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Je repense ton sourire (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2021



Je repense ton sourire, i1 est pour moi une eau limpide
entrevue d’aventure dans la pierraille d’une grève,
étroit miroir auquel contemple un lierre ses corymbes;
et sur toute chose l’embrassement d’un blanc ciel paisible.

Cela, mon souvenir; je ne saurais dire, ô lointain,
si de ton visage, libre, s’exprime une âme ingénue,
ou bien si tu es de ceux qu’errants le mal du monde exténue
et qui portent avec eux, talisman, leur souffrance.

Mais ceci puis-je te dire : pensée, ton effigie
engloutit colères et caprices sous une vague de calme,
et ton aspect vient sourdre en ma mémoire grise,
droit comme la cime d’une toute jeune palme…

***

Ripenso i1 tuo sorriso, ed è per me un’acqua limpida
scorta per avventura tra le petraie d’un greto,
esiguo specchio in cui guardi un’ellera i suoi corimbi;
e su tutto l’abbraccio d’un bianco cielo quieto.

Codesto è il mio ricordo; non saprei dire, o lontano,
se dal tuo volto s’esprime libera un’anima ingenua,
o vero tu sei dei raminghi cue i1 male del rondo estenua
e recano il loro soffrire con sé come un talisman.

Ma questo posso dirti, che la tua pensata effigie
sommerge i crucci estrosi in un’ondata di calma,
e che il tuo aspetto s’insinua nella mia memoria grigia
schietto come la cima d’una giovinetta palma…

(Eugenio Montale)


Illustration: Léonard de Vinci

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VILLONAUDE POUR CE NOËL (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020




VILLONAUDE POUR CE NOËL

Sur le Noël morte saison
(Hommage des bergers si précieux !)
Quand les loups gris qui vont errants
Se vivent de vents froids et laiteux,
Lapent la neige, leur guerredon,
Sur le Noël coeur reprenons,
(Buvons! jusqu’à la lie buvons!)
Mais où sont les fantômes d’antan?

À quels fantômes ai-je rêvé?
(Equipage fleurant bon des mages?)
Fantômes d’amours mortes, errants
Qui font trembler les vents poisants :
Craignent qu’amour au soleil foison
Revienne et tue les chères images,
(Alors je bois à ma façon!)
Mais où sont les fantômes d’antan?

Où sont mon coeur les joies conquises
(Saturne et Mars vers Jupiter!)

Où sont les lèvres sur miennes mises
Où sont regards jolis et clairs
Qui disent amants donnez le prix?
Je bois aux yeux, opales grises
(De qui sont-elles le parangon?)
Mais où sont les fantômes d’antan?

Prince, ne dites rien de mes faits,
De la joie qu’en Dieu trouverai,
Dites-moi où sont partis les vents,
Mais où sont les fantômes d’antan?

(Ezra Pound)

Illustration

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La neige (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020


 


 

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La neige

Il neigeait ce jour-là
Un poème à coeur-fendre.
Qui le vit dans la lande?
Qui le prit dans ses bras?

L’ermite, la bergère?
L’errant, le feu follet?
Il repoussa dans l’herbe
De tous ceux qui l’aimaient.

Un poème à coeur-fendre
Où s’endormaient l’enfant,
Où s’allumait la lampe
Qui mesure le temps.

(Robert Sabatier)

 

 

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Je lance des cailloux transparents (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2020



Je lance des cailloux transparents
Sur la mare que frôle la brise
Où s’ébattent des canards errants
Qui emplissent de cris l’aube grise.

Dans le galop mouillé du vent froid,
Je parcours des nuits aux mains glaciales
Qui sèment de nouvelles étoiles
Dans le sillons du ciel tracés droit.

Je bois longuement l’eau des fontaines
Quand le soleil mire en leur cristal
Ses regards aux prunelles lointaines
Qui fascinent le ciel virginal.

J’écoute le silence des pierres
Quand arrive la chute du jour
Avec un ultime cri d’amour
Sous un lent battement de paupières.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

 

 

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Le camp (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2020


La neige tombe sur la mer
durant que dorment lisses
les vierges nues
le camp à mirador
et d’extermination
a détruit des images naïves
chez les cadavres errants
l’un pourtant revoit
le petit tableau d’un musée
du temps de la jeunesse.

