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Posts Tagged ‘enraciné’

LE CORPS FAIT ARBRE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



LE CORPS FAIT ARBRE

Le parfum de ta robe attire les abeilles,
Plus que les fruits mangés que ta sandale broie.
Accueillons cet élan de végétale joie,
Ce silence de la campagne où Pan sommeille.

Rêve que désormais immobile, sans âge,
Les pieds enracinés et les mains étendues,
Tu laisses s’agiter aux orageuses nues
Une chevelure odorante de feuillage.

Les guêpes voleront sur toi sans que s’émeuve
L’écorce de ta chair où la cigale chante,
Et ton sang éternel sera, comme les fleuves,
La circulation de la terre vivante.

(François Mauriac)

Illustration: Raipun

 

 

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Etant ce qu’il devient (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2018



Etant ce qu’il devient,
ne devenant jamais ce qu’il est:
infiniment enraciné dans le non-être,
l’homme n’est divinement homme
qu’en se niant lui-même.
Nuit et néant de soi
d’où renaît le regard à sa racine de lumière
Eternel voyageur en son propre néant

(Michel Camus)

Illustration

 

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Je ne t’ai pas perdu, hideux instant (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018



 

Hans Christiansen  _4

Je ne t’ai pas perdu, hideux instant,
comme je le croyais; non !
Près de moi voici les fleurs vénéneuses
que fit s’épanouir en moi la passion,
enracinées en mon sang convulsé,
si belles dans leur brûlante tristesse!
Les voici, les voici et me faisant pleurer,
je ne sais pas si c’est de les avoir faites,
ou de les avoir faites, hélas, si belles !

***

¡No te he perdido, instante feo,
como creía; no!
Aquí tengo las flores venenosas
que me abrió la pasión, con raíz en mi sangre
convulsiva,
¡tan bellas en su cálida tristeza!
¡Aquí están, aquí están, haciéndome llorar,
no sé si por haberlas hecho,
o por haberlas hecho ¡ay! tan bellas!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration

 

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L’enraciné (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Illustration: Sophie Bazin
    
L’enraciné

Si ne s’ouvrent
Les ailes de ton coeur

S’il ne s’envole en toi
L’enraciné

Comment sauras-tu chanter ?

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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Tu es (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



Tu es le ténébreux le veuf l’inconsolé
Tu inventas la couleur des voyelles l’i rouge
Et tu penses donc tu es…
Demain dès l’aube demain dès l’aube tu partiras
Tu te souviens
… La carotte ce sont les vers du nez
C’est toto biographique l’âne dans l’enraciné
Puissent mes feuilles ne pas trop faner.

(Valérie Rouzeau)

Illustration: Georges de La Tour

 

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Fête de taches (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Illustration: Odilon Redon
    
Fête de taches, gamme des bras
mouvements
on saute dans le « rien »
efforts tournants
étant seul, on est foule
Quel nombre incalculable s’avance
ajoute, s’étend, s’étend!
Adieu fatigue
adieu bipède économe à la station de culée de pont
lé fourreau arraché
on est autrui
n’importe quel autrui
On ne paie plus tribut
une corolle s’ouvre, matrice sans fond
La foulée désormais a la longueur de l’espoir
le saut a la hauteur de la pensée
on a huit pattes s’il faut courir
on a dix bras s’il faut faire front
on est tout enraciné, quand il s’agit de tenir
Jamais battu
toujours revenant
nouveau revenant
tandis qu’apaisé le maître du clavier feint le sommeil

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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Les yeux noirs (Dimitris Lipertis)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Les yeux noirs

Viens, jeune fille, que je regarde tes yeux noirs
Qui jettent ces flammes que produit le feu
Et s’ils réduisent mon malheureux cœur en morceaux
Ne t’en fais pas, ma belle, laisse-les le dévorer.

Mais si par hasard je brûle et deviens bois mi-brûlé,
Plante—moi dans ta cour, mets—toi dans un coin
Parce qu’en te voyant jour après jour
Il se peut que je pousse, que je trouve consolation.

Et une fois bien enraciné, je grimperai haut et fleurirai
J’étendrai des branches pour que tu viennes dessous,
Pour t’inonder de ma beauté, de mes fleurs
A cause de la douceur de ces yeux-là.

(Dimitris Lipertis)


Illustration: Fanny Verne

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Les fleurs (Nancy Huston)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



les fleurs poussent
vers la lumière,

enracinées dans l’ombre

(Nancy Huston)

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J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



 

J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles,
intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ;
des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources ;

Mon pays natal, le berceau de ma famille, la maison où je serais né,
l’arbre que j’aurais vu grandir (que mon père aurait planté le jour de ma naissance),
le grenier de mon enfance empli de souvenirs intacts…

De tels lieux n’existent pas,
et c’est parce qu’ils n’existent pas que l’espace devient question,
cesse d’être évidence, cesse d’être incorporé, cesse d’être approprié.
L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ;
il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête.

