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PASSAGES D’OISEAUX (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Léopold Survage 6

PASSAGES D’OISEAUX

La nuit plus rien que la fascination immense
De tous les feux perdus mais toujours allumés
Ailleurs et maintenant ce sont comme des lampes
Ses larmes qu’il suspend sur ce qu’il a aimé
On lui prend le soleil qu’il avait amassé

Rien les cendres qui volent ce sont les abattis
Noircis du bel oiseau qui fut un incendie
Le phénix est éteint peut-être pour toujours
Il n’y a plus qu’oiseaux de nuit des oiseaux lourds

Je renaîtrai je renaîtrai l’amour me fera brûler
Rien ce bruit c’est la nuit battante sur la porte
Faisant jaillir le sang et la lumière folle
De la coquecigrue offerte à la huaille
Hibou livré aux clous pour être épouvantail

Je partirai je volerai avec mes ailes déchirées

Rien cette obscurité toutes couleurs perdues
L’oiseau de la couleur nécessaire à la vue
N’est plus beau tout oiseau disparaît avec lui
Invisibles oiseaux sans pouvoirs dans la nuit

Tu me verras tu me verras bientôt l’amour me parera

(Ernest Delève)

Illustration: Léopold Survage

 

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L’incantation à prononcer (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



 

Anthony Ackrill   (16)

L’incantation à prononcer
Est aussi longue que ta vie
Tu ne pourras signer le pacte
Ton âme te sera laissée
Cette âme partout refusée

Le trésor à découvrir
Est enfoui dans ta tombe
Un autre creusera pour toi
Le trésor te sera laissé
Le trésor pour t’enterrer

L’énigme à déchiffrer
Ton dernier souffle le plus faible
Soulèvera la poussière qui la couvre
Tu ne seras pas dévoré
Tu peux ronger ton coeur toi-même

Tu ne sais plus rien
Les supplices ne te feront rien dire
Tu ne seras pas condamné
Tu peux te torturer toi-même

Tout est détruit tu n’as plus rien
Tes souvenirs sont dangereux
Comme un labyrinthe éboulé
Ta place te sera laissée
Ta place pour ne plus bouger

Et c’est pourtant d’ici qu’il faut partir
L’amour à signer pour toujours
Tout l’amour à découvrir
L’inconnue à rendre heureuse

L’amour te fera parler

(Ernest Delève)

Illustration: Anthony Ackrill

 

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NU (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

Emilia Castaneda ol_14_B [1280x768]

NU

Au centre des ténèbres
Un tourbillon se déshabille
Une femme se forme
Pour que la nuit soit blanche
Heureuse d’être nue
D’avoir tout exprimé
Son rôle est accompli
Plus rien ne la tourmente
Elle se sent bien
D’avoir déjoué les énigmes
Elle est debout dans sa victoire
Qui n’a fait que des beaux gestes
S’arracher les voiles
Effacer de la nacre sa buée
Sortir du miroir
En baissant la tête
Chasser la nuit de la vitre
En s’y reflétant
L’art d’éclairer ses profondeurs
L’art de jeter son linge
Sur la face de nuit
L’art d’ignorer les obstacles
L’art de passer à gué
L’art de venir au monde
Sans déchirer la soie
L’art de pousser vers la beauté
Sur les jeunes pousses de ses pieds
L’art d’être la faiblesse
Qui met la force au monde

(Ernest Delève)

Illustration: Emilia Castaneda

 

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LE COQ (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

LE COQ

Chante si tu veux chante ou bien picore provoque les yeux néant de l’aurore
Chante ou bien picore les perles des rêves gratte les trésors que le jour enlève
Les perles des rêves sont des perles folles larmes-lucioles et bulles de sève
Ce sont perles folles une larme au coeur ton cri les viole ton cri crève-coeur
Une larme au coeur le jour qui se lève porte les couleurs des bulles qui crèvent
Le jour qui se lève fera des heureux fera des beaux rêves de soleil à deux
Fera des heureux car le jour t’achève nuit du merveilleux pour Adam et Eve

(Ernest Delève)

Illustration

 

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Je me souviens d’un lac heureux (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



 

Emil Nolde  -Red_Clouds

Notion me reste du beau temps
Je me souviens d’un lac heureux
Toujours éveillé dans mes rêves
Ses reflets vus sur ton visage
Venaient m’illuminer la nuit
Lac absorbant le pur soleil
Comme les fruits comme ta chair
Immense tache de saveur

Goutte de parfum sur le monde
Nous l’avons respirée ensemble
Et toi tu étais comme lui
Et la lumière pour me plaire
Ne me trouvait que dans tes yeux
Ton bonheur était ma beauté
Ton parfum était ma santé
Et maintenant que reste-t-il

