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Poésie

Posts Tagged ‘entendre’

Dans une fuite heureuse (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



Dans une fuite heureuse les mots s’échappaient de toi.
Le poème que tu n’écriras pas, la secrète source du poème ouvert sur la mer
où seule je glisse parmi la solitude des souvenirs,
coulait intaris sable, eau de l’âme, secrets changeants, passés défaits.

Les vagues, les feuilles, les anciennes amours, tremblaient dans la chambre.
Mon sommeil t’écoutait à travers toi. Je t’entendais, prisonnier sous mes paupières.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration

 

 

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La poésie meurt. L’époque est muette… (Mihály Babits)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



La poésie meurt. Nos mains trop hardies
Ont déchiré le cœur de violon
De cette enfant frêle et l’ont tourmenté
Pour en tirer des sons trop violents;
Elle ne peut plus que geindre, aujourd’hui,
Comme un moribond… Plus de rythme, dans
Son cri de douleur! Ni mots! Ni syllabes!
L’esprit clair, le cœur musical se taisent.
On n’entend que les poumons qui halètent,
La gorge qui crie, l’estomac qui rêve.
La poésie meurt. L’époque est muette…

(Mihály Babits)


Illustration

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Recueillement (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Recueillement

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l’Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

(Charles Baudelaire)

 

 

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220 satoris mortels (François Matton)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2018



Illustration

    

Quand ce serait l’heure d’y aller
mais qu’on n’y est pas du tout

Quand en sauvant un papillon
attaqué par des fourmis
on se prend pour un saint

Quand on est si loin de chez soi
qu’on finit par l’oublier

Quand on est couché dans son lit
et qu’on entend soudainement craquer
le plancher du grenier

Quand le spectacle de la Nature
devient le seul spectacle supportable

Quand on est heureux
et malheureux
simultanément
sans raison

Quand
OH Regarde

Quand un arc-en-ciel
une colline jaune
un lapin à deux pas

Quand la projection
est subitement suspendue

Quand on ne saurait dire
si le monde préexiste à la perception

Quand toutes les salles se vident
et que le silence revient

Qaund passer le balai
se révèle plus efficace
qu’avaler un anxiolytique

Quand on n’est plus personne
à l’instant où le petit oiseau va sortir

Quand tout paraît
bulles de savon
à la surface
et au-dedans

Quand un changement de focale
sauve du monde bavard des hommes

Quand on se demande bien
pourquoi
on n’a pas commencé par là

Quand la montagne
déplace la Foi

Quand on hésite à frapper
au seuil de l’Inconnu

Quand on jurerait être
déjà passé par là

Quand les mots s’espacent
à mesure que le souffle s’allonge

Quand la joie se réveille
au moment où
on s’y attend le moins

Quand toute votre enfance resurgit
du simple fait d’être
monté au grenier

Quand on s’arrête
soudainement
de se croire
un monstre

Quand ça chatouille les chakras
à travers la forêt
des plaisir sensoriels

Quand tout l’éclat du monde
se concentre sur un seul point

Quand on espère très fort
que ça n’est pas une mauvaise blague

Quand bêtement
d’un coup
on ne veut plus
mourir

Quand vous n’avez
plus de tête
et que vous ne
le regrettez pas

Quand on assiste
au retour inopiné
de figures
très aimées

Quand la joie descend
jusqu’aux orteils

Quand la tentation est trop forte
bien que le panneau soit énorme

Quand ça semblerait bien
pouvoir durer toujours

Quand Ouuuiii ii i iii i i i i

Quand on n’a plus
qu’une envie

Quand il fait si bon
si doux
si tout

Quand cet élan
qui nous prend
c’est le pur Amour

[…]

(François Matton)

 

Recueil: 220 satoris mortels
Traduction:
Editions: P.O.L.

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LES CLOCHES (Norge)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



LES CLOCHES

Bim bam bim bam.
Pendant vingt-cinq ans, Eusèbe écouta le son de cette cloche
et la trouva la plus belle du monde.
Elle enchantait son oreille
et portait ses vibrations jusqu’au plus profond de son coeur.
Jusqu’au jour où il entendit un autre son de cloche.

