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Poésie

Posts Tagged ‘éprouver’

Les cordes se taisent (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2017



 

Les cordes se taisent.
La musique connaissait
tout ce que j’éprouve.

(Jorge Luis Borges)

 

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Partout où il n’y aura rien (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: Louis Roland Trinquesse
    
Lettres à Sophie Volland

J’écris sans voir. Je suis venu;
je voulais vous baiser la main et m’en retourner.

Je m’en retournerai sans cette récompense;
mais ne serai-je pas assez récompensé
si je vous ai montré combien je vous aime?

Il est neuf heures,
je vous écris que je vous aime.
Je veux du moins vous l’écrire;
mais je ne sais si la plume se prête à mon désir.

Ne viendrez-vous point
pour que je vous le dise
et que je m’enfuie?

Adieu, ma Sophie, bonsoir;
votre coeur ne vous dit donc pas
que je suis ici?

Voilà la première fois
que j’écris dans les ténèbres:
cette situation devrait m’inspirer
des choses bien tendres.

Je n’en éprouve qu’une:
je ne saurais sortir d’ici.

L’espoir de vous voir un moment m’y retient,
et j’y continue de vous parler,
sans savoir si j’y forme des caractères.

Partout où il n’y aura rien,
lisez que je vous aime.

Paris, le 10 juillet 1759

(Denis Diderot)

 

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La nuit pose ses lacs (Elisabeth Racine)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    

La nuit pose ses lacs

Toute la nuit, j’écoute le silence qui m’appelle.
La lune qui se cache,
La lune absente
N’est pas plus noire
Que tes cheveux.
Le silence n’est pas plus sombre.

Tu es la source invisible,
Le lieu même de la nuit.
En toi, elle a contemplé son visage
Et s’est aimée.

Toute la nuit, j’écoute ton appel,
J’écoute l’appel de la nuit.
A l’aube, je suis morte.
Dès la matin qui nous sépare
J’attends la nuit.

Etrange et sans merci,
C’est toi l’abence originaire
Dont tant, comme moi, sont épris
Et à jamais meurtris.

*

Dans le ciel obscur elle se mire,
étoile vespérale, étoile du matin.
Comme toi son propre reflet.

Tu es le même et l’autre,
Le tourment créateur
Né de la paix du songe,
La passion pour le jour
Que la nuit seule éprouve.

Le nuit pose ses lacs
Et jette ses filets,
Lentement les ramène.

Du Nord vient l’oubliance
Et du Sud le tourment :
Auprès du Sagittaire
Ils s’étreignent.

A l’aube, ils sont captifs.

*

Puisque tout a été nommé
mesure et démesure,
lumière et nuit,
deux voix s’opposent et se fondent dans la plus grande union et la plus grande séparation.

Pour elles brille dès le soir,
pour elles s’attarde l’étoile double et singulière que la nuit s’efforce
de ramener au jour et le jour renvoie à la nuit, visage défendu, chant perdu.

Plus loin que la flamme en sa source mystérieuse, vers la
demeure invisitée tu me portes. Splendeur nocturne de ton regard
cherchant son reflet lumineux…

Dans l’échange contenu de nos regards
Réside mon désir.
Dans la nuit sans miroir, la nuit incessante
Il s’accomplit,
Demeuré désir.

Vers la demeure invisitée
Tu me portes,
En toi réside mon désir.

(Elisabeth Racine)

 

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L’hiver (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017


fantine_imgL’hiver,
à cinq heures du matin,
elle se levait et,
à peine vêtue,
allait ramasser du bois mort.
Elle aurait pu mourir de la pitié
qu’elle éprouvait
pour elle-même

(Paul Eluard)

Illustration

 

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LOINTAIN SOUFFERT (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Egor Shapovalov 
    
LOINTAIN SOUFFERT

la souffrance
ne sait penser
qu’en angles morts

glisser
jusqu’à l’extrême étoile
pour perdre tous les angles

éprouver d’un coup
la mesure de son gouffre

penser à la vitesse du vide
ce qui jamais ne fut

plus haut
où nul ne se connaît
où tremble l’inattendu

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Etrange (Khalil Gibran)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017




    
Le verbeux m’a appris le silence,
le fanatique la tolérance
et le cruel la bonté.

