage aux cheminées
Qu’en ses tresses disséminées.

Au bal, chacun jette, poli,
Les mots féroces de l’oubli.

L’eau qui chantait s’est prise en glace.
Amour, quel ennui te remplace !

(Charles Cros)

Illustration: Sophie Vulliard

 

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