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Poésie

Posts Tagged ‘entourer’

Une mer obscure (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2022



Une mer obscure
Entoure dans son cercle
Les îles où se réfugient
Toutes les âmes en peine

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

 

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A un ami qui part (Li Bo)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022



Illustration: Shen Zhou
    
A un ami qui part

Mont bleu côtoyant les remparts du nord
Eau claire entourant la muraille à l’est
En ce lieu nous allons nous séparer
Tu seras herbe, sur dix mille li, errante

Nuage flottant : humeur du vagabond
Soleil mourant : appel du vieil ami
Adieu que disent les mains. Ultime instant :
On n’entend que les chevaux qui hennissent

(Li Bo)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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La fille (Guy Chambelland)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2022



fille


    
La fille
(ses seins sous son chandail,
ses genoux nus,
sa tête sur fond de feuilles)
qu’entoure un groupe de garçons,
c’est la même qu’il y a vingt ans.
Ce sera toujours la même,
belle et lointaine.
La mort couve son visage,
tournesol arrêté.

(Guy Chambelland)

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Plage (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2022



Illustration: Pierre Brault
    
Plage

Circulaire, le poème t’entoure :
En boucles serrées il vient encercler
Ton corps allongé sur le sable.

Comme une autre abeille à la recherche d’autre miel,
Abandonnant les arômes du jardin,
Le poème se met à frôler ta peau.

***

Praia

Circular, o poema te rodeia:
Em voltas apertadas vem cercando
teu corpo deitado sobre a areia.

Como outra abelha em busca doutro mel,
Os aromas do jardim abandonando,
Vai rasando o poema a tua pele.

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Jean-Daniel

I

Ce jour-là, quand je t’ai vue,
j’étais comme quand on regarde le soleil;
j’avais un grand feu dans la tête,
je ne savais plus ce que je faisais,
j’allais tout de travers comme un qui a trop bu,
et mes mains tremblaient.

Je suis allé tout seul par le sentier des bois,
je croyais te voir marcher devant moi,
et je te parlais,
mais tu ne me répondais pas.

J’avais peur de te voir, j’avais peur de t’entendre,
j’avais peur du bruit de tes pieds dans l’herbe,
j’avais peur de ton rire dans les branches;
Et je me disais: «Tu es fou,
ah! si on te voyait, comme on se moquerait de toi! »
Ça ne servait à rien du tout.

Et, quand je suis rentré, c’était minuit passé,
mais je n’ai pas pu m’endormir.
Et le lendemain, en soignant mes bêtes,
je répétais ton nom, je disais: « Marianne… »
Les bêtes tournaient la tête pour entendre;
je me fâchais, je leur criais: « Ça vous regarde?
allons, tranquilles, eh! Comtesse, eh! la Rousse… »
et je les prenais par les cornes.

Ça a duré ainsi trois jours
et puis je n’ai plus eu la force.
Il a fallu que je la revoie.
Elle est venue, elle a passé,
elle n’a pas pris garde à moi.

II

Les amoureux, c’est pour les filles
comme un écureuil dans un arbre;
elles s’amusent à le voir grimper:
sitôt qu’il est loin, il est oublié.
Elles ne pensent qu’à des bagues,
à des chapeaux, à des colliers;
qu’est-ce que çа leur fait qu’on souffre?
sitôt qu’on est loin, on est oublié.

C’est des miroirs à alouettes,
ça brille à distance, mais, quand on est près,
ça n’est plus rien que des morceaux de verre.
Il faut être bien fou pour leur courir après.

Ces filles, c’est comme des poupées
faites avec des ficelles et du carton;
ça a des joues en porcelaine,
ça a le ventre plein de son.

Mais on a beau dire et beau faire,
on n’y peut rien:
quand on est pris, c’est qu’on l’est bien.

III

Je lui demandé pardon dans mes pensées
de l’avoir ainsi méprisée.
Je sais qu’elle est douce et qu’elle a bon coeur.

Je sais qu’elle ne me connaît pas
et qu’il serait bien étonnant
qu’elle eût fait attention à moi
puisqu’elle ne me connaît pas.

Seulement il est dur d’être seul quand on aime.
On est comme fou, on se met en colère,
on pleure, on rit, sans savoir pourquoi.
On n’est pas juste quelquefois,
tant on a mal au coeur qui aime.

Mon coeur a mal, et moi je suis
comme un oiseau qui s’est envolé
et qui ne peut plus se poser,
et qui se sent bien fatigué
loin de son nid.

IV

Elle vit avec sa mère qui est vieille.
Elle l’aide à tenir le ménage.
Elle lave la vaisselle,
elle fait le dîner et les savonnages,
elle travaille du matin au soir:
il n’y a pas beaucoup de filles
qui font comme elle leur devoir.

Quand elle coud, ses doigts vont vite
comme au jeu de pigeon vole,
sa tête se penche sous la lampe,
sous la lampe sa tête se penche,
elle est appliquée et vaillante.

Elle laisse passer les jours
sans regret du temps qui s’en va,
ayant bien employé ses heures.
Le temps s’en va, elle demeure;
et sa vie est comme un ruisseau
qui coule d’un cours bien régulier,
sous les frênes et les noisetiers,
avec les oiseaux qui viennent y boire
et l’ombre errante vers le soir
des arbres noirs sur le ciel rose.

Et les mois et les mois viendront:
quand sera-t-elle comme elle est,
bonne et gaie, à coudre et à faire la cuisine,
dans une maison qui serait à nous,
dans une maison qui serait notre maison?

V

Car, moi, je suis pauvre et sa mère est riche.
Elle a une ferme et des champs,
elle a de l’argent
tout plein son armoire.

Elle a des chevaux, des boeufs et des vaches,
deux domestiques toute l’année,
des ouvriers quand l’ouvrage est pressant;
sa grange est pleine, ses étames de même;
et elle veut un gendre qui soit riche comme elle.

Il faudrait sans doute qu’on vienne
et qu’on lui dise: «Donnez-moi
votre fille, j’ai du bien
autant que vous;
j’ai comme vous des prés, des vaches et des bois,
alors c’est à égalité, n’est-ce pas ? »
Mais qu’on aime sa fille, elle n’y pense même pas.

Elle aura pour gendre un coureur d’auberges,
une espèce de beau parleur
qui fait briller ses écus
pour qu’on sache qu’il a de quoi…
Et je n’ai que mon amour, moi.

Seulement aussi amenez-m’en un
qui travaille davantage,
qui boude moins à l’ouvrage,
qui se lève de plus grand matin.

Je dis que des bons bras, c’est de l’argent comptant;
et je porterais des montagnes,
si on me disait: C’est pour Marianne.

VI

Quand le jour est mort, une lampe brille.
C’est la lampe, la petite lampe
que tu as à ta fenêtre,
Marianne, par les temps noirs,
pour les pauvres gens qui sont sur les routes.

On n’a plus peur; on voit de loin la lampe, on dit:
« C’est la lampe de Marianne,
elle est à coudre dans sa chambre avec sa mère »;
et on va vers la lumière,
parce qu’on sait que la porte s’ouvrira.

