Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘entente’

EVADNE (René Char)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



 

Bruno Di Maio 191

EVADNE

L’été et notre vie étions d’un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante
Avidité et contrainte s’étaient réconciliées
Le château de Maubec s’enfonçait dans l’argile
Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre
La violence des plantes nous faisait vaciller
Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre
Sur le muet silex de midi écartelé
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres
La faucille partout devait se reposer
Notre rareté commençait un règne
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant).

C’était au début d’adorables années
La terre nous aimait un peu je me souviens.

(René Char)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Bruno Di Maio

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nous sommes semés d’absence vive (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019




    

Nous sommes semés d’absence vive
Et c’est là notre chant
Et c’est là notre feu
Notre commune entente
Notre lampe ardente
Notre gravité
Notre danse immobile
Notre poème nu
Notre horizon muet
Notre indicible marelle
Notre fugue secrète

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Des concepts (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018




    
Des concepts encore riches, diaprés, chargés de sourde incandescence.
Des concepts proches de l’image, comme lieux de rencontre et d’entente
entre le concret immédiat et l’essence.
Des concepts encore nimbés de rêve…

(Roger Munier)

 

Recueil: Contre-jour
Traduction:
Editions: Atelier la Feugraie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TERRE ET POÉSIE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



 

TERRE ET POÉSIE

La poésie, comme l’amour, charge de tout son contenu,
force à tous ses espaces le visage, le geste, le mot.
Sans elle, à l’instant d’être, ils seraient déjà morts —
ou cernés à jamais en leur étroite forme,
ce qui est mourir d’une autre façon.

Le roman prend corps pour ensuite se vêtir.
Prenant âme, la poésie demeure nue.

L’heure aride : des clefs sur la table et pas de porte à ouvrir.

La poésie suggère. En cela, elle est plus proche qu’on ne pense
de la vie, qui est toujours en deçà de l’instant qui frappe.

La poésie n’est pas la proie du poème.
Elle assiège et s’éclipse.
Nous laissant plus gravé dans l’argile, ou plus libre d’un anneau.

Lorsqu’on a pressenti, rien qu’une fois, l’immensité de l’aventure humaine,
on peut se demander quelle force nous retient dans l’étroit.
Quelle force est là, qui fait que nous poursuivons quand même la route
sans fomenter des bouleversements et sans abattre les murs ?
La poésie — si elle s’inscrit en nous — tout en admettant de nous regarder cheminer, nous délivre.

Parfois, se mirant dans l’un de nos destins,
elle nous découvre son envers terrestre qui est l’amour.
Alors, malgré les tiraillements, nous nous sentons sauvés ;
et en réalité nous le sommes, sauvés, ici et ailleurs.
Toujours un peu en amont du dernier poème vécu, la poésie ne saurait décevoir.
Je dis : un peu, car il faut apprivoiser l’impossible ;
vouloir qu’un passage existe, à portée de voix, à portée de regard.
Ce qui nous dépasse, et dont nous portons le grain aussi
certainement que nous portons notre corps, cela s’appelle : Poésie.

Le poème se nourrit de mouvements.
Son rythme est celui de la vague, son dessein est de traverser.

Hostile aux vérités à éclipses,
le poète n’est soucieux que de l’homme à la recherche de son visage enfoui.

La poésie est naturelle.
Elle est l’eau de notre seconde soif.

Il est vital pour le poète de lever des échos et de le savoir.
Nul mieux que lui ne s’accorde aux solitudes ;
mais aussi, nul n’a plus besoin que sa terre soit visitée.

Le poète séjourne hors des enceintes.
S’il ne rompait les digues,
comment joindrait-il ses terres à la terre, et la parole aux mots ?

Si l’appel du poème n’est pas contraignant, celui de la poésie est d’une haleine.
Fièvre perpétuelle qui brûle de devenir.

Pour en épeler les signes, la poésie endosse le monde dont elle est issue.
Mais à travers l’essaim des poèmes — intacte et pourtant remuée —
la poésie demeure au futur.

En sa terre labourée, le poète — pour un temps — s’apaise du cri qu’il pousse ;
poème dans sa nuit.

