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Poésie

Posts Tagged ‘épris’

Elle est ignorante et libre, (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Manuel Nunez  Hands Lifted [1280x768]

Elle est ignorante et libre,
Et sa candeur la défend.
Elle a tout, accent qui vibre,
Chanson triste et rire enfant,

Tout, le caquet, le silence,
Ces petits pieds familiers
Créés pour l’invraisemblance
Des romans et des souliers,

Et cet air des jeunes Eves
Qu’on nommait jadis fripon,
Et le tourbillon des rêves
Dans les plis de son jupon.

Cet être qui nous attire,
Agnès cousine d’Hébé,
Enivrerait un satyre,
Et griserait un abbé.

Devant tant de beautés pures,
Devant tant de frais rayons,
La chair fait des conjectures
Et l’âme des visions.

Au temps présent l’eau saline,
La blanche écume des mers
S’appelle la mousseline ;
On voit Vénus à travers.

Le réel fait notre extase ;
Et nous serions plus épris
De voir Ninon sous la gaze
Que sous la vague Cypris.

Nous préférons la dentelle
Au flot diaphane et frais ;
Vénus n’est qu’une immortelle ;
Une femme, c’est plus près.

Celle-ci, vers nous conduite
Comme un ange retrouvé,
Semble à tous les coeurs la suite
De leur songe inachevé.

L’âme l’admire, enchantée
Par tout ce qu’a de charmant
La rêverie ajoutée
Au vague éblouissement.

Quel danger ! on la devine.
Un nimbe à ce front vermeil !
Belle, on la rêve divine,
Fleur, on la rêve soleil.

Elle est lumière, elle est onde,
On la contemple. On la croit
Reine et fée, et mer profonde
Pour les perles qu’on y voit.

Gare, Arthur ! gare, Clitandre !
Malheur à qui se mettrait
A regarder d’un air tendre
Ce mystérieux attrait !

L’amour, où glissent les âmes,
Est un précipice ; on a
Le vertige au bord des femmes
Comme au penchant de l’Etna.

On rit d’abord. Quel doux rire !
Un jour, dans ce jeu charmant,
On s’aperçoit qu’on respire
Un peu moins facilement.

Ces feux-là troublent la tête.
L’imprudent qui s’y chauffait
S’éveille à moitié poète
Et stupide tout à fait.

Plus de joie. On est la chose
Des tourments et des amours.
Quoique le tyran soit rose,
L’esclavage est noir toujours.

On est jaloux ; travail rude !
On n’est plus libre et vivant,
Et l’on a l’inquiétude
D’une feuille dans le vent.

On la suit, pauvre jeune homme !
Sous prétexte qu’il faut bien
Qu’un astre ait un astronome
Et qu’une femme ait un chien.

On se pose en loup fidèle ;
On est bête, on s’en aigrit,
Tandis qu’un autre, auprès d’elle,
Aimant moins, a plus d’esprit.

Même aux bals et dans les fêtes,
On souffre, fût-on vainqueur ;
Et voilà comment sont faites
Les aventures du coeur.

Cette adolescente est sombre
A cause de ses quinze ans
Et de tout ce qu’on voit d’ombre
Dans ses beaux yeux innocents.

On donnerait un empire
Pour tous ces chastes appas ;
Elle est terrible ; et le pire,
C’est qu’elle n’y pense pas.

(Victor Hugo)

Illustration: Manuel Nunez

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Si d’aventure le souffle Un jour vient à manquer (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019




    
Si d’aventure le souffle
Un jour vient à manquer,
Choisis une rivière.
Peuple-la de grands arbres
Épris de vent, de lumière.

Arpente ses sentiers,
Ses sous-bois, ses halages !
Compose avec ses infinis,
Ses méandres, ses silences.
Déchiffre ses inconnus,
Cherche son nom secret,
Ne te retiens pas d’avancer.

Trouve-toi des compagnons de route,
Des passants du soleil
Qui savent s’arrêter,
Prendre leur temps,
Puis te laisser aller.

Ne compte pas tes pas,
N’arrête pas les heures,
Fais confiance aux courants,
Laisse-toi respirer.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Air (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Air

Pour le jeune homme épris
Des grenades pour parements

Pour la fille égarée
Une langue de mésange

Pour la veuve
L’écorce d’un tremble

La cerise du loriot
Pour ta prunelle mon enfant

Pour le poète
La soif.

