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Poésie

Posts Tagged ‘envahir’

Nue (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2019




    
Nue

Ôte tes habits, laisse tomber le voile.
Couvre-toi seulement de ta robe de beauté nue,
Tenue d’une demoiselle céleste vêtue de lumière.
Forme plantureuse tel un lotus épanoui,
Un festin de la vie, de la jeunesse et de la grâce.
Apparais et tiens-toi seule dans la merveille qu’est ce monde.
Laisse envahir tes membres par le clair de la lune,
Laisse envahir tes membres par les caresses du zéphyr,
Plonge dans l’infini bleu de ton ciel
Telle la Nature nue toute parsemée d’étoiles.
Atanu’ peut dissimuler sa face dans le pli de sa tunique,
La tête baissée, honteux du corps fleuri.
Invite l’aube immaculée jusqu’à chez l’homme,
Virginité éhontée toute blanche et nue.

***

Nude

Shed your garments, drop the veil.
Be just clad in naked beauty’s robe
Attire of a heaven-lass dressed in light.
The buxom body like a full-blossomed lotus,
A feast of life and youth and grace.
Come and stand alone in the wonder, this world.
Let permeate your limbs with the beams of your moon,
Let permeate your limbs with zephyr’s caress.
Plunge into the infinite blue of the sky
Like naked Nature spangled with stars.
Let Atanu’ conceal his face with his tunic’s fold,
With bended head ashamed of the body’s bloom.
Invite immaculate dawn at men’s abode,
Shameless virginity, white, naked.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Crépuscule (Vincent Muselli)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019



Crépuscule

Le jour mourant s’éteint dans les eaux violettes
Des lacs et des bassins,
Et les noirs peupliers dressent leur silhouette
En un sobre dessin.

L’ombre ravit la forme et la couleur des choses,
Et mon œil incertain
Voit se faner les lys et s’éteindre les roses
Au fond de mon jardin.

Et, durant que la nuit qui descend des ardoises
Envahir la maison,
les dernières odeurs des lys et des framboises
Montent vers le balcon.

(Vincent Muselli)

 

 

 

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RÊVE PRINTANIER (Gen Shen)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



RÊVE PRINTANIER

Hier soir le vent printanier a envahi
ma chambre nuptiale
Ma pensée dérivait vers la fille charmante
habitant au bord du fleuve Xiang
Absorbé rapidement dans un rêve printanier
Je voguais des milliers de kilomètres
au sud du fleuve

(Gen Shen)

 

 

 

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Flots de félicité (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



Illustration: Alwy Fadhel
    
Flots de félicité

Que de flots de félicité traversent le monde,
Jour et nuit, que de nectar d’immortalité déferle par le vaste ciel
Dont s’abreuvent le soleil et la lune à satiété.
La lumière inépuisable persiste, radieuse,
Pénétrant la terre, sans cesse, de vie et de splendeur.
Pourquoi donc passer le temps tel un esprit solitaire,
Envahi par les soucis pour ton moi ?
Elargis ton coeur et contemple l’alentour :
Au mépris des menus malheurs
Remplis le vide de la vie avec de l’amour.

***

Currents of Joy

Floods of felicity pervade the world,
Day and night such nectar of immortality is surging
down the vast sky
For quenching the thirst of the sun and the moon.
Inexhaustible and radiant persists the light,
Ceaselessly suffusing the earth with life and splendour.
Why then waste time in a solitary mood
Haunted by worries for your self ?
Open wide your heart and contemplate all around :
Disdaining trivial mishaps
Fill the vacuum of life with love.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Le réveil d’une cascade (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    

Le réveil d’une cascade

Tant de beauté, tant de bonheur et tant de jeux,
Ailleurs, où les trouverai-je ?
Emportée par la fougue de la jeunesse,
Je ne sais vers qui je m’en irai…
Mon envie sans fond, mon espoir sans fin
C’est découvrir le monde,
Irrésistible est mon désir de déferler
Tout autour de la terre.

Je peux déverser tout l’amour existant…
Je peux emporter tout le temps qui est…
Je peux envahir toutes les contrées,
Que pourrais-je espérer d’autre
Hormis cette seule envie du coeur?

***

The Waking of a Cascade

Where else shall I ever find
So much beauty and happiness and play ?
Drifted by my youthful feast
I wonder who will welcome me.
My depthless desire and my endless hope
Will be to discover the world,
I cannot resist the temptation
Of girdling the earth.

I can pour down all my love,
I can carry off Time that has been,
I can invade all the provinces,
Other than this heart’s desire
What could I expect more?

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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C’est l’angoisse de la séparation (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration:  Jean Zakarauskas
    
C’est l’angoisse de la séparation
qui s’épand par tout le monde
et donne naissance à des formes sans nombre
dans le ciel infini.

