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Poésie

Posts Tagged ‘errer’

Le vagabond je l’ai connu (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2018



    

Illustration: René Magritte

Le vagabond je l’ai connu.
Au navire gréé de mémoire
Déjà tout enfant il errait
Dans le souvenir des fables
Jetant son futur aux étoiles.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Le Poème Hanté
Traduction:
Editions: Gallimard

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CANTILÈNE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
CANTILÈNE

les doigts fuyants de la lumière
chaque jour tentent de nous apprendre
les rudiments du vrai deuil

vous mes muettes condisciples
tant usées que vous devenez pieuses
choses fêlées passées dépareillées
vous me devancez d’un souffle
pour savoir et pour oublier

qui fera boire les verres qui se brisent
crier la voix qui se manque

un soir tout juste un peu plus sombre
le silence aux yeux en amande
viendra vers notre amour sans geste
bénir en nous l’enfance errante
avec un léger tremblement

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Les poètes (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Les poètes sont les murs nus de la maison
crépis de cris, de sel, de lèvres, de nuages
fondés sur l’infini des larmes et jetés
à l’infini du ciel errant. La seule lune
réchauffe l’or cendreux et sonne, cor perdu
dans la mélancolie du sombre sang et l’Ombre.
Quand ce pays sans nom que dieu dans le futur
se tourne vers ses morts en implorant l’aurore
ses pierres calcinées par la ténèbre sont
des cœurs, ses marbres bleus des mers, ses eaux des palmes
et ses essaims de sang se suspendent aux arbres.
Mais où ton ocre Ô bouche amère retentit
on verra trouer l’œil vague des apparences
une vierge colonne adossée à la mer.

(Pierre Emmanuel)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: L’Âge d’Homme

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Dites-moi cette nuit (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



    
Dites-moi cette nuit

La présence du froid, de la peur invisible
Gèle à gouttes obscures le sang dans le brouillard,
Dans le brouillard vivant, vers le vague brouillard
Par un espace aveugle aux rigides épines.

D’une vie mystérieuse dorment les hommes
Tandis que de blancs déserts figurent le monde ;
Ce sont espaces brefs comme une main timide,
Muets, vides sous une lumière sans vie.

Oui, la terre est seule, bien seule avec ses morts,
A l’affût peut-être d’un inerte passant
Qui sans grimaces braverait son fouet nocturne ;
Mais nul corps n’apparaît rêvant aveuglément.

La douleur aussi cherche errante dans la nuit,
Suivant l’ombre qui fuit d’un plaisir sans défense ;
Et ses pas en silence, pâles, s’entrelacent
Fantôme interminable et son regard d’ennui.

Fantôme défilant prisonnier de personne,
Privé de voix, de mains, apparence sans vie,
Comme un pleur impuissant étouffé par les branches,
Une fuite soudaine éclatée sur un mur.

Oui, la terre est seule ; seule elle chante, parle,
D’une si faible voix inaccessible au ciel ;
Elle chante rires, plumes à travers l’espace
Sous un soleil brûlant reflété sur le sable.

Intime est cette voix, mais ce n’est que pour elle ;
Au dehors l’ombre prête un asile peu sûr.
Passe peut-être un cri déguisé de lumières,
Qui lutte vainement contre la peur, le froid.

Où palpite le gel ? Dedans, parmi la vie,
En un centre perdu de souvenirs éteints,
D’os habités de froid, du sifflement du vent
Et son bruit de feuilles qui s’en vont une à une.

Ses plumes moribondes étendent le brouillard
Pour dormir sur la terre un songe de haillons,
Songe de menaces qui s’hérisse de neige,
Oublié sur le sol, amour sous le mépris.

Le sang vient s’arrêter dans les membres de pierre
Tel le corail figé par la mer ennemie
Tel le corail gelé dans le corps dispersé,
Dans la nuit sans clarté, dans le ciel sans personne.

***

Decidme anoche

La presencia del frío junto al miedo invisible
Hiela a gotas oscuras la sangre entre la niebla,
Entre la niebla viva, hacia la niebla vaga
Por un espacio ciego de rígidas espinas.

Con vida misteriosa quizá los hombres duermen
Mientras desiertos blancos representan el mundo;
Son espacios pequeños como tímida mano,
Silenciosos, vacíos bajo una luz sin vida.

Sí, la tierra está sola, bien sola con sus muertos,
Al acecho quizá de inerte transeúnte
Que sin gestos arrostre su látigo nocturno;
Mas ningún cuerpo viene ciegamente soñando.

El dolor también busca, errante entre la noche,
Tras la sombra fugaz de algún gozo indefenso;
Y sus pálidos pasos callados se entrelazan,
Incesante fantasma con mirada de hastío.

Fantasma que desfila prisionero de nadie,
Falto de voz, de manos, apariencia sin vida,
Como llanto impotente por las ramas ahogado
O repentina fuga estrellada en un muro.

