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Posts Tagged ‘épanchement’

Éclaircie en hiver (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2018


 


 

Éclaircie en hiver

Le bleu renaît du gris, comme la pulpe éjectée d’un raisin noir.
Toute l’atmosphère est comme un œil trop humide,
où raisons et envie de pleuvoir ont momentanément disparu.
Mais l’averse a laissé partout des souvenirs qui servent au beau temps de miroirs.

Il y a quelque chose d’attendrissant dans cette liaison entre deux états d’humeur différente.
Quelque chose de désarmant dans cet épanchement terminé.

Chaque flaque est alors comme une aile de papillon placée sous vitre,
Mais il suffira d’une roue de passage pour en faire jaillir la boue.

(Francis Ponge)

Illustration

 

 

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LA SPHINGE (Lucie Delarue-Mardrus)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



LA SPHINGE

Notre pensée intime est un vaste royaume
Dont le drame profond se déroule tout bas.
Toute chair emprisonne un ignoré fantôme,
Toute âme est un secret qui ne se livre pas.

Et c’est en vain, ô front ! que tu cherches l’épaule,
Refuge en qui pleurer, aimer ou confesser ;
L’être vers l’être va comme l’aimant au pôle,
Mais l’obstacle aussitôt vient entre eux se dresser.

Car au fond de nous tous, ennemie et maîtresse,
La sphinge s’accroupit sur son dur piédestal,
Et tout épanchement de cœur, toute caresse,
Soudain se pétrifie à son aspect fatal.

Sa présence toujours aux nôtres se mélange,
Sa croupe désunit les corps à corps humains ;
Au fond de tous les yeux vit son regard étrange,
Ses griffes sont parmi les serrements de mains.

Et lorsque nous voulons regarder en nous-même
Pour nous y consoler et nous y reposer,
La sphinge est là, tranquille en sa froideur suprême,
L’énigme aux dents et prête à nous la proposer.

(Lucie Delarue-Mardrus)

 

 

 

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La région du milieu du ciel (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2017



La région du milieu du ciel, où respire l’esprit, rayonne de musicale lumière;
Parmi l’épanouissement de la pure et blanche musique,
c’est là que mon Seigneur prend ses délices.
Dans le resplendissement prodigieux de chaque cheveu de son corps,
l’éclat de millions de soleils et de lunes est perdu.
Il est une cité sur la rive, où le nectar pleut et ruisselle dans un épanchement sans fin.

Kabîr dit : « Accours, ô Dharmadas ! et contemple le Durbar de mon puissant Seigneur. »

***

The middle region of the sky, wherein the spirit dwelleth, is radiant with the music of light;
There, where the pure and white music blossoms, my Lord takes His delight.
In the wondrous effulgence of each hair of His body,
the brightness of millions of suns and of moons is lost.
On that shore there is a city, where the rain of nectar pours and pours, and never ceases.

Kabîr says : « Come, O Dharmadas ! and see my great Lord’s Durbar. »

(Kabîr)

 

 

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Soif (Christine Bonduelle)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2015



Soif

Les mots se brûlent à la surface
de nos pensées phréatiques

mots croisés
lot du jour
foulant les déserts de l’utile

mots comptés suspendus aux mirages
d’épanchement

langage en vertige de chute

(Christine Bonduelle)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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