C’est comme une étoile, celle
qui guidait les bergers dans la nuit de Noël
et ils ont été amenés par elle
dans l’étable chaude où était la crèche
entre le boeuf et l’âne.

Là où la lampe brille, là aussi il fait chaud.
Celui qui vient pousse la porte et dit bonsoir.
On ne voit pas ses yeux sous son grand chapeau.
Sa moustache est givrée, il se fait déjà tard,
et il tient à la main un gros bâton d’épine.

Moi, je suis comme un papillon de nuit
qui tourne autour de la lumière.
Je me glisse le long des murs comme un voleur
pour te voir par la fenêtre.

Je n’ose pas entrer; je n’ose pas heurter;
je regarde de loin
le linge que tu tiens.
Je reste ainsi longtemps sans bouger de mon coin,
les yeux tendus vers toi,
mais c’est mon coeur qui va pour moi.

Il va vers toi, il se tient bien tranquille;
il est dans l’ombre de tes rideaux
il est dans l’aiguille qui brille,
il est dans le fil que tu casses
de temps en temps entre tes dents.

A quoi songes-tu? Sais-tu que je suis là?
Quand je te vois rêver, je pense que c’est à moi;
je ris ensuite de ma sottise.
Mais j’attends quand même
et sans savoir quoi,
jusqu’à ce que ta lampe s’éteigne.

VII

Le dimanche matin, elle va à l’église.
Le clocher a l’air d’un peu se pencher
pour mieux voir les fleurs dans les prés
comme ferait une petite fille
qui cueille un bouquet en chantant;
et la cloche dans le clocher
sonne d’abord un long moment.

Les femmes passent deux par deux;
elles sont en noir par respect pour le bon Dieu,
elles ont leur psautier dans la main.

Les hommes attendent qu’elles soient entrées
devant le porche en causant du beau temps,
du prix du bétail, des travaux des champs;
et il y a tant d’oiseaux dans les haies
que les branches se balancent
comme quand il fait du vent.

Alors, elle aussi, elle vient, elle a des gants blancs,
une robe bleue, un chapeau de paille;
elle traverse la place,
elle entre, je ne la vois plus.

La cloche se tait, le sonneur descend,
ses gros souliers dans l’escalier
font un bruit comme quand on bat en grange;
les gens dans l’église attendent en silence;
le pasteur, avec sa robe noire,
son chapeau de soie et son rabat blanc,
approche d’un air grave dans l’ombre des arbres.
Et je me sens si seul que je voudrais pleurer…

Je serais sur le banc, assis à côté d’elle;
quand elle chanterait, j’écouterais sa voix
et elle pencherait la tête pour prier.

VIII

Comme tu es jolie sur le petit sentier,
où tu vas, portant ton panier
avec le pain et le café
pour les quatre-heures.
L’ombre des cerisiers glisse sur tes épaules,
il fait chaud, les gens se reposent,
assis dans l’herbe, tout en causant,
et, te voyant venir, ils disent:

« Voilà Marianne avec son panier. »
Ils sont contents, parce qu’ils ont faim,
ayant travaillé qu’ils n’en peuvent plus
et le foin qui sèche sent fort au soleil.

Ils te disent: «Vous avez fait
la paresseuse! »
Tu dis: « Mais non, il n’est pas quatre heures. »
Un des ouvriers regarde à sa montre,
il dit: « Que si! il est quatre heures et cinq! »
Et tout le monde
éclate de rire sans savoir pourquoi.

C’est peut-être que le café
est meilleur quand tu le verses.
Tu fais plaisir à regarder
avec ton gros jupon d’indienne;
tu fais plaisir avec cette façon que tu as
de sourire en tendant la miche
et d’avoir soin qu’on soit toujours servi.

IX

Elle est venue un soir pour la première fois.
Il faisait nuit, elle est venue sans bruit.
Je regardais partout, je ne voyais personne
et j’entendais mon coeur battre dans le silence.
Mais, quand je l’ai vue, j’ai eu presque peur
et j’aurais voulu me sauver.

Elle venait entre les saules,
elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi ?
Ou bien est-ce que c’était de l’ombre ?

Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour.
« Alors, comme ça, ça va bien? »
« Oui, merci. » Nous n’avons plus su que dire.
Il y avait un arbre, l’étang était tout près,
le vent a passé dans les roseaux
et j’ai senti sa main trembler.
« Écoute, est-ce qu’on fait un petit tour? »
« On nous verrait, non, j’aime mieux… »
« On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. »
J’ai voulu parler, mais je n’ai pas pu
et elle était déjà partie.

X

Elle m’a dit: «J’ai bien senti
tout de suite
que tu serais mon bon ami
N’est-ce pas? la première fois
qu’on se voit,
on ne s’aime pas,
pour bien dire, encore,
mais çа vient tout tranquillement
avec le temps.
Parce que, tu sais, ma mère est bien bonne
et je l’aime bien aussi,
mais ce n’est pas tout dans la vie.
On peut travailler du matin au soir
et être bien sage, çа n’empêche pas
qu’on pense parfois à des choses.

On se dit: «Il y en a qui ont des enfants,
il y en a qui se sont fait
des trousseaux d’une beauté
qu’on ne peut pas s’imaginer,
et on rêve à se marier
quand même. »

Elle m’a dit: «Je t’aime tellement
qu’il me faudrait bien venir à cent ans
pour t’aimer jusqu’au bout
et que je ne sais pas si j’y arriverais. »
Elle m’a dit: «Et toi, est-ce que tu m’aimes autant? »
« Ah! lui ai-je dit, qu’est-ce que tu penses? »
Et je lui ai serré la main
tellement fort qu’elle a crié.

XI

J’ai été au soleil et je pensais à toi.
Tu es toujours avec moi,
comme avant, mais avec un sourire,
à présent que je sais que, moi aussi, je vais
à tes côtés dans ta pensée.

Des oiseaux tombaient des branches,
l’herbe était fleurie, les foins mûrissaient;
j’avais ma faux, j’ai fauché,
ma faux allait toute seule.

Je suis revenu chercher la charrette,
j’ai chargé mon herbe; la roue grinçait
comme quand tu chantes pour le plaisir
ou pour te tenir compagnie.

Et puis le soir venu, j’ai pensé : « Que fait-elle? »
Je m’étais assis sur un banc,
j’avais mis mes mains dans mes poches;
je fumais ma pipe, je te voyais venir;
et tu étais dans la fumée
comme un de ces anges avec des ailes bleues
qui sont dans les livres.

XII

Je ne sais pas pourquoi
d’autres fois je suis triste
et je n’ai de coeur à rien faire.
Il faudrait faucher, il faudrait semer,
mais je dis: «Tant pis!» qu’il pleuve ou qu’il grêle,
ça m’est bien égal.
C’est ainsi quelquefois sans raison,
à cause d’une manière qu’elle a eue de me parler,
à cause d’un air qu’elle a eu de me regarder,
à cause de son rire,
à cause de sa voix qui était changée et de ses yeux
qui se sont baissés devant les miens,
comme si elle me cachait quelque chose.

