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Posts Tagged ‘éprouver’

La seule liberté (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018


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La seule liberté, le seul état de liberté
que j’ai éprouvé sans réserve,
c’est dans la poésie que je l’ai atteint,
dans mes larmes et dans l’éclat
de quelques êtres venus à moi
de trois lointains,
celui de l’amour me multipliant.

(René Char)

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C’est mettre à vif son âme (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    
C’est mettre à vif son âme
que de rebrousser chemin
dans son intimité avec un être,

en même temps
qu’on assume sa perfection.
Ligoté, involontaire,

j’éprouve cette fatalité
et demande pardon à cet être.

(René Char)

 

Recueil: Feuillets d’Hypnos
Traduction:
Editions: Gallimard

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Jardin de jadis (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Claude Monet
    
Jardin de jadis

Aller à nouveau au jardin clos,
Qui passées arches et palissades,
Entre magnolias et citronniers,
Préserve le charme de l’eau.

Entendre à nouveau dans le silence
Bruissant d’oiseaux et de feuillages,
Le doux chuchotement de l’air
Où vaguent les âmes du passé.

Revoir le ciel profond
Au loin, la tour svelte
Telle une fleur de clarté sur les palmes :
Toutes choses à jamais belles.

Éprouver à nouveau, comme alors,
La pointe aiguisée du désir,
Tandis que resurgit la jeunesse
Perdue. Rêve d’un dieu sans âge.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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LE DÉMON (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017




LE DÉMON

En ces jours-là, quand les impressions
Du monde étaient encore pour moi neuves :
Un rossignol, sa nocturne chanson,
Des yeux de femme, un bruit venu du fleuve,
Quand j’éprouvais d’immortels sentiments
Tels que l’amour, la liberté, la gloire
Sourdre en mon coeur et me troubler le sang,
Quand fervemment à l’art je pouvais croire,
Quand je goûtais heures de l’espoir
Et les plaisirs du soudain triste automne,
Certain démon vint alors, pour me voir,
Discrètement, plus méchant que personne.
Bien tristement nous nous rencontrions
Car son regard exquis et son sourire,
Son ton caustique instillaient un poison
Qui me glaçait et pouvait me détruire.
Calomniant intarissablement,
Il défiait la Sainte Providence.
Pour lui le Beau était rêve qui ment,
Il méprisait l’art comme extravagance,
Il reniait la liberté, l’amour.
Il regardait narquoisement la vie
Et voulait même, à croire son discours,
Que la nature en rien ne soit bénie.

(Alexandre Pouchkine)

 

 

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GRAMMAIRE DES ÉTOILES (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017



Illustration: Kristina Mindszenti
    
GRAMMAIRE DES ÉTOILES

un livre des haltes
pour recueillir
le ciel épuisé

une boîte crânienne
où le désespoir
n’existerait pas

tombeau de vie
pour mourir aux choses

chambre sans fin
de l’arc-en-ciel

on entre ici
dépeuplé
pour éprouver
tout son être

on ne fuit plus
le monde
c’est lui
qui nous quitte

pierre d’angle
du dernier tiers
de la nuit

pierre noire
au plus haut
de l’esprit

à l’extrême instant
d’un battement
de paupières

qui engouffre
le doux et l’amer

à l’affût de soi-même
pour s’arracher
au sommeil

ébloui
devant les murs
du coeur

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Les cordes se taisent (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2017



 

Les cordes se taisent.
La musique connaissait
tout ce que j’éprouve.

(Jorge Luis Borges)

 

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Partout où il n’y aura rien (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: Louis Roland Trinquesse
    
Lettres à Sophie Volland

J’écris sans voir. Je suis venu;
je voulais vous baiser la main et m’en retourner.

Je m’en retournerai sans cette récompense;
mais ne serai-je pas assez récompensé
si je vous ai montré combien je vous aime?

Il est neuf heures,
je vous écris que je vous aime.
Je veux du moins vous l’écrire;
mais je ne sais si la plume se prête à mon désir.

Ne viendrez-vous point
pour que je vous le dise
et que je m’enfuie?

Adieu, ma Sophie, bonsoir;
votre coeur ne vous dit donc pas
que je suis ici?

Voilà la première fois
que j’écris dans les ténèbres:
cette situation devrait m’inspirer
des choses bien tendres.

Je n’en éprouve qu’une:
je ne saurais sortir d’ici.

L’espoir de vous voir un moment m’y retient,
et j’y continue de vous parler,
sans savoir si j’y forme des caractères.

Partout où il n’y aura rien,
lisez que je vous aime.

Paris, le 10 juillet 1759

(Denis Diderot)

 

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La nuit pose ses lacs (Elisabeth Racine)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    

La nuit pose ses lacs

Toute la nuit, j’écoute le silence qui m’appelle.
La lune qui se cache,
La lune absente
N’est pas plus noire
Que tes cheveux.
Le silence n’est pas plus sombre.

Tu es la source invisible,
Le lieu même de la nuit.
En toi, elle a contemplé son visage
Et s’est aimée.

Toute la nuit, j’écoute ton appel,
J’écoute l’appel de la nuit.
A l’aube, je suis morte.
Dès la matin qui nous sépare
J’attends la nuit.

Etrange et sans merci,
C’est toi l’abence originaire
Dont tant, comme moi, sont épris
Et à jamais meurtris.

*

Dans le ciel obscur elle se mire,
étoile vespérale, étoile du matin.
Comme toi son propre reflet.

Tu es le même et l’autre,
Le tourment créateur
Né de la paix du songe,
La passion pour le jour
Que la nuit seule éprouve.

Le nuit pose ses lacs
Et jette ses filets,
Lentement les ramène.

Du Nord vient l’oubliance
Et du Sud le tourment :
Auprès du Sagittaire
Ils s’étreignent.

A l’aube, ils sont captifs.

*

Puisque tout a été nommé
mesure et démesure,
lumière et nuit,
deux voix s’opposent et se fondent dans la plus grande union et la plus grande séparation.

Pour elles brille dès le soir,
pour elles s’attarde l’étoile double et singulière que la nuit s’efforce
de ramener au jour et le jour renvoie à la nuit, visage défendu, chant perdu.

Plus loin que la flamme en sa source mystérieuse, vers la
demeure invisitée tu me portes. Splendeur nocturne de ton regard
cherchant son reflet lumineux…

Dans l’échange contenu de nos regards
Réside mon désir.
Dans la nuit sans miroir, la nuit incessante
Il s’accomplit,
Demeuré désir.

Vers la demeure invisitée
Tu me portes,
En toi réside mon désir.

(Elisabeth Racine)

 

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L’hiver (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017


fantine_imgL’hiver,
à cinq heures du matin,
elle se levait et,
à peine vêtue,
allait ramasser du bois mort.
Elle aurait pu mourir de la pitié
qu’elle éprouvait
pour elle-même

(Paul Eluard)

Illustration

 

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LOINTAIN SOUFFERT (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2017



Illustration: Egor Shapovalov 
    
LOINTAIN SOUFFERT

la souffrance
ne sait penser
qu’en angles morts

glisser
jusqu’à l’extrême étoile
pour perdre tous les angles

éprouver d’un coup
la mesure de son gouffre

penser à la vitesse du vide
ce qui jamais ne fut

plus haut
où nul ne se connaît
où tremble l’inattendu

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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