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Poésie

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Mille chemins, un seul but (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020




    

Mille chemins, un seul but

Le chasseur songe dans les bois
À des beautés sur l’herbe assises,
Et dans l’ombre il croit voir parfois
Danser des formes indécises.

Le soldat pense à ses destins
Tout en veillant sur les empires,
Et dans ses souvenirs lointains
Entrevoit de vagues sourires.

Le pâtre attend sous le ciel bleu
L’heure où son étoile paisible
Va s’épanouir, fleur de feu,
Au bout d’une tige invisible.

Regarde-les, regarde encor
Comme la vierge, fille d’Ève,
Jette en courant dans les blés d’or
Sa chanson qui contient son rêve !

Vois errer dans les champs en fleur,
Dos courbé, paupières baissées,
Le poète, cet oiseleur,
Qui cherche à prendre des pensées.

Vois sur la mer les matelots
Implorant la terre embaumée,
Lassés de l’écume des flots,
Et demandant une fumée !

Se rappelant quand le flot noir
Bat les flancs plaintifs du navire,
Les hameaux si joyeux le soir,
Les arbres pleins d’éclats de rire !

Vois le prêtre, priant pour tous,
Front pur qui sous nos fautes penche,
Songer dans le temple, à genoux
Sur les plis de sa robe blanche.

Vois s’élever sur les hauteurs
Tous ces grands penseurs que tu nommes,
Sombres esprit dominateurs,
Chênes dans la forêt des hommes.

Vois, couvant des yeux son trésor,
La mère contempler, ravie,
Son enfant, cœur sans ombre encor,
Vase que remplira la vie !

Tous, dans la joie ou dans l’affront,
Portent, sans nuage et sans tache,
Un mot qui rayonne à leur front,
Dans leur âme un mot qui se cache.

Selon les desseins du Seigneur,
Le mot qu’on voit pour tous varie ;
– L’un a : Gloire ! l’autre a : Bonheur !
L’un dit : Vertu ! l’autre : Patrie !

Le mot caché ne change pas.
Dans tous les cœurs toujours le même ;
Il y chante ou gémit tout bas ;
Et ce mot, c’est le mot suprême !

C’est le mot qui peut assoupir
L’ennui du front le plus morose !
C’est le mystérieux soupir
Qu’à toute heure fait toute chose !

C’est le mot d’où les autres mots
Sortent comme d’un tronc austère,
Et qui remplit de ses rameaux
Tous les langages de la terre !

C’est le verbe, obscur ou vermeil,
Qui luit dans le reflet des fleuves,
Dans le phare, dans le soleil,
Dans la sombre lampe des veuves !

Qui se mêle au bruit des roseaux,
Au tressaillement des colombes ;
Qui jase et rit dans les berceaux,
Et qu’on sent vivre au fond des tombes !

Qui fait éclore dans les bois
Les feuilles, les souffles, les ailes,
La clémence au cœur des grands rois,
Le sourire aux lèvres des belles !

C’est le nœud des prés et des eaux !
C’est le charme qui se compose
Du plus tendre cri des oiseaux,
Du plus doux parfum de la rose !

C’est l’hymne que le gouffre amer
Chante en poussant au port des voiles !
C’est le mystère de la mer,
Et c’est le secret des étoiles !

Ce mot, fondement éternel
De la seconde des deux Romes,
C’est Foi dans la langue du ciel,
Amour dans la langue des hommes !

Aimer, c’est avoir dans les mains
Un fil pour toutes les épreuves,
Un flambeau pour tous les chemins,
Une coupe pour tous les fleuves !

Aimer, c’est comprendre les cieux.
C’est mettre, qu’on dorme ou qu’on veille,
Une lumière dans ses yeux,
Une musique en son oreille !

C’est se chauffer à ce qui bout !
C’est pencher son âme embaumée
Sur le côté divin de tout !
Ainsi, ma douce bien-aimée,

Tu mêles ton cœur et tes sens,
Dans la retraite où tu m’accueilles,
Aux dialogues ravissants
Des flots, des astres et des feuilles !

La vitre laisse voir le jour ;
Malgré nos brumes et nos doutes,
Ô mon ange ! à travers l’amour
Les vérités paraissent toutes !

L’homme et la femme, couple heureux,
À qui le cœur tient lieu d’apôtre,
Laissent voir le ciel derrière eux,
Et sont transparents l’un pour l’autre.

