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Poésie

Posts Tagged ‘entendre’

L’Orgue (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018


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« J’ai entendu parler l’Orgue, parfois –
Dans une Nef de Cathédrale,
Je n’en saisissais aucune parole –
Mais retenais mon souffle –

Et me suis levée – et en allée
Plus Bernadine –
Ne sais pourtant ce qui m’advint
Dans cette Nef antique »

(Emily Dickinson)

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LE SPECTRE INVISIBLE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Marc Chagall
    
LE SPECTRE INVISIBLE

Que j’apprenne, si je l’ose, l’ordre du vent,
Du feu, de la tempête, et de la mer.
Que j’apprenne si je l’ose dans quel mode de l’être
Tombe la feuille de l’arbre.

Partout
Il y a des brèches dans l’air,
Des tombes ouvertes pour nous recevoir,

Après la septième couleur
Et avant la première
C’est l’obscurité.

Au-delà du son, le silence
Qu’entendent les chauves-souris
Et le poisson des profondeurs qui perçoit le pouls des vagues,

Au-delà des sens, les sphères qui tournent, ces fileuses,
Atomes et étoiles
Qui tissent nos vies.

Les amants cherchent un refuge
Dans l’abîme
D’où ils s’élancent,

Car dans les profondeurs de l’amour nous sondons
Le vide
Derrière la vie mortelle,

Et à travers notre sommeil
Se meuvent des puissances cachées
Étranges comme des nébuleuses,
Les rêves qui ne sont pas les nôtres.

***

THE INVISIBLE SPECTRUM

Learn, if I dare, the order of the wind,
Fire, tempest and the sea.
Learn if I dare into what mode of being
The leaf falls from the tree.

Everywhere
There are bolet in the air,
Graves open to receive us,

After the seventh colour
And before the first
Lies darkness.

Beyond sound, silence
Audible to bats
And deep-sea fish that feel the throb of waves,

Beyond senne, the spinning spheres,
Atoms and stars
That weave our dives

Loyers seek sanctuary
In the abyss
From which they fly,

For in love’s depths we sound
The void
Beyond mortality

And through our sleep
Move latent powers
Strange as nebulae,
Dreams not ours.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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SOI (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



    

SOI

Qui suis-je, qui
Parle, fait de poussière,
Qui regarde, fait d’argile?

Qui entend
La pierre muette,
Et touche du doigt, de l’os,
L’eau fragile?

Qui pour la forêt respire le soir,
Voit pour la rose,
Et sait
Ce que l’oiseau chante?

Qui suis-je — qui craint pour le soleil
La diabolique obscurité,
Et tient en équilibre
L’atome et le chaos?

Qui, né du rien, a contemplé
Le visage aimé?

***

SELF

Who am I, who
Speaks from the dus!,
Who looks from the clay ?

Who bears
For the mute stone,
For fragile water feels
With finger and bone?

Who for the fores! breathes the evening,
Sees for the rose,
Who knows
What the bird sings?

Who am I, who for the sun fears
The demon dark,
In order bolds
Atom and chaos?

Who out of notbingness has gazed
On the beloved face?

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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PRÈS DE LA CASCADE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2018




    
PRÈS DE LA CASCADE

Heurtant le manteau du ciel vide
d’un son clair sur le canevas du silence,
le flot surgit des nuages,

et sur un rocher, au sommet d’une colline,
une bourrasque gronde
avec un son presque animal.

Tellement plus que le calme, ces bruits me parlent !
J’ai trop entendu le silence,
trop longtemps écouté le mutisme du ciel.

***

AT THE WATERFALL

Touching the mande of the empty sky
with a clear sound on a canvas of silence,
the stream ,slows out of the clouds,

And on a rock, high on Place Fell
a gust of wind sounds
with a noise almost animal.

So much nearer Chan stillness they speak to me !
I have heard too much silence,
listened too long to the mute sky.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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INDIGNATION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



 

Charles Cros / Foto

INDIGNATION

J’aurais bien voulu vivre en doux ermite,
Vivre d’un radis et de l’eau qui court.
Mais l’art est si long et le temps si court !
Je rêve, poignards, poisons, dynamite.

Avoir un chalet en bois de sapin !
J’ai de beaux enfants (l’avenir), leur mère
M’aime bien, malgré cette idée amère
Que je ne sais pas gagner notre pain.

Le monde nouveau me voit à sa tête.
Si j’étais anglais, chinois, allemand,
Ou russe, oh ! alors on verrait comment
La France ferait pour moi la coquette.

J’ai tout rêvé, tout dit, dans mon pays
J’ai joué du feu, de l’air, de la lyre.
On a pu m’entendre, on a pu me lire
Et les gens s’en vont dormir, ébahis…

(Charles Cros)

 

 

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Plusieurs et un (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Plusieurs et un : dans la grande mémoire
Nous connaissons comme nous sommes connus,
Et toi et moi
Proches comme l’être à lui-même. Alors pourquoi,
Nous éveillant à un jour ignorant,
N’entendons-nous qu’en dormant
Ces douces voix d’îles qui nous font pleurer?

***

Many and one: in the great memory
We know as we are known,
And you and I
Near as being to itself Why then do we,
Waking to an ignorant day
Hear only in sleep
Sweet island voices that make us weep?

