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Posts Tagged ‘ensanglanter’

SUR LES ROUTES DE SIBÉRIE (H. Leivick)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019




    
SUR LES ROUTES DE SIBÉRIE

Sur les routes de Sibérie
On pourrait encore aujourd’hui retrouver le lacet
D’un de mes souliers déchirés,
Une ceinture en cuir, les débris d’une cruche,
Un feuillet du Livre sacré.

Sur les fleuves de Sibérie
On pourrait retrouver comme un signe, l’épave
De mon radeau submergé.
Dans la forêt un bout de corde ensanglantée
Dans la neige – des pas gelés.

(H. Leivick)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Soir ivre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Edward Hopper
    
Soir ivre

Soir ivre empli d’une clarté bleutée
titube à la fenêtre et désire chanter.
Les vitres peureusement se rassemblent et se pressent
dans lesquelles ses ombres se sont prises au filet.

Il obscurcit et tangue autour des maisons,
tombe sur un enfant et le chasse en criant,
poursuit tout en haletant et chuchotant
de sombres et inquiétantes déclarations.

Dans la cour humide, à la lisière sombre du mur,
il s’ébat avec les rats dans les coins.
Une femme dans sa robe grise râpée de bure
s’enfuit devant lui pour se cacher plus loin.

A la fontaine un filet mince encore coule,
une goutte s’empresse de saisir l’autre au vol ;
là, il boit sans ambages au trou encrassé de rouille
et aide à laver les noirs caniveaux et rigoles.

Soir ivre empli d’une clarté bleutée
titube par la fenêtre et commence à chanter.
Les vitres se brisent. Le visage ensanglanté,
il entre pour lutter avec ma terreur.

***

Betrunkner Abend

Betrunkner Abend, voll vom blauen Licht,
taumelt ans Fenster und begehrt zu singen.
Die Scheiben drängen furchtsam sich und dicht,
in denen seine Schatten sich verfingen.

Er schwankt verdunkelnd um das Häusermeer,
trifft auf ein Kind, es schreiend zu verjagen,
und atmet keuchend pinter allem her,
Beängstigendes flüsternd auszusagen.

Im feuchten Hof am dunklen Mauerrand
tummelt mit Ratten er sich in den Ecken.
Ein Weib, in grau verschlissenem Gewand,
weicht vor ihm weg, sich tiefer zu verstecken.

Am Brunnen rinnt ein dünner Faden noch,
ein Tropfen läuft, den andern zu erhaschen;
dort trinkt er jäh aus rostverschleimtem Loch
und hait, die schwarzen Gossen mitzuwaschen.

Betrunkner Abend, voll vom blauen Licht,
taumelt ins Fenster und beginnt zu singen.
Die Scheiben brechen. Blutend im Gesicht
dringt er herein, mit meinem Graun zu ringen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Au temps de ma jeunesse (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



 

Au temps de ma jeunesse …

Au temps de ma jeunesse, harmonieuse lyre,
Comme l’eau sous les fleurs, ainsi chantait ta voix ;
Et maintenant, hélas ! C’est un sombre délire :
Tes cordes en vibrant ensanglantent mes doigts.

Le calme ruisselet traversé de lumière
Reflète les oiseaux et le ciel de l’été,
Ô lyre, mais de l’eau qui va creusant la pierre
Au fond d’un antre noir, plus forte est la beauté.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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Coquelicots en juillet (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Coquelicots en juillet

Petits coquelicots, petites flammes d’enfer,
Vous ne faites pas mal ?

Vous tremblez. Je ne sais pas vous toucher.
Je mets les mains dans les flammes. Rien ne brûle.

Et cela m’épuise de vous regarder
Trembler comme ça, rouge vif et froissés comme une bouche.

Une bouche que l’on vient d’ensanglanter.
Oh petites jupes sanglantes !

Il y a des vapeurs que je ne peux toucher.
Où est votre opium, où sont vos capsules écoeurantes ?

Si je pouvais saigner, ou dormir! —
Si ma bouche pouvait épouser une blessure pareille !

Ou vos sucs distiller pour moi, dans cette capsule de verre,
Une stupeur, un apaisement.

Mais pas de couleur. Pas de couleur.

(Sylvia Plath)

 

Recueil: Ariel
Traduction:
Editions: Gallimard

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Fleurs orgiaques (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



 

Illustration: Carlo Farneti  
    
Fleurs orgiaques

Tes doigts frais effeuillent les fleurs
Qui parsèment de leurs pâleurs
Les tapis aux rudes couleurs.

Vois mourir les roses païennes
Que les mains des Musiciennes
Mêlent aux lyres doriennes.

Aux soirs de voluptés, les fleurs
Neigent, ineffables pâleurs,
Parmi les sons et les couleurs.

Et leurs fébriles agonies
Ensanglantent les harmonies
Des corruptions infinies.

Les femmes masquent leurs pâleurs
Dans le soir ivre de couleurs
Qu’hallucine la mort des fleurs.

