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Poésie

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À LA PROVENCE (Emile Ripert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2020




À LA PROVENCE

Lorsque je m’interroge et que je cherche en moi
Et le peu que je suis et d’où me vient mon âme,
Provence, c’est à toi que je songe, et je crois
Que tu mis dans mon coeur vraiment toutes tes flammes.

Oui, quand je cherche, au fond de moi-même, d’où sort
La brise de tiédeur qui souffle dans ma tête,
Les chants dont je ne puis retenir les essors,
D’où vient le carillon des éternelles fêtes

Dont de lointains clochers sonnent en moi les jours,
D’où vient cette jeunesse et cette simple joie,
Je me dis bien souvent que c’est toi qui l’envoies,
Provence, tout cela, dans des bouffées d’amour.

(Emile Ripert)

Illustration: Christian Guinet

 

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L’aurore s’allume (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



 

Illustration: William Turner
    
L’aurore s’allume

I
L’aurore s’allume ;
L’ombre épaisse fuit ;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit ;
Paupières et roses
S’ouvrent demi-closes ;
Du réveil des choses
On entend le bruit.

Tout chante et murmure,
Tout parle à la fois,
Fumée et verdure,
Les nids et les toits ;
Le vent parle aux chênes,
L’eau parle aux fontaines ;
Toutes les haleines
Deviennent des voix !

Tout reprend son âme,
L’enfant son hochet,
Le foyer sa flamme,
Le luth son archet ;
Folie ou démence,
Dans le monde immense,
Chacun. recommence
Ce qu’il ébauchait.

Qu’on pense ou qu’on aime,
Sans cesse agité,
Vers un but suprême,
Tout vole emporté ;
L’esquif cherche un môle,
L’abeille un vieux saule,
La boussole un pôle,
Moi la vérité !

II

Vérité profonde !
Granit éprouvé
Qu’au fond de toute onde
Mon ancre a trouvé !
De ce monde sombre,
Où passent dans l’ombre
Des songes sans nombre,
Plafond et pavé !

Vérité, beau fleuve
Que rien ne tarit !
Source où tout s’abreuve,
Tige où tout fleurit !
Lampe que Dieu pose
Près de toute cause !
Clarté que la chose
Envoie à l’esprit !

Arbre à rude écorce,
Chêne au vaste front,
Que selon sa force
L’homme ploie ou rompt,
D’où l’ombre s’épanche ;
Où chacun se penche,
L’un sur une branche,
L’autre sur le tronc !

Mont d’où tout ruisselle !
Gouffre où tout s’en va !
Sublime étincelle
Que fait Jéhova !
Rayon qu’on blasphème !
Oeil calme et suprême
Qu’au front de Dieu même
L’homme un jour creva !

III

Ô Terre ! ô merveilles
Dont l’éclat joyeux
Emplit nos oreilles,
Eblouit nos yeux !
Bords où meurt la vague,
Bois qu’un souffle élague,
De l’horizon vague
Plis mystérieux !

Azur dont se voile
L’eau du gouffre amer,
Quand, laissant ma voile
Fuir au gré de l’air,
Penché sur la lame,
J’écoute avec l’âme
Cet épithalame
Que chante la mer !

Azur non moins tendre
Du ciel qui sourit
Quand, tâchant d’entendre
Je cherche, ô nature,
Ce que dit l’esprit,
La parole obscure
Que le vent murmure,
Que l’étoile écrit !

Création pure !
Etre universel !
Océan, ceinture
De tout sous le ciel !
Astres que fait naître
Le souffle du maître,
Fleurs où Dieu peut-être
Cueille quelque miel !

Ô champs ! ô feuillages !
Monde fraternel !
Clocher des villages
Humble et solennel !
Mont qui portes l’aire !
Aube fraîche et claire,
Sourire éphémère
De l’astre éternel !

N’êtes-vous qu’un livre,
Sans fin ni milieu,
Où chacun pour vivre
Cherche à lire un peu !
Phrase si profonde
Qu’en vain on la sonde !
L’oeil y voit un monde,
L’âme y trouve un Dieu !

Beau livre qu’achèvent
Les coeurs ingénus ;
Où les penseurs rêvent
Des sens inconnus ;
Où ceux que Dieu charge
D’un front vaste et large
Ecrivent en marge :
Nous sommes venus !

Saint livre où la voile
Qui flotte en tous lieux,
Saint livre où l’étoile
Qui rayonne aux yeux,
Ne trace, ô mystère !
Qu’un nom solitaire,
Qu’un nom sur la terre,
Qu’un nom dans les cieux !

Livre salutaire
Où le cour s’emplit !
Où tout sage austère
Travaille et pâlit !
Dont le sens rebelle
Parfois se révèle !
Pythagore épèle
Et Moïse lit !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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LES HÉRAUTS NOIRS (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2020




    
LES HÉRAUTS NOIRS

Il y a des revers dans la vie, si violents…Je ne comprends pas !
Des revers tels la haine de Dieu ; comme si jadis le ressac avait
entassé dans l’âme toute la douleur…Je ne comprends pas !

Il y en a peu, mais ils existent. Ils ouvrent de sombres cicatrices dans le
visage le plus endurci et le dos le plus solide. Ils sont peut-être les
poulains des barbares d’Attila ; ou les hérauts noirs
que la mort nous a envoyés.

C’est la chute profonde des rédempteurs de l’âme, une adorable croyance
que le Destin a maudite. Ces revers sanglants ressemblent au
grésillement d’un morceau de pain calciné à la porte du four.

Et l’homme…pauvre…pauvre humain ! Ses yeux se révulsent,
comme s’il recevait un coup sur l’épaule et il crie ; ses yeux fous
se révulsent et tout ce qu’il a vécu se presse
dans son regard tel un bourbier de remords.

Il y a des revers dans la vie, si violents…Je ne comprends pas !

Traduction en Français: Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

***

LOS HERALDOS NEGROS

Hay golpes en la vida, tan fuertes… ¡Yo no sé! Golpes como del odio
de Dios; como si ante ellos, la resaca de todo lo sufrido se
empozara en el alma… ¡Yo no sé!

Son pocos; pero son… Abren zanjas oscuras en el rostro más fiero y
en el lomo más fuerte. Serán tal vez los potros de bárbaros atilas; o
los heraldos negros que nos manda la Muerte.

Son las caídas hondas de los Cristos del alma, de alguna fe
adorable que el Destino blasfema. Esos golpes sangrientos son las
crepitaciones de algún pan que en la puerta del horno se nos quema.

¡Y el hombre … Pobre … pobre! Vuelve los ojos, como cuando por
sobre el hombro nos llama una palmada; vuelve los ojos locos, y
todo lo vivido se empoza, como un charco de culpa, en la mirada.

Hay golpes en la vida, tan fuertes … ¡Yo no sé!

Espagnol (original) César Vallejo

***

THE BLACK HERALDS
A protest for the killing of George Floyd

There are blows in life, so hard . . . I don’t know! Blows like the hate
of God; as if before them, the undertow of everything suffered is
embedded in the soul . . .I don’t know!

They are few; but they exist . . . They open dark furrows in the fiercest
face and on the strongest back. Perhaps they are the foals of barbaric
Attilas; or the black heralds sent to us by Death.

They are the deep falls of the Christs of the soul, of some adorable faith,
blasphemed by Destiny. Those bloody blows are the crackling of
some bread that burns at the oven door.

And the man . . . the poor, the poor man! He turns his eyes, as when a
slap on the shoulder summons us; he turns his crazed eyes, and
all that he has lived wells up, like a pool of guilt in his gaze.

There are blows in life, so hard . . . I don’t know!

Traduction en Anglais Stanley Barkan

***

GLI ARALDI NERI

Una protesta per l’uccisione di George Floyd

Ci sono colpi nella vita, così forti… non so! Colpi come l’odio di Dio;
come se davanti ad essi, il riflusso di tutto ciò che soffriva fosse
incastonato nell’anima… non so!

Sono pochi; ma sono loro…aprono solchi scuri nella faccia più feroce e
sulla schiena più forte. Forse saranno i puledri dei barbari Attila; o gli
araldi neri mandati a noi dalla Morte.