Et pourtant je suis heureux quand même.
Je l’accuse à tort parce que je l’aime.
C’est pour me faire mal, et puis je me repens.
J’ai honte de moi, je me dis: «Tout va bien»;
et le bonheur me revient
comme quand la lune sort
de derrière un gros nuage.

XIII

Si ta mère savait pourtant que nous nous aimons,
et que le soir je viens t’accompagner
jusque tout près de la maison,
si elle savait que nous nous fréquentons
et que, cette fois, c’est pour de bon,
que dirait-elle ?

Elle qui a un front ridé,
des mains noires toutes tremblantes,
elle qui ne se souvient plus
de sa jeunesse;
elle qui a oublié le temps où elle allait danser,
et qui ne sait plus ce que c’est
tout le bonheur qu’on a d’aimer,
ta mère, qu’est-ce qu’elle penserait?

Nous ne parlons pas de ces choses
pour ne pas gâter notre bonheur;
nous nous regardons seulement
pour nous redonner du courage.
Car nous ne faisons rien de mal,
n’est-ce pas? il est naturel
d’être amoureux comme nous sommes;
ils ont tous été comme nous.
Et je dis: «Vois-tu, il faudra s’aimer d’autant plus,
d’autant plus fort, d’autant plus doux;
alors peut-être que ta mère aura pitié,
et elle nous laissera nous aimer. »

XIV

Marianne a pleuré, il faisait du soleil,
la cuisine était rose.
Ses larmes coulaient sur ses joues.
Elle a pris son mouchoir, elle a pleuré dedans,
elle s’est assise, n’ayant plus de force.

«Est-ce que c’est vrai que tu l’aimes tant? »
Marianne n’a rien répondu.
«J’aurais voulu pour toi quelqu’un d’autre. »

Marianne a secoué la tête.
«J’ai la raison que tu n’as pas,
j’ai connu la vie, je suis vieille.
Il n’y a pas que l’amour,
l’amour est beau, mais l’amour passe,
tandis que l’argent, ça dure une vie
et qu’on en laisse à ses enfants.»

Marianne a pleuré si fort
qu’on l’entendait depuis dehors.

« Mais maintenant que je t’ai dit ce que je pensais,
je ne voudrais pas te faire de la peine.
Prends ton amoureux si tu l’aimes… »

Marianne a levé la tête
et elle a cessé de pleurer.
« Je crois que c’est un bon garçon,
il aura soin de la maison,
il ne boit pas, il est sérieux,
eh bien, puisque tu le veux,
mariez-vous et soyez heureux. »

Elle a embrassé sa mère sur le front,
elle l’a prise par le cou:
«Tu permettras que je te l’amène?…
Tu verras que j’avais raison. »

XV

Le jour de notre noce, j’y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n’a jamais vu;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu’on claque du fouet pour qu’elle aille plus fort.
On lui donnera de l’avoine,
en veux-tu, en voilà;
on l’étrillera bien qu’elle ait l’air d’un cheval
comme ceux de la ville;
et trotte! et tu auras ton voile qui s’envole,

et tu souriras au travers
parce qu’il aura l’air
de faire signe aux arbres
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira: « On s’en va,
on commence le grand voyage;
heureusement qu’il n’y a pas
des océans à traverser. »
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s’ouvrira,
l’orgue se mettra à jouer;
tu diras oui, je dirai oui;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu’on n’aime à se dire ces choses
que tout doucement à l’oreille.

XVI

Notre maison est blanche, elle est sous les noyers,
ta mère tricote près de la fenêtre;
iI fait chaud, on va moissonner,
mais, comme les foins sont rentrés,
on a un moment pour se reposer.

Tu mets les verres sur la table pour le dîner.
Du rucher, je te vois passer dans la cuisine,
et ta chanson me vient parmi
le bourdonnement des abeilles.

Ta mère s’est levée, elle a mis son tricot
et ses aiguilles dans la corbeille;
elle a l’air heureux de vivre avec nous,
nous sommes heureux de vivre avec elle.

Ne sommes-nous pas heureux de nous aimer,
d’être ensemble, de travailler,
de voir mûrir les foins, les moissons se dorer,
et, plus tard, vers l’automne,
les arbres plus lourds du poids de leurs fruits
jusqu’à terre se pencher?

Tu vas dans la maison, faisant un petit bruit,
et, du matin au soir, c’est toi qui veilles à tout;
pendant que, moi, je vais faucher
et que les chars rentrent grinçants,
hauts et carrés,
comme des petites maisons roulantes.

VII

Un jour je te verrai venir un peu plus lasse
et lourde d’un fardeau que tu n’as pas connu,
tandis que s’épaissit ta taille,
marchant dans le jardin où les roses fleurissent
et je t’aimerai encore un peu plus.

Je songe que tu portes deux vies
et qu’il me faut donc t’aimer doublement
pour toi-même et puis pour celui
qui va naître de tes souffrances.

Je sens que j’ai grandi vers de nouveaux aspects
d’où le monde paraît avec des tristesses,
mais missi avec des joies accrues en nombre;

et, quand je sens ta main s’appuyer sur mon bras,
et l’ombre de ton front se poser sur ma joue,
il me semble avancer sûrement avec toi
vers la réalisation d’une promesse.

XVIII

L’enfant que nous aurons ne nous quittera pas.
Il grandira dans la campagne.
Il sera paysan comme nous.
Il portera la blouse comme son père a fait,
et, comme son père, il traira les vaches;
il fera les moissons, il fera les regains,
il fauchera les foins;
il étendra peu à peu son domaine;
et, lorsque nous serons trop vieux,
quand l’heure du repos sera pour nous venue,
il nous remplacera, maître de la maison.

Il aimera comme nous avons aimé;
les jeux de nos petits-enfants
entoureront notre vieillesse.

Ce sera une après-midi de beau temps;
je serai assis au soleil,
j’aurai joint les mains sur ma canne,
il fera clair sur la campagne;
et toi, utile encore avec tes vieilles mains,
tu iras et viendras, tout près, dans le jardin,
nous acheminant ainsi ensemble
vers l’autre repos, qui est sans fin.

Nos derniers jours seront paisibles,
nous aurons fait ce que nous devions faire;
il y a une tranquillité qui vient,
une grande paix descend sur la terre.

Nous nous parlerons du passé:
te souviens-tu du jour où tu avais pleuré,
te souviens-tu du jour de nos noces?
on avait sonné les deux cloches
qu’on voyait bouger en haut du clocher.

Te souviens-tu du temps des cerises
et on se faisait avec des boucles d’oreilles,
et du vieux prunier qu’on secouait
pour en faire tomber les prunes?