(Norge)

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Alors les murs seront brisés (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Alors les murs seront brisés
par des anges prodigieux
et liberté, liberté sera proclamée
pour toutes les âmes,
pour mon âme,
pour la tienne.
Alors toutes les chaînes se rompront
au son d’une note vertigineuse,
si haute que personne ne l’entendra,
comme du cristal nous verrons éclater les chaînes.
Alors viendra l’ère de l’accomplissement,
et tous les cieux seront remplis de paix,
la paix des murs rasés,
la paix des cieux ascendants,
la paix de la liberté
sans nulle limite.

***

Då bryts murarna ner
av oerhörda änglar
och frihet, frihet förkunnas
för alla själar,
för min själ,
för din själ.
Då brister alla bojor
vid en svindlande hög ton,
sa hög att ingen kan höra den,
men vi ser bojorna brista som kristall.
Då är ful komningens tidsålder inne,
och alla himlar blir fulla av frid,
de rasade murarnas frid,
de stigande rymdernas frid,
frihetens frid
utan all gräns.

(Pär Lagerkvist)

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La vie passe (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



    

La vie passe
Alors que tu rassembles
Une seconde ici
Un moment là
Que tu caches dans un coffre
Entre les vêtements
Pour les jours de joie.

La vie passe
Alors que tu entends les secondes et les moments
Chanter dans le coffre de la joie
Dont tu as perdu la vieille clef
Accrochée autour de ton cou
A un fil vert
Comme font les vieillards.

***

(Hala Mohammad)

 

Recueil: Ce peu de vie
Traduction: Antoine Jockey
Editions: Al Manar

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Ne va pas dans ta solitude (Jean Bouhier)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Ne va pas dans ta solitude
attendre celle qui n’a plus d’yeux
son corps ne peut plus enfanter de soupirs
ses mains sont refermées sur le germe du vide

Ne va pas dans ta solitude
appeler celui qui n’a plus d’oreilles
sa vie n’a plus de poids dans ta main
et son souffle est sans couleur

Dans ta solitude où l’on t’entend vivre
il n’y a que toi pour t’aimer encore
tes lèvres ne savent plus le baiser et la soif
et la prière reste glacée entre tes doigts.

(Jean Bouhier)

Illustration: Salvador Dali

 

 

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JE VIENS VERS TOI (Richard Seff)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



 

JE VIENS VERS TOI

Je prie,
Et tu n’entends pas ma voix
Le silence répond pour toi
Toi qui ne me vois même pas
Je sais
Je ne suis qu’une poussière
Egarée dans ton univers
Un exilé dans les ténèbres

Je viens vers toi
Comme un esclave, comme un vaincu
Je viens vers toi
Comme un mendiant les mains tendues
Je viens vers toi, accueille-moi
Je viens vers toi, éclaire-moi

Moi l’homme
L’inconscient, le présomptueux
Qui cherche à égaler les dieux
Qui a osé voler le feu
Vivant
Dans le monde des douleurs
De la violence et des pleurs
Où l’exception est le bonheur

Je viens vers toi
Comme un esclave, comme un vaincu
Je viens vers toi
Comme un mendiant les mains tendues
Je viens vers toi, accueille-moi
Je viens vers toi, éclaire-moi

Je viens vers toi
Comme un esclave, comme un vaincu
Je viens vers toi
Comme un mendiant les mains tendues
Je viens vers toi, accueille-moi
Je viens vers toi, éclaire-moi.

(Richard Seff)

Illustration: William Blake

 

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Je suis colombe (Haviva Pedaya)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Je suis colombe lâchée hors de l’arche
En vain mon aile errante parcourt les eaux sans fin
Mon âme pleure, nul ne l’entend
Mon Dieu devant toi oubliée
Dans d’épaisses ténèbres reléguée
Je me languis de toi et je te recherche
Et j’espère qu’au fin fond de la fosse
Poindra en moi la lumière

(Haviva Pedaya)


Illustration

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