Essi sono le profonde cadute dei Cristi dell’anima, di una qualche
adorabile fede, resa blasfema dal Destino. Quei colpi sanguinanti sono il
crepitare di un po’ di pane che brucia alla porta del forno.

E l’uomo… povero, pover’uomo! Gira gli occhi, come quando siamo
chiamati da una pacca sulla spalla; gira i suoi occhi folli, e tutto ciò che
ha vissuto sgorga fuori, come una pozza di colpa nello sguardo.

Ci sono colpi nella vita, così forti… non so!

Traduction en Italien Luca Benassi

***

DIE SCHWARZEN HEROLDE

Es gibt Schläge im Leben, so gewaltig… Ich weiß nicht warum! Schläge
wie vom Hass Gottes; als ob vorher die Brandung alles, was erlitten
wurde, in der Seele versenkt hätte… Ich weiß nicht!

Es sind wenige; aber sie bleiben… Sie öffnen dunkle Furchen im
hartherzigsten Gesicht und im stärksten Rücken. Vielleicht sind es die
Fohlen der Barbaren Attilas; oder die schwarzen Herolde, die uns der
Tod geschickt hat.

Es sind die tiefen Stürze der Heilande der Seele, eines
anbetungswürdigen Glaubens, den das Schicksal verflucht. Diese
blutigen Schläge sind wie das Knistern eines Stücks Brot, das an der
Ofentür verbrennt.

Und der Mensch… der Arme… der arme Mensch! Er wendet den Blick,
wie bei einem Klaps auf die Schulter, und ruft; er verdreht seine
verrückten Augen, und alles, was er erlebt hat, wird wie eine Lache von
Schuldgefühlen in seinen Blick getaucht.

Es gibt Schläge im Leben, so gewaltig… Ich weiß nicht warum!

Traduction en Allemand Wolfgang Klinck

***

DE ZWARTE HERAUTEN
Een protest voor de moord op George Floyd

Er zijn tegenslagen in het leven, zo geweldig… Ik begrijp het niet!
Tegenslagen zoals de haat van God; alsof voorheen de branding al het
leed in de ziel heeft opgestapeld… Ik begrijp het niet!

Het zijn er weinig; maar ze bestaan… Ze openen donkere littekens in het
hardvochtigste gezicht en in de sterkste rug. Misschien zijn het de
veulens van Attila’s barbaren; of de zwarte herauten,
die de dood ons heeft gestuurd.

Het is de diepe val der heilanden van de ziel, een adorabel geloof dat
door het Lot wordt vervloekt. Die bloedige tegenslagen zijn zoals het
geknetter van een stuk brood dat aan de ovendeur verbrandt.

En de mens… de arme… de arme mens! Hij verdraait zijn ogen,
alsof hij een klap op zijn schouder kreeg en roept; hij verdraait
zijn gekke ogen, en alles wat hij beleefd heeft dringt
als een poel van schuldgevoelens door zijn blik.

Er zijn tegenslagen in het leven zo geweldig… Ik begrijp het niet!

Traduction en Néerlandais Germain Droogenbroodt

***

OS MENSAGEIROS NEGROS

Existem golpes na vida, tão fortes… Eu não sei! Golpes como do ódio
de Deus; como se antes deles, a ressaca de todo o sofrido se
tornasse um poço na alma…Eu não sei!

São poucos, mas existem…Abrem covas escuras no rosto mais duro
e nas costas mais fortes. Serão, talvez, os potros de bárbaros Átilas;
ou os mensageiros negros que nos envia a Morte.

São as quedas fundas dos Cristos da alma, de alguma fé adorável
que o Destino blasfema. Esses golpes sangrentos são as crepitações
de algum pão que na porta do forno vai queimando.

E o homem…Pobre…pobre! Volta os olhos, como quando
sobre os ombros nos alerta uma palmada; volta os olhos loucos,
e todo o vivido se empoça, como um charco de culpa, no olhar.

Existem golpes na vida, tão fortes…Eu não sei!

Traduction en Portugais José Eduardo Degrazia

***

ΜΑΥΡΟΙ ΚΗΡΥΚΕΣ

Υπάρχουν χτυπήματα στη ζωή, τόσο δυνατά…Δεν ξέρω, χτυπήματα σαν
θεϊκό μίσος που πριν απ’ αυτά το υπόστρωμα όλων των κακουχιών ήταν
εμφυτευμένο στην ψυχή…δεν ξέρω!

