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Poésie

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La terre que je tire (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017




    
La terre que je tire est moins lourde que mon corps
et je suis lié à elle par les pas que je fais.
Devant moi elle est toujours prête à s’ouvrir
d’une tombe qu’il me faut sauter à chaque instant.

Minute par minute, je réchauffe mon coeur pour vivre.
Dès que j’entends le sang ruisseler sous mes tempes
l’amour se met à battre de mon regard à un autre regard
et de deux vies fait deux fleuves qui se côtoient.

Le soleil en plongée dans les bois
remonte en prenant la couleur de la terre,
tandis que mes yeux regardent le monde
comme des souterrains qui viennent du fond d’une existence.

Ma main tendue est une cime
dont le ciel se détourne avec indifférence
parce qu’elle ne peut se libérer du poids
qui la fait se rabattre sur un front sans chaleur.

Toute vie se passe renvoyée à un autre être
comme les carreaux se renvoient certains reflets
et c’est pour toujours l’obscurité des eaux
dont on ne connaît pas la profondeur.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Divinité (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Lauri Blank
    
Divinité

Déesse aux yeux d’or brun, clos ta paupière rose,
Fais des songes d’amour ; que ton sommeil soit doux ;
Que le rêve lointain comme un rayon se pose
Sur ton front languissant et sur tes cheveux flous.

Je voudrais être la nuit, afin de t’étreindre,
Je voudrais te presser sur mon coeur frémissant,
Entendre ton sanglot voluptueux se plaindre
Et retenir l’amour qui sourit en passant.

(Renée Vivien)

 

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Au Pays des Miracles (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Jimmy Lawlor

    

Au Pays des Miracles

Impérieusement je prendrai mon essor
Cette nuit : je fuirai vers les espaces d’or.

Je ferai ruisseler, fludités sereines,
Entre mes doigts ardents les cheveux des Sirènes.

Je verrai, dans un halo de parfums flottants,
Les fantômes errer sous le bleu du printemps.

J’entendrai les chasseurs étranges des ténèbres,
Les frissons noirs des ifs, le son des cors funèbres.

Auprès de moi, blancheurs de nuage et de jour,
Luiront les visions mortelles de l’amour.

Je pencherai mon coeur sur l’eau de la lagune,
Lorsque s’attendrira le rire de la Lune…

Impérieusement je prendrai mon essor
Cette nuit : je fuirai vers les espaces d’or.

(Renée Vivien)

 

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Le Poète (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration  
    
Le Poète

Il porte obscurément la pourpre du poète,
Ce passant qu’on rencontre au détour du chemin,
Vers lequel nul ne tend sa secourable main
Et qui lève vers l’aube un front large d’ascète.

Mais sous le grand manteau percé de mille trous,
Si vieux qu’il est pareil aux innombrables toiles
Que l’araignée a su tramer sous les étoiles,
S’ouvrent ses yeux divins, prophétiques et fous.

Cet inconnu c’est le poète en son passage,
Et le vent du chemin lui dicte, ainsi qu’un dieu
Dicte un ordre divin, son chant impérieux…
… Mais, hélas ! nul n’entend le merveilleux message.

Toi, dont le vent clément rafraîchit le front nu,
Tu n’oses même pas solliciter l’Aumône,
Mais les siècles futurs te verront sur un trône,
Couronné de rayons, ô divin Inconnu !

(Renée Vivien)

 

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Tant que mes yeux pourront larmes épandre (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Hendrick Terbrugghen - Joueuse de luth [800x600]

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l’heur passé avec toi regretter,
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

(Louise Labé)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration: Hendrick Terbrugghen

 

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Je ne suis rien sans toi (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Albert Aublet
    
Je ne suis rien sans toi,
sans ton visage contre le mien.
Tu étais pour moi le pain
dont on ne se lasse jamais.

Tu avais cette odeur des foins
qui bouleverse tout un couchant.
Tu es morte sur les photos
où tu souris pourtant éternelle.

J’ai cru t’entendre respirer :
ce n’est que mon coeur qui bat.
J’ai perdu l’espoir de te retrouver
dans les fenêtres entr’ouvertes de la ville.

Je ne suis plus qu’un homme
loin d’une femme aimée,
loin d’une vie qui n’est plus la sienne,
loin d’un regard qui me montrait le jour.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Dans le soir (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Illustration: Tamara Lunginovic
    
Dans le soir, les paroles se séparent comme
des fleuves qui ne vont pas vers la même mer.
Dans le soir, le couchant n’est plus, si près de la terre,
qu’une paupière trop lourde qui retombe.

La nuit n’entend que la flottaison des étoiles
que le bruit d’étoffe des baisers sur les corps.
Un insecte se débat sur une source
où le jour veille, clair encor d’un peu de ciel.

Baisers légers comme des bulles de savon,
terre couverte d’un seul arbre d’ombre,
main de soleil qui dure sur le couchant,
comme vous mentez à mon visage déconcerté.

Et quand je te vois, seule, sans horizon,
je traverse, sans armes ni défense,
les plantes de tendresse qui lèvent de ton corps,
immenses et douces comme des vallées.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Au fond des souterrains (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Illustration: Pascal Renoux
    
Au fond des souterrains où je te rencontre,
que ce soit dans une rue barrée par la nuit,
que ce soit dans une chambre coupée par quatre murs,
ton corps a le poids exact du vent
qui bouge dans un matin de soleil et de rosée.

Dans le feuillage des baisers que tu me donnes,
je découvre peu à peu ton visage
et quand je trempe mes lèvres dans ta bouche,
c’est comme si ta chair s’ouvrait sur son noyau.

De ma vie à la tienne tout regard est inutile
puisque tu t’étends sur le lit
comme un peu de ciel arraché à l’espace,
puisque nos deux peaux se baignent l’une dans l’autre
avec le frisson dont s’éveille à l’aube une plaine.

De la même façon qu’on entend dans le soir
le pas de l’océan monter vers la terre,
on n’entend plus dans la chambre
que le bruit des vagues qui portent mon corps vers le tien.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Les champs se taisent (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



 

    

Les champs se taisent de toute leur rosée.
Les fenêtres se dévisagent durement
et il circule encore en elles de l’ombre
amassée au fond des chambres endormies.

Le sang colle sous la peau,
chargé de la nuit des racines
qui étreignent la terre
ou qui montent dans les songes.

La rue frappe mon pied désorienté
par les mille années de sommeil d’une nuit
et l’on entend dans le vent qui s’élève
grincer les chaînes de la terre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Entre les villages (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Entre les villages séparés par le silence,
les chaumes se tendent comme des oiseaux
aux aguets et l’on entend parfois le bruit
que fait une feuille pour rentrer dans la terre.

Il y a tant de litres de clarté jamais bus
jamais vides de leur éclatement facile
que la terre reste blanche comme les routes
dont la poussière cache un peu de soleil.

Le ciel trop haut n’a pas retenu ton regard
la terre n’a pas gardé ton pas sur les chemins
Il reste un peu de buée sur la tête trop claire,
un peu de tendresse mal assemblée dans la main.

Tu as vécu jusqu’au dernier papier de peau
jusqu’à la dernière goutte de regard.
Pas une femme ne se souvient de ta vie
comme la terre se souvient des étoiles.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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