Etrange,
je ne leur éprouve guère de la reconnaissance.

(Khalil Gibran)

 

Recueil: Le sable et l’écume

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Si tu éprouves le désir d’écrire (Khalil Gibran)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2017




    
Si tu éprouves le désir d’écrire,
et nul autre que l’Esprit n’en détient le secret,
tu dois maîtriser connaissance, art et magie:

– la connaissance des mots et leur mélodie,
– l’art d’être sans fard,
– et la magie d’aimer ceux qui te liront.

(Khalil Gibran)

 

Recueil: Le sable et l’écume

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Les deux amitiés (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Alexandr Sulimov -    (8)

Les deux amitiés

Il est deux Amitiés comme il est deux Amours.
L’une ressemble à l’imprudence ;
Faite pour l’âge heureux dont elle a l’ignorance,
C’est une enfant qui rit toujours.
Bruyante, naïve, légère,
Elle éclate en transports joyeux.
Aux préjugés du monde indocile, étrangère,
Elle confond les rangs et folâtre avec eux.
L’instinct du coeur est sa science,
Et son guide est la confiance.
L’enfance ne sait point haïr ;
Elle ignore qu’on peut trahir.
Si l’ennui dans ses yeux (on l’éprouve à tout âge)
Fait rouler quelques pleurs,
L’Amitié les arrête, et couvre ce nuage
D’un nuage de fleurs.
On la voit s’élancer près de l’enfant qu’elle aime,
Caresser la douleur sans la comprendre encor,
Lui jeter des bouquets moins riants qu’elle-même,
L’obliger à la fuite et reprendre l’essor.
C’est elle, ô ma première amie !
Dont la chaîne s’étend pour nous unir toujours.
Elle embellit par toi l’aurore de ma vie,
Elle en doit embellir encor les derniers jours.
Oh ! que son empire est aimable !
Qu’il répand un charme ineffable
Sur la jeunesse et l’avenir,
Ce doux reflet du souvenir !
Ce rêve pur de notre enfance
En a prolongé l’innocence ;
L’Amour, le temps, l’absence, le malheur,
Semblent le respecter dans le fond de mon coeur.
Il traverse avec nous la saison des orages,
Comme un rayon du ciel qui nous guide et nous luit :
C’est, ma chère, un jour sans nuages
Qui prépare une douce nuit.

L’autre Amitié, plus grave, plus austère,
Se donne avec lenteur, choisit avec mystère ;
Elle observe en silence et craint de s’avancer ;
Elle écarte les fleurs, de peur de s’y blesser.
Choisissant la raison pour conseil et pour guide,
Elle voit par ses yeux et marche sur ses pas :
Son abord est craintif, son regard est timide ;
Elle attend, et ne prévient pas.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

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REPOS DANS LE MALHEUR (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



 

REPOS DANS LE MALHEUR

Le Malheur, mon grand laboureur,
Le Malheur, asseois-toi,
Repose-toi,
Reposons-nous un peu toi et moi,
Repose,
Tu me trouves, tu m’éprouves, tu me le prouves.
Je suis ta ruine.
Mon grand théâtre, mon havre, mon âtre
Ma cave d’or,
Mon avenir, ma vraie mère, mon horizon.
Dans ta lumière, dans ton ampleur, dans mon horreur,

Je m’abandonne.

(Henri Michaux)

 

 

 

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La matière (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



La matière

la matière des sons
leur texture m’est offerte
m’est ouverte
leur texture jusqu’à la torture

étrangement manipulés
m’éprouvant,
les sons innombrables qui me disjoignent
autrement me joignent,
m’unifient, s’unifient

Enveloppements! Envahissement

Soie dans les fibrillations

(Henri Michaux)


Illustration

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