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Poésie

Posts Tagged ‘ériger’

Il a l’air de faire sombre (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019



Illustration: Alexandra Cecconi
    
Il a l’air de faire sombre
dans ce coin de forêt

À peine une lueur
entre les troncs impatients
semble nous y inviter

Il n’y a pas de nature
pas de vert, pas d’oiseaux
juste une peur terrible

Qui grouille, qui s’infiltre
qui dresse ses frontières
et veut nous y inclure

On n’irait pas, normalement
on s’enfuirait à toutes jambes

On courrait assez vite
pour que nos larmes sèchent

Mais là, non.
Là, on reste.
On avance.
On s’engouffre.

Pour terrasser les cris
pour faire sortir les bêtes

pour faire sonner le chant

Comme une déflagration
qui érige le lieu
de nouveaux ralliements

Une clairière
Une simple clairière.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Bouddha (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018




    
Bouddha

Comme s’il écoutait. Silence : un lointain…
Nous retenons notre souffle et ne l’entendons pas.
Il est étoile. Entouré d’étoiles plus grandes
que nous ne voyons pas.

Il est tout. Nous attendons-nous vraiment
à ce qu’il nous voie ? En aurait-il besoin ?
Et quand on se prosterne il reste loin
profond et pesant comme un animal.

Car ce qui nous jette à ses pieds
circule en lui depuis le fond des millénaires.
Négligeant notre savoir
il pénètre ce qui nous rejette.

*

Bouddha

De loin déjà le pèlerin, craintif étranger,
ressent cette pluie d’or qui ruisselle de lui;
comme si des riches, soucieux de se racheter,
avaient amassé là tous leurs trésors.

Mais en s’approchant il est troublé
par la majesté de ces sourcils;
ce qu’il voit là ne ressemble guère
ni à leur vaisselle ni aux pendants d’oreilles
que portent leurs femmes.

Ah, si quelqu’un pouvait donc dire
quelles furent les choses qu’il fallut fondre
pour ériger dans le calice d’une fleur
cette image plus muette d’un jaune plus calme
que celui de l’or et qui effleure
tout l’espace autant que soi-même.

*

Bouddha en majesté

Coeur de tous les coeurs, centre de tous centres,
amande qui se clôt et perd son amertume, —
tout cela jusqu’aux étoiles
est ta pulpe : Je te salue.

Vois, tu le sens : rien à toi ne tient plus;
ta coque est dans l’infini,
la vigueur de ta sève s’y presse.
Et du dehors l’aide un rayonnement,

car tout là-haut tes soleils
pleins et ardents sont renversés.
Mais en toi déjà et né
ce qui surmonte tout soleil.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Ces mots rentrés qui m’étouffaient (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018



Illustration: Guy Baron
    
Ces mots rentrés qui m’étouffaient
Personne à qui parler
Personne à qui me confier

Hébété de souffrance et de solitude
j’allais me poster sur ce chemin
qui longe le parc où s’élève
l’imposante demeure du couple
qui t’avait adoptée
Tu lisais te baignais jouais au tennis
et je te guettais à travers les arbres
Je t’ai aimée avec la fureur
de mes quinze ans
Mais en raison du secret
un mur s’était érigé dans ma tête
et je n’ai pu le défoncer
Aller à toi
m’était interdit

Tu n’as jamais rien su de cet amour
coupable Rien su de ce qui m’a
dévasté Rien su de cet été noir
de cette fournaise de ces jours
où j’ai failli m’effondrer

J’ignorais que je voyais en toi
celle que je n’ai pas connue
et que je n’ai cessé de chercher

Reviennent sans fin les mornes
journées torrides de cet été noir

Tu es partie
et tu n’as rien su

Inconsolé
Inconsolable

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Le temple blanc (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




Illustration: Chris Peters  
    
Le temple blanc
de mes os
fut érigé
pour qui?