Le cadet des garçons arrive alors et dit:
«Grand’mère, la poule chante,
elle a fait l’oeuf. »
«Va voir dans la paille, mon ami.»
Et nous sourions de le voir qui court
tant qu’il peut, à travers la cour,
sur ses grosses jambes trop courtes.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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UNE SECONDE (Antonio Cabrera)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2021



    

Poem in French, English, Spanish, Dutch and in Arabic, Armenian, Bangla, Catalan,
Chinese, Farsi, German, Greek, Hebrew, Hindi, Icelandic, Indonesian, Irish (Gaelic),
Italian, Japanese, Kiswahili, Kurdish, Macedonian, Malay, Polish, Portuguese,
Romanian, Russian, Serbian, Sicilian, Tamil
Poem of the Week Ithaca nr 705,

“A SECOND”,
Antonio Cabrera, Spain, (1958 – 2019)
de: « Con el aire » Visor, 2004
– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

UNE SECONDE

Mes mains sont froides.
J’ai monté la rue
résolu l’affaire banale de manière appropriée
et suis rentré à la maison pour prendre à nouveau
place à cette table.
J’ai découvert alors
combien mes mains étaient froides
un signe
qui m’inquiète peut-être à tort
car avoir les mains froides ne signifie pas grand-chose.
Ce jour froid de novembre
se trouve dans mes mains, c’est tout.
C’est moi :
je vois le vase grec classique
et le soir familier m’entoure.
Mais il est inhabituel pour moi d’avoir les mains froides.
Durant une courte seconde, mon esprit a vu
le voile prévisible, la page écrite en gris
où le nom le mien serait raturé
avec l’encre glacée de la fin.

(Antonio Cabrera), Espagne (1958 – 2019)
Traduction Elisabeth Gerlache

***

A SECOND

My hands are cold.
I’ve gone out into the street,
I’ve settled the minor matter
and returned home to take again
my place at this table.
I then discovered
the coldness of my hands,
a sign
which disturbs me perhaps without justification,
it’s just a little thing to have cold hands.
This cold of November
is in my hands, nothing else.
It’s me:
I see the simple Greek vase
and the usual evening around me.
But it’s very rare for me to have cold hands.
In a fleeting second, my thought has seen
the probable fog, the filled out gray leaf
where the name I have would be crossed out
with the frosty ink of the end.
ANTONIO CABRERA, Spain
Translation Germain Droogenbroodt ─ Stanley Barkan

***

UN SEGUNDO

Tengo las manos frías.
He salido a la calle,
he resuelto el asunto banal correspondiente
y he regresado a casa para ocupar de nuevo
mi sitio en esta mesa.
He descubierto entonces
la frialdad de mis manos,
signo
que me perturba acaso sin justificación,
porque es muy poca cosa tener las manos frías.
Este frío noviembre
está en mis manos, nada más.
Soy yo:
veo el jarrón ingenuamente griego
y la tarde de siempre rodeándome.
Pero en mí es muy raro tener las manos frías.
En un fugaz segundo, mi pensamiento ha visto
la niebla tan probable, la hoja gris escrita
donde el nombre que tengo estaría tachado
con la tinta de escarcha del final.
ANTONIO CABRERA, España, (1958 – 2019)

***

EEN SECONDE

Mijn handen zijn koud.
Ik ben de straat opgegaan,
ik heb de banale zaak passend opgelost
en ben naar huis teruggekeerd om opnieuw
aan deze tafel mijn plaats in te nemen.
Dan ontdekte ik
hoe koud mijn handen waren,
een teken
dat mij wellicht zonder reden verontrust,
want koude handen hebben heeft weinig te betekenen.
Deze koude november
zit in mijn handen, meer niet.
Ik ben het:
ik zie de eenvoudige Griekse vaas
en rondom mij de gewone avond.
Maar het is ongewoon voor mij om koude handen te hebben.
In een vluchtige seconde, heeft mijn gedachte
de zo vermoedelijke nevel gezien, het grijze geschreven blad
waarop de naam die ik heb zou doorgestreept zijn
met de ijzige inkt van het einde.
Vertaling Germain Droogenbroodt

***
ظةَ ل ح
ر ي داي ا ب
ن ا دت
ي
م ا ج ر ك ن ت خ َ
ر ف يَال ش ز ل ال ن
ا

م رَب سي ط س وي َت ه َ،َ
عَل
عد ت و
ع ل ست ق ر
ولةَ ل
طا
لى ه ذ ه ال
ى م كان يَال م عت ا د إ
ي.َ
وا كت ش َ ف ت ب ع د ها ب رو دة ي دا
م ل ع
ة
ري ر ال ش
ما ب د َو نَت ب َ
ي ء ال ذي ي ز ع جن ي رب

و أ
من ال س ه ل س ه ن ه َ ل ي َ

ر أ ن ت كو ن ي داي ا ب
ن ا دت
ي
و م ج ه
مب ر ف ي ي ديَالش َ رد ََب ر د
عق د َ م ن ذ لك ن وف

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ه يع ف ي الن
اي ةَ
أنتونيو كابريرا
ترجمةَللعربية:َعبدَالقادرَكشيدة
Translated into Arab by Mesaoud Abdelkader

***

ՎԱՅՐԿՅԱՆ
Ձեռքերս սառն են:
Դուրս եկա փողոց,
Կարգավորեցի մի փոքիկ գործ
և վերադարձա տուն՝ նորից զբաղեցնելու
իմ տեղն այս սեղանի մոտ:
Հետո հայտնաբերեցի
ձեռքերիս սառնությունը.
նշան, որն անհանգստացնում է ինձ
թերևսՙ, առանց հիմնավորման,
սառը ձեռքեր ունենալը աննշան մի բան է:
Նոյեմբերի այս սառնությունն է
ձեռքերիս մեջ, ուրիշ ոչինչ:
Սա ես եմ.՚
տեսնում եմ հունական պարզ ծաղկամանը
և սովորական երեկո իմ շուրջ:
Բայց ինձ համար շատ հազվադեպ է
սառը ձեռքեր ունենալը:
Մի անցնող վայրկյանում միտքս տեսավ
հավանական մառախուղ,
մոխրագույնով լի տերև,
ուր իմ ունեցած անունը կջնջվի
վերջի ցրտաշունչ թանաքով:
Անտոնիո Կաբրերա, Իսպանիա (1958 – 2019)
Translated into Armenian by Armenuhi Sisyan
Հայերեն թարգմանեց Արմենուհի Սիսյանը