Πολύ λίγα χτυπήματα, αλλά υπάρχουν. Ανοίγουν σκοτεινά αυλάκια στην
πιο σκληρή πλάτη. Ίσως να `ναι πουλάρια του βάρβαρου Αττίλα ή οι
μαύροι κήρυκες που έστειλε ο Θάνατος.

Είναι η βαθειά πτώση της ψυχής του Χριστού, ή κάποιας άλλης πίστης
που η Μοίρα βλαστήμισε. Αυτά τα αιματηρά χτυπήματα ηχούν σαν το
ψωμί που ψήνεται στο φούρνο.

Κι ο άνθρωπος, ο φτωχός άνθρωπος στρέφει τα μάτια σαν όταν το
χτύπημα στον ώμο μας μας ξυπνά. Στρέφει τα μάτια κι ότι μέχρι τότε έχει
ζήσει φουσκώνει σαν μια κηλίδα ενοχής στο τρελό του βλέμμα.

Υπάρχουν χτυπήματα στη ζωή τόσο δυνατά…δεν ξέρω!

Traduction en Grec Manolis Aligizakis

***

CZARNI HEROLDOWIE

Są w życiu ciosy, tak silne … nie do pojęcia ! Ciosy jak nienawiść Boga;
jakby przed nimi powrotna fala wszelkiego cierpienia rozlała się w
duszy… nie do pojęcia!

Niewiele ich jest; lecz istnieją …otwierają ciemne bruzdy na najsroższej
twarzy i najmocniejszym grzbiecie. Może są źrebcami barbarzyńskich
attylów, lub czarnych heroldów, których przysyła nam Śmierć.

Są głębokimi upadkami Chrystusów duszy, jakiejś cudownej wiary, której
bluźni Przeznaczenie. Te krwawe ciosy są skwierczącym kawałkiem
chleba, który płonie nam już w drzwiczkach pieca.

A ten człowiek… biedny, biedny człowiek! Zwraca swe oczy, jak wtedy
gdy ktoś przyzywa nas klepnięciem w ramię; toczy szalonym wzrokiem,
a wszystko co przeżył, jak kałuża winy wzbiera w tym spojrzeniu.

Są w życiu ciosy, tak silne … nie do pojęcia!

Traduction en Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka

***

这些黑使者

生活中总有打击, 很艰难…… 我不懂! 像上帝的仇恨一样的
打击; 仿佛在它们面前, 所有苦难的潜质都被埋入了
灵魂…… 我不懂!

它们很少; 但它们存在……它们在最凶狠的脸上和最强壮的背上
开出黑暗的犁沟。也许它们是野蛮阿提拉的马驹, 或是死神
派给我们的黑使者。

它们是灵魂的基督的深度坠落, 是某种可爱信仰的深坠,
被命运亵渎。那些血腥的打击是某个面包的噼啪声,
这面包在烤炉口燃烧。

那男人…… 那可怜的, 那可怜的人! 他转过头来, 好像
肩膀上一巴掌召唤我们; 他转过发狂的眼睛, 而
他经历的一切都在井喷, 就像他凝视的一池悔恨。

生活中总有打击, 很艰难…… 我不懂!

Traduction en Chinois William Zhou

***

SVARTIR ÁRAR

Sum áföll ævinnar eru svo grimmileg… Ég veit ekki! Áföll á við hatur
Guðs; eins og andstreymi allra þjáninga hafi
greipst í sálina… Ég veit ekki
!
Þau eru fá; en þau eru til… Þau rista dimmar hrukkur í grimmasta andlit
og á sterkasta bak. Kannski eru þau folöld hins blóðþyrsta Atla;
eða svartir árar dauðans.

Þau eru hátt fall lausnara sálarinnar, einhvers dásamlegs átrúnaðar,
sem Örlögin formæla. Þessi bölvuðu áföll eru snarkið í
einhvers konar brauði að brenna í ofndyrunum.

Og maðurinn… veslings, veslings maðurinn! Hann lítur við, eins og
einhver slái á öxlina á okkur; hann lítur trylltum augum, og allt sem
hann hefur lifað streymir fram eins og syndasafn fyrir augunum á honum.

