Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘épuiser’

La rue est blanche ma chambre est rouge (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019


 


Brendan Monroe_Taking_Time_and_Letting_Go

 

La rue est blanche
ma chambre est rouge
moi je suis noir

la rue a des yeux électriques
ma chambre n’en a pas
moi j’en ai d’avides

la rue ouvre devant moi
son sexe miraculeux et attendu
ça se donne ça se refuse
ça sait-il seulement ce que ça veut
le viol est en fleur

la rue m’épuise putain
je vais à la chambre
la chambre m’endort putain
je vais dans la rue
je rentre je sors
mon dieu où aller
dans le ciel ou en moi

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Brendan Monroe

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

AUTOMNE À COGOLIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration: Michelle Auboiron  
    
AUTOMNE À COGOLIN

Là, le soir qui vient
Ici une fenêtre
Plus près la pluie
Plus loin une lampe
une autre
deux autres
plusieurs.
Est-ce le jour, la nuit ?
Est-ce que je suis toujours — ou jamais ?
Et de si peu que rien
ferai-je quelque chose ?

LÀ-BAS dorment les chênes-lièges
où gîtent depuis cent mille ans
les druides les fées les salamandres
LÀ résonne la fêlure de l’horloge
ici court un passant
trempé par l’averse
mais indifférent content
songeant, se souvenant.
Ma voix que j’entends mal
répète encore ces mots :
ICI LA-BAS
TOUJOURS JAMAIS

Mais qui donc sous ce porche espère ?
L’ombre elle aussi déjà
sous les voûtes s’amasse et sourit.
Qu’est-ce qui m’attire au fond de ce rien,
de cet instant qui s’efface ?

Je n’entends plus
Je suis le silence j’attends.
Gerbe où je suis tombé
arraché déchiré
sur le point de saisir
sur le point de sauver
dans l’ombre de velours
un objet sans valeur et sans prix
vérité attendue inconnue
reconnue
connaissance comblée épuisée

peu de chose pour tout.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Cette main vivante (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Cette main vivante, chaude maintenant et capable
D’ardente étreinte, viendrait, si elle était froide
Dans le silence glacial du tombeau
Tellement hanter tes jours et transir les rêves de tes nuits,
Que tu voudrais épuiser tout le sang de ton coeur
Pour qu’en mes veines la vie rouge puisse à nouveau couler,
Pour être en paix, alors, avec ta conscience. Regarde !
la voici !
Je la tends vers toi !

(John Keats)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pesanteur et tendresse (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



 

Illustration
    
Pesanteur et tendresse, vos signes sont les mêmes, ô sœurs.
La rose pesante est sucée par guêpes et abeilles.
L’homme agonise. Du sable reflue la chaleur,
Et sur de noirs brancards on emporte l’ancien soleil.

Ah, lourds rayons de miel et tendres rets!
Plus légère est la pierre que ton nom sur mes lèvres.
Il me reste au monde qu’un souci désormais,
Un souci d’or : épuiser le fardeau du temps, sa fièvre.

L’air est trouble, je le bois comme une eau qui s’obscurcit.
On laboure le temps, et même la rose fut terre.
Dans un lent tourbillon les lourdes, tendres roses ainsi,
Les roses pesanteur et tendresse doublement se tressèrent.

***

(Ossip Mandelstam)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

RETENUE (Paul de Roux)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2019



Illustration
    
RETENUE

Peut-être y a-t-il des choses
que tu ne voudrais pas dire pour ne pas les épuiser,
pour les retrouver encore une fois
dans cette lumière et dans cette fraîcheur, t’exclamant :

Comment pourrais-je avec des mots rivaliser
avec ces arbres, ces tuiles, ces pierres, les gestes de cette main ? »

tu préfères rester sur ta faim,
tu préfères garder l’amour intact
et toujours un peu souffrant.

(Paul de Roux)

 

Recueil: Paysage en cours
Traduction:
Editions: Atelier La Feugraie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le poète est vraiment voleur de feu (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018




Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens.
Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ;
il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons,
pour n’en garder que les quintessences
[…]

Le poète est vraiment voleur de feu.