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sur le radeau (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Omer Charlet  naufrages-saint-trojan-026 [800x600]

Sur le radeau, j’allumerai un cierge
et j’inventerai ma prière
Je laisserai à la vague inspirée
le soin d’ériger son temple
Je revêtirai de ma cape
le premier poisson
qui viendra se frotter à mes rames
J’irai ainsi par nuit et par mer
sans vivres ni mouettes
avec un bout de cierge
et un brin de prière
J’irai ainsi
avec mon visage d’illuminé
et je me dirai
ô moitié d’homme, réjouis-toi
tu vivras si tu ne l’as déjà vécu
un abrégé d’éternité

(Abdellatif Laâbi)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Omer Charlet

 

 

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JEUNESSE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018



 

Akitaka Ito  rl

JEUNESSE

Jeunesse
Qui oscille
Entre chaos et clartés

Même si les rivières sont rares
Les réponses opaques
Les labours sans fruits
Et les coeurs dénudés

Tu cultiveras le partage
Brasseras des alluvions
Érigeras des lieux réconciliés.

Le Silence échappe
A l’éboulement du temps

Résorbant
La parole en charpies
Et le visage en miettes

Le Silence
Accourt vers les terrasses du souffle
Pour s’unir à l’amour

(Andrée Chedid)

Illustration: Akitaka Ito

 

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LE BEAU SOLEIL ARDENT… (Louis MacNiece)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2016



 

LE BEAU SOLEIL ARDENT…

Le beau soleil ardent
Sur le jardin se fige,
Jamais temps ne s’arrête
Aux rets d’or qu’il érige,
À la fin qui m’oblige
Il n’est aucun pardon.

Notre temps d’aventure
Obscure touche à sa fin;
La terre nous tire, vers elle
Ailes et rimes iront demain;
Mon amour, sache bien,
Jamais danse ne dure.

Le temps n’est plus de nos essors
Et de l’or de nos rires,
Quand nous bravions les cloches
À qui l’on entend dire :
La terre nous tire,
C’est notre mort, Égypte, notre mort,

N’espérant nul pardon,
Enhardi dans mon âge,
Mais fort d’avoir connu
La venue de l’orage,
Avec toi le voyage
Et le soleil ardent.

***

THE SUNLIGHT ON THE GARDEN

The sunlight on the garden
Hardens and grows cold,
We cannot cage the minute
Within its nets of gold,
When all is told
We cannot beg for pardon.

Our freedom as free lances
Advances towards its end;
The earth compels, upon it
Sonnets and birds descend;
And soon, my friend,
We shall have no time for dances.

The sky was good for flying
Defying the church bells
And every evil iron
Siren and what it tells:
The earth compels,
We are dying, Egypt, dying

And not expecting pardon,
Hardened in heart anew,
But glad to have sat under
Thunder and rain with you,
And grateful too
For sunlight on the garden.

(Louis MacNiece)

Illustration: Kamrooz Aram

 

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LE MARCHEUR (Yves Martin)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2015



 

Eugeniusz Zak - Tutt'Art@ (3) [1280x768]

LE MARCHEUR
VOUS NE ME VOLEREZ PAS

Vous ne me volerez pas mon plaisir.
Vous pouvez m’interdire vos femmes, croiser vos filles,
M’abandonner comme une portée de chats,
Me faire payer des prix exorbitants vos zincs.

Vos douches ne me vendangeront pas.
Vous me masquerez l’écolière, l’odeur de myrrhe des pupitres,
Vous cacherez ses cahiers de peur que je les érige.
Vous voulez des murs nets.

Vous ne m’empêcherez pas de prendre de biais, la nuit,
De jouer avec vos chambres, de vouloir nerveux vos livres.
J’ouvre les fenêtres d’une maison que j’ai voulu déserte,
Dingue de chèvrefeuille, légère, vénéneuse comme un ange.

(Yves Martin)

Illustration: Eugeniusz Zak 

 

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