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Posts Tagged ‘équateur’

Oie bleue, oie blanche (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Converging shadows on fresh snow

La floraison du bâton

[4]
Oie bleue, oie blanche, tu peux bien dire,
oui, je connais cette dualité, cette double nostalgie ;

je connais cet insatiable désir
en hiver, pour l’ombre du palmier

et le sable et le bois flotté calciné ;
mais en été, quand j’observe

la vague lorsque le bord de l’écume
touche le sable chaud et d’un seul coup

disparaît comme la neige à l’équateur,
je voudrais crier, reste, reste ;

alors je me rappelle le gel délicat et tenace
et son dessin à l’aube au coeur de l’hiver ;

à la chaleur du soleil de midi, je pense à l’aube
grise opalescente de l’hiver ; quand la vague

brûle sur les galets, je pense,
tu es moins belle que le gel ;

mais il est vrai aussi que je prie,
ô, donne-moi le bleu brûlant

et les algues fragiles calcinées
sur la laisse de haute mer,

quand je me tiens, toujours insatisfaite,
sous la longue ombre-sur-la-neige du pin.

***

Blue-geese, white-geese, you may say,
yes, I know this duality, this double nostalgia;

I know the insatiable longing
in winter, for palm-shadow

and sand and burnt sea-drift;
but in the summer, as I watch

the wave till its edge of foam
touches the hot sand and instantly

vanishes like snow on the equator,
I would cry out, stay, stay;

then I remember delicate enduring frost
and its mid-winter dawn-pattern;

in the hot noon-sun, I think of the grey
opalescent winter-dawn; as the wave

burns on the shingle, I think,
you are less beautiful than frost;

but it is also true that I pray,
O, give me burning blue

and brittle burnt sea-weed
above the tide-line,

as I stand, still unsatisfied,
under the long shadow-on-snow of the pine.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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PLUIE (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2016



PLUIE

S’il pleuvait des gondoles,
je serais gondolier.
S’il pleuvait des mains folles,
j’en ferais un collier.
S’il pleuvait des presqu’îles,
je leur conseillerais
d’élire domicile
dans mon livre secret.
S’il pleuvait des girafes,
je dirais : « Équateur,
va changer d’orthographe
pour leur offrir des fleurs!»
S’il pleuvait, ciel verbal,
ma chanson serait fraîche,
et tout neuf mon cheval.
Je vis de larmes sèches.

(Alain Bosquet)

Illustration: Jean-Michel Folon

 

 

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FIANÇAILLES POSTHUMES (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2016



FIANÇAILLES POSTHUMES

J’aimerais tant te chanter, ma planète,
sans le secours des mots ni des chansons;
je marcherais près de toi, plein d’amour,
et cueillerais les fleurs de notre espace :
ici la jeune étoile à peine éclose,
et là cette comète qui est mûre.
Nous flatterions nos êtres familiers :
il est des épagneuls taquins et doux,
— on les appelle parfois météores —
qui viennent boire à même tes ruisseaux,
et dans mon âme aussi il est des bêtes
qui me font vivre en paix avec ma peur
et avec toi et avec la tristesse.
Nous choisirions l’endroit où le néant
est le plus frais, et nous nous aimerions,
toi devenant humaine par pitié,
et moi lunule heureux qui t’obéit.
Nous nous raconterions nos plus beaux rêves,
pour qu’ils écartent les lourdes limites
de nos esprits et de nos coeurs. Et même
je t’imagine en train de composer
un poème en syllabes de colline
et mots d’azur, tandis que je m’efforce
de devenir un très sage équateur.

(Alain Bosquet)

 

 

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BATTERIE (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2016



 

BATTERIE

SOLEIL, je t’adore comme les sauvages,
à plat ventre sur le rivage.

Soleil, tu vernis tes chromos,
tes paniers de fruits, tes animaux.

Fais-moi le corps tanné, salé ;
fais ma grande douleur s’en aller.

Le nègre, dont brillent les dents,
est noir dehors, rose dedans.

Moi je suis noir dedans et rose
dehors, fais la métamorphose.

Change-moi d’odeur, de couleur,
comme tu as changé Hyacinthe en fleur.

Fais braire la cigale en haut du pin,
fais-moi sentir le four à pain.

L’arbre à midi rempli de nuit
la répand le soir à côté de lui.

Fais-moi répandre mes mauvais rêves,
soleil, boa d’Adam et d’Eve.

Fais-moi un peu m’habituer,
à ce que mon pauvre ami Jean soit tué.

Loterie, étage tes lots
de vases, de boules, de couteaux.

Tu déballes ta pacotille
sur les fauves, sur les Antilles.

Chez nous, sors ce que tu as de mieux,
pour ne pas abîmer nos yeux.

Baraque de la Goulue, manège
en velours, en miroirs, en arpèges.

Arrache mon mal, tire fort,
charlatan au carrosse d’or.

Que j’ai chaud ! C’est qu’il est midi.
Je ne sais plus bien ce que je dis.

Je n’ai plus mon ombre autour de moi
soleil ! ménagerie des mois.

Soleil, Buffalo Bill, Barnum,
tu grises mieux que l’opium.

Tu es un clown, un toréador,
tu as des chaînes de montre en or.

Tu es un nègre bleu qui boxe
les équateurs, les équinoxes.

Soleil, je supporte tes coups ;
tes gros coups de poing sur mon cou.

C’est encore toi que je préfère,
soleil, délicieux enfer.

(Jean Cocteau)

 

 

 

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Arbre (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2016



Arbre

Tu es plus souple que le zèbre
Tu sautes mieux que l’équateur.
Sous ton écorce les vertèbres
font un concert d’oiseaux moqueurs.
J’avertirai tous les poètes :
il ne faut pas toucher aux fruits
c’est là que dorment les comètes,
et l’océan s’y reconstruit.
Tu es léger comme un tropique.
Tu es plus sage qu’un poisson.
Dans chaque feuille une réplique
est réservée pour ma chanson.
Dès qu’on t’adresse la parole,
autour de toi s’élève un mur.
Tu bats des branches, tu t’envoles
c’est toi qui puniras l’azur.

(Alain Bosquet)

 

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Syncope blanche (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2016



Fouillant la paralysie
il cherchait un corps à rêver
ni le corps couturé
d’un dieu déchu
ni la chair étanche
d’un irradiant
mais un équateur respirant
syncope blanche
qui enfante du zénith

(Zéno Bianu)

Illustration

 

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Invente! (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2015



Invente! Il n’est fête perdue
au fond de ta mémoire. Invente
les noires beautés de ce portail
l’ombre chaude à l’équateur bue

(Robert Ganzo)


Illustration: Michel Ogier

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