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Poésie

Posts Tagged ‘épingle’

Qu’il est bon de se lever (Claude-Hélène Lambert)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Elle se coiffe.
Et rassemble en chignon
ses cheveux traversés d’épingles d’écaille.
Le chignon est plus mince qu’il y a bien longtemps.
Mais il importe de le faire – tous les jours –
et de nouer de jour en jour
les gestes de la vie.
Parfois – très rarement –
elle ne peut lever les bras.
Mais la douleur cédera au geste simple,
à l’affirmation ainsi répétée
qu’il est bon de se lever,
de commencer un nouveau jour
et de vivre debout,
les cheveux coiffés.

(Claude-Hélène Lambert)

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Chanson de printemps (Lieou Yu-Si)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019




    
Chanson de printemps

En toilette fraîche, le visage harmonieux, elle descend du pavillon rouge.
La lumière de printemps emplit de tristesse sa demeure bien close.
Elle s’avance au milieu de la cour et caresse les fleurs, une à une…
Les libellules viennent se poser sur le jade de son épingle à cheveux.

(Lieou Yu-Si)

 

 

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UN IMMENSE DÉSESPOIR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



 

Edvard Munch - Melancholía,   00

UN IMMENSE DÉSESPOIR

Un immense désespoir
Noir
M’atteint
Désormais, je ne pourrais
M’égayer au rose et frais
Matin.

Et je tombe dans un trou
Fou,
Pourquoi
Tout ce que j’ai fait d’efforts
Dans l’Idéal m’a mis hors
La Loi ?

Satan, lorsque tu tombas
Bas,
Au moins
Tu payais tes voeux cruels,
Ton crime avait d’immortels
Témoins.

Moi, je n’ai jamais troublé,
Blé,
L’espoir
Que tu donnes aux semeurs
Cependant, puni, je meurs
Ce soir.

J’ai fait à quelque animal
Mal
Avec
Une badine en chemin,
Il se vengera demain
Du bec.

Il me crèvera les yeux
Mieux
Que vous
Avec l’épingle à chapeau
Femmes, au contact de peau
Si doux.

(Charles Cros)

Illustration: Edvard Munch

 

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Cul-de-sac de feuillus (Claire Gardien)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2019



 

chemin

virage
en épingle à cheveux –
cul-de-sac de feuillus

(Claire Gardien)

Illustration

 

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ATTENTE AU PRINTEMPS (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



estampe

ATTENTE AU PRINTEMPS

Mon pays ravagé par la guerre
Il ne me reste plus que monts et fleuves

Le printemps arrive
La ville enfouie dans de folles herbes
Affligé, je laisse tomber mes larmes sur les fleurs
Et mes sanglots dispersent les oiseaux pris de peur

Les feux au front brûlent trois mois entiers
J’attends des nouvelles de ma famille
Qui me sont plus chères que l’or
Je gratte ma tête
Je caresse le peu de cheveux grisonnants qu’il me reste
Les épingles n’arrivent plus à les retenir

(Du Fu)

 

 

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Bonté (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Bonté

La Bonté me rend visite.
Dame Bonté, elle est trop aimable !
Ses joyaux rouges et bleus étincellent
Dans la buée des fenêtres, les miroirs
Se remplissent de sourires.

Quoi d’aussi vrai que le cri d’un enfant?
Le cri du lapin est peut-être plus sauvage
Mais il n’a pas d’âme.
Le sucre guérit de tout, puisque Bonté le dit.
Le sucre est un fluide essentiel,

Ses cristaux font de petits cataplasmes.
Oh la Bonté de Bonté
Qui ramasse gentiment les morceaux !
Les papillons désespérés de mes soieries japonaises
Seront bien vite épinglés, bien vite anesthésiés.

Et te voilà avec une tasse de thé,
Attention délicate.
Si le sang jaillit, c’est la poésie,
Rien ne peut l’arrêter.
Et tu me tends deux enfants, tu me tends deux roses.

(Sylvia Plath)

 

Recueil: Ariel
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES MAINS BLANCHES, BLANCHES… (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Alfred Roll
    
LES MAINS BLANCHES, BLANCHES…

Elle avait les mains blanches, blanches,
Comme deux frêles branches
D’un aubier de mai ;
Elle avait les mains blanches, blanches
Et c’est pour ça que je l’aimais.

