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Tant que je repose inerte immobile (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



 

Tant que je repose inerte immobile,
je ne fais qu’entasser la masse des choses,
je ne fais que dévorer ce monde
par petits morceaux, ainsi que fait l’insecte.
Chaque fardeau de douleurs devient plus pesant;
la vie vieille, blanchie parmi l’hiver des doutes
est courbée sous le poids d’une préoccupation.

Mais si je vais et cours
dans le torrent du mouvement
avec la masse serrée de ce monde,
tous vêtements déchirés, lacérés,
alors les fardeaux variés de la souffrance se dissipent.
Je deviens pur, baignant dans le courant de marche
et je bois la liqueur immortelle de marche.
Ma jeunesse est éveillée à la vie neuve,
elle rajeunit à chaque instant!

Ainsi je suis le voyageur dont les regards vont en avant,
à quoi vous servirait de m’appeler derrière ?
Je ne demeure pas assis dans ma maison, envoûté par l’attirance de la mort!
Mais j’ai mis ma guirlande au cou de l’Etre Jeune.
Je porte à la main ses présents d’union,
je rejette l’ancien fardeau, l’amas précieux de ma vieillesse!
Le grand ciel est empli du joyeux chant de marche,
ô toi mon âme,
Dieu Poète du Monde chante en ton chariot,
et le soleil, la lune, les étoiles chantent à l’entour!

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Hartig Kopp Delaney

 

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Les mains vides (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



Les mains vides

Tes émissaires se tiennent sur notre seuil
« Que chacun apporte ce qu’il a de meilleur », disent-ils
les riches ont entassé leurs joyaux, leurs étoffes,
chargés de bagues leurs doigts ont plus d’éclat que leurs yeux,
le parler des monnaies a couvert celui de leur mémoire
ils n’entendent pas la marche des hommes de l’avenir
nous avançons les mains vides, le regard serein.

Une fois encore nous sommes les méprisés, les humbles.
Eux, ils ont rempli les vaisseaux. Ils marchent
à la tête d’armées glorieuses. Ils appellent
du fond des temps leurs moissons, leurs troupeaux.
Nul trophée n’est oublié et sur leur front
le songe de leur force élève une couronne
mais nous
nous avançons les mains vides, le regard serein.

Nous avons vu l’inoubliable étoile,
la fanfare altière des forêts dans l’orage
le soleil dans les arbres comme en le bois d’un cerf,
les océans traçaient autour leur cercle de feu
chaque chose murmurait « rappelle-toi bien »
il fallait garder l’image non pas la chose
et nous
nous avançons les mains vides, le regard serein.

Eux, ils apportent ce qu’ils ont pris, mais non
la flamme sans parure en l’urne de leur âme,
toujours le contenant, jamais le contenu,
la pierre mais non pas sa voix muette,
l’oiseau mais non la fumée de son vol,
le métal non l’éclat dans les roues de l’aube
mais nous
nous avançons les mains vides, le regard serein.

Notre part a été la part du faible.
Non pas demander, mais se donner tout entier,
Nous distribuant dans l’univers pour mieux ensuite
le recevoir en nous. O ! Mers, montagnes, astres,
nous n’avons retenu que vos reflets,
du riche bétail dans les étables nous avons préféré le souffle,
et nous
nous avançons les mains vides, le regard serein.

Nous venons les mains vides, le regard serein
car les noms sont en nous. Tes émissaires sauront les lire
les autres entassent tout ce dont il nous ont dépouillés
et le monde purifié dans le feu de leur envie
nous protège et nous accueille. Les autres s’écroulent
sous le fardeau des triomphes et des parures
mais nous
nous avançons les mains vides, le regard serein.

(Ilarie Voronca)

 

 

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Loin de l’endroit où tant de rêves meurent (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2016


Loin de l’endroit où tant de rêves meurent
La mémoire entasse des heures
Au bord de l’eau
Les arbres pleurent
La montagne roule son dos
En haut une tête se penche
La face que l’on voit est blanche

(Pierre Reverdy)

 

 

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L’automne (Marie Nizet)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2016



L’automne

Voici venir l’automne, âpre et voluptueuse.
Conseillère perverse en robe somptueuse.
Nos coeurs désordonnés l’attendent tout exprès…
Et c’est elle qui veut que je mette ma bouche
Contre la vôtre et que j’y morde et que je touche
Votre corps de mon corps, plus près, encor plus près…

Car ses derniers rayons seront aussi les nôtres.
Défuntes ces amours, nous n’en aurons plus d’autres:
L’hiver nous guette ainsi qu’il prendra la forêt.
Hâtons-nous. Entassons les baisers, les caresses.
Crispons nos nerfs, brûlons notre sang en ivresses.
Jouissons sans remords et mourons sans regret.

(Marie Nizet)

Illustration: Lucien Lévy-Dhurmer

 

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Cette drôle d’envie (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015


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sentir l’odeur du linge
séché dehors sur un fil
comme un soleil après l’hiver
et se dire qu’avec le drap
qu’on plie à deux
dans la maison
on range toujours chacun
des coins de son histoire
dans des armoires
ou sous des piles de mots
qu’on entasse
et qui finissent par peser lourd
entre ce qu’on vit
et ce qu’on écrit
quand on ouvre les fenêtres
pour la chaleur des pièces
et qu’on se demande
si c’est quelque chose qui finit
ou qui commence
cette drôle d’envie
d’aller voir dans la boîte à lettres
alors qu’aujourd’hui
le facteur ne passe pas.

(François de Cornière)

 

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