(Andrée Chedid)

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Une joie (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018



Illustration: Armand Point 
    
Une joie

Afin de n’être plus qu’un rêve épris de lumière
où s’endort la nuit, et lors même que se livre
le mystère d’une parole blanche éperdue de tendresse.
À l’orée du bois céleste, quand même le monde se dissipe
dans la guerre, et ploie sous l’amour, n’être qu’ une joie
traversée d’éphémère, lorsque plie la terre à la prière du ciel.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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Épris de toi (Kiyohara no Fukayabu)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018



vol oie sauvage 

Épris de toi
Mon coeur n’est pas
Une oie sauvage, mais
Comme elle, qui crie en traversant les nuages,
Je pleure, l’esprit perdu dans le vague.

(Kiyohara no Fukayabu)

Illustration

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Tant éprise de solitude (Emmanuelle Le Cam)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018




    
Tant éprise
de solitude
que je sois,
votre sourire
ne me quitte –

Nul autre
compagnon
ne sera
accueilli.

(Emmanuelle Le Cam)

 

Recueil: Unique demeure
Traduction:
Editions: Le dé bleu

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Le coeur pris par elle en secret (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

George Frederick Watts-« Choisir »

Le coeur pris par elle en secret

Toute grâce et toutes nuances
Dans l’éclat doux de ses seize ans,
Elle a la candeur des enfances
Et les manèges innocents.

Ses yeux, qui sont les yeux d’un ange,
Savent pourtant, sans y penser,
Eveiller le désir étrange
D’un immatériel baiser.

Et sa main, à ce point petite
Qu’un oiseau-mouche n’y tiendrait,
Captive sans espoir de fuite,
Le coeur pris par elle en secret.

L’intelligence vient chez elle
En aide à l’âme noble; elle est
Pure autant que spirituelle:
Ce qu’elle a dit, il le fallait

Et si la sottise l’amuse
Et la fait rire sans pitié,
Elle serait, étant la muse,
Clémente jusqu’à l’amitié,

Jusqu’à l’amour – qui sait? peut-être,
A l’égard d’un poète épris
Qui mendierait sous sa fenêtre,
L’audacieux un digne prix

De sa chanson bonne ou mauvaise!
Mais témoignant sincèrement,
Sans fausse note et sans fadaise,

(Paul Verlaine)

Illustration: George Frederick Watts

 

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Je rêve à des planètes mortes (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Quand les bureaux et les usines
Par le peuple sont désertés,
Et que Paris semble en gésine
D’une trop vaste humanité,

Alors que l’homme au rire bête
Et son épouse aux airs penchés
Croient égayer ce jour de fête
Parce qu’ils sont endimanchés,

Mon âme, loin des foules grises,
Dont le tumulte est odieux,
Se recueille, avant tout éprise
De la solitude des dieux.

Sur le monde fermant la porte
Et tisonnant mon poêle éteint,
Je rêve à des planètes mortes
Comme à des paradis lointains.

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

 

 

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Il est autour des êtres (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



Il est autour des êtres une ligne secrète,
Épris ou passionné, on ne la franchit pas,
Les lèvres ont beau s’unir dans un silence terrible,
Et l’amour déchirer le coeur.

L’amitié même est sans pouvoir, ici, et les années
De grand, d’ardent bonheur,
Quand l’âme est libre, indifférente
Au lent abandon de la volupté.

Fous ceux qui cherchent à l’atteindre, et ceux
Qui l’ont touchée, la nostalgie les frappe…
Tu comprends maintenant pourquoi
Mon coeur ne bat plus sous ta main.

(Anna Akhmatova)

 

 

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LE MUR PAR DÉFAUT (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



Illustration: Gilbert Garcin
    
LE MUR PAR DÉFAUT

Une fleur de givre entre deux rafales
Ne l’arrête pas.

Ô cendre éprise sous la langue,
Brèche dans l’horizon

Entre ce roc bondé d’étoiles et son sosie le gouffre,
L’édifice du souffle est une seconde prison.

A la place du coeur
Tu ne heurteras, mon amour, que le luisant d’un soc
Et la nuit grandissante…

(Jacques Dupin)

 

Recueil: Le corps clairvoyant
Traduction:
Editions: Gallimard

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