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Je suis ce roi des anciens temps (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019


 


 

Odd Nerdrum  (3) [1280x768]

Je suis ce roi des anciens temps
Dont la cité dort sous la mer
Aux chocs sourds des cloches de fer
Qui sonnèrent trop de printemps.

Je crois savoir des noms de reines
Défuntes depuis tant d’années,
Ô mon âme ! et des fleurs fanées
Semblent tomber des nuits sereines.

Les vaisseaux lourds de mon trésor
Ont tous sombré je ne sais où,
Et désormais je suis le fou
Qui cherche sur les flots son or.

Pourquoi vouloir la vieille gloire
Sous les noirs étendards des villes
Où tant de barbares serviles
Hurlaient aux astres ma victoire ?

Avec la lune sur mes yeux
Calmes, et l’épée à la main,
J’attends luire le lendemain
Qui tracera mon signe aux cieux.

Pourtant l’espoir de la conquête
Me gonfle le coeur de ses rages :
Ai-je entendu, vainqueur des âges,
Des trompettes dans la tempête ?

Ou sont-ce les cloches de fer
Qui sonnèrent trop de printemps ?
Je suis ce roi des anciens temps
Dont la cité dort sous la mer.

(Stuart Merrill)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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LE MARTYRE DE SAINTE EULALIE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019



 

MARTYRE DE SAINTE EULALIE

 

LE MARTYRE DE SAINTE EULALIE

PANORAMA DE MERIDA

Dans la rue court et bondit
Un cheval à la queue longue
Tandis que jouent où sommeillent
Quelques vieux soldats de Rome.
Une futaie de Minerves
Ouvre mille bras sans feuilles.
De l’eau suspendue redore
Les arêtes de rochers.
Une nuit faite de torses,
D’étoiles au nez cassé,
Attend les fentes de l’aube
Pour s’écrouler toute entière.
De temps à autre résonnent
Des jurons à crête rouge.
Les soupirs de l’enfant sainte
brisent le cristal des coupes.
La roue aiguise ses lames
et ses crochets suraigus.
Le taureau des forges brame
Et Mérida se couronne
De nards presque réveillés
et de mûres sur leurs tiges.

LE MARTYRE

Voici Flore nue qui monte
De petits escaliers d’eau. .
Le Consul veut un plateau
Pour les deux seins d’Eulalie.
De la gorge de la sainte
Sort un jet de veines vertes.
Son sexe tremble, embrouillé
Comme un oiseau dans les ronces
Sur le sol, déjà sans norme,
Sautent ses deux mains coupées
Pouvant encore se .croiser
Dans une prière ténue,
Ténue mais décapitée.
Et par les trous purpurins
Où naguère étaient ses seins
On voit des ciels tout petits
Ét des ruisseaux de lait blanc.
Mille petits arbres de sang
Opposent leurs troncs humides
Aux mille bistouris du feu.
De jaunes centurions,
Chair grise ayant mal dormi,
Vont au ciel entrechoquant
Leurs armures en argent.
Pendant que vibre confuse
Une passion de crinières
Et d’épées longues et courtes
Le Consul sur son plateau
Tient les seins fumés d’Eulalie.

ENFER ET GLOIRE

La neige ondulée repose.
Éulalie pend à son arbre.
Sa nudité de charbon
Charbonne les airs glacés.
La nuit tendre brille haut.
Eulalie morte dans l’arbre.
Tous les encriers des villes
Versent l’encre doucement.
Noirs mannequins de tailleurs
Vous couvrez la neige au loin.
Vos longues files gémissent
Un silence mutilé.
La neige vient à tomber.
Eulalie blanche dans l’arbre.
Des escadrons de nickel
Joignent à son flanc leurs lances.
On voit luire un ostensoir
Sur un fond de ciels brûlés
Entre des gorges d’eau douce,
Des bouquets de rossignols.
Sautez, vitres de couleurs !
Eulalie blanche sur neiges.
Des anges, des séraphins
Disent : Sainte, sainte, sainte.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Bernardo Martorell

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DERNIER COULOIR (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019


 


Ettore Aldo Del Vigo -   (29)

 

DERNIER COULOIR

Avant tout : joie de servir
et de chanter si tu l’aimes,
avant tout : le seul désir
d’être pareil à toi-même
aux plages de ton poème
et d’éterniser l’instant.
Etre, avant tout, du voyage,
ne pas marchander le temps,
s’acharner dans les cordages
contre marées, contre vents.
Avant tout, s’en dégager
même si le masque est d’or,
toujours visière levée,
les bras nus et sans épée,
en attendant de partir
avant tout : joie de servir.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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CHANSON (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



 

Valérie Sjodin Inspiration-Flow

CHANSON

La fillette au beau visage,
la voici cueillant l’olive,
Le vent, ce galant de tours,
l’a prise par la ceinture.

Passant quatre cavaliers
sur des poulains andalous,
vêtus de vert et de bleu
sous leurs longues capes sombres.

« Viens donc à Cordoue, la belle. »
La belle n’écoute pas.
Passent trois toréadors
à la taille bien cambrée;
leurs vêtements sont orange
et leurs épées d’argent vieux.

« Viens à Séville, la belle. »
La belle n’écoute pas.

A l’heure où le jour se teinte
de violet et se fond
en tendre lueur diffuse,
passe un jeune homme qui porte
roses et myrtes de lune.
« Viens à Grenade, la belle. »
La belle n’écoute pas.

La fillette au beau visage
cueille toujours ses olives,
avec le bras gris du vent
qui la serre par la taille.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Valérie Sjodin

 

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Tu vas par la montagne ainsi que vient la brise (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



Tu vas par la montagne ainsi que vient la brise
ou le brusque courant qui descend de la neige
et ta palpitante chevelure confirme
les ornements altiers du soleil dans les feuilles.

Tout l’éclat du Caucase est tombé sur ton corps
comme dans un interminable petit vase
où l’eau changerait de chant et de vêtement
à chaque mouvement du fleuve transparent.

Par les montagnes le vieux chemin des guerriers
et en bas furieuse brille comme une épée
l’eau, entre des murailles de mains minérales,

jusqu’à ce que tu reçoives soudain des bois
le bouquet ou l’éclair de quelques fleurs d’azur
et l’insolite flèche d’un parfum sauvage.

***

Por las montañas vas como viene la brisa
o la corriente brusca que baja de la nieve
o bien tu cabellera palpitante confirma
los altos ornamentos del sol en la espesura.

Toda la luz del Cáucaso cae sobre tu cuerpo
como en una pequeña vasija interminable
en que el agua se cambia de vestido y de canto
a cada movimiento transparente del río.

Por los montes el viejo camino de guerreros
y abajo enfurecida brilla como una espada
el agua entre murallas de manos minerales,

hasta que tú recibes de los bosques de pronto
el ramo o el relámpago de unas flores azules
y la insólita flecha de un aroma salvaje.

(Pablo Neruda)

Illustration: Fabienne Contat

 

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Pas en notre temps, ô seigneur, le coutre pour l’épée (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



Henri Lindegaard  H JONAS 08 DANS LA TEMPETE

Hommage aux anges
[4]

Pas en notre temps, ô seigneur,
le coutre pour l’épée,

pas en notre temps, la lame,
repue de sang vital et de vie,

pour tailler la vigne stérile ;
pas de feuille de vigne pour l’épine,

pas de fleur de vigne pour la couronne ;
pas en notre temps, ô Roi,

la voix pour étouffer la tempête
qui tonne et rassemble ses forces.

***

Not in our time, O Lord,
the plowshare for the sword,

not in our time, the knife,
sated with life-blood and life,

to trim the barren vine;
no grape-leaf for the thorn,

no vine-flower for the crown;
not in our time, O King,

the voice to quell the re-gathering,
thundering storm.

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Henri Lindegaard

 

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« Tu ne devrais pas » (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018


priere

Viens un temps où mendier s’interrompt,
Lorsque les lèvres qui depuis si longtemps intercédaient
Découvrent que leur prière est vaine.
« Tu ne devrais pas » est un coup d’épée plus tendre
Qu’un Dieu déçu disant
« Disciple, prie encore ».

***
There comes an hour when beggin stops,
When the long interceding lips
Perceive their prayer is vain.
« Thou shalt not » is a kinder sword
Than from a disappointing God
« Disciple, call again ».

(Emily Dickinson)

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FLEURS DE CARÊME (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    
FLEURS DE CARÊME

Primerose, anémone, mousse et campanule
Poussent au royaume de la croix

Et le bourgeon pourpre du frêne
Dresse l’épée qui verse Son sang.

Les épines qui percent Son front,
De tendres pétales les entourent

Car dans chaque fleur réside le secret
De l’arbre qui crucifie.

Jardin près de l’eau claire
Tous ceux qui entrent ici doivent mourir !

***

LENTEN FLOWERS

Primrose, anemone, bluebell, moss
Grow in the kingdom of the cross

And the ash-tree’s purple bud
Dresses the spear that sheds his blood.

With the thorns that Pierce his brow
Soft encircling pelais grow

For in each flower the secret lies
Of the tree that crucifies.

Garden by the water clear
All must die that enter here !

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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NOCTURNE (Skipwith Cannell)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Jody Bergsma
    
NOCTURNE

I
Tes pieds
Comme de petits oiseaux d’argent,
Tu les poses sur les chemins charmants ;
Ainsi je te suivrai,
Toi Colombe aux Yeux D’or,
Sur n’importe quel chemin je te suivrai,
Car la lumière de ta beauté
Éclaire ma route comme une torche.

II
Tes pieds sont blancs
Sur l’écume de la mer;
Serre-moi fort, toi Cygne brillant,
De peur que je chute,
Et dans les eaux profondes.

III
Longtemps j’ai été
Le Chanteur sous la Croisée
Et maintenant je suis las.
Je suis malade de désir,
O ma Bien-aimée;
Prends-moi donc avec toi
Vite
Sur notre chemin.

IV
Du filet de tes cheveux
Tu as pêché en mer
Et un poisson étrange
Fut pris dans ton filet;
Car ta chevelure,
Bien-aimée,
Tient mon coeur
Dans sa toile d’or.

V
Je suis las de l’amour et tes lèvres
Sont des coquelicots éclos au petit jour.
Donne-moi donc tes lèvres
Que je puisse connaître le sommeil.

VI
Je suis fatigué de désir,
Je suis faible d’amour;
Car sur ma tête le clair de lune
Est tombé
Comme une épée.

(Skipwith Cannell)

 

Recueil: Des Imagistes Anthologie
Traduction:
Editions: La Nerthe

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LE GRAND JEU (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018



LE GRAND JEU

Trèfle, carreau, pique et même coeur, d’accord.
Mais aussi bouteille, épée, couronne, lis et cloche.
Et puis soleil, espoir, éternité !
Je ne joue pas pour des haricots, moi,
je joue le tout pour le tout.

(Norge)

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