(Renée Vivien)

 

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Parce que tu m’as parlé de vice … (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Parce que tu m’as parlé de vice…

Tu m’as parlé de vice en ta lettre d’hier
Le vice n’entre pas dans les amours sublimes
Il n’est pas plus qu’un grain de sable dans la mer
Un seul grain descendant dans les glauques abîmes

Nous pouvons faire agir l’imagination
Faire danser nos sens sur les débris du monde
Nous énerver jusqu’à l’exaspération
Ou vautrer nos deux corps dans une fange immonde

Et liés l’un à l’autre en une étreinte unique
Nous pouvons défier la mort et son destin
Quand nos dents claqueront en claquement panique
Nous pouvons appeler soir ce qu’on dit matin

Tu peux déifier ma volonté sauvage
Je peux me prosterner comme vers un autel
Devant ta croupe qu’ensanglantera ma rage
Nos amours resteront pures comme un beau ciel

Qu’importe qu’essoufflés muets bouches ouvertes
Ainsi que deux canons tombés de leur affût
Brisés de trop s’aimer nos corps restent inertes
Notre amour restera bien toujours ce qu’il fut

Ennoblissons mon cœur l’imagination
La pauvre humanité bien souvent n’en a guère
Le vice en tout cela n’est qu’une illusion
Qui ne trompe jamais que les âmes vulgaires

(Guillaume Apollinaire)

Illustration: Gustav klimt

 

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Nuit d’automne (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



Nuit d’automne

Le couchant est si beau, parmi
Les arbres d’or qu’il ensanglante,
Que le jour qui meurt à demi
Retarde sa mort grave et lente.

Le crépuscule, sur les roses,
Est si pur, si calme et si doux,
Que toutes ne se sont pas closes
Et que j’en cueille une pour vous.

Les feuilles chuchotent si bas,
Une à une ou toutes ensemble,
D’arbre en arbre, qu’on ne sait pas
Si tu ris ou si le bois tremble.

La rivière coule si douce
Entre les roseaux bleus des prés,
Si douce, si douce, si douce
Qu’on ne sait pas si vous pleurez.

La nuit d’ombre, de soie et d’or
Du fond du silence est venue,
Et l’automne est si tiède encor
Que tu pourras t’endormir nue.

***

Autumn Night

The sinking sun is so beautiful, among
The golden trees it bloodies,
That the half dying day
Delays its solemn, slow death.

Dusk on the roses
Is so pure, so calm and so soft,
That all are not yet closed
And I gather one for you.

The leaves whisper so gently,
One by one or all together,
From tree to tree, that one does not know
If you are laughing or the woods are trembling.

The river runs so gently
Between the blue reeds of the meadows,
So gently, so gently, so gently
That one does not know if you are crying.

The night of shadows, of silk and gold
Has come from the depths of silence,
And autumn is still so warm
That you could sleep naked.

(Henri de Régnier)

 Illustration: Elina Brotherus

 

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BRAISES (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2016



BRAISES

Pour Domingo Parra del Riego

J’éclairerai pour Tilia, dans la tragédie,
mes strophes en lourdes grappes;
chaque fruit mélodieux ensanglantera,
tel un soleil funèbre, des vins lugubres.
Tilia possédera la croix
toute de lumière à l’heure suprême.

J’allumerai pour Tilia, dans la tragédie,
la goutte du fracas qui est sur mes lèvres ;
et la lèvre, en moutonnant au seuil du baiser,
en cent pétales sacrés se brisera.
Tilia tiendra le poignard,
le poignard floricide et auroral!

Déjà dans l’ombre, héroïne, intacte et martyre,
tu posséderas la Vie sous tes semelles ;
lors que tu voiles, en récitant mes strophes,
mon front, comme une hostie tachée de sang rouge.
Et dans l’iris, vorace,
mon sang, comme un virus, boiras!

***

ASCUAS

Para Domingo Parra del Riego

Luciré para Tilia, en la tragedia,
mis estrofas en ópimos racimos;
sangrará cada fruta melodiosa,
como un sol funeral, lúgubres vinos.
Tilia tendrá la cruz
que en la hora final será de luz!

Prenderé para Tilia, en la tragedia,
la gota de fragor que hay en mis labios;
y el labio, al encresparse para el beso,
se partirá en cien pétalos sagrados.
Tilia tendrá el puñal,
el puñal floricida y auroral!

Ya en la sombra, heroína, intacta y mártir,
tendrás bajo tus plantas a la Vida;
mientras veles, rezando mis estrofas,
mi testa, como una hostia en sangre tinta!
Y en un lirio, voraz,
mi sangre, como un virus, beberás!

(César Vallejo)

 

 

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Les stalactites (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2016




Les stalactites

J’aime les grottes où la torche
Ensanglante une épaisse nuit,
Où l’écho fait, de porche en porche,
Un grand soupir du moindre bruit.

Les stalactites à la voûte
Pendent en pleurs pétrifiés
Dont l’humidité, goutte à goutte,
Tombe lentement à mes pieds.

Il me semble qu’en ces ténèbres
Règne une douloureuse paix ;
Et devant ces longs pleurs funèbres
Suspendus sans sécher jamais,

Je pense aux âmes affligées
Où dorment d’anciennes amours :
Toutes les larmes sont figées,
Quelque chose y pleure toujours.

(René-François Sully Prudhomme)

 

 

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Au temps de ma jeunesse (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



Au temps de ma jeunesse …

Au temps de ma jeunesse, harmonieuse lyre,
Comme l’eau sous les fleurs, ainsi chantait ta voix;
Et maintenant, hélas ! C’est un sombre délire:
Tes cordes en vibrant ensanglantent mes doigts.

Le calme ruisselet traversé de lumière
Reflète les oiseaux et le ciel de l’été,
Ô lyre, mais de l’eau qui va creusant la pierre
Au fond d’un antre noir, plus forte est la beauté.

(Jean Moréas)

Illustration: Alexandre Seon

 

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