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Heinrich Fueger

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Celui que l’Amour range à son commandement (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Nicole Helbig  01

Celui que l’Amour range à son commandement
Change de jour en jour de façon différente.
Hélas ! j’en ai bien fait mainte preuve apparente,
Ayant été par lui changé diversement.

Je me suis vu muer, pour le commencement,
En cerf qui porte au flanc une flèche sanglante,
Depuis je devins cygne, et d’une voix dolente
Je présageais ma mort, me plaignant doucement.

Après je devins fleur, languissante et penchée,
Fuis je fus fait fontaine aussi soudain séchée,
Epuisant par mes yeux toute l’eau que j’avais.

Or je suis salamandre et vis dedans la flamme,
Mais j’espère bientôt me voir changer en voix,
Pour dire incessamment les beautés de Madame.

(Philippe Desportes)

Illustration: Nicole Helbig

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le chiffre (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Le chiffre

L’amitié silencieuse de la lune
(je cite mal Virgile) t’accompagne
depuis, cette nuit, aujourd’hui perdue
dans le temps, cette soirée où tes yeux
vagues l’ont déchiffrée pour toujours dans
un jardin, un patio qui sont poussière.
Pour toujours ? Je sais qu’une fois quelqu’un
pourra te dire en toute vérité :
Tu ne reverras pas la lune claire.
Tu viens d’épuiser la somme des chances
que t’accorde le destin. Inutile
d’ouvrir toutes les fenêtres du monde.
Il est tard. Tu ne la trouveras plus.
Nous vivons découvrant et oubliant
cette douce coutume de la nuit.
Regarde. C’est peut-être la dernière.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Lori Earley

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’attachement (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



L’attachement

roulé plus que la feuille au fort de la tempête
je ne sais plus l’endroit l’envers et quelle quête
votre voix me sommait d’entreprendre

j’aime et du même amour j’épuise la colère
mon double a rejeté le double qui l’altère
si l’écho n’en cesse de reprendre

(Daniel Boulanger)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Impérissable créature (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Impérissable créature,
D’où te vient, non ta valeur,
Mais ce qu’en notre âme tu es,
Cette force que trahison,
Désillusion jamais n’épuisent,
Qui, toujours vive, à vous nous condamne ? Invincibles
Vous rôdez dans l’obscure trame
De nos cités, vous maintenez en vie
Une race détruite, vous les ultimes
Ministres de l’espérance, fût-elle vaine
En fin de compte !

Faut-il adoucir des souffrances :
Une femme le pourra ; un homme désespère
De son destin : c’est encore une femme
Qui le soutiendra le long du rocailleux chemin ;
Un homme brise son épée :
La femme aimée la lui remet,
Pure et brillante, en main.
Et pourtant nous savons
Combien cruelle, vile, traîtresse
Elle est.

Siècles et millénaires
S’étaient entassés l’un sur l’autre
Et désormais elle languissait, se défaisait
La race humaine, jadis glorieuse…
Sur la pourriture, sur le purin
Quelque chose flottait et c’était une femme.

***

Inesauribile creatura,
Donde ti viene, non già il tuo valore,
Ma quello che nel nostro anima sei,
Quella virtù che tradimento,
Che delusione non sgomenta,
Che sempre viva a voi ci sforza ? Invitte
Voi vi aggirate per l’oscura trama
Delle nostre città, serbate in vita
Una razza distrutta, voi ministre
Ultime di speranza, e sia pur vana
Infne !

Un male è da lenire
Una donna potrà ; dispera un uomo
Del suo destino : ed una donna ancora
Lo sosterrà lungo la via ronchiosa ;
Un uomo spezza la sua spada
Schietta e lucente nella mano
A lui la riporrà la donna amata.
E tuttavia sappiamo pure
Quanto feroce, vile, traditrice,
Ella.

S’erano i secoli, i millenni
L’uno sull’altro accatastati
Ed oramai languiva e si sfaceva
La stirpe umana, un di gloriosa…
Sul putridume, sul liquame
Qualcosa galleggiava : era una donna.

(Tommaso Landolfi)


Illustration: William Bouguereau

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :