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SIDNEY BECHET (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018


 


 

SIDNEY BECHET

SIDNEY BECHET

Quelle femme fleurit dans les rhododendrons
Sous la pluie aux clairières de Louisiane
Déjà le bruit du vent meurt dans les saxophones
Sous quel baiser nocturne ont noirci les sureaux
Des têtes d’astrakan sentent battre la jungle
Ils portent l’horizon d’un rythme maléfique
Et leurs lèvres sont bleues à force de nuits blanches

Quel souvenir de fille aux épaules cuivrées
Quelle laiteuse ardeur d’organes caressés
Quel nénuphar de muqueuses camélia
Quelle herbe ensorcelée d’épeautre et de métisse
Ressurgit aux poivrons râpeux des contretemps
A l’heure où le Congo lâche ses chiens de cuivre
Vent du large aux forets-vierges des pâmoisons
Maman est morte Adieu siffle Peter Bocage
Pas redoublé d’Afrique au coin des beaux quartiers

Et soudain accroché dans l’épave d’un thème
De ses doigts aux bourgeons d’argent du soprano
Sidney Bechet coule de transe et balbutie
Sa peine de créole aux virages des stomps
Les négresses qui fument la pipe défaillent
Les quarteronnes répartissent les mains ,chaudes
L’air noue des couples bleus d’iode et de broussaille
Sidney gonfle ses joues aux écluses de l’aube
De sa lèvre à ses mains une lumière gicle
Et lâche tous les ballons captifs du sang rouge
Sidney Sidney toute la nuit lourde de fleurs
Toutes les chairs couleur d’asperge et d’aubergine
Toute l’eau qui s’égare de mare et de pluie
Tout le parfum des débardeurs et des violes
Tout le dialecte félin des lucioles
Le bruit qui fuit aux ruissellements de la suie
Sidney Sidney s’enfuit aux patins de l’alcool
Et des frissons s’attardent aux belles de nuit
Qui répètent des ruts de rythme et de parole
Gonna give nobody none of this jelly roll.

(Robert Goffin)


 

 

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Tu n’arrêtes pas de t’en aller (Kettly Mars)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



 Siegfried Zademack -  - (32)

Tu n’arrêtes pas de t’en aller,
le crépuscule endormi dans le sillon de ta nuque.
Ton corps habite une destination incessante.
Tu te surprends toi-même à chercher un seuil
sur la face des pierres que tes pas soulèvent.
Ta soif est ensorcelée par le gémissement des sources.
Tu n’en finis pas de partir,
d’être ailleurs, d’être nulle part,
emmenant avec toi le secret de tes cils,
le partage de ton souffle,
tes mains qui m’ont frôlée,
tes mains qui ne savent pas
pourquoi tu t’en vas tout le temps
en laissant sur ma peau leurs ombres fidèles.

(Kettly Mars)

Illustration: Siegfried Zademack

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Des larmes douces coulent et scintillent… (Tadeusz Miciński)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



 

Des larmes douces coulent et scintillent…

Des larmes douces coulent et scintillent,
et coule aussi le chagrin des violettes
dans l’horizon sombre et infini —
on peut sentir le parfum des lilas fanés —
est-ce toi, mon âme ? Je sais que c’est toi !

Un oiseau noir vole sur les nuages,
il tient dans ses griffes un butin sanglant —
— Est-ce le signe qui vient
— d’être arraché à tes nobles entrailles ?
Oui, mon âme, c’est lui.

— Tu m’as ensorcelé dans un arc-en-ciel de rêves
— qui sont des brouillards froids et gris —
— si tu as quelque chose à dire — dis-le maintenant —
— des larmes coulent sur Ton visage —
Non, mon âme, je n’ai rien à dire.

(Tadeusz Miciński)

Découvert ici : poetespolonais

 

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Oui, par Dieu (Bachar Ibn Bourd)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2016



yeux

Oui, par Dieu,
je souhaite d’être ensorcelé
par la magie
de tes yeux,
et pourtant,
je crains de descendre dans l’arène

des amoureux
prêts à la lutte.

(Bachar Ibn Bourd)

 

 

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Brières (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2016



Brière  [1280x768]

Brières, mes limons de tendresse
O mes cages
Pérous de la lumière
Les vols ensorcelés de mes canards sauvages
La chambre fortunée où j’en appelle à Dieu
Je revois tout
L’échoppe rose des aurores
Sur mes genoux il pleut encore.

