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Il fait froid (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021



Illustration: Fabienne Contat
    

Il fait froid

L’hiver blanchit le dur chemin
Tes jours aux méchants sont en proie.
La bise mord ta douce main ;
La haine souffle sur ta joie.

La neige emplit le noir sillon.
La lumière est diminuée…
Ferme ta porte à l’aquilon !
Ferme ta vitre à la nuée !

Et puis laisse ton coeur ouvert !
Le coeur, c’est la sainte fenêtre.
Le soleil de brume est couvert ;
Mais Dieu va rayonner peut-être !

Doute du bonheur, fruit mortel ;
Doute de l’homme plein d’envie ;
Doute du prêtre et de l’autel ;
Mais crois à l’amour, ô ma vie !

Crois à l’amour, toujours entier,
Toujours brillant sous tous les voiles !
A l’amour, tison du foyer !
A l’amour, rayon des étoiles !

Aime, et ne désespère pas.
Dans ton âme, où parfois je passe,
Où mes vers chuchotent tout bas,
Laisse chaque chose à sa place.

La fidélité sans ennui,
La paix des vertus élevées,
Et l’indulgence pour autrui,
Eponge des fautes lavées.

Dans ta pensée où tout est beau,
Que rien ne tombe ou ne recule.
Fais de ton amour ton flambeau.
On s’éclaire de ce qui brûle.

A ces démons d’inimitié
Oppose ta douceur sereine,
Et reverse leur en pitié
Tout ce qu’ils t’ont vomi de haine.

La haine, c’est l’hiver du coeur.
Plains-les ! mais garde ton courage.
Garde ton sourire vainqueur ;
Bel arc-en-ciel, sors de l’orage !

Garde ton amour éternel.
L’hiver, l’astre éteint-il sa flamme ?
Dieu ne retire rien du ciel ;
Ne retire rien de ton âme !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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MATIN (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2016



MATIN

Encore une coupure de langage
On aurait dû me prévenir

Enfin des gonds gémissent
Dans les maisons qui me cernent
Où jamais personne n’entre
D’où jamais nul n’est sorti

Peu après les tourterelles
Poussent leur aigre cri qui me rappelle
Que j’ai des raisons de souffrir

A n’en pas douter c’est le jour
Injecté lentement dans les veines du monde
Comme une vérité perverse

Quelqu’un viendra bien éponger
Le peu de sang qui a coulé.

(Jean Rousselot)

Illustration: Berit Kruger Johnsen

 

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Terre rouge (Daniel Varoujan)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



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Terre rouge

J’ai là, sur ma table, dans une coupe,
un peu de terre d’Arménie.
L’ami qui m’en a fait cadeau croyait
m’offrir son coeur — bien loin de se douter
qu’il me donnait en même temps celui
de ses aïeux.
Je n’en puis détacher mes yeux
— comme s’ils y prenaient racine…
Terre rouge. Je m’interroge :
d’où tient-elle cette rougeur ?
Mais s’abreuvant tout ensemble de vie
et de soleil, épongeant toutes les blessures,
pouvait-elle ne pas rougir ?
Couleur de sang, me dis-je,
terre rouge, bien sûr, car elle est arménienne !
Peut-être y frémissent encore des vestiges
de brasiers millénaires,
les fulgurances des sabots
qui naguère couvrirent d’ardente poussière
les armées d’Arménie…
Y subsiste peut-être un peu de la semence
qui me donna la vie, un reflet de l’aurore
à laquelle je dois ce regard sombre,
ce coeur que hante un feu surgi
des sources mêmes de l’Euphrate,
ce coeur couvrant l’amour non moins que la révolte…
Y scintillent peut-être
quelques paillettes, quelques bribes
de notre livre d’or : un atome de Haïk,
une particule d’Aram, un éclat chu
de l’oeil cosmique d’Anania…
Oui, devant moi, sur ma table, emplissant
à peine une coupe, cette poignée de terre
pourpre résume tout un peuple,
un pays mémorable aujourd’hui revêtu
d’une éclatante chrysalide ;
oui, par le truchement de ce corps minuscule
un pays tout entier me parle, m’interpelle
— comme les astres qui fécondent
les bleus labours de l’infini,
sa poussière de feu illumine mon âme …
Tressaille alors la lyre
de mon impatience et mon désert
soudain verdoie comme sous les caresses
d’un souffle printanier ;
des visages meurtris traversent ma mémoire,
des bouches vengeresses – mon coeur est la proie
de griffes inconnues …
Cette poignée de terre, cet amas de poudre,
je le conserve avec bien plus d’amour
que n’en aurait après la mort mon âme
en recueillant les cendres de mon corps
dispersées par le vent …
Terre rouge, exilée – héritage, relique,
offrande, talisman – alors
même que sous ma plume un poème
est en train de naître, souvent je pleure
à la vue de cet infime lambeau
d’Arménie, je rugis — me rivant l’âme
dans le creux de la main,
j’arme mon poing !

(Daniel Varoujan)

 Illustration

 

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