(Kathleen Raine)

 

 

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N’AI-JE pas entendu (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018




N’AI-JE pas entendu
Ou seulement pensé ou espéré entendre
Ces harmonies célestes
Qui font la musique du monde,

Vagues de vent et de marée,
Coeur battant et pulsation
De la vie, tous les chants,
Toutes les formes de l’être ?

S’ils sont là-bas
Avec quelle obscure vision
Contemplés chaque jour sur
La sainte face de la terre,

Mais même s’ils ne sont qu’imaginés
Ils demeurent l’imaginable
Sens et beauté
De la pensée humaine,
De l’extase du coeur.

***

HAVE I not heard
Or only thought or hoped to hear
Those harmonies of heaven
That make the music of the world,

Waves of wind and tide,
Heartbeat and pulse
Of life, all songs,
All forms of being?

If they are there
With what dim vision
Looked daily on
Earth’s holy face,

Yet if imagined only
Still the imaginable
Meaning and beauty
Of human thought,
Of heart’s delight.

(Kathleen Raine)

Illustration: Le Bernin

 

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Ils passent en cette musique (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018




Ils passent en cette musique :
Et moi aussi dans le sommeil
J’entendis l’harmonie sublime
Et je sus que j’étais parmi les morts heureux.
Nous ne pouvons marcher sur les ondes qu’ils effleurent
Car la terre du ciel est un son,
Pour nous ce sol de pierre
Ils entendent musique où nous sentons douleur.

***

They pass into that music:
I too in sleep have heard
The harmony sublime
And known myself among the blessed dead.
We cannot walk the waves they tread,
For the earth of heaven is sound,
To sense this stony ground:
They hear as music what we feel as pain.

(Kathleen Raine)

Illustration: Pablo Amaringo

 

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DANS LE ROYAUME DE PARALDA (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018




DANS LE ROYAUME DE PARALDA

I
TOUT le jour j’ai écouté leurs voix résonner
Sur les hauteurs de la lande, le royaume du vent,
Esprits sans entraves de l’air,
Leur longue parole perpétuelle ne signifiant
Ni peine ni joie, chant sonore
Que les grands anges des étoiles entendront quand je m’en serai allée.

II
Au repos dans le devenir:
A travers l’azur ils se meuvent
Passifs dans l’étreinte des vents célestes,
Visible fondu dans l’invisible, pour reparaître
En volute et en frange de pure
Vapeur de brume immaculée comme lentement ils se forment et s’amassent
Dans la sérénité éternelle
Sans cesse mêlée de l’union de l’eau et de l’air.

III
Ils n’accusent personne,
Les rayons du soleil couchant, ni ces
Feuilles de trèfle repliées et ces pâquerettes endormies,
La drenne qui chante
Pour moi, pour tout ce qui est à portée de son chant,
Mon voisin le mulot
Qui s’aventure craintivement hors de sa cachette sous la pierre
Accepte les miettes que j’ai répandues;
Du brin d’herbe à la plus lointaine étoile rien ne se refuse
A l’injuste ou au juste; qui sont aussi l’oeuvre
De celui qui a donné tout cela.

IV
Des nuages légers courant sur la colline du nord,
Un moment sombre, puis se dissipant
Pour s’élever en une multitude frémissante
D’ailes, tournant de nouveau, faisant demi-tour, se déversant
En un flot de vent invisible, se condensant
En un noyau noir, pour éclater de nouveau
En une fumée volant au gré du vent, poussière
Élevée dans les airs par la volonté
D’une unique âme en une joie innombrable, et moi
Qui observe m’élève quand s’élève, me déverse quand descend
La nuée des vivants, lis dans le ciel du soir
Le mot sans fin qu’ils épellent, l’extase.

***

IN PARALDA’S KINGDOM

I
ALL day I have listened to their voices sounding
Over the high fells, the wind’s kingdom,
Unhindered elementals of the air,
Their long continuous word meaning
Neither sorrow nor joy, loud singing
Great angels of the stars will hear when I am gone.

II

At rest in changing:
Across the blue they move
Passive in the embrace of the winds of heaven,
Visible melting into invisible, to reappear
In wisp and fringe of pure
Vapour of whitest mist as slowly they gather and come together
In serene for ever
Unbroken comingling consummation of water and air.

III
They accuse none,
Rays of the westering sun, or these
Folding clover leaves and sleeping daisies,
The missel-thrush that sings
To me, to all within the compass of his song,
My neighbour field-mouse
Venturing tremulous from hide under stone
Accepts the crumbs I have scattered;
From grass-blade to farthest star nothing withheld
From the unjust or the just; whom also made
The giver of these.

IV
Swift cloud streaming over the northern hill,
One moment dark, then vanishing
To rise in pulsing multitude
Of wings, turning again, returning, pouring
In current of invisible wind, condensing
In black core, to burst again
In smoke of flight windborne, upborne
Dust moved by will
Of single soul in joy innumerable, and I
The watcher rise with the rising, pour with the descending
Cloud of the living, read in the evening sky
The unending word they spell, delight.

(Kathleen Raine)

Illustration: Pauline Rigot-Müller

 

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Echo (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018




De la creuse sphère d’espace
Echo
D’une voix solitaire
Qui crie, mon amour, mon amour :
Je ne sais
Si j’ai parlé ou entendu
Le mot
Qui emplit tout silence.

***

From the hollow sphere of space
Echo
Of a lonely voice
That cries, my love, my love :
I do not know
Whether I spoke or heard
The word
That fills all silence.

(Kathleen Raine)

Illustration: Alexandre Cabanel

 

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