Elle travaillait aux vignes ;
Mais les caresses malignes
Du grand soleil
Et l’affront des hâles
Avaient respecté sa chair pâle
Où trônait mon baiser vermeil.

Et ses mains restaient blanches, blanches,
Comme deux frêles branches
D’un aubier de mai.
Et ses mains restaient blanches, blanches
Et toujours ! toujours ! je l’aimais

Mais un monsieur de la ville
Avec ses billets de mille
Bien épinglés
Vint trouver son père
Aux fins des vendanges dernières
Et s’arrangea pour me voler…

Me voler la main blanche, blanche,
Comme une frêle branche
D’un aubier de mai,
Me voler la main blanche, blanche
La main de celle que j’aimais !

Au seul penser de la scène
Où l’Autre, en sa patte pleine
D’or et d’argent,
Broierait les mains chères
Au nez du maire et du vicaire,
J’ai laissé ma raison aux champs,

Lui ! toucher aux mains blanches, blanches,
Comme deux frêles branches
D’un aubier de mai,
Lui ! toucher aux mains blanches, blanches,
Aux mains de celle que j’aimais

La veille du mariage,
Chez le charron du village
Je fus quérir
Un fer de cognée,
Et m’en servis à la nuitée,
Quand ma belle fut à dormir.

J’ai coupé ses mains blanches, blanches,
Comme deux frêles branches
D’un aubier de mai,
J’ai coupé ses mains blanches, blanches…
C’était pour ça que je l’aimais !

(Gaston Couté)

 

 

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LA MAIN CONTRE LA LUMIÈRE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



 

papillon épinglé

LA MAIN CONTRE LA LUMIÈRE

Nous ne sommes rien qu’un faible sac
de sang et d’os,
et une épingle, en vérité, peut nous tuer ;
mais en nous coule la semence
qui peut laisser s’échapper
le papillon unique,
de lumière seule et d’ombre seule seulement nôtres,
sans peau, sans filet ni armure,
sans rien ni personne qui
puisse l’attraper ;
l’être invulnérable,
immatériel, vaste comme le monde,
que, libre, comble l’infini
et qui en sort vers l’impossible.

***

LA MANO CONTRA LA LUZ

No somos más que un débil saco
de sangre y huesos,
y un alfiler, verdad, puede matarnos;
pero corre en nosotros la semilla
que puede dejar fuera de nosotros
la mariposa única,
de luz sólo y de sombra sólo y sólo nuestras,
sin piel, red ni armadura,
ni posibilidad de ser cazada
por nada humano ni divino;
el ser invulnerable,
inmaterial, tan largo como el mundo,
que colma, libre, lo infinito
y se sale de él a lo imposible.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration

 

 

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LA LUMIÈRE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2018



Illustration: Daria Petrilli   
    
LA LUMIÈRE

Ouvrière rêveuse
mais comme effrayée
de sa beauté ardente
elle apporte la lampe lourde
ses épaules avenantes
frémissent d’être.
Quand elle aura placé
pour en être éclairée
la lumière à clarté soyeuse
ses cheveux ruisselleront
du chignon déroulé
tomberont les épingles
dans la nuit affable
sans vent ni neige
mais des insectes toujours forant.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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IL PLEUT (Fernand Gregh)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



IL PLEUT

Il pleut,
Les vitres tintent.

Le vent de Mai fait dans le parc un bruit d’automne.
Une porte, en battant sans fin, grince une plainte
Mineure et monotone.
Il pleut…

On dirait par moments qu’un million d’épingles
Se heurte aux vitres et les cingle.
Il pleut,
Les vitres tintent.

Le ciel cache un à un ses coins légers de bleu
Sous de rapides nuées grises.
Il pleut :
La vie est triste !

— N’importe !
Souffle le vent, batte la porte,
Tombe la pluie !
N’importe !

J’ai dans mes yeux une clarté qui m’éblouit ;
J’ai dans ma vie un grand espace bleu ;
J’ai dans mon cœur un jardin vert ombré de palmes
Que balancent en plein azur les brises calmes :
Je songe à elle !

Il pleut…

— La vie est belle !

(Fernand Gregh)

Illustration: Mitty Desques

 

 

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