Le poète avance par saccades : coups d’aile et retombées.
L’expérience lui enseigne que la chute est le présage de l’essor ;
mais, au plus sombre d’une détresse, cette mémoire est de maigre secours.

Sauvegardons à ceux qui nous ont failli le mystère entier de leur visage.
Blessés et en cause, nous voici juges, les affublant du masque odieux.
Les faiblesses d’autrui, quand elles égratignent notre susceptible peau,
nous poussent à renier tout un passé d’entente.
Tourné vers la possession, nous sommes sans perspective et sans recours.

L’amour est toute la vie. Il est vain de prétendre qu’il y a d’autres équilibres.
Le dénué d’amour trace partout des cercles dont le centre n’est pas.

Le coeur se rit de l’absurde.
Sa vérité est au midi des contradictions.

L’amour comme la mort — qui naviguent hors du temps —
lissent nos fronts, affinent nos visages.
Au bord de ce qui est vaste, le regard n’erre plus.
Et le souffle, complice de l’angoisse et des jours, trouve enfin sa paix.

(Andrée Chedid)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

L’attente-entente (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018


amour-distance

 

Cette voix à distance
qui s’adresse à toi
Mais de toi elle est née

L’attente-entente à distance
De l’un                  de l’autre
jamais comblée

Espace bruissant de vols
Entre deux feuillages
entre deux nuages

(François Cheng)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La main (Dominique Sampiero)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



La main est le berger de l’ombre.
L’ombre des mots. L’ombre de rien.
Elle rassemble.

Une île entre le visible et l’invisible.
C’est par là qu’elle touche les morts,
qu’elle les caresse et leur parle;
ils posent leur front glacé entre nos doigts :
c’est la mémoire des outils, des courbatures,
des gestes vers la terre.

Et l’on se surprend à tracer dans l’air
des arabesques de semailles,
à abattre des arbres de verre,
à détourner des rivières muettes.

La main sait tout.
Le mouvement du pain.
Les poutres sur l’épaule.
Conduire les troupeaux.
Cueillir, toucher, ouvrir.

Quand trop de lumière aveugle,
la main couvre, incline et l’espace se referme.

Est-ce la pierre
qui a façonné la paume,
la rivière, l’arbre ?
Est-ce le ciel,
la montagne ou la crevasse ?

La main a les odeurs du monde en son ventre,
elle ruisselle,
elle pleure de toutes ses eaux,
et les pluies gémissent entre ses doigts.

Elle est une jeune fille
sortie de l’eau du corps,
du bleu liquide de la nuit,
elle embrasse le soleil
au plus haut de ses lèvres,
et son rire gicle sur le dos des bêtes.

Elle est l’autre côté,
elle connaît le début, la fin, et pire.

Écrire pour elle,
c’est coucher tout cela
sur la poitrine très large du livre,
se rassasier des bonnes odeurs
que fait la langue dans ses veines.

La main hurle debout, quitte le sol,
ses nœuds et ses griffes s’enchevêtrent,
on entend encore son souffle
dans le plus petit mot.
Son halètement, ses peurs.

La main est le fruit d’un soupir,
un geste de l’âme vers le corps
pour marquer une entente.
Un rire sur le dos du monde qui se gratte.
Une fête de première fois.

Elle est cette vieille idée sur le visage de Dieu
pour raconter à l’homme
comment lui-même s’est ouvert en deux.

La main nous console de tout ce sang séparé,
elle s’accouple sans cesse
et sa robe rouge couche dans ses coutures
la grâce violente des retrouvailles.

Elle est la très vieille mémoire du quatre pattes,
la terre sous le sexe, le ciel sur le dos,
ce qui sans cesse nous bouscule entre le chien et le dieu.

Elle étrangle, elle arrache
et dresse tous ses muscles
à bâtir le corps qui n’est plus le corps.
La main sèche les larmes
quand sont venus les étourneaux de nos douleurs
et qu’ils nous crèvent les yeux jusqu’à les picorer.

La main ferme les plaies comme des fleurs.

Ce serait si beau d’être porté ainsi par elle,
page à page, dans la mémoire rude,
raviver les feux, les aciers,
retrouver les mains du père
et du grand-père dans les siennes,
les agiter comme des tisonniers devant l’adversaire,
ou simplement les ouvrir à celui qui passe.