(René Guy Cadou)

Illustration

 

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Putain d’amour (Louis Chedid)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2016



Putain d’amour qui nous délaisse après nous avoir tant aimé
Putain d’amour qui fusille après avoir bien ensorcelé
Putain d’amour coulée de lave sur l’obscène des illusions
Putain d’amour comme une épave
Putain d’amour

Putain d’amour qui lacère après avoir tant caressé
Qui mord qui griffe qui marque aux fers
Putain d’amour défiguré

Putain d’amour qui parlemente
Voudrait bien trouver les mots

Les circonstances atténuantes
Putain d’amour, procurez-moi une arme blanche
Que j’étripe ce sale dimanche
Où l’amour qui transformait tout
Est devenu celui qui rend fou…

Putain d’amour qui se lamente
Se prosterne et supplie
Pour qu’on le laisse encore en vie
Mais c’est déjà fini…
Putain d’amour
Putain d’amour
Putain d’amour

(Louis Chedid)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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O coursiers de la mort (Yanette Delétang-Tardif)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2015




O coursiers de la mort, dieux de l’infinité,
Lequel de vos destins nous a ensorcelés?
Vivre, est-ce un grand passage, un vide assourdissant?
– C’est le seul au-delà, c’est la fidélité,
Cette faim d’absolu qui nous jette au néant!

(Yanette Delétang-Tardif)

 

 

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Narcissa (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2015



Narcissa

Narcissa la blonde était la plus belle des jeunes filles du pays;
pas une seule sur toute la côte, depuis Catane jusqu’à Syracuse,
qui pût se vanter d’avoir l’oeil aussi doux, la taille aussi souple, le pied aussi fin.
Méfiez-vous de Narcissa la blonde.
Il y en a qui sont belles et qui ne le savent pas, ce sont celles-là qu’il faut aimer.
Il y en a qui sont belles et qui le savent, ce sont celles-là qu’-il faut fuir.

Narcissa la blonde savait qu’elle était belle, et Luigi l’aimait.
Ceux qui ont connu Luigi, fils du vieux Luigi-Naldi le soldat,
disent que c’était un brave compagnon, hardi à la mer,
bon à ses camarades, craignant Dieu et honorant les saints;
mais il aimait Narcissa la blonde.
Partout il la suivait, toujours il pensait à elle.
Qui n’a pas vu Luigi pleurer en pressant sur son coeur
une fleur tombée du sein de Narcissa,
ne sait pas ce que l’amour peut faire d’un homme.
Si au moins l’amour de Narcissa l’avait dédommagé!
Mais elle passait son temps devant son miroir,
à peigner sa longue chevelure et à sourire à sa beauté.
C’est à peine si son amant pouvait obtenir un mot ou un regard.
Luigi voyait bien que Narcissa la blonde ne l’aimait pas,
mais il était ensorcelé.

[Pour satisfaire les luxueux caprices de Narcissa Luigi se
fait brigand et perd son âme et puis sa vie….]
Elle fut obligée de quitter le village et d’aller se cacher
dans la grotte du Monte-Negro, à côté de laquelle coule une source profonde.
Au lieu de pleurer ses erreurs et de faire pénitence,
elle passait les longues heures de la journée à regarder son image
que lui renvoyait le miroir de l’onde.

[Un jour elle disparut.]
On laissa dire qu’elle s’était noyée pour se soustraire à ses remords;
mais chacun sait que l’ondine avait pris son visage
pour l’attirer dans l’abîme et la livrer à Satan.
Ainsi périssent toutes les femmes sans coeur.

(J.J. Grandville)

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MARGUERITE AU ROUET (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2015


 


 

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MARGUERITE AU ROUET

— Vous qui faites la jolie et l’enjôleuse
Marguerite au rouet lent pourquoi filer ? —
— Je veux faire une ceinture merveilleuse
pour donner à mon Gottlieb ensorcelé —

Sur le pont d’Avignon qui viendra danser ?

— La mignonne, vous qui faites l’endormie,
La mignonne au rouet lent pourquoi songer ?
— Je veux être de Gottlieb la douce amie
Et lui ceindre mon costume d’or frangé –

Sur le pont d’Avignon iront-ils danser ?

Elle n’est plus la jolie et l’enjôleuse
— Marguerite au rouet lent pourquoi pleurer
Elle ne filera plus ô la fileuse :
Son Gottlieb d’une autre écharpe s’est paré.

Sur le pont d’Avignon qui viendra danser ?

(Tristan Klingsor)


 

 

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Dans la ronde des ombres (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2015



Dans la ronde des ombres froissant l’herbe tendre
J’entrai, disant le nom mélodieux.
Mais tout s’est dissipé, à peine puis-je entendre
D’un faible bruit le souvenir brumeux.

Ce nom, pensai-je, c’est le nom d’un séraphin.
J’eus peur d’abord de la forme légère,
Mais quelques jours encore et nous ne faisions qu’un.
J’étais comme dissous dans l’ombre chère.

Et le pommier de nouveau perd son fruit sauvage,
Et devant moi passe secrètement
L’image qui blasphème et se maudit, l’image
Nourrie des braises de la jalousie.

Et, cerceau d’or, accomplissant une autre volonté,
Le bonheur roule le long du chemin
Et toi tu vas en quête d’un printemps léger,
Déchirant l’air d’un geste de la main.

Le sort en est jeté. Rien ne fera que s’ouvre
Pour nous le cercle ensorcelé.
De la terre virginale les collines souples
Reposent, serrées dans leurs langes.

(Ossip Mandelstam)

Illustration: Madalina Iordache-Levay

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