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Poésie

Posts Tagged ‘ensorceler’

J’avais (Tahar Bekri)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



J’avais une terre au bout de ma peine
La mort l’a habitée

J’avais une coupe de mes chants pleine
L’étoile l’a renversée

J’avais une source au sein de la fontaine
La mer l’a ignorée

J’avais un soleil qui caressait la plaine
La nuit l’a dérobé

J’avais un fleuve pour lit pour ma reine
Le désert l’a ensorcelé

J’avais une oasis que je partageais avec la lune
L’ombre l’a brûlée

***

I had a land at the end of my sorrow
Death has inhabited it

I had a cup full of my songs
The star has overturned it

I had a spring at the heart of the fountain
The sea has ignored it

I had a sun which caressed the plain
The night has stolen it

I had a river as a bed for my queen
The desert has bewitched it

I had an oasis that I shared with the moon
The shade has burned it

(Tahar Bekri)


Illustration: Francine Van Hove

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La poésie… (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019



Illustration: Robert Delaunay
    
La poésie…

Elle se tient là dans le miroir des jours
Elle caresse le ciel du bout des doigts
Elle se tait entre deux battements d’ailes
Elle dit le feu le vent et l’étincelle
Elle est la faim la soif qui ensorcelle

Elle est soleil levant
pépiement matinal
Elle est poisson volant dans un feu végétal
Elle est lointaine et proche étrange et familière
Elle est le chant secret
la danse des fougères
Elle est la fleur sauvage la flûte traversière

Ombre posée sur les paupières de la nuit
Elle se tient silencieuse aux carreaux de ta vie

Elle est celle qui prie aux croisées de ta joie

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Signalement (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019



Signalement

Chair de l’Autre Sexe! Élément non-moi!
Chair, vive de vingt ans poussés loin de ma bouche!….
L’air de sa chair m’ensorcelle en la foi
Aux abois
Que par Elle, ou jamais, Mon Destin fera souche…..
Et, tout tremblant, je regarde, je touche….

Je me prouve qu’Elle est! — et puis, ne sais qu’en
Et je revois mes chemins de Damas croire
Au bout desquels c’était encor les balançoires
Provisoires….
Et je me récuse, et je me débats!
Fou d’un art à nous deux! et fou de célibats….

Et toujours le même Air! me met en frais
De coeur, et me transit en ces conciliabules….
Deux grands yeux savants, fixes et sacrés
Tout exprès.
Là, pour garder leur sœur cadette, et si crédule,
Une bouche qui rit en campanule!….

(Ô yeux durs, bouche folle!) — ou bien Ah! le contraire :
Une bouche toute à ses grands ennuis,
Mais l’arc tendu! sachant ses yeux, ses petits frères

Tout à plaire,
Et capables de rendez-vous de nuit
Pour un rien, pour une larme qu’on leur essui’ !….

Oui, sous ces airs supérieurs,
Le cœur me piaffe de génie
En labyrinthes d’insomnie!….
Et puis, et puis, c’est bien ailleurs,
Que je communie….

(Jules Laforgue)


Illustration: Zinaida Serebriakova

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La mer (Alessandro Baricco)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



La mer

La mer ensorcelle, la mer tue, émeut, terrifie,
fait rire aussi parfois, disparaît, par moments,
se déguise en lac ou alors bâtit des tempêtes,
dévore des bateaux, elle offre des richesses,

elle ne donne pas de réponses,
elle est sage, elle est douce,
elle est puissante,
elle est imprévisible.

Mais surtout,
la mer appelle.
… Elle ne fait que ça, au fond :
appeler.

Jamais elle ne s’arrête,
elle pénètre en toi,
elle te reste collée après,
c’est toi qu’elle veut.

Tu peux faire comme si de rien n’était,
c’est inutile.
Elle continuera à t’appeler.

Cette mer que tu vois
et toutes les autres que tu ne verras pas
mais qui seront là,
toujours, aux aguets,
patientes,
à deux pas de ta vie.

Tu les entendras appeler,
infatigablement.

Voilà ce qui arrive dans ce purgatoire de sable.
Et qui arriverait dans n’importe quel paradis,
et dans n’importe quel enfer.

Sans rien expliquer, sans te dire où,
il y aura toujours une mer qui sera là
et qui t’appellera.

(Alessandro Baricco)

Découvert chez Lara ici

Illustration: William Bouguereau

 

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Il suffit d’un mot (Nicole Barrière)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Une invisible rumeur enfle au bord des lèvres.
Quelque chose assèche le désir, vertige,
sensation de danger,
silencieuse et violente,
menaçante, l’arrête.
Caresse l’horizon,
ose le voyage,
apprivoise la sérénité,
existe au sud du silence,
respire la planète
Prend racine avec la sauvage et fragile,
La trace de la même ombre,
Le même sillage d’une question

Des bouquets de soleil mûrissent
Le vol et la plume rendent léger le monde
Sans froisser le silence
Parfois, sur le papier
Il suffit d’un mot.
L’Autre renaît du mouvement de danse en soi,
l’ensorcelle, l’enchante, le brise, le poursuit,
le dénoue, déroule sous ses pas, le retient, le dessine,
affleure le mal d’aimer,
l’efface dans une plainte de la nuit.

Au pas de rencontre,
le silence a envahi le creux du temps,
recelé les mots sous la peau de l’âme,
vacillements, blessures, larmes, peurs, émois,
le tréfonds de vivre dans le silence fertile de l’amour.