Ils ont en eux, comme un lac noir
Reflète un astre en son eau pure,
Du Dieu caché qu’on ne peut voir
Une lumineuse figure !

Aimons ! prions ! les bois sont verts,
L’été resplendit sur la mousse,
Les germes vivent entr’ouverts,
L’onde s’épanche et l’herbe pousse !

Que la foule, bien loin de nous
Suive ses routes insensées.
Aimons, et tombons à genoux,
Et laissons aller nos pensées !

L’amour, qu’il vienne tôt ou tard,
Prouve Dieu dans notre âme sombre.
Il faut bien un corps quelque part
Pour que le miroir ait une ombre.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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PAIX INTERIEURE (Syed Liaqath Peeran)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2020



Illustration: Satish Gupta
    
PAIX INTERIEURE

L’on doit éprouver dans la vie
force souffrances spirituelles et physiques
tortures et troubles
avant de parvenir à la Vérité
un temps d’épreuve, un temps
d’angoisse violente et de douleur.
Mais quand on atteint la Vérité
on aborde la rivière
d’eaux fraîches, reposantes
pour étancher la soif,
et apporter dans l’âme sombre
des moments de ravissement,
de joie et de Suprême Béatitude,
de paix et de lumière.

***

***

PEACE WITHIN

One has to undergo severe
Mental and physical sufferings
Agony and turmoil in life
Before arriving at the Truth
A testing time, a period
Of severe anguish and pain.
On arriving at the Truth
You reach the stream
Of fresh, soothing waters
To quench the thirst
To gain moments of
Ecstasy, joy and Supreme –
Bliss, to bring peace within
And enlighten the dark soul.

***

PACE DENTRO

Bisogna attraversare gravi
sofferenze mentali e fisiche
una vita d’agonia e disordini
prima di arrivare alla Verità.
È un tempo di prova, un periodo
di grave angoscia e dolore.
Arrivando alla Verità
si raggiunge un ruscello
di fresche, dolci acque
che placano la sete
che donano momenti
di estasi e gioia, suprema –
Beatitudine, per portare la pace dentro
e illuminare l’oscurità dell’anima.

***

PACE LĂUNTRICĂ

Sunt aspre chinurile îndurate
de sufletul și trupul vătămat
în agonia și tumultul vieții
pe drumul către Adevăr,
la ceas de mare încercare
prin suferințe și dureri.
Atunci când însă aflăm Adevărul
dăm peste un izvor curat
cu apă limpede și lină
ce potolește setea
și ne îngăduie momente
de fericire și elan, Nemărginit –
har, acea pace interioară
ce luminează sufletul cernit.

***

***

INNERLIJKE VREDE

Men moet hevig
geestelijk en lichamelijk leed,
kwelling en beroering in het leven ervaren
voordat men de Waarheid bereikt
een tijd van beproeving, een tijd
van hevige angst en pijn.
Maar als men de Waarheid bereikt
bereikt men de rivier
van frisse, rustgevende wateren
om de dorst te lessen,
en in de donkere ziel
momenten van verrukking,
van vreugde en Opperste Gelukzaligheid,
vrede en verlichting te brengen.

***

PACI

Prima d’arrivari a la virità
L’omu havi a patiri
Suffirenzi fisichi e mintali
Agunii nta la vita,
un piriudu di esami,
di trobbuli e di peni.
Arrivannu a la virità
s’arriva a un ciumi
d’acqua frisca e rilassanti
c’astuta la siti
e duna mumenti
d’estasi e di gioia
felicità suprema,
paci interna
ca illumina
l’arma scura.

***

PAZ INTERIOR

Uno debe someterse a estrictos
sufrimientos mentales y físicos
agonía y confusión en la vida
antes de llegar a la Verdad.
Un tiempo de prueba, un período
de angustia y dolor severos.
Al llegar a la Verdad
llegas a la corriente
de aguas frescas y relajantes
para saciar la sed
para obtener momentos
de éxtasis, alegría y suprema
felicidad, para alcanzar la paz interior
e iluminar el alma oscura.

***

***

***

***

内心的平静
一个人在到达真理之前
必须经受严峻的
精神和肉体的痛苦
生活中的苦恼和混乱
一个检测时间,一段时间
极度的苦恼和痛苦。
在到达真理时
你抵达新鲜的
小溪,舒缓的水
去疏解渴意
去获得狂喜、快乐
和至高无上祝福的
时光,带来内心的宁静
而照亮黑暗的灵魂。

***

***

POKÓJ WEWNĘTRZNY

Trzeba przejść ciężkie
Cierpienia duszy i ciała
Umieranie i życiowe niepokoje
Nim dotrze się do Prawdy
Czas próby, okres
Wielkiego udręczenia i bólu.
Dotarłszy do Prawdy
Osiągasz strumień
Świeżych, kojących wód
By ugasić pragnienie
By zyskać chwile
Ekstazy, radości i Najistotniejsze –
Szczęśliwości, by wnieść wewnętrzny pokój
I rozświetlić mrok duszy

***

ΨΥΧΙΚΗ ΓΑΛΗΝΗ

Δύσκολες πρέπει να περάσει
στιγμές και πόνο
αγωνία κι άγχος στη ζωή του
ο άνθρωπος
προτού την Αλήθεια να βρει
προτού πιει απ’ το δροσερό
νερό ρυακιού
τη δίψα του να ξεδιψάσει
στιγμές να ζήσει εκστατικές
χαρά και θεϊκή ευδαιμονία
για να διαφωτίσει
την σκοτεινή ψυχή του.

(Syed Liaqath Peeran)

 

Recueil: ITHACA 631
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Indi Jyotirmaya Thakur / Anglais Stanley Barkan / Italien Luca Benassi / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Hébreu Dorit Wiseman / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Corse Gaetano Cipolla / Espagnol Rafael Carcelén / Russe Rahim Karim / Arabe Sarah Silt / Japonais Naoshi Koriyama / Chinois William Zhou / Chinois William Zhou / Persan Sepideh Zamani / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Grec Manolis Aligizakis /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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LE RETOUR DES DIEUX (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020


 


Campos Edson 01 [1280x768]

LE RETOUR DES DIEUX

Seins issus d’une fête labiale
et cachetés à la cire du souvenir
une fille sourit à sa peau
dans le vent nu des campagnes
puis ses mains descendent le long
comme l’ancre d’un vaisseau
reconduit à la terre

Reflet exténué des saisons vécues
elle se replie sur un mal
plus secret que toute mort
sur la tige nacrée de sa solitude
de son corps
sur l’odeur brusque de l’amour
dans un tiroir d’embruns

les doigts à l’épreuve du tambour
la taille sur la pente du cerceau
elle s’affaiblit dans l’eau légère
de sa propre distance
comme un sort mal jeté

Aucun réveil pourtant
aucun réveil possible
sans le retour des Dieux
auxquels nulle croyance n’est due.

(Georges Henein)

Illustration: Campos Edson

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Villanelle (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020




    
Villanelle

Rosette, pour un peu d’absence,
Votre cœur vous avez changé,
Et moi, sachant cette inconstance,
Le mien autre part j’ai rangé :
Jamais plus, beauté si légère
Sur moi tant de pouvoir n’aura :
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s’en repentira.

Tandis qu’en pleurs je me consume,
Maudissant cet éloignement,
Vous qui n’aimez que par coutume,
Caressiez un nouvel amant.
Jamais légère girouette
Au vent si tôt ne se vira :
Nous verrons, bergère
Rosette,
Qui premier s’en repentira.

Où sont tant de promesses saintes,
Tant de pleurs versés en partant?
Est-il vrai que ces tristes plaintes
Sortissent d’un cœur inconstant?
Dieux! que vous êtes mensongère!
Maudit soit qui plus vous croira !
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s’en repentira.

Celui qui a gagné ma place
Ne vous peut aimer tant que moi;
Et celle que j’aime vous passe
De beauté, d’amour et de foi.
Gardez bien votre amitié neuve,
La mienne plus ne variera,
Et puis, nous verrons à l’épreuve
Qui premier s’en repentira.

(Philippe Desportes)

 

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La Veuve (Jules Jouy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
La Veuve

La Veuve, auprès d’une prison,
Dans un hangar sombre demeure.
Elle ne sort de sa maison
Que lorsqu’il faut qu’un bandit meure.
Dans sa voiture de gala
Qu’accompagne la populace
Elle se rend, non loin de là,
Et, triste, descend sur la place.

