Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘enserrer’

Dans la prison qui vous va renfermant (Vincent Voiture)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



 

Dans la prison qui vous va renfermant,
Votre grande âme agit incessamment,
Et ce divin esprit que rien n’enserre
Vole partout, sans erreur toujours erre,
S’étend, s’élève, et va plus aisément.

Vous parcourez l’un et l’autre élément,
Vous pénétrez jusques au firmament,
Et visitez le ciel, l’onde et la terre
Dans la prison.

Vous ne gênez votre coeur vainement,
Vous connaissez et voyez sainement
Tout ce qui brille, et qui n’est que de verre,
Vous possédez la paix durant la guerre ;
C’est être heureux et libre extrêmement
Dans la prison.

(Vincent Voiture)

Illustration

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La danseuse espagnole (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



Illustration
    
La danseuse espagnole

Ainsi qu’une allumette qui avant de flamber
darde autour d’elle des langues blanches de lumière;
ainsi commence, — enserrée dans le cercle
des spectateurs , — nerveuse et ronde, brûlante et claire
à s’étendre saccadée sa danse.

Et tout à coup elle est flamme tout à fait.

D’un regard elle allume ses cheveux
et d’un geste révélant un art téméraire
elle lance sa robe toute dans l’incendie
d’où les bras tels des serpents effrayés
s’élancent vifs et claquants.

Puis, comme si le feu lui semblait trop étroit,
elle le ramasse tout entier et le jette,
fière, avec des gestes hautains
et regarde : il est là furieux par terre,
flambant toujours et ne se rendant point.

Cependant victorieuse et sûre d’elle-même
elle lève son visage, d’un doux sourire saluant
et le piétine de ses petits pieds fermes.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Grillage de la pluie (Gabriel Cousin)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2018



Grillage de la pluie

Les flèches de la pluie
brûlent et la route fume
Et dix mille petites
blessures étincellent

La grille de la pluie
tisse le paysage
enserre les jardins
et griffe la fenêtre

Le grillage de la pluie
étend ses doigts lisses
sur les frais visages
ruisselants des enfants

(Gabriel Cousin)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Dans les ténèbres qui m’enserrent (William Henley)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Nelson Mandela [1280x768] 

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

***

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

(William Henley)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Néfertiti (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018




    
Néfertiti

Qu’est-il advenu de l’âme
après tant d’amours

ah ce n’est plus un oiseau géant
qui agite ses ailes blanches
jusqu’à l’aube de chaque nuit

un papillon
est sorti des lèvres
de Néfertiti morte
un papillon
comme un souffle
coloré

que la route est longue
du dernier soupir
à l’éternité la plus proche

le papillon vole au-dessus de la tête
de Néfertiti morte
il l’enserre d’un cocon
de soie

Néfertiti
ô larve
faut-il attendre longtemps
ton départ

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le melon (Marc-Antoine Girard de Saint-Amant)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Le melon

(extraits)

Quelle odeur sens-je en cette chambre ?
Quel doux parfum de musc et d’ambre
Me vient le cerveau réjouir
Et tout le coeur épanouir ?
Ha ! bon Dieu ! j’en tombe en extase :
Ces belles fleurs qui, dans ce vase,
Parent le haut de ce buffet,
Feraient-elles bien cet effet ?
A-t-on brûlé de la pastille ?
N’est-ce point ce vin qui pétille
Dans le cristal, que l’art humain
A fait pour couronner la main
Et d’où sort, quand on en veut boire,
Un air de framboise à la gloire
Du bon terroir qui l’a porté
Pour notre éternelle santé ?

Non, ce n’est rien d’entre ces choses,
Mon penser, que tu me proposes.
Qu’est-ce donc ? je l’ai découvert
Dans ce panier rempli de vert :
C’est un MELON, où la nature,
Par une admirable structure,
A voulu graver à l’entour
Mille plaisants chiffres d’amour,
Pour claire marque à tout le monde
Que, d’une amitié sans seconde,
Elle chérit ce doux manger
Et que, d’un souci ménager,
Travaillant aux biens de la terre,
Dans ce beau fruit seul elle enserre
Toutes les aimables vertus
Dont les autres sont revêtus.

… Ha ! Soutenez-moi, je me pâme,
Ce morceau me chatouille l’âme ;
Il rend une douce liqueur
Qui me va confire le coeur ;
Mon appétit se rassasie
De pure et nouvelle ambroisie,
Et mes sens, par le goût séduits,
Au nombre d’un sont tous réduits.

(Marc-Antoine Girard de Saint-Amant)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Invictus (William Ernest Henley)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



 

invictus

Invictus

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière.
Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré.
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé.

En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l’ombre de la mort,
Je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin :
Je suis le capitaine de mon âme.

***

Invictus

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

(William Ernest Henley)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Autour de la cime du grand arbre (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



Jeanie Tomanek espalier

 

Autour de la cime
du grand arbre volent,
volent mes rêves.

Colombes, couronnées
de lumières pures,
leur vol répand une musique.

Comme elles entrent, comme elles sortent
de l’arbre seul !
Comme elles m’enserrent en leur filet d’or !

***

Alrededor de la copa
del árbol alto,
mis sueños están volando.

Son palomas, coronadas
de luces puras,
que, al volar, derraman música.

¡Cómo entran, cómo salen
del árbol solo!
¡Cómo me enredan en oro!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA CITÉ ENDORMIE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



LA CITÉ ENDORMIE

Avant le lever de rideau
Et l’éclairage de l’aube
Absence du machiniste
Dans la Cité endormie

La voûte noire enserre
Des gerbes de béton
Des tours ponts avenues
Des places et des jardins
Un fleuve et puis l’absence

Le plateau est désert
Les galeries sont muettes
Le parterre sombre et nu

Théâtre à l’abandon
Comédiens éphémères
Parodiant dans leur sommeil
Le funèbre dénouement.

(Andrée Chedid)


Illustration: Paul Delvaux

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

NIHILOMÉLANCOLIE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

les_chevaux_bleus

NIHILOMÉLANCOLIE

Les chevaux bleus du rêve mortuaire
S’avancent à travers le brouillard.
Dans la lumière chaude, malade, des bougies
Brille un oeil ouvert, mort.

Sous l’épaisseur inerte
Des tempêtes tuées
Brille l’irréductible feu
Des autels plongeant dans le silence.

La nihilomélancolie enserre
Dans l’immobile le noir étonnement.
Au profond de la tombe dort un jeune mort
Qui sombre dans l’oubli.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Daniel Densborn

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »