Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘éplucher’

Volupté des parfums ! — Oui, toute odeur est fée (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Jacob Collins

Volupté des parfums ! — Oui, toute odeur est fée.
Si j’épluche, le soir, une orange échauffée,
Je rêve de théâtre et de profonds décors ;
Si je brûle un fagot, je vois, sonnant leurs cors,
Dans la forêt d’hiver les chasseurs faire halte ;
Si je traverse enfin ce brouillard que l’asphalte
Répand, infect et noir, autour de son chaudron,
Je me crois sur un quai parfumé de goudron,
Regardant s’avancer, blanche, une goélette
Parmi les diamants de la mer violette.

(François Coppée)

Illustration: Jacob Collins

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LIVRET DE GARANTIE (Ewa Lipska)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018




    
LIVRET DE GARANTIE

Notre mécanique à mariage
s’est soudain grippée.

Et tout en continuant
à éplucher les tomates
hacher l’ail
farcir la soirée
de conversations sur le sexe
consommer les souvenirs
les uns après les autres

nous cherchons anxieusement
un livret de garantie
qui saurait tenir parole.

(Ewa Lipska)

 

Recueil: Moi ailleurs l’écharde
Traduction: Isabelle Macor-Filarska et Irena Gudaniec-Barbier
Editions: Grèges

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ELLE SE LÈVE A L’AUBE AVEC LES BOULANGERS (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Jean-Claude Selles  
    
ELLE SE LÈVE A L’AUBE AVEC LES BOULANGERS

Ma chérie est femme à la taille élancée mais robuste,
même si vue d’en haut (j’ai déjà pris l’avion) comme tout un chacun elle doit sembler menue,
mais serais-je à la place du pilote, je saurais l’estimer sans erreur.

Elle lave elle-même son linge et la mousse rêveuse à son bras tremble;
si elle se met en prière à genoux, c’est pour laver par terre et rire, rire :
son rire est comme la pomme qu’elle mord sans l’éplucher.,
et la voici qui rit encore en mordant dans le fruit;
si elle pétrit le pain, elle se lève à l’aube avec les boulangers, frères des fours bien chauds
— voyez comme ils les surveillent, longue pelle à la main,
et vole la farine !… avant de s’aller doucement reposer sur ces libres poitrines
comme ma douce en son lit qui sent bon, après vaisselle faite, après qu’elle a lavé, essoré mon coeur.

Ainsi sera ma femme, quand je serai tout à fait grand
et que viendra l’heure de me marier, ainsi que fit jadis mon Père.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

VUE SUR LA COUR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018


 


 

John Singer Sargent -petite-eplucheuse-pommes-img

VUE SUR LA COUR

La cuisine est très propre et le pot-au-feu bout
Sur le fourneau.
La bonne, attendant son troubade,
Épluche en bougonnant légumes et salade.
Ses doigts rouges et gras, avec du noir au bout,
Trouvent les vers de terre entre les feuilles vertes.
On bat des traversins aux fenêtres ouvertes.
Mais voici le pays.
Après un gros bonjour,
On lui donne la fleur du bouillon, leur amour
S’abrite à la vapeur du pot, chaud crépuscule…
Et je ne trouve pas cela si ridicule.

(Charles Cros)

Illustration: John Singer Sargent

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un plaisir simple (Francis Combes)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Un plaisir simple

Il faudrait que sur la Terre
toutes les choses soient comme ça
et que même les tâches quotidiennes
au lieu d’être des corvées
se changent en plaisirs simples.
Par exemple :
éplucher les pommes de terre
pour préparer le repas
de ceux qu’on aime
et avec qui on vit.
Leur ôter délicatement la peau
avec un économe,
les couper en morceaux,
ne pas les laver,
apprécier la pomme de terre pour elle-même
pour sa présence, sa rondeur,
son poids de réalité,
sa finesse,
la fermeté de sa chair,
sa couleur jaune pâle
(sans métaphore et sans allégorie)
et ne pas penser, surtout,
à la chair des filles.

(Francis Combes)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans ma petite foi (Lucien Noullez)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



 

Dans ma petite foi
j’aurais voulu loger le monde.
J’aurais voulu loger les pleurs
de celles que je fais pleurer.
Et n’être rien,
pas même une lecture ou une orange.
Sur le tablier de la terre,
j’aurais voulu,
dans ma petite foi,
me laisser éplucher sans fin.

(Lucien Noullez)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

COMME PAR MIRACLE (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017


 


 

Comme par miracle
Des oranges aux branches d’un oranger
Comme par miracle
Un homme s’avance
Mettant comme par miracle
Un pied devant l’autre pour marcher
Comme par miracle
Une maison de pierre blanche
Derrière lui sur la terre est posée
Comme par miracle
L’homme s’arrête au pied de l’oranger
Cueille une orange l’épluche et la mange
Jette la peau au loin et crache les pépins
Apaisant comme par miracle
Sa grande soif du matin
Comme par miracle
L’homme sourit
Regardant le soleil qui se lève
Et qui luit
Comme par miracle
Et l’homme ébloui rentre chez lui
Et retrouve comme par miracle
Sa femme endormie
Emerveillé
De la voir si jeune si belle
Et comme par miracle
Nue dans le soleil
Il la regarde
Et comme par miracle elle se réveille
Et lui sourit
Comme par miracle il la caresse
Et comme par miracle elle se laisse caresser
Alors comme par miracle
Des oiseaux de passage passent
Qui passent comme cela
Comme par miracle
Des oiseaux de passage qui s’en vont vers la mer
Volant très haut
Au-dessus de la maison de pierre
Où l’homme et la femme
Comme par miracle
Font l’amour
Des oiseaux de passage au-dessus du jardin
Où comme par miracle l’oranger berce ses oranges
Dans le vent du matin
Jetant comme par miracle son ombre sur la route
Sur la route où un prêtre s’avance
Le nez dans son bréviaire le bréviaire dans les mains
Et le prêtre marchant sur la pelure d’orange jetée par l’homme au loin
Glisse et tombe
Comme un prêtre qui glisse sur une pelure d’orange et qui tombe sur une route
Un beau matin.

(Jacques Prévert)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Kakis (Shiki)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2016



Trois mille
haïkus épluchés
des kakis deux seulement

(Shiki)

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , | Leave a Comment »

Tu épluches une orange (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2016



 

Tu épluches une orange
et tu me fais cadeau de son jus
entre deux doigts
tu m’offres le rire
d’un soleil minuscule
sur notre table
le temps est devenu un secret
partagé avec les moineaux
nous habitons un instant de lumière
et son double reflet
l’oeuf à la coque
laisse son ombre d’avant-garde
tacher les chiffres
de l’antique addition
qui s’envole

(Luis Mizón)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

J’épluche une poire (Masaoka Shiki)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2015



J’épluche une poire
Du tranchant de la lame
Le goutte à goutte sucré.

(Masaoka Shiki)

 

 

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :