Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘envier’

Don (Czeslaw Milosz)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    

Don

Jour si heureux.
Le brouillard était tombé tôt, je travaillais au jardin.
Des colibris s’arrêtaient au-dessus de la fleur du chèvrefeuille.
Il n’y avait rien sur terre que j’aurais voulu posséder.
Je ne connaissais personne qui aurait valu d’être envié.
Le mal qui était advenu, je l’oubliais.
Je n’avais pas honte d’être celui que je suis.
Je ne sentais dans mon corps nulle douleur.

(Czeslaw Milosz)

 

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RÊVES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2020




    
RÊVES

Près des villes miraculeuses
puisque vous rêvez rêveuse
sur les rives de la vie
fleuve de peine ou fleuve d’oubli

Vivez rêveuse revivez
tous les songes que vous aimez
ne sont ni mensonge ni folie
ô rêveuse que je vous envie

De l’avenir rêvé qui vous rit
rien ne meurt de vos rêveries
ni les soucis ni les douleurs
ni le sourire du bonheur

Vos rêves ce sont les couronnes
des nuits des heures monotones
que vous donnez à ceux qui meurent
de ne croire qu’à ce qui demeure

Donnez-moi vos rêves rêveuse
la vie est longue et malheureuse
pour celui qui veut s’obstiner
à n’atteindre que la vérité

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Entendre l’axe de la terre (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2020



J’ai pris leur sens de la vue aux guêpes menues
Qui sucent l’axe de la terre, l’axe de la terre,
Je pressens tout ce qui m’est advenu
Et m’en souviens par cœur et par chimère.

Je ne joue pas de la voix noire de l’archet,
Et je ne chante pas et non plus ne dessine,
Je ne fais que boire la vie et il me plaît
D’envier les guêpes majestueuses et malignes.

Ô ! s’il était possible qu’un jour moi aussi,
La chaleur de l’été et l’aiguillon de l’air
Me donnent, dépassant mort et sommeil d’ici,
D’entendre l’axe de la terre, l’axe de la terre.

(Ossip Mandelstam)

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Les limites du malheur (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2019



Les limites du malheur

Mes yeux soudain horriblement
Ne voient pas plus loin que moi
Je fais des gestes dans le vide
Je suis comme un aveugle-né
De son unique nuit témoin

La vie soudain horriblement
N’est plus à la mesure du temps
Mon désert contredit l’espace
Désert pourri désert livide
De ma morte que j’envie

J’ai dans mon corps vivant les ruines de l’amour
Ma morte dans sa robe au col taché de sang.

(Paul Eluard)

 

 

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Malheur à moi (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Aaron Westerberg  (7)

Malheur à moi

Malheur à moi ! je ne sais plus lui plaire ;
Je ne suis plus le charme de ses yeux ;
Ma voix n’a plus l’accent qui vient des cieux,
Pour attendrir sa jalouse colère ;
Il ne vient plus, saisi d’un vague effroi,
Me demander des serments ou des larmes :
Il veille en paix, il s’endort sans alarmes :
Malheur à moi !

Las de bonheur, sans trembler pour ma vie,
Insoucieux, il parle de sa mort !
De ma tristesse il n’a plus le remord,
Et je n’ai pas tous les biens qu’il envie !
Hier, sur mon sein, sans accuser ma foi,
Sans les frayeurs que j’ai tant pardonnées,
Il vit des fleurs qu’il n’avait pas données :
Malheur à moi !

Distrait d’aimer, sans écouter mon père,
Il l’entendit me parler d’avenir :
Je n’en ai plus, s’il n’y veut pas venir ;
Par lui je crois, sans lui je désespère ;
Sans lui, mon Dieu ! comment vivrai-je en toi ?
Je n’ai qu’une âme, et c’est par lui qu’elle aime :
Et lui, mon Dieu, si ce n’est pas toi-même,
Malheur à moi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Aaron Westerberg

 

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COMMENT (Amir Or)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2019




    
COMMENT

Comment puis-je te le dire? Tu es proche irrésistiblement,
Tu es tel un fruit qui éclate dans le cœur,
Tu es le nom que porte la bouche muette
Semblable à une mer dans la paume de la terre.
Je palpe, et envie ma main qui palpe;
Palper, j’aspire à palper.
L’angoisse face à ce moment immobile ne passe pas:
Tu es ici à l’intérieur, ici est ici à l’intérieur.
Ici brûle le feu de l’âme,
Mais ne consume pas le feu du cœur.

***

¿Cómo decirte? Estás insoportablemente cerca,
Eres fruta que estalla en el corazón,
Eres el nombre que lleva la boca muda
Como un mar en la palma de la tierra.
Toco y envidio mi mano que toca;
Y tocando, anhelo tocar.
No cesa el miedo en este instante inmóvil:
Estás aquí dentro, aquí es dentro de aquí.
Donde arde el fuego del alma,
Donde sin calcinarse arde el corazón.

***

爱的魔法
如 何

如何说呢?你靠得太近让人难以承受,
你是心中爆裂的果实,
你是喑哑的口中含着的名字
就像地球掌心里的海。
我触摸,并羡慕我触摸的手;
触摸着,我渴望去触摸。

这静止的时刻让人恐惧:
你被层层包裹在这里的最深处。
灵魂之火在这里燃烧,燃烧。
这颗心燃烧不尽。

***

HOW

How can I tell you? You are unbearable close,
You are fruit bursting in the heart,
You are the name the mute mouth bears
Like a sea in the palm of the earth.
I touch, and envy my touching hand;
Touching, I yearn to touch.
The fear at this motionless moment doesn’t pass by:
You are here inside, here is inside here.
Here burns the fire of the soul,
Not consuming the fire of the heart.

***

HOE

Hoe kan ik het je zeggen? Je bent ondraaglijk dichtbij,
Je bent als fruit dat openbarst in het hart,
Je bent de naam die de mond sprakeloos draagt
Zoals een zee in de palm van de aarde.
Ik raak je aan en ben jaloers op mijn aanrakende hand;
Aanraken, ik verlang om aan te raken.
De angst op dit roerloze moment gaat niet voorbij:
Je bent hier binnenin, hier is hier binnen.
Hier brandt het vuur van de ziel,
Maar verbrandt het vuur niet van het hart.

***

WIE

Wie soll ich es dir sagen? – Du bist unerträglich nah.
Du bist die aufplatzende Frucht im Herzen.
Du bist der Name, der vom stummen Mund getragen wird
Wie ein Meer in der Handfläche der Erde.
Ich berühre und beneide meine berührende Hand,
Berührend und sehne mich danach zu berühren.
Der Schreck dieses unbeweglichen Augenblicks vergeht nicht:
Du bist hier drinnen, hier ist hier drinnen.
Hier brennt das Feuer der Seele,
Aber es löscht das Feuer des Herzens nicht.

(Amir Or)

 

Recueil: ITHACA 583
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Amir Or – Fiona Sampson / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Allemand Wolfgang Klinck
Editions: POINTS

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Bourdon, je t’envie (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Bourdon, je t’envie,
comme tu promènes,
noire fantaisie,
ta miette de vie
dans les compliqués
chemins de l’été!

Cependant que moi
je peine, je traîne
un araire lourd
au fond de moi-même

dans l’étroit labour,
un pas pour la haine,
un pas pour l’amour.

Le soleil me noie,
l’été me fait peur,
bourdonnante joie,
va bouffer les fleurs.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Orgueil d’aimer (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019



 

Samy Charnine

Orgueil d’aimer

Hélas ! la chimère s’envole
Et l’espoir ne m’est plus permis ;
Mais je défends qu’on me console.

Ne me plaignez pas, mes amis.
J’aime ma peine intérieure
Et l’accepte d’un coeur soumis.

Ma part est encor la meilleure,
Puisque mon amour m’est resté ;
Ne me plaignez pas si j’en pleure.

A votre lampe, aux soirs d’été,
Les papillons couleur de soufre
Meurent pour avoir palpité ;

Ainsi mon amour, comme un gouffre,
M’entraîne, et je vais m’engloutir ;
Ne me plaignez pas si j’en souffre.

Car je ne puis me repentir,
Et dans la torture subie
J’ai la volupté du martyr ;

Et s’il faut y laisser ma vie,
Cc sera sans lâches clameurs.
J’aime ! j’aime ! et veux qu’on m’envie !

Ne me plaignez pas si j’en meurs.

