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Posts Tagged ‘épris’

RÉALITÉ (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2018



Cypris   hl

RÉALITÉ

La nature est partout la même,
A Gonesse comme au Japon.
Mathieu Dombasle est Triptolème ;
Une chlamyde est un jupon.

Lavallière dans son carrosse,
Pour Louis ou pour Mars épris,
Etait tout juste aussi féroce
Qu’en son coquillage Cypris.

O fils et frères, ô poètes,
Quand la chose est, dites le mot.
Soyez de purs esprits, et faites.
Rien n’est bas quand l’âme est en haut.

Un hoquet à Silène échappe
Parmi les roses de Poestum.
Quand Horace étale Priape,
Shakespeare peut risquer Bottom.

La vérité n’a pas de bornes.
Grâce au grand Pan, dieu bestial,
Fils, le réel montre ses cornes
Sur le front bleu de l’idéal.

(Victor Hugo)

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Ce mot perdu (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Alex Nabaum

    
Ce mot perdu

Ce mot perdu que je cache en ma cage,
je l’ai cherché dans toutes mes ravines,
au fond du gouffre, au sein du ciel mouvant,
toute une vie éprise d’absolu
et dispersée en festins dérisoires.

N’hésitez pas si je vous dis Sésame
à vous ouvrir. Vous serez une porte.
Je franchirai respectueux le seuil.
Je suis une âme en quête de son corps.

Dans mon pays d’incertitude passent
des étrangers qui ne s’arrêtent pas.
Si je leur parle, ils cachent leurs oreilles,
touchent leur bouche avec une mimique
et je me tais, muet comme leur encre.

Silence blanc, vers quel amour m’emportent
présent, passé, intermèdes du doute ?
Soudain l’or d’un regard qui réveille
mille parfums, mille époques de fleurs.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Séparation (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




Séparation

Devant moi le chemin
En pente douce dans le soir.
Hier encore, épris,
Il disait: «ne m’oublie pas».

Aujourd’hui il y a le vent,
Et les cris des bergers,
Et des cèdres tourmentés
Près des sources pures.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Patricia Blondel

 

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Séparation (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




Séparation

Devant moi le chemin
En pente douce dans le soir.
Hier encore, épris,
Il disait : « ne m’oublie pas ».
Aujourd’hui il y a le vent,
Et les cris des bergers,
Et des cèdres tourmentés
Près des sources pures.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Munch

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Elle apparut au sortir de l’enfance (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2018



    

Illustration: Claire Jeanne Roberte Colinet

Elle apparut au sortir de l’enfance
Et prit musique en son haleine
Des sources, des avoines au vent,
Ses seins furent fleurs plutôt que
Fruits, et son visage de primevère.
Temps ingénu que glorifiaient les lis
Et qui renaît sur les lèvres
Tremblantes de l’artiste épris dans l’autrefois,
Comme dans l’herbe fraîche, d’une fille
Pareille à l’image de cette enfant
Nue dansant jadis sur la garrigue.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Le Poème Hanté
Traduction:
Editions: Gallimard

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Est-ce elle au loin qui me lie à elle (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2018




    
Est-ce elle au loin
Qui me lie à elle,
Rit, vire, vole, me fascine,
Par tendresse tend son col?
Franchise d’ombre soumise au
Maître, ses beaux bras ployés
Sinuent tels deux cygnes épris.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Le Poème Hanté
Traduction:
Editions: Gallimard

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Caché derrière mon paravent (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    
Caché derrière mon paravent.
Je contemple mes petits pieds…
Je contemple mes petites mains,
Et ma fenêtre est toute sombre…
Il fait sombre, il fait bon. J’éteins
La bougie que l’on m’apporte,
Sans oublier de dire merci…
On voudrait bien que je m’amuse,
Mais ces mains… Je suis épris
Des vieilles rides de mes mains…
Parfois je vois un songe doux,
Mais je ne veux pas me déranger,
Ni déranger les souvenirs
Qui jouent encor sur la fenêtre…
Et je croise mes mains ridées,
Et je croise mes pieds ridés.
Derrière mon paravent. Au chaud.
Il y a quelqu’un. Foin de bougie.
Les yeux sont vides et vitreux.
Et sur mes doigts ridés — des bagues.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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La sagesse des verts (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
La sagesse des verts

Verts cendreux, flétris, effacés
Et qui niez l’intensité
De vivre, comme un coeur lassé
Epris d’ombre et de cécité,

Verts des mousses à la racine
D’un vieil érable desséché,
Sourds autant qu’un sanglot caché
Mourant au creux de la poitrine.

Nuance vraiment d’un mystique
Pénétrant, rappelant la fine
Tonalité des dalmatiques
Qu’un reflet de cierge satine.

Et verts, pourtant inconsolés
Sous le ciel d’hiver impassible,
Parlant de désirs immolés
Et de rêves inaccessibles

Ou que le réel étouffa…
Vert mélancolique et d’antan
Qu’ont les gourgouran de sopha
Ou les menuets chevrotants

Au fond du passé; verts des mousses
Qui parez cet arbre chancreux,
Vous scandez, accord qui s’émousse,
Un langage mystérieux.

Mais, ô paroles estompées,
J’ai saisi vos subtilités
Et je comprends vos mélopées
De tristesse et de volupté,

Verts cendreux, effacés, flétris
Et qui niez l’intensité
De vivre, comme un coeur épris
De néant et de cécité.

(Marie Dauguet)

 

 

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Jaloux des gouttes de pluie (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Jaloux des gouttes de pluie
Qui trop semblent des baisers
Les yeux de tout ce qui luit
Sont raison de jalouser

Jaloux jaloux des miroirs
Des morsures de l’abeille
De l’oubli de la mémoire
De l’abandon du sommeil

Du trottoir qu’elle a choisi
Des mains frôleuses du vent
Ma vivante jalousie
Qui me réveille en rêvant

Jaloux d’un chant d’une plainte
D’un souffle à peine un soupir
Jaloux jaloux des jacinthes
D’un parfum d’un souvenir

Jaloux jaloux des statues
Au regard vide et troublant
Jaloux quand elle s’est tue
Jaloux de son papier blanc

D’un rire ou d’une louange
D’un frisson quand c’est l’hiver
De la robe qu’elle change
Au printemps des arbres verts

De la voir aimer le feu
D’une branche qui la suit
D’un peigne dans ses cheveux
A l’aurore de minuit

De qui donc est-elle éprise
Qu’elle porte ses turquoises
Ah la nuit me martyrise
Avec ses ombres narquoises

Jaloux en toute saison
Traversé de mille clous
A perdre toute raison
Jaloux comme un chien jaloux

Jaloux de toute la terre
Quand elle arrive un peu tard
Tous ses gestes sont mystère

Jaloux jaloux des guitares

(Louis Aragon)

Illustration: Gérard Segear

 

Cf article ici

 

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La divine folie (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: Alfons Mucha
    
La divine folie

Je veux être celui qui sur sa chevelure
Attache un brin d’ortie avec la grappe mûre,
Qui danse titubant, bestial et divin
Et porte la nature entière dans son sein;
Celui qui sent frémir et couler dans ses moëlles
L’âme errante du vent, des mers et des étoiles,
Accroche à sa ceinture en un même bouquet
La ronce, le chardon, la cigüe et l’oeillet;
Qui, ne distinguant plus son regard de l’aurore,
Sent parmi les couchants sa chair qui s’évapore.
Je veux être celui qui rit dans le soleil
Et savoure le jour ainsi qu’un fruit vermeil;
Le berger ou l’outlaw dormant sur la javelle
Comme un enfant bercé aux genoux de Cybèle.
Je marcherai rêveur, épris de l’inconnu,
Aux sentiers ignorés, froissant de mon pied nu
L’herbe, le laurier rose et l’ingrate bruyère.
Debout sur les sommets, libre dans la lumière,
Mendiant triomphant, je tendrai vers l’éclair
Le geste avide de mes bras à travers l’air.

Je serai le glaneur idéal qui recueille
La rosée au matin,le rayon, le reflet
Du fleuve et s’en nourrit: le gueux dans la forêt
Elevant son palais frissonnant sous les feuilles.
Possesseur des trésors qu’on dédaigne, j’irai
Boire aux lèvres du vent quelque nectar sacré;
Frôler à l’eau qui fuit par les mousses humides
Le torse transparent des pâles néréides;
Et jouissant des odeurs, des sons, voluptueux,
Avec les sens aigus d’un sauvage et d’un dieu,
Je glisserai subtil à l’herbe où le vent joue
Et je serai le bond du dix-cors qui s’ébroue.

Etoiles qui brillez au bord du ciel serein,
Tendresse de la nuit qui monte et qui m’étreint,
Mystérieux baisers, soupirs sur le rivage
Du flot diamanté où se mire un nuage,
Fantômes devinés de blanches déités,
Accordez à mes voeux votre complicité,
Accordez à mon coeur la grâce qu’il implore,
La divine folie! Et toi, morne ellébore,
Que ton rameau flétri se dessèche infécond
Qui guérit de l’ivresse et nous rend la raison.

(Marie Dauguet)

 

 

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