Ancienne, cette faille où je perds et je résiste,
Dire, il faudrait dire la tendresse
A toi qui attends, qui entends?
Ce murmure qui, à peine s’entend
Dans les battements lents devenus doux
Un souffle, un sourire, quelques mots
Dire la lumière sans la peur de dire la douleur qui
sépare les larmes dans la nuit
Dire les pauvres mots dits et l’enveloppe bleue de la terre,
tourment d’être ensemble
et tourment d’être séparé de l’onde et de l’arbre,
cette heure où les yeux de l’âme
frissonnent au regard de l’autre
ou du frisson
à l’appel de son nom

Immobiles nos racines d’arbres frissonnent
d’attendre l’arrachement possible à la lumière d’y croire,
ce temps foudroyé de l’attente
apprivoise l’orage
entre le vent et la pierre.

(Nicole Barrière)


Illustration: Tamara Lunginovic

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Dans le soir de soleil (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Illustration: Alfred Stevens
    
Dans le soir de soleil
la veuve baigne son corps,
et l’eau est un pauvre mari
tiède et discrète sur ses cuisses.

Eau transparente où je me vois,
et mon joyau est sous la terre,
le bruit du vent qui m’ensorcelle,
filtre du pin sous quoi il gît.

Que reste-t-il sur les tombeaux
de la chaleur qui m’enfermait ?
je dors dans un froid plus profond
que celui d’au delà des pierres.

Je veux partager les racines
qui forment ombre à tes cheveux,
et renoncer à l’air terrible
qui me prive de tes baisers.

Au caillou des visages
il est encore des étincelles,
ô mes yeux noirs partis du jour,
personne, hélas, ne vous rappelle.

Et mon amant, malgré mes pleurs,
viendra bientôt fendre mon corps,
menuisier aux gestes précis,
et le plaisir grandira ma plaie.

Qu’est mon sang de haut parfum,
et ma voix rosée du printemps,
à ce bouvier qui prendrait sa joie
de l’étreinte d’un faisceau d’orties ?

J’ai perdu le nom de l’amour
en perdant ma neige torride,
tout s’attiédit à mon entour
comme cette eau, bracelet livide.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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ANÉMONES (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



ANÉMONES

Se faire ensorceler – il n’y a rien de plus simple.
C’est un des plus vieux trucs du printemps et de la terre :
les anémones. Qui sont inattendues, d’une certaine manière.
Elles surgissent des frémissements brunis de l’année écoulée,
en des lieux négligés où sinon le regard ne s’arrêterait jamais.
Elles flambent et elles planent, oui, c’est ça, elles planent,
ce qui est dû à la couleur.
Cette-ardente teinte violacée qui n’a plus de poids à présent.
Car ici, c’est l’extase, même si elle est assourdie.
«La carrière» – chose déplacée! « Le pouvoir » et «la publicité » – choses ridicules !
Certes, ils avaient arrangé une grande réception, là-haut à Ninive, fait ripaille et moult ribotes.
Rutilants – au-dessus des têtes, les lustres en cristal flottaient, tels des vautours de verre.
À la place d’une pareille impasse, encombrée et bruyante,
les anémones ouvrent un couloir secret vers une fête authentique, d’un silence absolu.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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La Poésie (Raymond Dumaret)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



La Poésie

Aime l’école buissonnière,
Suit son bonhomme de chemin.
Charme l’oreille d’un refrain.
Flâne, le coeur en bandoulière.

Elle vous prend le bras pas fière.
Puis, vous accompagne un instant
Pour s’échapper en sautillant,
Libre, joyeuse, familière.

Poésie d’aujourd’hui: demain
Débordante de joies nouvelles,
Plus chaleureuse et sensuelle,
J’ai le béguin pour ton jardin.

Souvent mon esprit va vers Elle.
Je la devine m’attirant,
Avec ses yeux bleus m’envoûtant.
Elle m’ensorcelle la belle.

(Raymond Dumaret)


Illustration: Josephine Wall

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Frou-Frou (Montréal et Blondeau)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017




    
Frou-Frou

La femme porte quelquefois
La culotte dans son ménage
Le fait est constaté je crois
Dans les liens du mariage
Mais quand elle va pédalant
En culotte comme un zouave
La chose me semble plus grave
Et je me dis en la voyant

Refrain
Frou frou, frou frou par son jupon la femme
Frou frou, frou frou de l’homme trouble l’âme
Frou frou, frou frou certainement la femme
Séduit surtout par son gentil frou frou

La femme ayant l’air d’un garçon
Ne fut jamais très attrayante
C’est le frou frou de son jupon
Qui la rend surtout excitante
Lorsque l’homme entend ce frou frou
C’est étonnant tout ce qu’il ose
Soudain il voit la vie en rose
Il s’électrise, il devient fou

au Refrain

En culotte me direz-vous
On est bien mieux à bicyclette
Mais moi je dis que sans frou frou
Une femme n’est pas complète
Lorsqu’on la voit retrousser
Son cotillon vous ensorcelle
Son frou frou
C’est comme un bruit d’aile
Qui passe et vient vous caresser

au Refrain

(Montréal et Blondeau)

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L’OPOPONAX (Thédore Hannon)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



Illustration: Sergey Smirnov 
    
L’OPOPONAX

Depuis le crêpelé havane
De ta nuque, rais de soleil.
Jusqu’aux neiges de ton orteil.
Ce baume vainqueur se pavane.
Roulant au versant de tes seins,
Il court le long de les bras, flâne
Par tes lèvres rouges, et plane
Sur tes grands baisers assassins.

La Japonaise en ses rançons
Se sert de tes acres salives
Pour pimenter ses chairs olives,
Pour ensorceler ses suçons.

Qu’importe ! si, pour me griser,
Quand ton beau corps jonche ta couche.
Tu me verses à ronde bouche
L’opoponax de ton baiser !

(Thédore Hannon)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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