***

একটি মুহূ র্ত
আমার হাত যুগল শীতল ।
আমম বের হয়েমি রাস্তা়ে,
আমম মিষ্পমি কযরমি বিাটখাযটা মেষ়ে গুমল
এেং প্রতযােতত ি কযরমি ঘযর মিযর মিযত আোর
আমার জা়েগা ঘযরর এই বটমেযল ।
তখি আমার দৃমি বগাচর হল
শীতলতা আমার হাত যুগযল,
একটি মচহ্ন
যা আমা়ে মেরক্ত কযর হ়েযতাো বকাি যুমক্ত িাডাই,
শীতল হাত থাকা একটি সাধারি বিাট েযাপার ।
িযেম্বযরর এই শীত
বিয়ে আযি আমার হাত গুমলযত, আর অিয মকিুই ি়ে ।
এই বয আমম:
আমম একটি সাধারণ গ্রীক িু লদামি বদখযত পামি
এেং প্রাতযমহক সন্ধ্যা আমার চারপাযশ ।
মকন্তু এটি অমত দুলতে আমার ঠাণ্ডা হাত যুগল থাকা আমার জিয ।
ক্ষমিযকর মুহূ যতত, আমার মচন্তা ধারা প্রতযক্ষ কযরযি
সম্ভােয কু়োশা, স্ফীত ধূসর পাতা
বযখাযি আমার িাম বকযট বদও়ো হযে
বযখাযি আমার িাম মুযি বদও়ো হযে
সমামির মহমশীতল কামল মদয়ে ।
আন্তোনিও কযোন্েরো, স্পেি, (১৯৫৮ – ২০১৯)
Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

UN SEGON
Tinc les mans fredes.
He sortit al carrer,
he resolt l’assumpte banal corresponent
i he tornat a casa per tornar a ocupar
el meu lloc en aquesta taula.
He descobert llavors
la fredor de les meves mans,
signe
que em pertorba potser sense justificació,
perquè és molt poca cosa tenir les mans fredes.
Aquest fred novembre
és a les meves mans, res més.
Sóc jo:
veig el gerro ingènuament grec
i la tarda de sempre envoltant-me.
Però en mi és molt estrany tenir les mans fredes.
En un fugaç segon, el meu pensament ha vist
la boira tan probable, el full gris escrit
on el nom que tinc estaria ratllat
amb la tinta de gebre del final.
Antonio Cabrera, Espanya, (1958 – 2019)
Traducció al català: Natalia Fernández Díaz-Cabal

***

一秒钟
我双手都冷。
我外出来到街上,
我解决了这件无关紧要的事
然后回到家里再次占据
这张桌子边我的位置。
然后我发现
我双手的冰冷,
一个标志
这让我不安也许没有道理,
因为双手冰冷并不真的令人担忧。
冬月的寒冷
只在我手里,没别的事。
是我:
我看到一个简朴的希腊花瓶
和我周围的寻常夜晚。
但我极其少有会冷手。
在转瞬即逝的一秒钟里,我的思想看到了
可能的霜冻,这写下的灰白纸张
上面我拥有的名字将随末日的
霜冻墨水一起被勾销。
原作:西班牙 安东尼奥·卡布雷拉(1958-2019)
英译:比利时 杰曼·卓根布鲁特
汉译:中 国 周道模 2021-11-5
Translated into Chinese by Willam Zhou

***

در ثانيه
دستانم سردَ استَ
من بهَ خيابان رفتهَ بودمَ
تمسئلهَی کوچکیَ را حل کردم
و بهَ خانه بازگشتمَ تاَ دوباره
بر جایَ خودَ را سرَ اين ميز بنشينمَ.َ
و سپسَ منَ متوجهَ شدمَ
سردی دستانمَ
نشانهَيی
که شايدَ بیَدليل مرا آزار میدهدَ.َ
اينَ سرمایَ نوامبرَ
در دستانَ من استَ وَ چيزَ ديگریَ نيستَ.َ
از منَ استَ:َ
من گلدانَ کوچک يونانیَ را میَبينمَ
و يک غروبَ معمولی درَ اطرافم.َ
اما بسيارَ بهَ ندرتَ پيش میَآيدَ دستهايمَ سردَ باشدَ.َ
در يک ثانيهَیَ گذرا، بهَ فکرم رسيده استَ
مهآلودگی احتمالی،َ برگَ خاکستریَ پرَ شدهَ
برگهَيی کهَ ناممَ درآنستَ خط میَخوردَ
با جوهر يخَزدهی پايانَ.َ
کابِر ، اسپانيا ) ۲۰۱۹-۱۹۵۸ َ)آنتونيو را
ترجمه:َسپيدهَزمانیَ
Translated into Farsi by Sepedih Zamani

***

EINE SEKUNDE

Meine Hände sind kalt.
Ich bin auf die Straße gegangen,
habe die entsprechende, banale Sache geklärt,
und bin nach Hause zurückgekehrt, um meinen Platz
an diesem Tisch wieder einzunehmen.
Dann entdeckte ich
die Kälte meiner Hände,
ein Zeichen
das mich vielleicht zu Unrecht beunruhigt,
denn es macht wenig aus, kalte Hände zu haben.
Dieser kalte November
sitzt in meinen Händen, nichts anderes.
Ich bin es:
ich sehe die schlichte griechische Vase
und den üblichen Abend um mich herum.
Aber es ist ungewöhnlich für mich, Hände zu haben.
In einer flüchtigen Sekunde haben meine Gedanken
den so unausweichlichen Nebel gesehen,
das graue beschriebene Blatt
wo der Name, den ich habe, durchgestrichen wäre
mit der froststarren Tinte des Endes.
Antonio Cabrera, Spanien (1958 – 2019)
Übersetzung Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

***

ΔΕΥΤΕΡΟΛΕΠΤΟ

Τα χέρια μου είναι κρύα
βγήκα έξω στο δρόμο
να ταχτοποιήσω κάτι ασήμαντο
γύρισα σπίτι κι έκατσα στο τραπέζι
Τότε διαπίστωσα
πόσο κρύα είναι τα χέρια μου
σημάδι
που μ’ ανησυχεί ίσως δίχως λόγο
ασήμαντο να `χεις κρύα χέρια.
Το κρύο του Νοέμβρη
στα χέρια μου, τίποτε άλλο.
Εγώ είμαι:
Βλέπω το απλό Ελληνικό βάζο
και το συνήθες βράδυ ένα γύρο μου.
Μα σπάνια έχω κρύα χέρια.
Μια φευγαλέα μου σκέψη παρατηρεί,
μες στην ομίχλη, το γκρίζο φύλλο
με τ’ όνομα μου ξεγραμμένο
με την κρύο μελάνι του τέλους.
Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated into Greek by Manolis Aligizakis

