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Posts Tagged ‘épanouir’

SONGE ENFANTIN (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018




    
SONGE ENFANTIN

Une claire nuit
de fête et de lune,
nuit de mes rêves,
nuit d’allégresse,

— mon âme était toute lumière,
aujourd’hui elle est toute brume;
et mes cheveux n’étaient
pas noirs encore —

la plus jeune fée
m’emmena dans ses bras
à la fête joyeuse
qui flambait sur la place.

Sous le crépitement
des lampions,
l’amour tissait
l’écheveau des danses.

Et dans cette nuit
de fête et de lune,
nuit de mes rêves,
nuit d’allégresse,

la fée la plus jeune
baisait mon front…
et de sa main jolie
me disait son adieu…

Tous les rosiers
livraient leurs parfums;
l’amour épanouissait
toutes les amours.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Le melon (Marc-Antoine Girard de Saint-Amant)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Le melon

(extraits)

Quelle odeur sens-je en cette chambre ?
Quel doux parfum de musc et d’ambre
Me vient le cerveau réjouir
Et tout le coeur épanouir ?
Ha ! bon Dieu ! j’en tombe en extase :
Ces belles fleurs qui, dans ce vase,
Parent le haut de ce buffet,
Feraient-elles bien cet effet ?
A-t-on brûlé de la pastille ?
N’est-ce point ce vin qui pétille
Dans le cristal, que l’art humain
A fait pour couronner la main
Et d’où sort, quand on en veut boire,
Un air de framboise à la gloire
Du bon terroir qui l’a porté
Pour notre éternelle santé ?

Non, ce n’est rien d’entre ces choses,
Mon penser, que tu me proposes.
Qu’est-ce donc ? je l’ai découvert
Dans ce panier rempli de vert :
C’est un MELON, où la nature,
Par une admirable structure,
A voulu graver à l’entour
Mille plaisants chiffres d’amour,
Pour claire marque à tout le monde
Que, d’une amitié sans seconde,
Elle chérit ce doux manger
Et que, d’un souci ménager,
Travaillant aux biens de la terre,
Dans ce beau fruit seul elle enserre
Toutes les aimables vertus
Dont les autres sont revêtus.

… Ha ! Soutenez-moi, je me pâme,
Ce morceau me chatouille l’âme ;
Il rend une douce liqueur
Qui me va confire le coeur ;
Mon appétit se rassasie
De pure et nouvelle ambroisie,
Et mes sens, par le goût séduits,
Au nombre d’un sont tous réduits.

(Marc-Antoine Girard de Saint-Amant)

Illustration

 

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Unité (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



Unité

Par-dessus l’horizon aux collines brunies,
Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,
Se penchait sur la terre à l’heure du couchant ;
Une humble marguerite, éclose au bord d’un champ,
Sur un mur gris, croulant parmi l’avoine folle,
Blanche épanouissait sa candide auréole ;
Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,
Regardait fixement, dans l’éternel azur,
Le grand astre épanchant sa lumière immortelle.
«Et, moi, j’ai des rayons aussi !» lui disait-elle.

(Victor Hugo)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

 

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L’ÉTANG (Alfred Kolleritsch)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’ÉTANG

Autоur de la blessure, la couronne de roseaux.
L’humidité, la corrosion,
reflète le soleil en gris.

Des araignées vont sur l’eau.
Le miracle (encore en suspens)
ne renouvelle aucune onde.

La blessure guérit-elle,
se dessèche-t-elle ?

Qui donne sa chair,
ses muscles,
soi-même, en victime ?
Toi seul ?

Qui exorcisera l’étang,
cette face de crapaud
qui te regarde fixement ?

Pour у faire épanouir ton visage,
ton jardin,
le bonheur de mille fleurs :
« considérer une vie
plein dе deuils, »
comme un cri en quête de joie.

***

DER TEICH

Um die Wunde das Schilfband.
Das Feuchte, Ätzende,
spiegelt die Sonne grau.

Spinnen gehen über das Wasser.
Das Wunder (das noch aussteht)
wiederholt keine Welle.

Heilt die Wunde,
trochnet sie aus ?

Wer gibt sein Fleisch,
seine Muskeln,
sich, das Opfer ?
Du allein ?

Wer vertreibt den Teich,
das Krötengesicht,
das dich anstarrt?

Dass darüber dein Gesicht wächst,
dein Garten,
das Glück tausender Blumen:
» zurückzublicken auf ein Leben
voller Verluste «,
wie ein Schrei nach Freude.

(Alfred Kolleritsch)

 

Recueil: La conspiration des mots
Traduction: Françoise David-Schaumann et Joël Vincent
Editions: Atelier la Feugraie

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Femme totale (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



Femme totale

A la limite du désir
A la frontière de la douleur et de la joie
La lumière caresse tes seins fermes

Tu goûtes à la saveur des choses
Et suis du regard
La migration des oiseaux
Tu aimes regarder pousser
Les fleurs du jardin
Dans le bourdonnement des abeilles
Et voleter les papillons que tu aimerais cueillir
Comme des fleurs vivantes
Pour en faire un bouquet
De couleurs animées

Tu as des canines à lacérer l’espace
Des molaires à écraser le temps
D’un esprit primesautier
Tu danses sur l’herbe
Humide des soirs
En épanouissant ta robe
Et rentres au foyer
Pour te contempler
Dans tous les miroirs
Avant que ne s’ouvrent à ta curiosité
Les armoires à glace remplies de trésors.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Pascal Renoux

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Rêve d’une femme (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

John Byam Liston Shaw  1

Rêve d’une femme

Veux-tu recommencer la vie ?
Femme, dont le front va pâlir,
Veux-tu l’enfance, encor suivie
D’anges enfants pour l’embellir ?
Veux-tu les baisers de ta mère
Echauffant tes jours au berceau ?
– « Quoi ? mon doux Eden éphémère ?
Oh ! oui, mon Dieu ! c’était si beau ! »

Sous la paternelle puissance
Veux-tu reprendre un calme essor ?
Et dans des parfums d’innocence
Laisser épanouir ton sort ?
Veux-tu remonter le bel âge,
L’aile au vent comme un jeune oiseau ?
– « Pourvu qu’il dure davantage,
Oh ! oui, mon Dieu ! c’était si beau ! »

Veux-tu rapprendre l’ignorance
Dans un livre à peine entr’ouvert :
Veux-tu ta plus vierge espérance,
Oublieuse aussi de l’hiver :
Tes frais chemins et tes colombes,
Les veux-tu jeunes comme toi ?
– « Si mes chemins n’ont plus de tombes,
Oh ! oui, mon Dieu ! rendez-les moi ! »

Reprends-donc de ta destinée,
L’encens, la musique, les fleurs ?
Et reviens, d’année en année,
Au temps qui change tout en pleurs ;
Va retrouver l’amour, le même !
Lampe orageuse, allume-toi !
« – Retourner au monde où l’on aime…
O mon Sauveur ! éteignez-moi ! »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: John Byam Liston Shaw

 

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Guérison (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: Theodore Chassériau
    
Guérison

Le gazon nourri des vertes banlieues,
Ma forêt d’amour aux chemins vernis,
Sont tout pénétrés d’une pâte bleue
– D’un azur solide où planter des nids.

Fuyons les pays que leur gloire encombre
(Quel désert superbe on ferait ici)
Nous irons au bois fouler le décombre
De tout ce laurier cher à mes amis

Il faut mettre au vert notre poétique.
Ne te grise plus de métaphysique,
Laisse épanouir ton corps triomphant.

Tout s’arrangera si tu es bien ivre !
Muse des taillis qui ris de mes livres,
Allons dans les bois te faire un enfant.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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SONGE ENFANTIN (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



SONGE ENFANTIN

Une claire nuit
de fête et de lune,
nuit de mes rêves,
nuit d’allégresse,

— mon âme était toute lumière,
aujourd’hui elle est toute brume;
et mes cheveux n’étaient
pas noirs encore —

la plus jeune fée
m’emmena dans ses bras
à la fête joyeuse
qui flambait sur la place.

Sous le crépitement
des lampions,
l’amour tissait
l’écheveau des danses.

Et dans cette nuit
de fête et de lune,
nuit de mes rêves,
nuit d’allégresse,

la fée la plus jeune
baisait mon front…
et de sa main jolie
me disait son adieu…

Tous les rosiers
livraient leurs parfums;
l’amour épanouissait
toutes les amours.

(Antonio Machado)

 

 

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L’amour s’est donc épanoui (Elise Turcotte)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2017



 

Illustration: Marc Chagall
    
L’amour s’est donc épanoui
pendant quelques jours seulement.

Mais c’est assez, quelques jours.

Parfois même quelques heures sont suffisantes
pour transformer une vie.

(Elise Turcotte)

 

 

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Le coeur (Claude Socorri)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2016



Le coeur

 » Le coeur, qu’est-ce donc que le coeur ?  »
Demanda la petite fille
En regardant avec candeur
Tous les membres de sa famille.

La grande soeur, en rougissant ,
Lui dit :  » Le coeur, c’est une étoile,
La plus belle du firmament ,
Mais qui ne soulève son voile
Que pour éclairer les amants.  »

Gérard, le père, dit en ricanant :
 » Le coeur, ah ! la belle foutaise !
Prétexte à vous mettre dedans ;
Heureusement faut qu’il se taise
Un jour , qu’on soit mort ou vivant.  »

La mère dit en pâlissant :
 » C’est une merveilleuse flamme
Que le ciel nous donne en naissant
Et qui rend plus belle la femme
Plus belle en la martyrisant.  »

Mais la grand-mère, en souriant ,
Dit :  » Le coeur, c’est une fleurette
Qu’arrosent bonheurs et tourments,
Afin de l’épanouir parfaite
Sous la neige des cheveux blancs.  »

 » Le coeur, c’est donc tout ça, le coeur ?  »
Murmura la petite fille
En regardant avec frayeur
Chaque membre de la famille.

(Claude Socorri)

 

 

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