O lac gelé ô belle tranche
Cristallisant mes souvenirs
Je n’ai qu’une faible défense
Comme pour toi tout m’est trop lourd
La mince apparence se brise
Et se noie ainsi chaque jour
Une pauvre raison de vivre
Qui ne veut vivre sans amour

(Ernest Delève)

Illustration: Emil Nolde

 

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A LA DAME DU LAC (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



 

François Avons  la_dame_du_lac

A LA DAME DU LAC

I
Forts de savoir ce que dit le bonheur
Nous pouvons sans danger écouter les sirènes

II
Les syllabes de l’eau dansent comme des barques
Juste au bord de l’ouïe heureuse dont les berges
Prennent la forme obscure du beau lac
Dès qu’on s’écoute on flotte dans les chambres
Persiennes branchies des merveilles du dehors
Vous êtes du lac et je tiens votre dame qui dort
[…]

V
Et tout ce qui était digne de reflets
S’emplissait jusqu’au bord d’un bleu mouvant
Des palmes venaient passer un instant près de nous
Des oiseaux traversaient les ramages des murs
Et de leur juste poids de fleurs les vases
Equilibraient les plateaux du soleil et de l’ombre

Lac dormant dans les yeux donne assez de lumière
Pour faire fleurir nos profondeurs
Dans les coins de la chambre
[…]

VII
Les lignes des perspectives étaient enguirlandées de feuilles
Et courbées par le poids des grappes
Les verticales en cortège se rendaient
Au rendez-vous solaire des cyprès
Dignitaires du feu
L’ombre faisait son nid sous le sein des statues
Une corbeille d’eau se noyait dans les fleurs
Le jet d’eau lançait tout le jardin en l’air
Et sur nous à jamais retomberont ses flammes
[…]

IX
Heures délicieuses vous nous serviez l’oubli dans la pénombre
Vous alliez et veniez autour de nous
Comme des fées nous apportant sans cesse de beaux dons
J’entends sur vos plateaux brillants
Tinter les frêles sabliers
Ainsi nous égrainions les forces naturelles
Nous étions tour à tour
Sabliers d’ombre vivant de gouttes de lumière
Sabliers de soleil avides de la nuit

X
Le soleil au balcon est heureux dans sa cage
Le tableau ouvert tient le ciel à mi-corps
Sur la table un disque lumineux plein de fruits qui s’élève
Aux vitres on voit non les vagues
Mais les trésors présents du lac

Et tous les reflets projetés dans la chambre
Cherchent à s’assembler pour te faire un miroir

(Ernest Delève)

Illustration: François Avons

 

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NOCTURNE (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



 

peinture-canal-martin-paris-hiver -3 [1280x768]

NOCTURNE

J’habite les reflets d’un vieux canal qui tremble
Fenêtres sans rideaux faites de frissons d’eau
Palpitations des murs couverts de grands lambeaux
De dentelle menue que percent les oiseaux
Hirondelles d’été qui deviendront mouettes

On a levé le pont pour que le soleil passe
L’horizon comme un mort laisse un monde d’encens
Quelques notes
des gouttes
lentes à nous atteindre
A travers les rumeurs mal éteintes du jour
Un remorqueur entraîne les dernières lueurs

On n’allume plus les fanaux tout autour
De l’endroit où viendra se refléter la lune
Quand les arbres éteindront leur torche dans la brume

Comme un coucher de voiliers noirs au fond des eaux
La nuit n’a plus de mâts pour promener ses lampes
On tend partout des chaînes dont sonnent les anneaux

C’est la nuit le canal déjà rêve plus haut
Des noyés de naguère atteignent la surface

O nuit je sais qu’au loin la houle infranchissable
Qui errait sur les mers est maintenant en rade
On ne peut plus partir le canal est réduit
A cette flaque étroite égout du clair de lune
Beaux bateaux échoués dans la boue du port
Vous êtes condamnés ne cherchez plus le nord
Grands coquillages noirs on entend dans vos cales
Non le chant du travail mais la rouille qui râle

Le désespoir est une retraite salutaire
Un sommeil volontaire aux rêves dirigés
On ferme les yeux le temps d’y voir plus clair
On ouvre les yeux le monde est transformé

L’abîme s’ouvre à pic au bord de la fenêtre
Le balcon ne domine que le vide ou peut-être
Deux fleuves l’un de nuit l’un de lait l’un est mort
L’autre naît à peine ce n’est qu’un brouillard qu’une haleine
De la mer traversant tout le pays qui dort

Ces fleuves sont unis où l’homme en lui les mêle
Pour t’embellir ô nuit d’un pavillon rebelle

(Ernest Delève)

Illustration

 

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AVOIR (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Oleg Korolev - (57)

AVOIR

Je puise un fleuve à la fontaine
Je traîne un désert dans la ville
J’ai un émetteur de mirages
Où s’affranchissent les esclaves
Dès qu’ils boivent de mon eau

