Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘épieu’

Mon crâne se resserre (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2019



Mon crâne se resserre comme ces têtes mortes
que des embaumeurs réduisent à la grosseur du poing.
Au bout de mes bras tendus,le mur.
Je tourne, et le mur tourne avec moi.

De l’autre côté on crie.
Trouez la pierre ! Cognez, forez !
Hélas, votre épieu m’a transpercée.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Leon Levinstein

 

 

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Le sang des bêtes (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



Rafal Olbinski - (1)

Le sang des bêtes

Passait la chasse en ces forêts lointaines,
J’étais le cerf et j’étais le chasseur.
Saignait la chair, saignait le sang du monde
Et la musique atroce me baignait.

Je fus ce dieu chevauchant la forêt,
Moi l’homme pâle et l’homme translucide.
Cette victime à l’épieu se rendit
Mais un courant traversa tous mes membres.

Arbre et chasseur, biche parmi les branches,
Connaissez-vous ce chêne qui fut moi ?
La neige glisse et la chasse s’éloigne
En emportant mon silence et mon ombre.

(Robert Sabatier)

Illustration: Rafal Olbinski

 

 

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L’OEIL DU MAÎTRE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

L’OEIL DU MAÎTRE

Un Cerf s’étant sauvé dans une étable à boeufs
Fut d’abord averti par eux
Qu’il cherchât un meilleur asile.
Mes frères, leur dit-il, ne me décelez pas :
Je vous enseignerai les pâtis les plus gras ;
Ce service vous peut quelque jour être utile,
Et vous n’en aurez point regret.
Les Boeufs à toutes fins promirent le secret.
Il se cache en un coin, respire, et prend courage.
Sur le soir on apporte herbe fraîche et fourrage
Comme l’on faisait tous les jours.
L’on va, l’on vient, les valets font cent tours.
L’Intendant même, et pas un d’aventure
N’aperçut ni corps, ni ramure,
Ni Cerf enfin. L’habitant des forêts
Rend déjà grâce aux Boeufs, attend dans cette étable
Que chacun retournant au travail de Cérès,
Il trouve pour sortir un moment favorable.
L’un des Boeufs ruminant lui dit : Cela va bien ;
Mais quoi ! l’homme aux cent yeux n’a pas fait sa revue.
Je crains fort pour toi sa venue.
Jusque-là, pauvre Cerf, ne te vante de rien.
Là-dessus le Maître entre et vient faire sa ronde.
Qu’est-ce-ci ? dit-il à son monde.
Je trouve bien peu d’herbe en tous ces râteliers.
Cette litière est vieille : allez vite aux greniers.
Je veux voir désormais vos bêtes mieux soignées.
Que coûte-t-il d’ôter toutes ces araignées ?
Ne saurait-on ranger ces jougs et ces colliers ?
En regardant à tout, il voit une autre tête
Que celles qu’il voyait d’ordinaire en ce lieu.
Le Cerf est reconnu ; chacun prend un épieu ;
Chacun donne un coup à la bête.
Ses larmes ne sauraient la sauver du trépas.
On l’emporte, on la sale, on en fait maint repas,
Dont maint voisin s’éjouit d’être.

Phèdre sur ce sujet dit fort élégamment :
Il n’est, pour voir, que l’oeil du Maître.
Quant à moi, j’y mettrais encor l’oeil de l’Amant.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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