La main qui tient l’outil est la plus belle.
Nous ne savons rien d’elle.
Elle est morte avec les hommes de terre,
enfouie en notre corps, comme une vierge noire,
ensevelie sous les livres, les images,
les gestes abstraits de notre savoir.
Par exemple la main du père, avec ses monticules de corne,
ses verrues, ses cicatrices de rabot.

Et comment elle ruisselle du bout des doigts vers le dedans,
par des veines, des rides,
le même mouvement que la sève dans l’aubier.
La main massive, charnue,
avec pour chaque outil un creux, une bosse.
Une paume à tuer les lapins,
d’un coup sec du tranchant derrière l’oreille.

Des ongles épais comme les voûtes des cathédrales :
c’est tout l’être qui semble tenir là
comme en la jointure des phalanges faites pour craquer.

Ces mains-là vont disparaître
et nous ne saurons plus qui nous sommes.
Elles vont blanchir, s’amincir comme des mains de fille,
des saumons à glisser entre les touches d’un clavier.

Que nous disent-elles d’un savoir à bras le corps,
d’un combat entre l’espace et le geste,
que nous disent-elles de ces hommes,
nos pères, aux âmes si bien trempées ?

La main qui écrit est-elle aussi pure,
aussi claire que la main du geste vers la terre ?

A-t-elle retrouvé en son sang les cris,
les mots rentrés, les rythmes du corps
dans la lumière ?

(Dominique Sampiero)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Derrière l’oeil fermé (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



 Illustration: Fabienne Guilhem
    
Derrière l’oeil fermé d’une de ces Lois préfixes
qui ont pour notre désir des obstacles sans solution,

parfois se dissimule un soleil arriéré
dont la sensibilité de fenouil à notre contact
violemment s’épanche et nous embaume.

L’obscurité de sa tendresse,
son entente avec l’inespéré,
noblesse lourde qui suffit au poète.

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce nom d’« arbre » (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2017




    
Si nous le prononçons pour lui-même,
ce nom d’« arbre »,
nous n’aurons qu’une envie,
servir à nouveau la syllabe ardente.

Que les branches soient noires ou rayonnantes,bruissantes,
que ce soit orme ou saule,
l’écorce aussitôt se déchire,
le tronc brûle et s’élève :

il dit l’entente,
il dit l’appel
qui vient du monde
autant que de la langue.

Aucune voix ne tombera,
qu’il anime, qu’il oblige à la plus juste écoute,
le soir également,
la terre est la terre promise.

(Pierre Dhainaut)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans l’Impatience du dégel (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2017




    
Dans l’Impatience du dégel rejeter les draps, tirer les rideaux…
En vain tu rêveras de la braise ou de la frondaison,
tu ne constates qu’une terre humide, infranchissable, des nuages inertes,
ils sont à notre image. Mais rien ne limite l’entente,
toute chose reçue pour elle-même
heure après heure allégeant les années :
ne pas conclure, ne pas décevoir l’inconnu.

Dehors, la plénitude, le sentiment appartenir,
de recueillir un secret millénaire.
Serait-ce en cette cour de brique, nous plongeons
en la houle et nous la dilatons jusqu’aux étoiles,
avec qui dans l`étreinte échangeons-nous la vie,
avec qui restons-nous ?

(Pierre Dhainaut)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

D’ici là (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2017




    
D’ici là
D’un instant l’autre
L’inattendu adviendra
Quand le divin habitera l’intervalle.
Du dire à l’ouï-dire,
Du don à l’abandon,
Tout le souffle du printemps
Qu’un trait d’éclair retrace.
Les anciens rêves éclatant en bourgeon
Soif et ivresse demeurent intactes ;
Dans le rythme primordial retrouvé,
Source sera nuage et nuage averse.
D’ici là
D’un instant l’autre
Nous nous rejoindrons,
Chacun en avant de soi
S’étend de oe qu’il ouvre,
S’accroît de ce qu’il donne,
Toute fêlure offrande,
Toute en-tente
ex-tase.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :