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Poésie

Posts Tagged ‘épaule’

Les quatre saisons – L’été (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



 

John Byam Liston Shaw 930_b [1280x768]

Les quatre saisons – L’été

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés,
Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

(Charles Cros)

Illustration: John Byam Liston Shaw

 

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Tristesse pourquoi pas (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2019



Tristesse pourquoi pas
mais non
tristesse vitre sale crachant sa vilenie
sur tous les paysages
non tristesse
dent pourrie interdisant tout sourire
non tristesse tache de gras sur
la soie naturelle de cette mer
de cet air
Tristesse ah pourquoi pas
avance sur
moi mais joue de la harpe
couvre-moi de deuil
sans courber mes épaules
sois une auréole
de lumière noire sur ma tête

***

Tristeza ah porque nâo

Tristeza ah porque nâo
mas nâo
tristeza vidro sujo a cuspir sua vileza
sobre todas as paisagens
nâo tristeza
dente podre a proibir qualquer sorriso
nâo tristeza nôdoa de gordura sobre
a seda natural deste mar
deste ar
Tristeza ah porque nâo
avança sobre
mim mas toca harpa
cobre-me de luto
sem vergar meus ombras
sê uma auréola
de negra luz sobre a minha cabeça

(Teresa Rita Lopes)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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SOUVENT J’OUBLIAIS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2019




    
SOUVENT J’OUBLIAIS

Souvent j’oubliais le sens des actes les plus simples.

Par exemple, devant l’employé du métro qui poinçonne les billets :
« Bonjour! ça va? » disais-je en lui tendant la main et en soulevant mon chapeau.
Mais l’autre hausse les épaules : « Vous fichez pas du monde! Vot’ billet! »

Un soir, rentrant chez moi, j’ai comme un vague souvenir
qu’il me faut crier quelque chose dans l’allée de l’immeuble.
Mais quoi? Misère, je ne le sais plus, je l’ai oublié.
Je murmure d’abord « Bonne nuit! » puis, élevant peu à peu la voix :
« L’addition!… Un hareng de la Baltique, un!… Les jeux sont faits!… Waterloo!… Vade retro… »
La concierge, furieuse, se lève en papillotes et m’insulte.

Je prends congé de mes amis Z… qui habitent au septième étage, sans ascenseur.
On m’accompagne sur le seuil de l’appartement.
Soudain, apercevant l’escalier, je suis pris de panique et pense, dans un éclair :
« C’est quelque chose qui sert à monter, non à descendre! » je ne vois plus les marches,
mais l’espace vertical qu’elles découpent de haut en bas :
une falaise abrupte, une faille, un précipice affreux!

Affolé, étourdi par le vertige, je crie : « Non! Non! Retenez-moi! »
Je supplie mes amis de me garder chez eux pour la nuit. En vain.
Pas de pitié : on me pousse, en plaisantant, vers l’abîme.
Mais moi, hurlant comme un homme qu’on assassine, je résiste,
je m’arc-boute, — finalement je cède, perds l’équilibre,
manque la première marche, tombe et me casse une jambe.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: La part de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ô insensé (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019



Illustration: Laurent Fièvre
    
Ô insensé, qui essaies de te porter sur tes propres épaules!
Ô mendiant, qui viens mendier à ta propre porte!
Dépose tes fardeaux entre les mains de celui qui peut tout porter,
et jamais ne jette un regard de regret en arrière.
Ton désir éteint la flamme de la lampe aussitôt que l’atteint son souffle.
Il est profane et ses mains sont souillées; n’accepte aucun don qu’il te tende.
Mais cela seulement que t’offrira l’amour sacré.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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Où aller ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Ô de quelle façon, avec quel gémissement
nous nous sommes caressés, épaules et paupières.
Et la nuit se terrait dans les chambres,
comme un animal blessé que nous aurions transpercé de douleur.

Étais-tu élue entre toutes pour moi,
n’était-ce pas assez d’être la soeur ?
Ton être était pour moi comme une vallée délicieuse,
et maintenant, à la proue du ciel il

s’incline en une apparition inépuisable
et il étend son empire. Où aller ?
Hélas dans l’attitude de la déploration
tu te penches vers moi, toi qui ne consoles pas.

Lorsque ton visage me fait ainsi me consumer,
comme une larme celui qui pleure,
que je multiplie mon front, ma bouche
autour des traits que je connais pour tiens,
il me semble, par-dessus ces ressemblances
qui nous séparent parce qu’elles sont doubles,
déployer une pure identité.

