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Poésie

Posts Tagged ‘entasser’

NUDITÉ DE LA NUIT (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2021



Illustration: Giorgio de Chirico
    
NUDITÉ DE LA NUIT
(L’énigme de la fatalité)

L’infini est une tour.
Le destin, une cheminée d’usine
dans un entassement d’arcades.
Cambrures de l’Inévitable.
Briques de l’Inéluctable.
Sur la droite, un gant de fer posé sur un damier
rappelle que la vie est un jeu noir et blanc
s’achevant en tournois sanglants.

Qui donc a joué le Jour et l’a perdu au jeu?
Le soir prend la couleur d’un gant de fer rouillé
avant le heaume irrémédiable de la nuit.
Nuit nue de l’après-humain

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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Tandis que j’essaie d’habiller le monde (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2020



 Illustration: Nathalie Montel
    
À ma fille Théa

Tandis que j’essaie d’habiller
le monde derrière la porte vitrée
en couleurs chaudes
elle plonge un pinceau
dans le ciel de ses cinq ans
et son rire se met à couler
de l’horizon de la serrure
vers le seuil.

Un jour elle comprendra
que chacune de nous a son fleuve
où elle se réveille avec des yeux de femme,
puis entasse des silences dans sa gorge,
les plie en barques de papier
et s’endort avec des yeux de poisson.

À présent son rire gonfle les toiles
de toutes les barques
ensablées dans le delta du monde.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un poète (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



 

Un poète

Je ne vais pas toujours seul au fond de moi-même
Et j’entraîne avec moi plus d’un être vivant.
Ceux qui seront entrés dans mes froides cavernes
Sont-ils sûrs d’en sortir même pour un moment ?
J’entasse dans ma nuit, comme un vaisseau qui sombre,
Pêle-mêle, les passagers et les marins,
Et j’éteins la lumière aux yeux, dans les cabines,
Je me fais des amis des grandes profondeurs.

(Jules Supervielle)

 

 

 

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Jusqu’à la nuit (Pascal Commère)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2020


 


 

Antoine Serra  dockers 35

Jusqu’à la nuit il faut porter le poids du jour.
Ils entassent des sacs sur le quai ne savent pas qui doit en prendre livraison on ne leur a rien dit, ce n’est pas leur affaire.
Devant c’est un peu gris, plus loin on ne voit pas à cause du mur.
De l’autre côté des carcasses sans doute des abats de bêtes abîmées, on ne sait pas vraiment.
Ici c’est le quai, de moins en moins solide dans la brume.
En insistant peut-être leur dirait-on de quoi sont pleins les sacs.

(Pascal Commère)

Illustration: Antoine Serra

 

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Le grenier (Raymond Carver)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



Illustration: Jill Battaglia
    
Le grenier

Son cerveau est un grenier où les choses
se sont entassées au long des années.
De temps en temps elle montre son visage
aux petites fenêtres près du faîte de la maison.
Le triste visage de celle qui est restée enfermée
et qu’on a oubliée.

(Raymond Carver)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Jacqueline H. jeem-Pierry Carasso et Emmanuel Moses
Editions: De l’olivier

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Déménager (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2020



Déménager

Quitter un appartement.
Vider les lieux. Décamper.
Faire place nette.
Débarrasser le plancher.
Inventorier ranger classer trier
Éliminer jeter fourguer
Casser
Brûler
Descendre desceller déclouer
décoller dévisser décrocher
Débrancher détacher couper tirer
démonter plier couper
Rouler
Empaqueter emballer sangler
nouer empiler rassembler
Entasser ficeler envelopper
protéger recouvrir entourer
serrer
Enlever porter soulever
Balayer
Fermer
Partir.

(Georges Perec)

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Fléaux, la blancheur, les fleurs de la terre promise (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

Fléaux, la blancheur, les fleurs
de la terre promise : et tout
ce que tu entasses, se délitant à la lisière
du souffle. Pour un simple mot
dans l’air que nous n’avons pas respiré, pour une seule
pierre, éclatant avec la famine
en nous — colère,
issue des os dévastés, par quoi nous sommes proches
du ver. Le mur
est ton seul témoin. Séparé
de moi, mais ne prodiguant rien,
tu te vautres sur chaque page non écrite,
comme si ta voix s’était glissée
loin de toi : et pénétrait la blancheur
de la plainte.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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DEBARRAS (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2017



DEBARRAS

Dans un coin du ciel
on entasse
les nuages usagés
les astres rouillés
les étoiles brisées
les soleils éteints
et les lunes mortes.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Le coffre-faible (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2017



Le coffre-faible
où nous entassons
nos larmes.

(Laurent Albarracin)

 

 

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Souffrir Par Toi N’est Pas Souffrir (Julien Clerc)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2016



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Souffrir Par Toi N’est Pas Souffrir

Si un jour tu veux revenir
Sans mots, sans pleurs, sans même sourire
Négligemment et sans te retenir
Sans farder du passé tout l’avenir…
Le soir quand je te vois sourire
Sur cette photo qui ne veut rien dire
Sous ta vieille lampe qui tremble et chavire
Tu viens grimacer dans mes souvenirs

Maintenant, comme avant,
Doucement, sans pâlir, sans mentir, sans souffrir…
Aujourd’hui, je te dis:
Souffrir par toi n’est pas souffrir,
C’est comme mourir ou bien faire rire
C’est s’éloigner du monde des vivants
Dans la forêt, voir l’arbre mort seulement.
Comme un jour tu viendras sûrement
Dans ce salon qui perd son temps,
Ne parlons plus jamais de nos déserts…
Et si tu restes je mets le couvert
Maintenant, comme avant,
Doucement, sans pâlir, sans mentir, sans souffrir
Aujourd’hui, je te dis:
Tous les voyages ne veulent rien dire
Je sais des choses qui te feraient rire
Moi qui entassais des souvenirs par paresse
Ce sont tes vieux chandails que je caresse

Maintenant, comme avant, doucement
Restons-en au présent pour la vie,
Aujourd’hui, reste ici

(Julien Clerc)

 

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