(Jean Follain)

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ODE AU TEMPS A VENIR (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2020



ODE AU TEMPS A VENIR

Temps, tu m’appelles. Avant,
tu étais
espace pur,
vaste prairie.
Aujourd’hui
tu es
fil ou goutte,
lumière mince
courant comme un lièvre vers les ronces
de la nuit concave.

Mais
maintenant
tu me dis, temps, ce que
naguère tu ne m’as pas dit :
presse le pas,
repose ton coeur,
déploie ton chant.
Je suis le même. Non? Qui, dans le lit
des eaux qui s’écoulent
identifie le fleuve?

Je sais seulement que là même,
une seule
porte
mon coeur frappe,
depuis hier, depuis longtemps,
depuis lors,
depuis ma naissance.
Là-bas
où répond
l’écho obscur
de la mer
qui chante et que je chante
et que
je
reconnais
simplement
un aveugle sifflement,
à un rayon
dans les vagues,
à ses vastes écumes dans la nuit.

Ainsi donc, temps, en vain
tu m’as mesuré,
en vain tu as passé
prodiguant
des chemins à l’errant.
Contre une seule porte
j’ai passé toute la nuit,
solitaire, à chanter.

Et maintenant
que ta lumière s’amenuise
comme animal courant
et se perdant dans l’ombre
tu me dis
à l’oreille
ce que tu ne m’as pas appris
et que j’ai toujours su.

(Pablo Neruda)

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LE RÉVERBÈRE AU BORD DE LA ROUTE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2020



 

réverbère

LE RÉVERBÈRE AU BORD DE LA ROUTE

Pourquoi demeurer un homme si cela te pèse ?
Deviens un réverbère
Au bord de la route et sans un mot diffuse
Ta lueur sur l’homme
Afin de lui préserver un visage.
Sois bon
Et objectif comme le réverbère,
Qui sans un mot éclaire pareillement la face
De l’ivrogne, du vagabond ou de l’étudiant
Sur la route.

Sois réverbère si tu ne peux
Être un homme;
Il est difficile d’être un homme,
Avec deux bras seulement
Pour étreindre tant d’êtres.
Sois un réverbère sur la route,
Éclairant mille faces
Et l’errant et le solitaire.
Sois un réverbère avec une lampe,
Un homme dans un carré magique,
Faisant des signes avec un bras vert.
Sois réverbère, réverbère,
Réverbère.

(Srecko Kosovel)

Illustration

 

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Oh tu pleures (Pierre-Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Oh tu pleures. Silence obscur larme perdue
Et fleur de la maison sous le nuage noir
Et la menace de la mort d’antique nue
Le drapeau de la honte avec le ciel du soir,

Tu pleures. Des brillants descendent sur ta pierre
Et touchent à ton sein. Les miracles lointains
Sont errants et l’amour voit périr ta paupière
O toi qui inspirais le poète prochain

Dans une odeur de bois augustes et de livres
Regardant des trésors par d’anciens carreaux
Mère de notre amour et Vierge qui ne livres

Pas le secret de liberté mystique et beau
Mais conserves l’hymen sous la robe de pierre
Et rêves l’éternel pardon comme du lierre.

(Pierre-Jean Jouve)

 

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PETIT FEU (Jean Mogin)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



PETIT FEU

Dans le petit matin, j’allume un petit feu,
Dans le petit matin, mon petit feu de joie,
Avec un brin d’espoir, avec un rien de paille
Un petit peu de feu, un petit feu de peu.

J’allume un feu de bois au fond de ma forêt.
J’allume au plus épais de moi ce peu de joie
Pour rallier de loin mes animaux errants,
Pour rappeler ici mes âmes en errance.

(Jean Mogin)

 

 

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Secousse (Évelyne Trouillot)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019


 


 

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Secousse

La terre a soulevé mon coeur
d’un mouvement sec et violent
elle l’a déchiré
éparpillant mille morceaux
comme larmes d’oiseaux errants
aux quatre vents de mon île
et depuis
chaque nuit
j’entends les battements
hésiter à mi-chemin
entre décombres
et étoiles

(Évelyne Trouillot)

Illustration: Jaya Suberg

 

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