***

שניה אחת / אנטוניו כַּבְּ רֵ רָ ה
יָדַ י קָ רֹות.
יָצָאתִ י הַ חּוצָה,
פָ תַ רְ תִ י אֶ ת הַ ּנֹושֵׂ א הַ זָעִ יר
וְחָ זַרְ תִ י הַ בַ יְתָ ה לָ שֶ בֶ ת שּוב
בִ מְ קֹומִ י אֶ ל הַ שֻּׁ לְ חָ ן הַ זֶה.
וְאָ ז גִלִ יתִ י
אֶ ת הַ קֹּר שֶ ל יָדַ י,
סִ ימָ ן
שֶ מַ טְ רִ יד אֹותִ י, אּולַ י לְ לֹּא הַ צְ דָ קָ ה,
זֶה בֶ אֱמֶ ת דָ בָ ר פָ עּוט שֶ יִהְ יּו יָדַ יִם קָ רֹות.
הַ קֹּר הַ זֶה שֶ ל נֹובֶ מְ בֶ ר
הּוא בְ יָדַ י, זֶה הַ כֹּל.
זֶה אֲנִי:
אֲנִי רֹואֶ ה אֶ ת הָ אֲגַרְ טָ ל הַ יְוָנִי הַ פָ שּוט
וְאֶ ת הָ עֶרֶ ב הָ רָ גִיל סְ בִ יבִ י.
אֲבָ ל נָדִ יר מְ אֹוד שֶ יִהְ יּו לִ י יָדַ יִם קָ רֹות.
בַ שְ נִיָה הַ חֹולֶ פֶ ת, מַ חְ שַ בְ תִ י רָ אֲתָ ה
אֶ ת הָ עֲרָ פֶ ל הַ סָ בִ יר, אֶ ת הַ גִלָ יֹון הָ אָ פֹּר הַ כָתּוב
הֵׂ יכָן שֶ שְ מִ י שֶ לִ י יִמָ חֵׂ ק
בַ דְ יֹו הַ קְ פּואָ ה שֶ ל הַ סֹוף.
Antonio Cabrera, Spanien (1958 – 2019)
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translated into Hebrew by Dorit Weisman

***

एक क्षण

मेरेहाथ ठं डेहैं।
मैंबाहर गली मेंचला गया हूँ,
मैंनेमामूली मामला सुलझा ललया है
और लिर सेलेनेके ललए घर लौट आया
इस टेबल पर मेरी जगह।
मैंनेतब खोजा
मेरेहाथोंकी ठं डक,
एक संके त
जो शायद लबना वजह मुझेपरेशान करता है,
ठं डेहाथ होना बस एक छोटी सी बात है।
नवंबर की यह ठं ड
मेरेहाथ मेंहै, और कु छ नही ं।
यह मैंहूँ:
मुझेसाधारण ग्रीक िू लदान लदखाई देता है
और मेरेआसपास की सामान्य शाम।
लेलकन मेरेललए ठं डेहाथ होना बहुत दुललभ है।
क्षणभंगुर क्षण में, मेरेलवचार नेदेखा है
संभालवत कोहरा, भरा हुआ धुमैला पत्ता
जहां मेरा नाम काट लदया जाएगा
अंत की ठं ढी स्याही से।
एं टोलनयो कै बरेरा, स्पेन, (1958 – 2019)
Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

ANDARTAK

Hendur mínar eru kaldar.
Ég fór út á götu,
ég gekk frá smámáli
og sneri aftur heim og settist á ný
á minn stað við borðið.
Þá uppgötvaði ég
að hendur mínar eru kaldar,
merki
sem angrar mig kannski að ástæðulausu,
það er bara lítilræði að vera kalt á höndunum.
Nóvemberkuldinn
er í höndum mínum, það er allt og sumt.
Það er ég:
Ég sé látlausa gríska vasann
og venjulegt kvöldið í kringum mig.
En mér er mjög sjaldan kalt á höndunum.
Andartaksstund sá ég í huganum
líklega þoku, útfyllt grá blöð
þar sem nafn mitt yrði strikað út
með ísköldu bleki endalokanna.
ANTONIO CABRERA, Spáni, (1958 – 2019)
Þór Stefánsson þýddi
Translated into Icelandic by Thor Stefansson

***

DALAM SEKEJAP

Tanganku dingin.
Aku keluar mengarah jalanan,
Kurampungkan masalah kecil
dan balik ke rumah untuk mengambil
tempatku di meja ini.
Kemudian kusadari
Tanganku kedinginan,
suatu kesan
yang mengusikku mungkin tanpa pembenaran,
hal yang ringan mempunyai tangan yang kedinginan
Ini November yang dingin
dalam tanganku, tidak ada yang lain.
Itulah aku:
Kulihat jambangan bunga sederhana dari Yunani
dan malam yang biasa sekitarku.
tapi takjub tanganku kedinginan.
Dalam sepintas, pikiranku memandang
mungkin kabut, mengisi daun abu-abu
dimana nama yang kumiliki akan dicoret
dengan tinta beku di ujung.
Antonio Cabrera, Spain (1958 – 2019)
Translated into Indonesian by Lily Siti Multatuliana

***

BOMAITE

Tá mo lámha fuar.
Amuigh ar an tsráid arís
Chuir mé an rud fánach sin taobh thiar díom
Agus táim sa bhaile anois
i mo shuí chun boird.
Is ag an bomaite seo
a bhraithim an fuacht i mo lámha,
comhartha
a bhaineann geit asam gan údar, rud fánach,
b’fhéidir, na lámha a bheith fuar.
Fuacht mhí na Samhna
i mo lámha, sin uile.
Mise atá ann:
Feicim an vása lom Gréigeach os mo chomhair,
an gnáth-thráthnóna im thimpeall.
Is annamh a bhíonn mo lámha fuar.
I bhfaiteadh na súl samhlaíodh dom
an néaltrú deiridh, m’ainm scriosta
ón duilleog liathdhonn
le dúch sioctha an neamhní.
Antonio Cabrera, An Spáin (1958 – 2019)
Aistrithe go Gaeilge ag Rua Breathnach
Translated into Irish (Gaelic) by Rua Breathnach

***

UN SECONDO

Ho le mani fredde.
Sono uscito in strada,
Ho sistemato un paio di inezie
e sono tornato a casa per prendere di nuovo
il mio posto a questo tavolo.
Allora ho scoperto
il freddo delle mie mani,
un segno
che mi irrita forse senza alcun motivo,
è poca cosa avere le mani fredde.
Questo freddo di novembre
è nelle miei mani, nient’altro.
sono io:
osservo la semplicità di un vaso greco
e la solita sera intorno a me.
Ma per me è strano avere le mani fredde.
In un secondo fugace, i miei pensieri hanno visto
la nebbia così probabile, il foglio scritto pieno di grigio
dove il nome che ho verrebbe cancellato
con l’inchiostro gelido della fine.
Antonio Cabrera, Spagna, (1958 – 2019)
Traduzione di Luca Benassi

***

一瞬の間に

手が冷たい
街に出て、小さなトラブルを解決した
そして家に戻り
いつものテーブルの椅子に腰かけた
その時気づいたのだ
手の冷たさを
きっと言い訳もできず、わたしを悩ます兆候だ
手が冷たいなんて、取るに足らないことだ
この 11 月の寒さが手の中にある
他のなにものでもない
それはわたしだ
素朴なギリシアの花瓶といつもの夜がまわりにある
しかし手が冷たいことなどは本当に稀なのだ
おそらく霧がでるだろう
山積みされた灰色の葉っぱ
そこではわたしの持つ名前が
凍るような終末のインクで消されるだろう
アントニオ・カブレラ(スペイン,1958-2019)
Translated into Japanese by Manabu Kitawaki

