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Posts Tagged ‘ensorcelant’

Encore aujourd’hui (Bilhana)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



 

Alain Bonnefoit 153

Encore aujourd’hui
Il me souvient
De sa façon de feindre,
En secret, le sommeil,
A peine m’avait-elle aperçu à sa porte –
Lorsque je le touchais doucement,
Son corps mince frissonnait
Et ses joues s’épanouissaient.

Encore aujourd’hui
Il me souvient
Comme l’aurore rougissait le ciel,
De ma bien-aimée,
Le visage incliné,
En proie à la peine –
Lorsque je lui dis adieu,
Elle ne répondit pas,
Mais, me dévisageant avec intensité,
Elle soupira profondément.

Encore aujourd’hui
Il me souvient d’elle,
Timide à notre première rencontre –
Lorsque, avec douceur, j’avançai la main vers le vêtement
Drapant ses hanches,
D’une fleur de lotus fixée à son oreille,
Elle s’efforça d’étouffer la scintillante clarté
De la flamme vacillante.

Encore aujourd’hui
Il me souvient
Dans le temple de l’Amour
De mon étendard victorieux –
Etendue sur la couche de nos plaisirs,
Noyant mes lèvres dans sa bouche,
Enlaçant étroitement mon corps
De ses membres exténués d’amour.

Encore aujourd’hui
Mon coeur se souvient
De ses façons ensorcelantes,
Des tendres mots d’amour,
Des regards de côté,
De sa démarche ondoyante et lascive,
De ses lumineux sourires.

(Bilhana)

Illustration: Alain Bonnefoit

 

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TRISTESSE BLANCHE (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2017



TRISTESSE BLANCHE

Et nos coeurs sont profonds et vides comme un
gouffre,
Ma chère, allons-nous-en, tu souffres et je souffre.

Fuyons vers le castel de nos Idéals blancs,
Oui, fuyons la Matière aux yeux ensorcelants.

Aux plages de Thulé, vers l’île des Mensonges,
Sur la nef des vingt ans fuyons comme des songes.

Il est un pays d’or plein de lieds et d’oiseaux,
Nous dormirons tous deux aux frais lits des roseaux.

Nous nous reposerons des intimes désastres,
Dans des rythmes de flûte, à la valse des astres.

Fuyons vers le château de nos Idéals blancs,
Oh ! fuyons la Matière aux yeux ensorcelants.

Veux-tu mourir, dis-moi ? Tu souffres et je souffre,
Et nos coeurs sont profonds et vides comme un
gouffre.

(Emile Nelligan)

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Emmêlements (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Illustration: Marchal Mithouard
    
Emmêlements
attaques qui ressemblent à des plongeons
nages qui ressemblent à des fouilles
bras qui ressemblent à des trompes

Allégresse de la vie motrice
qui tue la méditation du mal
on ne sait à quel règne appartient
l’ensorcelante fournée qui sort en bondissant

animal ou homme
immédiat, sans pause
déjà reparti
déjà vient le suivant
instantané
comme en des milliers et des milliers de secondes
une lente journée s’accomplit

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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Je rêve de vers doux (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



Je rêve de vers doux et d’intimes ramages,
De vers à frôler l’âme ainsi que des plumages.

De vers blonds où le sens fluide se délie,
Comme sous l’eau la chevelure d’Ophélie,

De vers silencieux, et sans rythme et sans trame,
Où la rime sans bruit glisse comme une rame,

De vers d’une ancienne étoffe, exténuée,
Impalpable comme le son et la nuée,

De vers de soir d’automne ensorcelant les heures
Au rite féminin des syllabes mineures …

Je rêve de vers doux mourant comme des roses.

(Albert Samain)

Illustration: Odilon Redon

 

 

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La vision (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2016



C’est une femme bien étrange
Que celle qui vient, chaque nuit,
Ôter, du rêve, un peu d’ennui.

Est-ce un démon? Est-ce un archange
Qui l’envoie à mon blanc chevet
Montrer son corps que rien ne vêt?

Ses cheveux, qu’un feu roux embrase,
Croulent, en un rythme mouvant,
Sur sa nuque d’ambre vivant.

Sur son front brille une topaze,
Et l’éclat rauque de ses yeux
A parfois des reflets d’or vieux.

Son buste est pur, plein de souplesse…
Entre ses seins – deux althaeas –
Larges et beaux, un abraxas.

En vain, je quête une caresse,
Ou de ses yeux, ou de sa main,
Ou de sa lèvre de carmin.

Son corps est un poème jaune,
Impassible, splendide et fier
Méprisant de toute sa chair.

Jamais, il ne me fait l’aumône
De s’approcher par trop de moi…
Elle se tait, je reste coi…

J’ai l’espérance au soir qui tombe,
De la lassitude au matin,
Et je maudis l’impur destin

Qui me fait désirer la tombe,
Pour rester, éternellement,
Avec mon rêve ensorcelant.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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