C’est ce chagrin de la séparation
qui contemple en silence toute la nuit d’étoile en étoile
et qui éveille une lyre parmi les chuchotantes feuilles
dans la pluvieuse obscurité de juillet.

C’est cette envahissante peine
qui s’épaissit en amours et désirs,
en souffrances et en joies dans les demeures humaines,
et, de mon coeur de poète, c’est toujours elle qui fond et ruisselle en chansons.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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Quand la peur m’envahit (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Rockwell Kent 19 [1280x768]

Quand la peur m’envahit que je puis cesser d’être avant
que ma plume n’ait tout glané de mon cerveau fécond, avant
que de hautes piles de livres en beaux caractères ne gardent
comme d’opulents greniers le grain pleinement mûri ; quand
je contemple, sur la face étoilée de la nuit, les énormes
symboles ennuagés d’un céleste poème, et songe que peut-être
ne vivrai-je pas assez pour dessiner leurs ombres d’une
main guidée par l’inspiration magique ; et quand je sens, belle
créature éphémère ! que jamais plus je ne te regarderai, jamais
plus ne savourerai la puissance féerique du don total
d’amour, — alors, sur le rivage du monde immense, je reste
solitaire et médite, — au point qu’amour et gloire s’abîment
jusqu’au néant.

(John Keats)

Illustration: Rockwell Kent

 

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BRUINE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



BRUINE

L’automne et l’hiver
Descendent tous deux ;
Il pleut et il neige,
Il neige et il pleut.

Vide, la nuit tombe,
Poisseuse, des cieux ;
Des écoliers pâles
Passent souffreteux.

Les murs sont humides,
Le froid m’envahit.
Et lors ma pensée
Vers les tombes fuit…

L’automne et l’hiver
Descendent tous deux ;
Il pleut et il neige,
Il neige et il pleut.

(George Bacovia)

 

 

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Une autre nuit liquide (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Alexandre Podgorny
    
Une autre nuit liquide
envahit le territoire de la nuit.
Les vagues du noir
n’ont pas besoin de plage
mais simplement d’un lit
de leur propre substance
qui contienne la question invraisemblable.

Les vagues du noir
cherchent une réponse
qui ne se trouve que dans le noir,
mais dans un noir distinct,
différent du noir.
Un noir aux ailes basses
et quiétudes extrêmes.

Questions et réponses
sont des substances dissemblables
qui ne se rejoignent presque jamais.

Les vagues du noir
unissent les deux substances
en rassemblant dans son noir

les noirs différents :
les liquides, les solides,
celui de derrière la vie,
celui de derrière la mort,
celui de toute question,
celui de toute réponse.

***

Otra noche líquida
invade el territorio de la noche.
Las olas de lo negro
no necesitan playa
sino tan sólo un lecho
de su mima sustancia
que lleve la pregunta inverosímil.

Las olas de lo negro
buscan una respuesta
que sólo esta en lo negro,
pero en un negro distinto,
diferente del negro.
Un negro de alas bajas
y quietudes extremas.

Preguntas y respuestas
son sustancias desiguales
que no se encuentran casi nunca.

Las olas de lo negro
juntan las dos sustancias,
al reunir en su negro

los diferentes negros:
los líquidos , los sólidos,
el de atrás de la vida,
el de atrás de la muerte,
el de toda pregunta,
el de toda respuesta.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Laissez les portes ouvertes (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Leonor Fini

Laissez les portes ouvertes,
cette nuit, s’il lui prend
l’envie, cette nuit, de venir,
car il est mort.

Que tout reste ouvert,
pour voir si nous ressemblons
à son corps ; voir si nous sommes
quelque chose de son âme,
livrés à l’espace tout entier ;
pour voir si le grand infini,
nous envahissant, nous rejette
hors de nous ; si nous mourons
un peu ici ; et si là, en lui,
nous vivons un peu.

Que reste ouverte
toute la maison, comme si
il était là, corps présent,
dans la nuit d’azur,
avec nous en guise de sang,
avec les étoiles pour fleurs !

***

Dejad las puertas abiertas,
esta noche, por si él
quiere, esta noche, venir,
que está muerto.

Abierto todo,
a ver si nos parecemos
a su cuerpo; a ver si somos
algo de su alma, estando
entregados al espacio;
a ver si el gran infinito
nos echa un poco, invadiéndonos,
de nosotros; si morimos
un poco aquí; y allí, en él,
vivimos un poco.

¡Abierta
toda la casa, lo mismo
que si estuviera de cuerpo
presente en la noche azul,
con nosotros como sangre,
con las estrellas por flores!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Leonor Fini

 

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