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Poésie

Posts Tagged ‘enterré’

NOTES D’AUTOMNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



John Atkinson Grimshaw  [800x600]

NOTES D’AUTOMNE

Silence… l’automne règne en la ville…
Il pleut… et c’est la pluie, uniquement…
Paix de plomb… le vent… et avec le vent
Les feuilles, en toute hâte, défilent…

Ouvre, laisse-moi entrer, adorée,
Avec branches, feuilles sèches, j’accours ;
Triste, une fille est morte dans le bourg, —
Sous la pluie on l’a conduite, enterrée…

Ouvre-moi… l’automne règne en la ville,
La terre entière est un tombeau béant…
Il pleut… et sur le bourg, avec le vent,
Les feuilles, en toute hâte, défilent…

(George Bacovia)

 Illustration: John Atkinson Grimshaw

 

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Girouette (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018


Girouette

Beaucoup d’amour, peu d’espoir,
Le vent tourne mal, Gustave.
Mieux vaut glisser dans ton noir,
Dans ta mine, dans ta cave.

Mieux vaut glisser dans ta mine,
La fille a le coeur pourri
Et l’espoir que tu rumines
S’enfuit comme une souris.

Mais le vent tourne, Gustave
Et ce bel épi fauché,
C’est la fille au coeur suave
Qui, près de toi, vient coucher.

— Trop tard ; le vent a viré,
L’amour est mort, dit Gustave,
Est mort de faim dans la cave !
I1 est mort et enterré.

(Norge)

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JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration: Charles Edouard Boutibonne
    
JE CHANTE MA CHAIR ET MA VIE

Certes je ne chanterai pas les amantes célèbres. Si elles ne sont plus, pourquoi en parler?
Ne suis-je pas semblable à elles ? N’ai-je pas trop de songer à moi-même?

Je t’oublierai, Pasiphaê, bien que ta passion fût extrême.
Je ne te louerai pas, Syrinx, ni toi, Byblis,
ni toi, par la déesse entre toutes choisie, Hélênê aux bras blancs!

Si quelqu’un souffrit, je ne le sens qu’à peine.
Si quelqu’un aima, j’aime davantage.
Je chante ma chair et ma vie, et non pas l’ombre stérile des amoureuses enterrées.

Reste couché, ô mon corps, selon ta mission voluptueuse !
Savoure la jouissance quotidienne et les passions sans lendemain.
Ne laisse pas une joie inconnue aux regrets du jour de ta mort .

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il faut creuser les sources (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



Illustration
    
Il faut creuser les sources.

Il faut creuser les sources
et trouver celles qui sont par-dessous.
Il faut creuser chaque pas
et puis la trace de chaque pas.
Il faut creuser chaque parole
et l’absence qu’entraîne chaque parole.
Il faut creuser chaque songe
comme si c’était un continent.
Il faut creuser le monde
jusqu’à ce qu’il soit une seule excavation.

Il faut découvrir les sources
qui furent enterrées jadis,
peut-être dès l’origine.

Il faut fonder une nouvelle archéologie :
l’archéologie des sources,
l’archéologie totale.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 11
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Le Taillis pré

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UN CHIEN EST MORT (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



UN CHIEN EST MORT

Mon chien est mort.
Je l’ai enterré au jardin
près d’un vieil engin sous la rouille.

Là, ni plus bas,
ni plus haut,
un jour il me retrouvera.
Pour le moment il est parti avec son poil,
avec ses airs mal élevés et son nez froid.
Et moi qui ne crois pas, matérialiste,
au ciel promis, au ciel céleste
pour aucun homme quel qu’il soit,
pour ce chien ou tout autre chien
je crois au ciel, oui, je crois en un ciel
où je n’entrerai pas, mais où il m’attend lui
en agitant la queue ainsi qu’un éventail
pour qu’à mon arrivée l’affection m’y accueille.

[…]

Il n’y a pas d’adieu pour mon chien disparu.
Il n’y a, il n’y eut de mensonge entre nous.

Il est mort, je l’ai enterré. Voilà, c’est tout.

(Pablo Neruda)


Illustration: Daniel Trammer

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COMPLÉMENTAIRES (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018



COMPLÉMENTAIRES

En mon corps tu cherches la colline,
son soleil enterré dans le bois.
En ton corps je cherche la barque
au milieu de la nuit perdue.

(Octavio Paz)

Illustration: Koh Sang Woo

 

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Je le voudrais (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018




    
Je le voudrais

Je le voudrais écrire ce poème
et qui serait d’une immense beauté.
En le lisant réfuterait la mort
tout inconnu replié sur l’angoisse.