***

O wie haben wir, mit welchem Wimmern,
Augenlid und Schulter uns geherzt.
Und die Nacht verkroch sich in den Zimmern
wie ein wundes Tier, von uns durchschmerzt.

Wardst du mir aus alien auserlesen,
war es an der Schwester nicht genug?
Lieblich wie ein Tal war mir dein Wesen,
und nun beugt es auch vom Himmelsbug

sich in unerschöpflicher Erscheinung
und bemächtigt sich. Wo soll ich hin?
Ach mit der Gebärde der Beweinung
neigst du dich zu mir, Untrösterin.

Wenn ich so an deinem Antlitz zehre
wie die Träne an dem Weinenden,
meine Stirne, meinen Mund vermehre
um die Züge, die ich an dir kenn,
mein ich über jene Ähnlichkeiten
die uns trennen, weil sie doppelt sind
eine reine Gleichung auszubreiten.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Bonheur, étouffe-moi pendant une seconde (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



Illustration
    
Bonheur, étouffe-moi pendant une seconde

Bonheur, cause entendue,
Cause perdue,
J’aimerai le premier visage,
Je vous appellerai ma sœur,
Passante, mettez-vous entre le monde et moi,
Je tomberai de rue en rue,
Cueilli dans les filets
Qui me retiendront tout le soir ;
Et dans le buisson des lumières,
Couteaux aigus visant au cœur,
Je dormirai peut-être sur les pierres,
Je dormirai peut-être sur le vide
Je dormirai aux portes du matin,
Une épaule nue glisse avec la nuit,
Est-ce la vague qui se creuse
Et se soulève et prend un corps
Qui doit mourir ?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE FAUX ET LE VRAI VERT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    

LE FAUX ET LE VRAI VERT

Tu ne m’attends plus avec le coeur vil
de l’horloge. Qu’importe si tu ouvres
ou fixes la désolation : il reste les heures épineuses,
dénudées, avec les feuilles qui soudain
cognent contre les vitres de ta
fenêtre, haute sur deux allées de nuages.
Il me reste la lenteur d’un sourire,
le ciel sombre d’une robe, un velours
couleur rouille enroulé sur tes cheveux
et déployé sur tes épaules et ton visage
noyé dans une eau à peine mouvante.

Coups de feuilles d’un jaune rugueux,
oiseaux de suie. D’autres feuilles
craquèlent les branches et déjà s’élancent,
enchevêtrées : le faux et le vrai vert
de l’avril, ce rictus moqueur
à la sûre fleuraison. Mais tu ne fleuris plus
tu n’ajoutes plus les jours ni les songes qui s’élèvent
de notre au-delà, tu n’as plus tes yeux
d’enfant, tu n’as plus tes mains tendres
pour chercher mon visage qui me fuit ?
Reste la pudeur d’écrire des vers
de journal ou de pousser un cri dans le vide
ou dans ce coeur incroyable encore
en butte avec son temps exhaussé.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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Que tonnent à nouveau (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Illustration: Stanislav Shpanin

Que tonnent à nouveau les grandes orgues
Comme premier orage de printemps :
Sur l’épaule de ta fiancée veillent
Mes yeux mi-clos.

Sept jours d’amour, sept ans cruels de séparation,
Guerre, révolte, maison vide,
Petites mains couvertes d’un sang innocent,
Mèche grise sur la tempe rose.

Adieu, adieu, bel ami, sois heureux
Je te rends tes douces promesses
Mais garde-toi bien de faire connaître
À ton amie mon délire sans pareil —

Il irait s’infiltrer comme un poison brûlant
Dans votre union bénie, dans votre union radieuse…
Pour moi, je vais régner sur un jardin de rêves,
Plein des rumeurs des herbes et des clameurs des muses.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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La vraie tendresse (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



La vraie tendresse, on ne la confond
Avec rien, elle se tait.
En vain tu t’évertues
À m’emmitoufler de fourrures les épaules et la gorge.
Vaines, tes phrases soumises
Sur le premier amour.
Comme je les connais, ces regards
Pressants, inassouvis !

(Anna Akhmatova)

Illustration: Tamara Lunginovic

 

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Ta joyeuse tendresse (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Illustration: Tamara Lunginovic
    
Ta joyeuse tendresse
M’a troublé et surpris.
À quoi bon les discours,
Leur tristesse,
Quand les yeux comme des bougies
Brûlent en plein jour ?

Au beau milieu du jour …
Et une larme reste
– Souvenir de la rencontre –
Suspendue au loin;
Et les épaules qui tombent
Sont relevés par la tendresse.

***

(Ossip Mandelstam)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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