Sum áföll ævinnar eru svo grimmileg… Ég veit ekki!

Traduction en Islandais Thor Stefánsson

***

HERALZII NEGRI

Suntem supuși în viață la biruinți atât de dureroase… Nu știu eu!
Cu ură prăvălite, cad peste noi lovituri de la însuși Dumnezeu,
iar tulburarea se adună în lacul fără fund al sufletului … Nu știu eu!

Puține sunt, dar sunt… Întunecate brazde sapă-n obrazul cel mai diafan,
în umărul cel mai puternic. În chip de bidivii sălbatici, de cruzi năvălitori,
de heralzi negri, ne taie calea, prezicând sfârșitul.

Prăbușit în abis, Hristosul sufletului cată zadarnic după a sa blândă
menire, curmată de-un destin necruțător. Pocnind aidoma cojilor crăpate,
de pâine arsă, uitată în cuptor, plesnesc pedepse sângeroase deasupra tuturor.

Iar omul… biet… sărman! Privirea și-o întoarce și speriat tresare, simțind
o nevăzută palmă pe umăr; tot ce-a trăit până acum se-adună în
căutătura lui smintită, alimentând un heleșteu plin-ochi de vini neispășite.

Suntem supuși în viață la biruinți atât de dureroase… Nu știu eu!

Traduction en Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

Traduction en Indi Jyotirmaya Thakur

***

Traduction en Arabe Sarah Silt

***

Traduction en Persan Sepideh Zamani

***

Traduction en Russe Rahim Karim

(César Vallejo)

 

Recueil: ITHACA 634
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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BLUES EN STEREO (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



neige télé

 

BLUES EN STÉRÉO

TON NUMÉRO VA SORTIR!

JE T’ENVERRAI DES GERBES
ET JE T’ENVERRAI DES RÊVES
ET DES CHEVAUX AUX SABOTS D’OR
POUR TE TRANSPORTER SI LES AUTOS
SONT CHOSES TROP BANALES…

JE T’ENVERRAI UNE TRIOMPHANTE ENTRÉE
AVEC DES CRIS POUSSES PAR LA TERRE ELLE-MÊME
LES PIEDS NUS QUI BATTRONT LA GRANDE GÉNÉRALE
À LA GLOIRE DE TON NOM ET DU MIEN
UN SEUL NOM ET LE MÊME,
TOI AUSSI NU-PIEDS
DANS LE QUARTIER DES NOIRS
OÙ COULE UN ANTIQUE FLEUVE
DEVANT LES CASES QUI ABRITENT UN MILLION DE NÈGRES
ET LE DIEU BLANC NE S’Y REND JAMAIS
CAR LA LUNE LE RENDRAIT PLUS BLANC
QUE LA BLANCHEUR DE SON PROPRE MASQUE
ET STUPÉFAITE
LA NUIT PERDRAIT SA QUIÉTUDE.

DANS UNE VILLE QUI PORTE LE NOM DE STANLEY
LA NUIT CHAQUE NUIT QUI VIENT NUITAMMENT
ET LA MUSIQUE DE L’ANCIENNE MUSIQUE
EST EMPRUNTÉE POUR LES CORS
QUI NE SAVENT PAS JOUER
SUR DES MICROSILLONS QUI SE DEMANDENT
COMMENT ILS ONT JAMAIS PU VENIR JUSQUE-LÀ

QUELLE HEURE EST-IL MAMAN ?
QUELLE HEURE EST-IL MAINTENANT ?
CA M’EST ÉGAL…
MIS JE DEMANDE QUAND MÊME
QUELLE HEURE EST-IL MAMAN ?
QUELLE HEURE EST-IL MAINTENANT ?

LÀ-BAS TOUT AU BOUT DU LONG SILLON DUR QUE JE BÊCHE

J’AI CRU ENTENDRE RETENTIR LA CORNE D’ABONDANCE
MAIS, SEIGNEUR!, IL FAUT QUE JE ME PROCURE UNE NOUVELLE ANTENNE.
IL NEIGE SANS ARRÊT DANS MON TÉLÉVISEUR.

***

YOUR NUMBER’S COMING OUT!

BOUQUETS I’LL SEND YOU
AND DREAMS I’LL SEND YOU
AND HORSES SHOD WITH GOLD
ON WHICH TO RIDE IF MOTORCARS
WOULD BE TOO TAME –
TRIUMPHAL ENTRY SEND YOU
SHOUTS FROM THE EARTH ITSELF
BARE FEET TO BEAT THE GREAT DRUMBEAT
OF GLORY TO YOUR NAME AND MINE
ONE AND THE SAME:
YOU BAREFOOT, TOO,
IN THE QUARTER OF THE NEGROES
WHERE AN ANCIENT RIVER FLOWS
PAST HUTS THAT HOUSE A MILLION BLACKS
AND THE WHITE GOD NEVER GOES
FOR THE MOON WOULD WHITE HIS WHITENESS
BEYOND ITS MASK OF WHITENESS

AND THE NIGHT MIGHT BE ASTONISHED
AND SO LOSE. ITS REPOSE.

IN A TOWN NAMED AFTER STANLEY
NIGHT EACH NIGHT COMES NIGHTLY
AND THE MUSIC OF OLD MUSIC’S
BORROWED FOR THE HORNS
THAT DON’T KNOW HOW TO PLAY
ON LPs THAT WONDER
HOW THEY EVER GOT THAT WAY.

WHAT TIME IS IT, ,MAMA?
WHAT TIME IS IT NOW?
MAKES NO DIFFERENCE TO ME—
BUT I’M ASKING ANYHOW.
WHAT TIME IS IT, MAMA?
WHAT TIME NOW?

DOWN THE LONG HARD ROW’ THAT I BEEN HOEING
I THOUGHT I HEARD THE HORN OF PLENTY BLOWING.
BUT I GOT TO GET A NEW ANTENNA, LORD—
MY TV KEEPS ON SNOWING.

(Langston Hughes)

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Poème envoyé à Zuo après son retour à la montagne (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020



    

Poème envoyé à Zuo après son retour à la montagne

Sous la rosée blanche, les millets sont mûrs
L’ancienne promesse fut de les partager
D’ores et déjà fauchés et moulus fin
Pourquoi tarde-t-on à me les envoyer

Si leur goût ne vaut pas les chrysanthèmes d’or
Leur parfum s’accorde avec le bouillon de mauves
Nourriture qu’aimait jadis le vieil homme
Tiens, à y penser, l’eau me monte à la bouche !

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Je vous envoie un bouquet (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



 

Je vous envoie un bouquet que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanies;
Qui ne les eût à ce vêpre cueillies
Chutes à terre elles fussent demain.

Cela vous soit un exemple certain
Que vos beautés bien qu’elles soient fleuries
En peu de temps cherront toutes flétries
Et comme fleurs périront tout soudain.

Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame,
Las ! le temps non, mais nous, nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame ;

Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts, n’en sera plus nouvelle;
Pour ce, aimez-moi cependant qu’êtes belle.

(Pierre de Ronsard)

 

 

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Durga Stotra (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020




    
Durga Stotra

Mère Durga ! Chevalière au lion, donneuse de tous les pouvoirs, Mère,
bien-aimée de Shiva! Nous, la jeunesse du Bengale, nés de ta Puissance,
sommes réunis dans ton temple pour t’adresser notre prière.
Écoute, ô Mère ! Descends sur notre terre du Bengale ! Manifeste-toi !

Mère Durga! D’âge en âge, naissance après naissance, nous venons ici-bas
dans un corps humain, accomplissons ton oeuvre et regagnons le foyer de Ta Félicité.
Cette fois encore, en cette naissance, nous voici, consacrés à ton oeuvre.
Écoute, ô Mère ! Descends sur notre terre du Bengale ! Sois avec nous, notre Sauveuse !

Mère Durga! Chevalière au lion, trident en main, ton corps de beauté
couvert d’une armure, Mère, donneuse de victoire ! L’Inde attend ta venue,
impatiente de te voir sous ta forme de Grâce et de Bonté. Écoute, ô Mère !
Descends sur notre terre du Bengale ! Manifeste-toi !