Là, si le mot en appelle dix autres,
par la splendeur, chacun multiplié
ferait briller les larmes de la terre
et tous les yeux devenus paysages.

A défaut d’être un homme de génie,
je peux le dire : il existe, il existe
si bien caché qu’il refuse de naître,
ce grand poème en ma tête enterré.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Le Crapaud (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2017




    
Le Crapaud

Un chant dans une nuit sans air…
— La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.
… Un chant; comme un écho, tout vif
Enterré, là, sous le massif…
– Ça se tait: Viens, c’est là, dans l’ombre…

[…]

… Il chante. — Horreur!! — Horreur pourquoi?
Vois-tu pas son oeil de lumière…
Non: il s’en va, froid, sous sa pierre.
Bonsoir — ce crapaud-là c’est moi.

(Tristan Corbière)

 

Recueil: Les Amours jaunes
Traduction:
Editions:

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Enterrée la morte (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2017



Illustration: Julien Bourdon
    
enterrée la morte
arrachée la fleur
éperdu l’amour.

(Jacques Prévert)

 

Recueil: Fatras
Editions: Le Point du Jour

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LES RUINES DE MEXICO (ÉLÉGIE DU RETOUR) (José Emilio Pacheco)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



 

LES RUINES DE MEXICO
(ÉLÉGIE DU RETOUR)

1
Absurde est la matière qui s’écroule,
la matière pénétrée de vide, la creuse.
Non : la matière ne se détruit pas,
la forme que nous lui donnons se désagrège,
nos oeuvres se réduisent en miettes.

2
La terre tourne, entretenue par le feu.
Elle dort sur une poudrière.
Elle porte en son sein un bûcher
un enfer solide
qui soudain se transforme en abîme.

3
La pierre profonde bat dans son gouffre.
En se dépétrifiant, elle rompt son pacte
avec l’immobilité et se transforme
en bélier de la mort.

4
De l’intérieur vient le coup,
la morne cavalcade,
l’éclatement de l’invisible, l’explosion
de ce que nous supposons immobile
et qui pourtant bouillonne sans cesse.

5
L’enfer se dresse pour noyer la terre.
Le Vésuve éclate de l’intérieur.
La bombe monte au lieu de descendre.
L’éclair jaillit d’un puits de ténèbres.

6
Il monte du fond, le vent de la mort.
Le monde tressaille en fracas de mort.
La terre sort de ses gonds de mort.
Comme une fumée secrète avance la mort.
De sa prison profonde s’échappe la mort.
Du plus profond et du plus trouble jaillit la mort.

7
Le jour devient nuit,
la poussière est soleil
et le fracas remplit tout.

8
Ainsi soudain se casse ce qui est ferme,
béton et fer deviennent mouvants,
l’asphalte se déchire, la ville et la vie
s’écroulent. La planète triomphe
contre les projets de ses envahisseurs.

9
La maison qui protégeait contre la nuit et le froid,
la violence et l’intempérie,
le désamour, la faim et la soif
se transforme en gibet et en cercueil.
Le survivant reste emprisonné
dans le sable et les filets de la profonde asphyxie.

10
C’est seulement quand il nous manque, qu’on apprécie l’air.
Seulement quand nous sommes attrapés comme le poisson
dans les filets de l’asphyxie. Il n’y a pas de trous
pour retourner à la mer d’oxygène
où nous nous déplacions en liberté.
Le double poids de l’horreur et de la terreur
nous a sortis
de l’eau de la vie.

Seulement dans le confinement nous comprenons
que vivre c’est avoir de l’espace.
Il fut un temps
heureux où nous pouvions bouger,
sortir, entrer, nous lever, nous asseoir.

Maintenant tout s’est écroulé. Le monde
a fermé ses accès, ses fenêtres.
Aujourd’hui nous comprenons ce que signifie
cette terrible expression : enterrés vivants.

11
Le séisme arrive et devant lui plus rien
ne valent les prières et les supplications.
Il naît de son sein pour détruire
tout ce que nous avons mis à sa portée.
Il jaillit et se fait reconnaître à son oeuvre atroce.
La destruction est son unique langage.
Il veut être vénéré parmi les ruines.

12
Cosmos est chaos, mais nous ne le savions pas
ou nous n’arrivions pas à le comprendre.
La planète descend-elle en tournant
dans les abîmes de feu glacé ?
Tourne-t-elle ou tombe-t-elle cette terre ?
Le destin de la matière est-il dans cette chute infinie ?

Nous sommes nature et rêve. C’est pourquoi
nous sommes ce qui descend toujours :
poussière dans les airs.

(José Emilio Pacheco)

Illustration

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