Mes espaces sont fragiles :
le temps va les user, va les détruire :
rien ne ressemblera plus à ce qui était, mes souvenirs me trahiront,
l’oubli s’infiltrera dans ma mémoire,
je regarderai sans les reconnaître quelques photos jaunies aux bords tout cassés.
Il n’y aura plus écrit en lettres de porcelaine blanche collées en arc de cercle sur la glace du petit café de la rue Coquillière :
« Ici, on consulte le bottin » et « Casse-croûte à toute heure» .

L’espace fond comme le sable coule entre les doigts.
Le temps l’emporte et ne m’en laisse que des lambeaux informes :

Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose :
arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse,
laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes…

(Georges Perec)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Andrej Gorenkov

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CORPS NOCTURNE (Elías Nandino)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



Nicole Helbig (1)

 

CORPS NOCTURNE

Quand, la nuit, seul, dans les ténèbres,
fatigué de je ne sais quel épuisement
mon corps s’effondre et s’accommode
à l’impassible surface obscure
qui lui sert d’appui et de linceul,
je m’étends aussi et je me limite
au contour désarmé qui me livre
à l’île de l’oubli où l’on se perd.
Séparé de lui et fondu en lui,
je me souviens que je le porte tout le jour
comme prison de fièvre qui m’opprime,
comme lèvres qui tiennent d’autres discours,
comme instinct qui se moque de mes désirs
ou actions déliées de ma force ;
mais à le regarder ainsi, sans le distinguer,
indifférent dans son attitude de pierre,
tigre de bronze, mare de silence,
colonne de cynisme abattue,
figure aveugle dans sa leçon de mort :
je le vois comme une chair intruse,
comme mal d’une plaie étrangère,
complice d’un destin que je ne comprends pas,
mutisme que n’atteint pas ma parole,
bourreau dans l’anesthésie séquestré.
Et pour cela à me sentir divisé de lui,
et à la fois de son moule prisonnier,
j’analyse, je doute, je réfléchis
que ses murs chétifs qui me cernent
sont flamme orpheline, terre spoliée,
eau assujettie à des veines submergées,
et humeur sans air arraché au vent ;
je suis prisonnier d’éléments
en combustion profonde qui cherchent
à fondre les maillons qui les unissent
afin de retrouver la pureté intacte
du lieu universel où ils étaient libres :
la terre demande son repos à la terre,
l’air, son acrobatie diaphane,
le feu, le délice de sa flamme,
et l’eau, la blancheur de son givre,
sa voie ou le prodige d’être nuage.

À son côté, ailé mais enraciné,
je le touche, je l’examine du dedans :
intérieur d’une église ensanglantée,
arcs gothiques, jungles musculaires,
pulsion entrelacée de lierres,
labyrinthe de clarté, de coquelicots,
entrailles de crypte où se dissimule
la numérique blancheur du squelette.
Et moi, en plein milieu, juge et coupable,
envahisseur rebelle et envahi,
voir qui découvre et se découvre,
unité qui contemple ses parties,
questionnement privé de réponse,
spectateur qui souffre en son propre sang,
usure corporelle de qui lui viennent
ses réserves croissantes d’agonie.

Si je suis son maître, pourquoi me semble-t-il étrange au toucher ?
Détaché de moi, ombre d’un arbre,
écorce suffocante de mon angoisse,
pansement qui me dissimule, étaie fragile,
aimant qui me réunit et me diffuse,
matière que je porte et qui m’emporte.
Et je suis en lui, présent inévitable,
uni dans le monologue et l’attente,
grandi malgré lui et trahi
par ses mains, ses yeux, ses passions,
la brûlante angoisse de ses délires,
la brume de ses moments de naufrage
et les éclairs de son allégresse.

Du dedans au dehors, de la racine au faîte,
je m’appuie, je me soulève, je largue mes forces
pour creuser, pour terminer les murs
qui survivent de me garder prisonnier ;
las, un amour naît en moi et me retient,
un fanatisme du refuge vital
l’attachement de l’âme et des cellules,
l’intimité de la forme et du fond,
accouplant leurs aveugles surfaces ;
et je me résigne, paisible
dans la prison ajustée qui m’épouse
afin de continuer de former le noeud de fièvre
par lequel je sais qu’en vérité je suis.

Eau, terre, feu et air, en continuelle
aspersion de leurs cajoleries chimiques,
immergés dans la fougue de leurs appétits,
dans un enchaînement caché d’élans,
ordonnant et aspirant leurs limites,
faisant et défaisant ce qu’ils tracent,
se dévorant eux-mêmes, recréant
la seule valeur de leur structure
en oppositions, attirances et obstacles
parce qu’ils aiment, désirent, cherchent, bâtissent
l’agir persistant qui les rend
à leur forme d’origine.

Cette unité d’éléments, ce nid
de luttes physiques, d’incessantes
réactions, est mon seul appui,
la source tragique de la force
qui me soutient au fond de mes soliloques.

(Elías Nandino)

Illustration: Nicole Helbig

 

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