Mère Durga! Donneuse de force, d’amour, de connaissance !
Toi qui dans l’essence de ta nature es la Shakti-de-Puissance ! Ô Redoutable,
au double visage de Douceur et de Violence ! Dans la bataille de la vie,
dans la bataille de l’Inde, c’est toi qui nous as envoyés comme tes guerriers.

Ô Mère, accorde à nos coeurs et nos esprits l’énergie du Titan,
l’audace et la hardiesse du Titan dans toutes nos actions. Accorde, ô Mère,
à notre coeur et notre intelligence la force de caractère et la connaissance d’un dieu !

Mère Durga ! Le peuple de l’Inde, noble entre tous, était englouti dans d’épaisses
ténèbres. Mais voici que peu à peu, ô Mère, tu te lèves à l’extrême horizon
et l’Aurore resplendit dans le rougeoiement de ton corps-de-ciel qui dissipe l’obscurité.
Que l’immense lumière se répande, ô Mère, et disperse les ténèbres !

Mère Durga ! Parée de profonde verdure, ornée de la Toute-Beauté, toi qui maintiens,
toi en qui reposent la connaissance, l’amour et la force, c’est sur la terre du Bengale
que tu t’incarnes aujourd’hui; cachée jusqu’ à présent, repliée sur elle-même,
elle concentrait ses énergies. Mais l’âge est venu, le jour est venu et déjà
elle se redresse, notre Mère du Bengale, portant l’Inde entière sur ses épaules.
Viens, ô Mère ! Manifeste-toi !

Mère Durga! Nous, tes enfants, que par ta grâce, sous ton empire,
nous puissions accomplir la grande oeuvre, le grand idéal. Anéantis en nous
la petitesse, anéantis l’égoïsme, anéantis la peur !

Mère Durga! Toi qui revêts le visage de Kâlî, portant à ton cou une guirlande de crânes,
vêtue d’espace, brandissant l’épée, ô Déesse, triomphatrice de l’Asura!
De ton rugissement féroce et impitoyable, fais périr les passions-ennemies de l’âme,
qu’il n’en reste plus une seule vivante au fond de nous.

Que nous devenions purs et sans souillure. Telle est notre prière, ô Mère !
Manifeste-toi!

Mère Durga! L’Inde moribonde est abîmée dans l’égoïsme, la peur, la petitesse.
Rends-nous grands et dignes des plus hautes tentatives, rends-nous magnanimes
et sincères dans notre volonté inflexible d’atteindre la Vérité.
Chasse tout misérable désir, toute impuissance, toute paresse,
que plus jamais nous ne soyons paralysés par la peur !

Mère Durga! Shakti-du-Yoga! Que ton pouvoir immense s’étende partout !
Nous sommes tes enfants bien-aimés. Fais largement briller parmi nous
l’enseignement perdu, la fermeté, la puissance de la pensée,
la dévotion et la foi, l’austérité et la chasteté, la connaissance de la Vérité,
et à travers nous répands-les sur le monde. Pour aider et secourir l’humanité,
toi, Durga, annihilatrice de toute adversité,
ô Mère-du-monde ! Manifeste-toi !

Durga Mère ! Extermine en nous les vices-ennemis, puis extirpe au-dehors
tous les dangers, tous les obstacles ! Que plein de force, valeureux et noble,
le peuple de l’Inde vive à jamais dans ses forêts sacrées et dans ses champs fertiles,
au pied de ses montagnes amies du ciel, le long des rives de ses fleuves
aux eaux saintes et purifiantes. Peuple suprême par son amour et son unité,
sa vigueur et sa droiture, son art et sa littérature, son héroïsme et sa connaissance !
Telle est notre prière aux pieds de la Mère ! Manifeste-toi !

Mère Durga ! Que ta Force, la Force du Yoga, inonde et emplisse notre corps !
Nous deviendrons tes instruments, ton épée qui abat le mal, ta lampe qui dissipe
l’ignorance. Exauce cette aspiration de la jeunesse du Bengale. Toi, notre Souveraine,
guide-nous ; toi qui détruis le mal et brandis ferme l’épée ;
toi, lumière resplendissante de la connaissance, tiens haut la lampe !
Manifeste-toi !