Avec des airs d’enterrement,
Qu’il gèle, qu’il vente ou qu’il pleuve,
Elle s’habille lentement,
La Veuve.

Les témoins, le prêtre et la loi
Voyez, tout est prêt pour la noce ;
Chaque objet trouve son emploi :
Ce fourgon noir, c’est le carrosse.
Tous les accessoires y sont :
Les deux chevaux pour le voyage
Et le grand panier plein de son :
La corbeille de mariage.

Alors, tendant ses longs bras roux,
Bichonnée, ayant fait peau neuve,
Elle attend son nouvel époux,
La Veuve.

Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme cracher son dernier râle.

Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La Veuve.

Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.

Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme cracher son dernier râle.

Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La Veuve.

Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.

Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

(Jules Jouy)

 

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POÈME AU MONDE (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Armand Point 
    
POÈME AU MONDE

C’est bonheur que pouvoir bouger
C’est enchantement que toucher
C’est une merveille vibrer
Dans le floral éclat des prés,
Exaltant se laisser aller
Au flux d’événements ailés,
Joyeux en élans s’exhaler,
S’élancer en joie s’égarer.
C’est jeu se laisser entraîner
Vers les dangers illuminés,
Léger et lesté se leurrer
De tant de leurres éventés,
Par la nostalgie tourmenté,
Au vent des épreuves porté
Dans les tourbillons déchaînés
Et les cauchemars effrénés.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’Oreille cassée (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2019




    
L’Oreille cassée
Le vivant, le vrai

Nos visages ravagés de rides se souviennent des sillons de larmes
et notre colonne vertébrale se voûte sous le poids des tristesses passées.

Un corps vivant ne reste pas longtemps vierge et lisse;
la santé, la joie de vivre n’excluent pas les coups ;

bien au contraire, nous n’existons que de souffrances vaillantes contre l’adversité ;
les bons organismes présentent une tête burinée, un corps las et courageux,
une puissance dévastée, mais toujours debout.

Avant le premier coup de corne,
comment savoir si le torero se conduit avec courage ?

Il n’y a de vrai vivant que déchiré.
Les cicatrices renforcent.

Il n’y a de vérité que falsifiée.
Le faux plaide pour le vrai.

Il n’y a de bonté que tentée.

Quelle vertu sans tribulations ?
Il n’y a de bon système que cassé.
Si tout marche, rien ne marchera.

Chaque épreuve me précipite au devant de ce fétiche :
il n’y a de vrai dieu que blessé.

(Michel Serres)

 

Recueil: Hergé mon ami
Traduction:
Editions: Le Pommier

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OBSCURCISSEMENT (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Abanindranath Tagore   
    
OBSCURCISSEMENT

Une sombre appréhension servant de linceul
Enveloppe le monde,
En son centre demeure par-delà l’appréhension
Une ferme conviction.

Au milieu d’un orage de mots et la poussière de débats
L’ intelligence aveuglée tâtonne désespérément,
La conviction reste inébranlable, au fond,
Sans une ombre de peur.

Des centaines d’épreuves sur le chemin de la vie
Errent en un tourbillon,
Tandis qu’au centre règne la paix imperturbable
Sous l’ombre d’un arbre immortel.

Des flèches empoisonnées fusent sans relâche —
La censure, la perte, la mort et la séparation —
Éternelle, la Joie reste calme dans sa transe :
Elle ne connaît nulle destruction.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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Si le poème allait chanter (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Chantal Larriviere    atoll

Si le poème allait chanter…
La page blanche est l’harmonie avant l’épreuve du langage, avant
que ne vienne le forgeron nubile, avant le souffle du troubadour.
Si le poème allait chanter… On attend.
On attend un miracle en forme d’atoll sous la vague.
On attend aussi morose que le temps chez les truands de province.
On attend ! On attend, Tamarie, dans l’éparpillement soyeux des
étamines du printemps
On attend, on attend le dernier Jugement.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Chantal Larriviere  

 

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PAS ASSEZ DÉSESPÉRÉ (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2019



Illustration: David Alfaro Siqueiros
    
PAS ASSEZ DÉSESPÉRÉ

Il n’a pas vécu la souffrance humaine;
Il n’a pas su
Qu’avec Dieu sans Dieu
Nous sommes également des créatures bafouées.

Il est calme, il lui manque l’épreuve et la nuit
Et les mille aventures dans les ténèbres.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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