J’ai des ombres qui lessivent
Dans les étoiles des lavoirs
Toutes les traces de sang d’homme
Le sang des femmes des enfants
Je n’ai rien pour l’effacer

J’ai des remords un peu partout
J’ai des larmes dans les yeux
J’ai un recueil de désespoirs
D’un temps dont j’ai séché les fleurs

J’ai des refuges secrets
Pour les ennemis de la misère
J’ai des lieux de réunions sûrs
Pour les conjurés

J’ai un choeur de neuf sibylles
Pour prédire le beau temps
J’ai des observatoires
Pour le monde nouveau

J’ai des formules de pacte
Pour lier l’homme à ses semblables
Et des oubliettes absolues
Pour tous les parjures

J’ai des lampes pour déchiffrer
Les faux contre l’homme
J’ai assez d’amour
Pour supporter la vie

J’ai dans mon paradis
Les battements de cils
Qui arrêtent les larmes
Des femmes indomptables
Sous l’humble tablier
Dans leur patience d’ange
Mortes en captivité

J’ai un pape dans mes étables
Des rois des banquiers des faux frères
J’attends un fleuve salutaire
Pour nettoyer toute la terre

J’ai un phare qui éclaire
Si loin le profond avenir
Qu’on voit même les plus humbles
Devenir les égaux des plus grands

(Ernest Delève)

Illustration: Oleg Korolev

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SE LEVER (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



 

Alexey Slusar 1961- Ukrainian painter - Flamenco dancers - Tutt'Art@ (37)

SE LEVER

Se lever de grand matin
Saluer l’ange musicien
Quand il se lisse encore les ailes

Tendre un arbre sur le large
Quelle que soit la saison
Tes fleurs auront toujours raison

Descendre un frais temple de marches
Les dernières sont des vagues
Lâcher la première joie de l’arche

Sur la pierre dédiée
Aux sirènes qui s’évadent
Par les déesses déliées

Être lavé elles proposent
L’eau de cologne les éponges
Tout un choix de métamorphoses

S’emplir de savon les oreilles
Pour résister aux enjôleuses
Renvoyer toutes les merveilles

Raser de très près le passé
Caresser l’oubli en passant
Caresser pour caresser

Se mettre du baume au hasard
Puisqu’on ne souffre nulle part
Vaporiser le reste pour l’absente exquise

Sortir de l’eau tout neuf
Sortir du vent tout vif
Délivrer le dernier captif

Elire les dieux du jour

Leur demander le nom de celle
Que je dois réveiller la belle

En qui je dors encore toujours

(Ernest Delève)

Illustration: Alexey Slusar

 

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Voici le long festin de pierres (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



 

Max Mitenkov  the_fogman_by_vimark-d462ddz

Voici le long festin de pierres
Toutes celles qui m’ont blessé
L’orgue moulu par les idoles
Dont les crocs ont percé le masque
Me joue une messe burlesque
Les yeux aimés la belle épaule
L’ange de moi s’est détourné
Tous les poisons sont vendangés

Voici le grand festin amer
Où tous mes regrets sont muets
Je n’ose pas les regarder
Un regard les ferait pleurer
C’est le festin du grand désert
Tous les mirages me condamnent
Encore au loin l’ange ricane
Tous les poisons il faut les boire

Voici qu’au grand festin de mots
Il règne un silence de mort
Les mots d’amour sont défendus
Et je consterne les convives
A peine ai-je osé murmurer
J’entends ses pas fuir mon ouïe
J’écoute et je m’entends mourir
Me souvenant des pas anciens

Quelques-uns dans les escaliers
En se hâtant vers quelque fête
Faisaient rouler un bruit de dés
Dans le coeur inquiet du poète
Et je gagnais en ce temps-là
Je te gagnais à chaque pas
As-tu oublié nos baisers
L’art du désert va m’effacer

Qui a joué qui a gagné
Ma sirène dans la tempête
Et moi je suis le naufragé
Reclus dans la terre promise
L’amour est là à partager
Personne ne vient y toucher
Et la maison qui abritait
Ce que l’amour pouvait sauver

Est vide et sur le palier noir
Dédié au parfum que tu laisses
C’est le froid seul qui est resté
Tu as oublié d’emporter
Ton souvenir que j’embrassais
Derrière la porte fermée
Toi la beauté qui n’apparais
Que pour chasser celle des autres

Sans fin les bruits du monde passent
Leur rouleau de fer sur mes rêves
Pour te préparer un chemin
Mais tu n’arrives pas j’écoute
Je n’entends que les pas des autres
Reviens reviens que je te dise
Ferme les yeux quand je t’embrasse
Que vois-tu je vois le beau temps

(Ernest Delève)

Illustration: Max Mitenkov

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