***

SEKUNDE MOJA

Mikono yangu iko na baridi.
Nimetoka nje barabarani,
Nimetatua jambo lile lidogo
na nikarudi nyumbani kuketi mahali pangu mezani.
Halafu, nikagundua baridi
imo mikononi mwangu,
ishara inayo nisumbua, pengine bila sababu haswa,
kwa kweli ni jambo lidogo kuwa na mikono baridi.
Hii baridi ya mwezi Novemba
imo mkononi mwangu, hakuna jambo lingine.
Ni mimi:
Naona kifaa rahisi cha kuweka maji na maua cha Ugiriki na jioni ya
kawaida ikinizunguka.
Lakini si kawaida sana mimi kuwa na mikono baridi.
Kwa sekunde moja tu, fikra zangu zimeona uwezekano wa ukungu, jani
la kijivu lililo jazika ambapo jina nililonalo
lingeondolewa na rangi barafu mwishowe.
Antonio Cabrera, Spain, (1958 – 2019)
Utafsiri Bob Mwangi Kihara
Translated into Kiswahili by Bob Mwangi Kihara

***

ÇIRKEYEK

Destên min sar in.
Ez çûm çarşiyê,
min karine pûç ravekirin,
û vegerîm male, taku li dor vê maseyê
ciyê xwe bigirm.
Paşê min hestkir
ku destên min sar bûne
nîşaneke
dibê ku min bi neheqî mijûlbike
jiberku ne arîşe ye destên mera sar bin.
Ev mijdara sar
di destên min de rûniştî, ne li dereke din.
Weha li min hat ku:
Guldana yonanî sadeyî bibînim
û weha jî êvara rahatî li dor xwe.
Lê ji min re ne sanahî ye ku destên min hebin.
Di çirkeyeke revyayî de dibê ku
hizra min mij ditîbe û
pelka min e gewre nivîsayî
ku navê min li ser hatibe rakirin
bi divîta qerimî ya dawiyê.
Antonio Cabrera 1958 – 2019, Êspaniya
Translated into Kurdish by Hussein Habasch

***

СЕКУНДА

Студени ми се рацете.
Излегов надвор на улица,
Ја завршив ситната работа
и се вратив дома за да го заземам пак
моето место на оваа маса.
Тогаш си го открив
студенилото во рацете,
знак
што ме вознемирува можеби неоправдано,
ништо не е тоа да имаш студени раце.
Ова студенило на ноември
е во моите раце, ништо друго.
Тоа сум јас:
Ја гледам едноставната грчка вазна
и вообичаената вечер околу мене.
Но не е својствено за мене да имам студени раце.
За секунда, мојата мисла виде
можна магла, сиво обоениот лист
на кој стои моето име би било прецртано
со мастилото од мраз на крајот.
Antonio Cabrera, Spain, (1958 – 2019)
Антонио Кабрера, Шпанија (1958-2019)
Превод од англиски на македонски: Даниела АндоновскаТрајковска
Translation from English into Macedonian: Daniela Andonovska
Trajkovska

***

SESAAT

Tangan-tanganku sejuk.
Aku telah keluar ke jalanan,
telah aku selesaikan masalah kecil
dan pulang ke rumah untuk mengambil kembali
tempatku di meja ini.
Kemudiannya aku temui
kesejukan tangan-tanganku
sebuah tanda
yang mengangguku barangkali tanpa justifikasi,
perkara kecil sahaja untuk tangan-tangan kesejukan.
Sejuk November ini
berada di tangan-tanganku, dan tiada apa-apa hal lagi.
Itu aku:
aku melihat sebuah pasu Greek yang biasa
dan petang yang bisa di kelilingku.
Tapi jarang sekali untuk tangan-tanganku menjadi sejuk.
Dalam tempoh sesaat, fikiranku telah terlihat
kabus kemungkinan, daun kelabu yang terisi
tempat nama yang kumiliki dipotong
dengan dakwat beku penghujungnya.
ANTONIO CABRERA, Spain,
Malayan translation by Dr. Irwan Abu Bakar

***

CHWILA

Mam zimne dłonie.
Wyszedłem na ulicę,
rozstrzygnąłem banalny problem
i wróciłem do domu ponownie zająć
swoje miejsce przy tym stole.
Wtedy odkryłem
chłód moich dłoni,
znak,
który mąci mój spokój może bez powodu
to nic takiego mieć zimne dłonie.
Ten chłodny listopad
jest w moich dłoniach, i tyle.
Oto ja:
widzę wazon w naiwnie greckiej formie.
i spowijający mnie jak zawsze wieczór
Lecz to niezwykle rzadkie, bym miał zimne dłonie.
W ulotnej sekundzie moja myśl ujrzała
mgłę, jakże prawdziwą, zapisaną szarą kartkę
na której imię powinien byłbym zamazać
oszronionym tuszem finału.
Antonio Cabrera, Hiszpania (1958 – 2019)
Przekład na polski: Mirosław Grudzień ─ Anna Maria Stępień
Translated to Polish: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień

***

UM SEGUNDO

Tenho as mãos frias.
Saí à rua,
resolvi o assunto banal correspondente
e regressei a casa para ocupar de novo
o meu lugar nesta mesa.
Descubri então
a frieza das minhas mãos,
sinal
que me perturba, possivelmente, sem justificação,
porque é muito pouco ter as mãos frias.
Este frio Novembro
está nas minhas mãos, nada mais.
Sou eu:
vejo o vaso ingenuamente grego
e a tarde de sempre à minha volta.
Mas é muito raro em mim ter as mãos frias.
Num segundo fugaz, o meu pensamento viu
a neblina tão provável, a folha cinzenta escrita
onde o nome que tenho estaria riscado
com a tinta gelada do final.
Antonio Cabrera, Espanha, (1958 – 2019)
Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

***

O SECUNDĂ

Am mâinile reci.
Am ieșit în stradă,
am rezolvat problema aceea banală
și m-am întors acasă, ca să-mi ocup din nou
locul la masa aceasta.
Am observat atunci
frigul din mâinile mele,
semn
ce mă preocupă, probabil fără rost,
pentru că nu contează prea mult să ai mâini înghețate.
Acest noiembrie rece
mi s-a depus în mâini, nimic mai mult.
Sunt eu:
văd vaza aceasta, simplă, grecească
și-o seară obișnuită, care mă înconjoară.
Dar nu mi se prea întâmplă să am mâinile reci.
În fulgerul secundei, mintea-mi întrezărește,
prin ceți prevestitoare, o foaie gri, pe care
stă scris numele meu, tăiat apoi cu însăși
cerneala celui din urmă ger.
Antonio Cabrera, Spania, (1958 – 2019)
Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

СЕКУНДА.

