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Poésie

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Sur le Danube (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016




Sur le Danube en février
Les longs îlots d’herbe frissonnent,
Ce sont des tombeaux oubliés
Que la brume d’oubli couronne.

Les souvenirs y sont couchés
Pareils à des anges malades,
Les souvenirs anges cachés
Au coeur d’anciennes promenades.

Le fleuve glisse bras ouverts
A la poursuite d’un visage
Et fait danser tête à l’envers
Les amants en pèlerinage.

Quand meurt aux abords de l’Eté
Le grand vent qui souffle d’Asie
Le papillon vient grelotter
Sur ces tombeaux de fantaisies.

Oh! fantaisie! Oh! vérité !
L’heure est partie en étrangère
De ces souvenirs désertés
Dont elle fut la passagère.

Gardienne de ces reposoirs
La ronce, négresse en broussailles,
Vient apporter ses bijoux noirs
Au pied du lit des épousailles.

Mais les anges n’ont d’autre ami
Que ce fleuve au destin tranquille
Et leurs noms se sont endormis
Sous l’herbe haute de ces îles.

Sur le Danube en février
La mouette lourde et sauvage,
Dans le sable du sablier
Ensable à jamais nos images.

(Louise de Vilmorin)

 

 

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La Seine était verte à ton bras (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2015



La Seine était verte à ton bras

Compléments d’objet (Décembre)

Ne me laisse pas ignorer où tu seras
Lis-moi le brouillon planétaire
Est-ce que je te connais connaissant tes objets
Les pétales de flamme de ta flamme et de son omphalos

Ton odeur ton nom ton âge tes commissures
Par tes capillaires, je bats, les tiges, faisceau de pouls, verge
Ton élégance tes récits tes bas tes couleurs
J’alanguis la rose de quelqu’une le roman
Tes bijoux tes bleus tes cils ta montre
La proximité est notre dimension
Tes lobes ta voix tes lèvres tes lettres

Ne me laisse pas ignorer où tu es
Le rouleau gris ensable notre baie

(Michel Deguy)

Illustration

 

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L’ENGORGEMENT (Jean-Louis Depierris)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2015



L’ENGORGEMENT

L’engorgement de l’ombre
Ensable ton visage

Distance anéantie
La mer s’est retirée
Du pays que tu cherches
Plus bas que terre

Mais au fond de ce puits
D’où rien ne sort
La fleur des nerfs s’épanouit
Et ta chair qui se tend
Assemble éclair et foudre

Sur ta bouche j’épie
Leur long piétinement
Et ta voix se disjoint
Interrogeant la cendre

(Jean-Louis Depierris)

 

 

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DÉSÉCRITURE (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2015



 

partition qui brule

DÉSÉCRITURE

Amas de papiers sacrifiés
à l’écriture du poème
esquisse aux lignes raturées
par vagues successives
ensablant sur la page (la plage)
le dessin d’une épure

Vaine quête de perfection
un ressassement silencieux
s’étire ou se recroqueville
s’allège d’apprêts superflus
autour d’un noyau (d’un joyau ?)
irréductible ou insoluble

Quelqu’étincelle dissidente
s’étiole loin du feu central
soudain hors de portée
une musique s’est éteinte
et le texte à peine ébauché
se meurt aux limbes d’embolie

(Jean-Claude Xuereb)

 

 

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La vieille mourante (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2015



La vieille mourante

Coffrée dans ton lit-cage
Livrée aux mécaniques
Vieille ô si vieille
La mort hésite à t’accueillir

Tête burlesque
Sous les vrilles des cheveux blancs
Un sirocco de rousseurs ensable ta peau
Des rides rapiècent tes joues
Ta bouche n’est qu’un puits

Tu happes l’air
Ton coeur perd substance
Ton horizon se détisse
Ta chair t’engloutit

Vieille ô si vieille
Où sont ceux qui t’aimaient ?
Ta route fut trop longue
La mort les a surpris
La vie les a rongés

Une main est pourtant là
Qui recouvre la tienne
Son toucher traverse
Tes brumes d’agonie

Une voix t’accompagne
Vers le lieu sans âge
Que le temps n’assiège plus

Laisse tomber tes défroques
Quitte en douceur l’enclos
Va à perte de vue
Rejoins l’ultime flottille
Qui cingle vers l’inconnu.

(Andrée Chedid)


Illustration: Ron Mueck

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