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Poésie

Posts Tagged ‘épousailles’

TROIS COUTURIÈRES (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



Illustration: Frank Holl
    
TROIS COUTURIÈRES

Les yeux rouges, les lèvres bleues,
Les joues vidées de leur sang,
La sueur à leur front blême,
Brûlante et courte l’haleine,
Trois filles sont là cousant et cousant!

Neige la toile et l’aiguille étincelle :
Je couds et je couds, pense l’une d’elles,
Et je couds le jour et je couds la nuit
Sans coudre pour moi robe d’épousailles
À quoi sert coudre sans répit ?

Je ne dors pas et je mange si peu,
J’irai voir Balnès le Miraculeux
Qui pour moi peut-être agirait enfin,
Qu’au moins soit un veuf, un juif déjà vieux
Avec sa douzaine d’enfants…

La deuxième se dit: je couds et je reprise
Mais je me couds seulement tresses grises,
La tête me brûle et mes tempes battent
Tape la machine à chaque contact,
Tac, tac, tac, tac, tac, tac, tac, tac !

Chaque clin d’oeil je le comprends,
Sans mariage, sans alliance
Ce ne serait que jeux et danse,
L’amour – toute l’année durant!
Mais après cela, mais après ?

Crachant du sang la troisième pense :
Je me couds aveugle et me couds souffrante,
À chaque piqûre est mon coeur meurtri
Et lui – cette semaine il se marie !
Je ne lui souhaite aucun mal !

Il oubliera ce qui fut autrefois !
Et la communauté un linceul m’offrira,
Un tout petit morceau de terre
Où tranquillement je reposerai
Je dormirai, je dormirai.

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Combien de temps (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2019



Combien de temps
Durent nos épousailles
Et leurs répétitions?

Quand l’union
En est là,

Qui donc
Déclencherait le chronographe?

Il faut
En venir au point

Où l’on ne sait plus
Ni début ni fin.

(Guillevic)

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Malgré le mal hideux (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



Malgré le mal hideux, l’élévation des cimes.
Les rires des torrents, les sapins crêtés d’or.
Le chevreuil de profil flairant l’air de l’aurore.
La neige qui baise l’azur du ciel azyme.

La rose toute émue de l’odeur de la nuit.
L’arbre dont le feuillage est né de la lumière.
Les épousailles de la lune avec la mer.
Le temps perdu d’où sort la verdeur d’aujourd’hui.

Les enfants innocents dans les bras d’Élohim.
Le meurtri que materne un bon samaritain.
L’agonisant guidé vers le premier Jardin
Malgré le mal hideux, la Tendresse unanime.

(Jean Mambrino)


Illustration: Aimé-Nicolas Morot

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DEPUIS TANT D’ANNÉES (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



DEPUIS TANT D’ANNÉES

Depuis tant d’années je lave mon regard
dans une fenêtre où ciel et mer
depuis toujours sont sans s’interrompre
où leurs vies sont un, sont innombrables
sont une fois encore dans mon âme
un champ magnétique d’épousailles
une goutte de lumière-oiseau.

Depuis tant d’années je lave mon regard
à la première couleur si fraîche
sur les lèvres humides de nuit
d’être la peau et d’être la pierre
où mes doigts rencontrent le secret,
ce savoir qu’ils sont et celui qui est
des tonnes infinies de lumière.
Du plus pâle au tranchant du plus sombre
sans s’interrompre entre sang et pensée
entre feuille pinceau étendue
corps de liquide musique à jamais

(Lorand Gaspar)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Edward Hopper

 

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LE GRAND MIROIR (Edmond Vandercammen)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Andrew Wyeth  Turkey Pond [800x600]

LE GRAND MIROIR

La nuit laisse quand même au jour
L’espace de son grand miroir
Pour que les hommes s’y regardent
Du seul côté de leur bonheur.
Alors la face des vivants
Se reconnaît aux épousailles,
Aux formes des nativités,
A la tendresse de haut rang
Dont la couleur est végétale.
Et la campagne ainsi louée
Prend son éclat sacramentel,
Toute splendeur restituée
Aux alliances de la terre.
Belle clarté qui va son amble
Comme un poème sans nuage
Avance au pas de son rêveur ;
Belle clarté où s’établit
La certitude solidaire
D’être l’homme quotidien
Qui fait son plein de poésie
En abordant un grand miroir.

(Edmond Vandercammen)

Illustration: Andrew Wyeth

 

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Dans la semence (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: Simon Glaubert
    
Dans la semence
Te voici arbre dormant

Dans la racine
Arbre qui songe
Songe de vie

Dans le tronc
Te voici colonne
De temple universel

Dans la sève
Tu danses
Danse de vie

Dans le feuillage
Tu chantes
Chant d’épousailles

Dans l’écorce
Te voici arbre qui prie
Prière d’ange.

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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Je suis l’habitant d’une tour (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



Stéphanie Dozier 490 [800x600]

Je suis l’habitant d’une tour
Devenue au centre des rêves
La tour sensible de l’esprit :
Est-il un niveleur qui sache
Me la niveler en prairie ?

Gardienne de ma solitude
C’est elle que je sens virer
Car liée à nulle Babel
Ma tour est ivre d’ignorer
Les épousailles de la pierre.

Fine ou massive elle se sculpte
À même l’espace et je vois
Blanchir à l’aube ses créneaux :
Tour ouverte, pourquoi faut-il
Qu’en elle je reste muré ?

Je surveille depuis ma tour
L’ange humain d’avant ma parole,
Et peut-être serai-je lui
Si je déchiffre un jour les signes
Des musiques irrévélées.

Du haut de ma tour je respire
L’hysope et la rose de neige.
Mais vif oiseleur ne pourrai-je —
Pour le saisir et l’étrangler
— Dépister l’oiseau du vertige ?

(Jules Tordjman)

Illustration: Stéphanie Dozier

 

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Lecture (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Lecture

Il faut que le poème jaillisse du silence
blanc comme une mariée secrète et pâle
que chacun croira vierge.

Elle s’avancera lourde et seule
l’encens dans ses cheveux
le voile sous ses pas.

Ton front, lecteur aux yeux de mer vive,
est la lueur pâle des matins d’épousailles
elle attend ta démarche au seuil des églises
elle espère ton âme pleine de nues dorées.

Sa vie, sa vie chancelle
le mystère tournoie et tu vas le clouer,
attache de beauté sa beauté qui se trouve.

Car tu peux voir, je le jure, et comprendre,
sois humble et doux, et sentir le souffle
qu’un poète martyr écrasa sous les cierges.

Va ! ces noces sont un songe
Oh ! ne souille de pas qu’au pays de tes neiges
le blanc tapis tombé des cygnes de l’hiver.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Où rivière et fleuve (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Illustration
    
Où rivière et fleuve
Ont leurs larmes mêlées
leurs sangs confondus

S’ouvre le val d’attente
Aux saisons défuntes
aux herbes renaissantes

Tout est retrouvaille
Tout est épousailles
la vie s’offre à nu

S’envole l’hirondelle
Changeant brume et nuage
en aérienne extase

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Résonnent en nous les collines (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Illustration: Eric Touraille
    
Résonnent en nous les collines musicales
En nous l’inapaisable ondulation
Toute chose y parle sa langue natale
Toute chose confie ses secrets au coeur
Vibrent l’air et l’eau, bourdonnent les lauriers
Transparaît alors un dieu, là, tout ouïe

Dieu d’accueil, d’épousaille et d’eurythmie

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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