Mère Durga! Quand nous te posséderons, nous ne déferons plus tes liens :
nous t’attacherons à nous avec la triple corde de la foi, de la dévotion et de l’amour.
Viens, Mère ! Manifeste-toi dans notre esprit, notre vie, notre corps !
Viens, révélatrice de la Voie des Héros ! Plus jamais nous ne te rejetterons !
Que notre vie entière devienne une adoration sans fin de Durga!
Que toutes nos actions soient pour toujours sacrées, pleines d’amour et d’énergie,
vouées au service de la Mère ! Telle est notre prière, ô Mère !
Descends sur notre terre du Bengale ! Manifeste-toi !

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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LAISSE-MOI ME TAIRE (Hirsh Glik)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2019



Illustration: Françoise Salmon
    
LAISSE-MOI ME TAIRE

Laisse-moi, laisse-moi me taire,
Que cessent les mots.
Laisse-moi dire une prière
Tout bas, les yeux clos.
Nul ne peut, ni gardes en armes
Grille ou barbelés,
Nul ne peut interdire aux larmes
Tout bas de couler.

Pareils aux arbres de silence,
Vent, ne nous évite,
Mais qu’avec toi nos voeux s’élancent
Vers d’autres zéniths.
Va ton chemin, brise légère,
Va sans trop flâner
Pour porter à ma vieille mère
Mes tendres pensées.

Parmi les yeux de millions d’êtres,
Ceux de ma maman,
Tu sauras bien les reconnaître :
Ils sont différents.
Nul vent ne sèche la rosée
À ses yeux brûlants,
Elle pleure, martyrisée,
Son fils, dans un camp.

Va vite, vent, je lui envoie
Un signe d’amour,
Que ses yeux malades revoient
Son fils, de retour.
Et le vent murmure : est-ce un rire
Ou, secret, un pleur ?
De ma fin déjà, veut-il dire
Qu’ici sonne l’heure ?

Écoute encore, vent, écoute,
Au coeur un sanglot.
Mais le vent a fui sur la route
Et plus un écho.
Maintenant laisse-moi me taire,
Que cessent les mots.
Laisse-moi dire une prière,
Tout bas, les yeux clos.

(Hirsh Glik)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je la connais (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



 


    
Je la connais

Le tintement de l’heure au sommet des églises
scande un pas solitaire et mon ombre perdue
se débat sur les murs en sursauts de pendu
la nuit vient maquiller la maigre fiancée grise

si je dors elle arrive et tempête chez moi
si je dis le vin bon elle brise mon verre
si je gagne au bonheur elle envoie d’un revers
rouler le jeu je ne sais plus ce que je crois

si je serre une main elle crache dessus
si je montre le blanc elle exhibe le noir
elle brille et s’aiguise à la meule du soir
elle rit elle danse et je suis son bossu

ma sans-sommeil ô ma grinçante
ma questionneuse ma rusée
ma radoteuse ma butée
mon frein brûlé ma folle pente

je suis ta chose et tu me hantes
toi le marteau qui sans fin plantes
dans mon étau les treize coins
des questions de ta question.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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LES HÉRAUTS NOIRS (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



 


Illustration: ArbreaPhotos
    
LES HÉRAUTS NOIRS

Il est des coups dans la vie, si rudes… Je ne sais!
Des coups comme de la haine de Dieu; comme si avec eux,
le ressac de toutes les souffrances
s’enlisait dans l’âme… Je ne sais!

Ils sont rares; mais ils sont… Ils ouvrent des saignées obscures
dans le visage le plus farouche et dans le flanc le plus fort.
Ils sont peut-être les poulains de barbares attilas;
ou bien les hérauts noirs que nous envoie la Mort.

Ils sont les chutes profondes des Christs de l’âme,
d’une foi adorable que le Destin blasphème.
Ces coups sanglants sont les crépitations
d’un pain que nous laissons brûler à la porte du four.

Et l’homme… Le pauvre… Le pauvre! Il tourne les yeux, comme
quand nous appelle une tape sur l’épaule ;
il tourne ses yeux fous, et tout le vécu
s’enlise, telle une flaque de faute, dans le regard.

Il est des coups dans la vie, si rudes… Je ne sais!

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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