Руки замерзли.
Вышел на улицу,
сходил по делам,
вернулся домой и снова
сел за стол туда, откуда встал.
И тут понял,
как замерзли руки.
Это знак.
меня волнует что-то без причины,
мерзнущие руки обычно ничего не значат.
Просто холодный ноябрь
держу в руках, и все.
Я тут:
вижу простую греческую вазу,
а вокруг меня обычный вечер.
Необычно, что у меня вообще-то мерзнут руки.
Внезапно за секунду передо мной
встал плотный туман, серый исписанный лист,
а на нем имя, которое я подчеркнул
ледяными чернилами конца.
Антонио Кабрера, Испания (1958 – 2019)
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translated into Russian by Daria Mishueva

***

SECUNDA

Hladne su mi ruke.
Izašao sam na ulicu,
obavio mali posao
i vratio se u kuću
da sednem za sto.
Tada sam primetio
hladnoću mojih šaka,
znak koji me možda uzaludno
uznemirava.
Imati hladne šake je beznačajno.
Hladnoća novembra
mi je u rukama, ništa drugo.
Ovo je moja stvarnost:
vidim jednostavnu grčku vaznu
i obično veče oko sebe.
Ali retko kad imam hladne ruke.
U jednom trenu misao mi je videla,
kroz maglu,
ispisani sivi list
s mojim imenom.
Smrzavajuće mastilo kraja je precrtavalo
moje ime.
ANTONIO CABRERA, Španija, (1958 – 2019)
Sa engleskog prevela S. Piksiades
Translated into Serbian by S. Piksiades

***

UN SECUNNU

Haju li manu friddi.
Niscìu nta la strata,
Risurvìu quacchi banali affari
E riturnaiu a casa di novu
E ripigghiaiu lu me postu a stu tavulinu.
Doppu scuprìu
La friddizza dî me manu,
Un signali
Ca mi disturba forsi senza raggiuni,
Pirchì aviri li manu friddi non è cosa gravi.
Stu friddu di novembri
è nta li me manu, nenti chiui.
Sugnu yo:
Viju lu vasu ingenuamenti grecu
E la basciura solita ca mi circunna.
Ma è raru pi mmia aviri li manu friddi.
Ntôn secunnu, lu me pinseru vitti
La negghia tantu probabbili, la fogghia gricia scritta
Unni lu nomu ca portu fussi scancillatu
Cu lu culuri di l’inchiostru di la fini.

Antonio Cabrera, Spain, (1958 – 2019)
Traduzioni in Sicilianu di Gaetano Cipolla

***

ஒரு வினாடி

எனது கைைள் குளிர்ந்துள்ளன
நான் தெரிற்குல் தென்றிருை்கிறறன்
ஒரு சிரிய விஷயெ்கெெ்ெரிதெய்து விட்டு
எனது றேகெை்குெ்திருே்பிவிட்றடன்.
கைைள் குளிர்ந்திருப்பகெை்
ைண் டறிந்றென்
நியாயமில்லாேல்
எனது உள்ளெ்கெெ்
துன் புறுெ்துகிறது!
.கைைளில் குளிர்ெ்சி என் பது
ஒரு ொொரணவிஷயே்!
நவே்பர்ோெை்குளிர்
என் கைைளில் இருை்கிறது அவ்வளறவ!
அது நாறன
எளிகேயான கிறரை்ை பூெ்ொடிகயை்ைாண் கிறறன்
ொொரணோகல றநரெ்கெ
என்கனெ்சுற்றிப் பார்ை்கிறறன்!
ஆனால் கைை்குளிகரை்ைாண் பது
அரிதுே், அபூர்வோனதுறே!
பறை்குே் ஒரு வினாடியில்
எனது எண் ணே் பார்ெ்ெது
வர உள்ள மூடுபனிகய
முடிவின் பனிேசியால்
எனதுதபயகர
குருை்குை் றைாடிட்டிருப்றபன்!
ஆை்ைே்-தோழியாை்ைே்

Antonio Cabrera -Spain (1958- 2019)
Translated into Tamil by DR. N V Subbaraman

 

Recueil: ITHACA 705
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
Holland: https://boekenplan.nl
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
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Les moines et les lapins (Zen)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2021




    
Les moines et les lapins

Deux moines étaient assis dans la nature.
L’un des deux était entouré de lapins et l’autre, non.

Celui qui n’avait pas de lapin autour de lui dit à l’autre:
« Tu es un saint! C’est incroyable!
Tous les lapins sont assis autour de toi, tandis que moi,
ils me fuient.
Quel est ton secret ?

– Je n’ai pas de secret.
Je ne mange pas de lapin.
C’est tout. »

(Zen)

 

Recueil: Le doigt et la lune (Alexandro Jodorowsky)
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Le jour à Udaipur (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2021



 

Le jour à Udaipur

Blanc le palais
blanc sur le lac noir.
Lingam et yoni.

Comme la déesse tu m’entoures, nuit.

Fraîche terrasse.
Tu es immense, immense
à la mesure.

Etoiles inhumaines.
Mais l’heure est à nous.

Je tombe et m’élève,
je brûle et me noie. N’as-tu
donc qu’un corps?

Oiseaux sur l’eau,
l’aube sur les paupières.

***

Blanco el palacio
blanco en el lago negro.
Lingam y yoni.

Como la diosa al dios
tu me rodeas, noche.

Fresca terraza.
Eres inmensa
a la medida.

Estrellas inhumanas.
Pero la hora es nuestra.

Caigo y m eelevo,
ardo y me anego. ¿ Sólo
tienes un cuerpo?

Pájaros sobre el agua,
alba sobre los párpados.

(Octavio Paz)

Illustration

 

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Je respire où tu palpites (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Je respire où tu palpites

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t’en vas ?

A quoi bon vivre, étant l’ombre
De cet ange qui s’enfuit ?
A quoi bon, sous le ciel sombre,
N’être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t’en ailles
Pour qu’il ne reste plus rien.

Tu m’entoures d’Auréoles;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t’envoles
Pour que je m’envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne
Si je n’entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s’en va ? Je ne sais pas.

Quand mon orage succombe,
J’en reprends dans ton coeur pur ;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d’azur.

L’amour fait comprendre à l’âme
L’univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l’infini

Sans toi, toute la nature
N’est plus qu’un cachot fermé,
Où je vais à l’aventure,
Pâle et n’étant plus aimé.

Sans toi, tout s’effeuille et tombe ;
L’ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.

Je t’implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
O fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n’es plus près de moi ?

Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l’autre mes chansons.

Que dirai-je aux champs que voile
L’inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l’étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Que dirai-je au bois morose
Qu’illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant :  » Où donc est ma soeur ? »

J’en mourrai ; fuis, si tu l’oses.
A quoi bon, jours révolus !
Regarder toutes ces choses
Qu’elle ne regarde plus ?

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux !

(Victor Hugo)

Illustration:Edvard Munch

 

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Chant de chœur (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2021




    Chant de chœur

Il est des peines que nul ne connait.
Il est des profondeurs que le soleil
jamais ne sonde. Des monts de silence entourent les lèvres.
Et tous les témoins se taisent. Les yeux ne disent pas.
Il n’est point d’escalier si profond
qui descende là où s’agite
l’être de l’homme. Si le silence parlait,
s’il soufflait, s’il éclatait – il déracinerait tous les arbres du monde.

(Nikiforos Vrettakos)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil:
Traduction: Traduit du grec par Ioannis Dimitriadis
Editions:

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