(François Coppée)

Illustration: Samy Charnine

 

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Il y a maintes et maintes années, dans un royaume près de la mer (Edgar Allan Poe)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2019



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Il y a maintes et maintes années,
dans un royaume près de la mer,
vivait une jeune fille,
que vous pouvez connaître par son nom d’Annabel Lee,
et cette jeune fille ne vivait avec aucune autre pensée
que d’aimer et d’être aimée de moi.

J’étais un enfant, et elle était un enfant,
dans ce royaume près de la mer ;
mais nous nous aimions d’un amour qui était plus que de l’amour, —
moi et mon Annabel Lee ;
d’un amour que les séraphins ailés des Cieux
convoitaient à elle et à moi.

Et ce fut la raison qu’il y a longtemps,
— un vent souffla d’un nuage, glaçant
ma belle Annabel Lee ;
de sorte que ses proches de haute lignée vinrent
et me l’enlevèrent,
pour l’enfermer dans un sépulcre,
en ce royaume près de la mer.

Les anges, pas à moitié si heureux aux cieux,
vinrent, nous enviant, elle et moi.
Oui ! ce fut la raison (comme tous les hommes le savent
dans ce royaume près de la mer)
pourquoi le vent sortit du nuage la nuit,
glaçant et tuant mon Annabel Lee.

Mais, pour notre amour, il était plus fort de tout un monde
que l’amour de ceux plus âgés que nous ;
— de plusieurs de tout un monde plus sages que nous, —
et ni les anges là-haut dans les cieux, —
ni les démons sous la mer,
ne peuvent jamais disjoindre mon âme de l’âme
de la très belle Annabel Lee.

Car la lune jamais ne rayonne sans m’apporter des songes
de la belle Annabel Lee ;
et les étoiles jamais ne se lèvent que je ne sente les yeux brillants
de la belle Annabel Lee ;
et ainsi, toute l’heure de nuit, je repose à côté de ma chérie,
— de ma chérie, — ma vie et mon épouse,
dans ce sépulcre près de la mer,
dans sa tombe près de la bruyante mer.

***

Annabel Lee

It was many and many a year ago,
In a kingdom by the sea,
That a maiden there lived whom you may know
By the name of Annabel Lee;
And this maiden she lived with no other thought
Than to love and be loved by me.

I was a child and she was a child,
In this kingdom by the sea:
But we loved with a love that was more than love—
I and my Annabel Lee;
With a love that the winged seraphs of heaven
Coveted her and me.

And this was the reason that, long ago,
In this kingdom by the sea,
A wind blew out of a cloud, chilling
My beautiful Annabel Lee;
So that her highborn kinsman came
And bore her away from me,
To shut her up in a sepulchre
In this kingdom by the sea.

The angels, not half so happy in heaven,
Went envying her and me—
Yes!—that was the reason (as all men know,
In this kingdom by the sea)
That the wind came out of the cloud by night,
Chilling and killing my Annabel Lee.

But our love it was stronger by far than the love

Of those who were older than we—
Of many far wiser than we—
And neither the angels in heaven above,
Nor the demons down under the sea,
Can ever dissever my soul from the soul
Of the beautiful Annabel Lee:

For the moon never beams, without bringing me dreams
Of the beautiful Annabel Lee;
And the stars never rise, but I feel the bright eyes
Of the beautiful Annabel Lee;
And so, all the night-tide, I lie down by the side
Of my darling—my darling—my life and my bride,
In the sepulchre there by the sea,
In her tomb by the sounding sea.

(Edgar Allan Poe)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

Marissa Nadler:

 

 

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Sous la falaise (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018




    
Sous la falaise

Quand tu marches sous la falaise
N’oublie pas de faire offrande
D’une pensée transparente au pèlerin
N’oublie rien de son vol de cendre
Plus rapide que la pierre qui tombe du roc
O meurtrier silencieux
Souviens-toi de son vol plus lointain
Que le vent qui se jette à l’amont du fleuve
De sa trace coupante au nuage
Imite cet oiseau serein et cruel
Envie sa justice de maître de la vie et de la mort
Passant songeur, envie son aire et la sagesse de sa retraite
Et quand vient l’heure de l’ombre
Jour après jour souviens-toi de plonger en elle
Comme l’oiseau se jette au vide
(Ainsi le cœur au mal, l’âme au vent sans mémoire)
Et regarde en toi blanchir le gouffre
Passant calme
En retard sur l’eau des rêves

(Jacques Chessex)

 

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