Sí, la tierra está sola; a solas canta, habla,
Con una voz tan débil que no la alcanza el cielo;
Canta risas o plumas atravesando espacio
Bajo un sol calcinante reflejado en la arena.

Es íntima esa voz, sólo para ella misma;
Al exterior la sombra presta asilo inseguro.
Un grito acaso pasa disfrazado con luces,
Luchando vanamente contra el miedo y el frío.

c Dónde palpita el hielo ? Dentro, aquí, entre la vida,
En un centro perdido de apagados recuerdos,
De huesos ateridos en donde silba el aire
Con un rumor de hojas que se van una a una.

Sus plumas moribundas van extendiendo la niebla
Para dormir en tierra un ensueño harapiento,
Ensueño de amenazas erizado de nieve,
Olvidado en el suelo, amor menospreciado.

Se detiene la sangre por los miembros de piedra
Como al coral sombrío fija el mar enemigo,
Como coral helado en el cuerpo deshecho,
En la noche sin luz, en el cielo sin nadie.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Scherzo pour un elfe (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017




    
Scherzo pour un elfe

Délicate créature :
Je souhaite que ma voix
Ne trouble pas le sortilège
Orangé de cette forêt,
Ton élément naturel,
Par ses troncs obscurs
Élevée jusqu’au ciel.

Je voudrais, en cette
Soirée translucide,
Dense comme une grappe,
Sur toi laisser une empreinte, une forme,
Jouer des branches et des feuilles,
Toi, dans le vent hésitant.

Arôme diffus, tu erres
Du pas gris des songes
Et te perds dans la brume
Que l’étang exhale,
Pensée amusée
D’un dieu amoureux.

Tu inspires l’air tout entier
Par ta magie s’épanouit,
Comme une fleur, librement,
Le désir de l’homme
Et ce repos souverain
Qui soulage la vie.

Toujours incertaine, tel l’écho
De quelque lèvre, au loin,
D’aulnes en aulnes
A la blancheur nordique,
Vibre ta svelte musique
Et dans un feu soupire.

L’amour pèse-t-il donc
Sur ton corps invisible ?
Et ses tricheries obscures
Sur le monde, par toi nous
Rappellent-elles, désir éternel,
Combien nous sommes éphémères ?

Souris, parle-moi, chante,
Si tu es bien cette extase
Entraînant les feuilles ardentes,
Dépouilles de ta seule couronne,
Avec une passion insatiable,
A se révéler dans la mort.

Sais-tu mourir aussi, mourir
Comme la beauté humaine,
Fils subtil de la forêt ?
Tu t’apaises sur la mousse,
La brume te fait taire,
Un nuage vient sculpter,
Tel un iris de nacre légère,
L’ennui que tu portes aux jours.

Je crois encore voir tes yeux,
Leur malice sereine,
Au delà des cimes nues,
Dans l’air profond
Et déjà glacé, alors que la nuit
Impérieuse se lève.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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POUR CONNAITRE DE MOI (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Pour connaître de moi
Le meilleur et le pire,
Un filet de ton sang
Sous chacun de mes pas
Depuis toujours attend.

Errant, parlant,
Je sais à quelles fibres
Commencent la faim, le désert.
Mon silence est plein de pierres
Où tu te chauffes les mains
Et dans le mouvant refuge
Où chaque soir nous ramène,
Contre la nuit, l’habitude
La bonne chaleur nous défend,
Complices dans la honte,
Dans le fiel de nos bouches
Cernant nos deux sommeils.

Cette molle blessure au goût de larmes
Où dorment les mauvaises pensées
Comme ses joyaux dans l’ombre
Fait le tour de notre peine
Se souvient de notre temps.

(Jean Rousselot)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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LE POUR ET LE CONTRE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
LE POUR ET LE CONTRE

un petit oiseau gris
avec des manchettes
chante
miaou miaou
eh oui ce n’était pas un zoizeau c’était un chat
voilà ce que c’est que d’écrire trop vite
quand on écrit trop vite faut compter sur la chance
sur l’inspiration
on peut très bien errer
et pourtant et pourtant c’est pourtant là ce que je voulais dire
ce petit oiseau gris avec des manchettes
il parlait chat

(Raymond Queneau)

 

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J’ai taillé un bâton (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Daniel F. Gerhartz
    
J’ai taillé un bâton de chêne,
La neige tourbillonne doucement.
Que mes hardes sont pauvres et rudes,
Et si indignes de m’amie!

Pauvre gueux, je trouverai la route,
Parais, ô soleil de givre!
J’errerai à la grâce de Dieu,
Et le soir frapperai au carreau…

Et alors, de sa blanche main
Elle ouvrira sa porte secrète,
Si jeune, aux tresses dorées,
A l’âme transparente et limpide,

Tresses de lune et d’étoiles…
« Entre, ô mon aimable prince… »
Et mon pauvre bâton de chêne
Scintillera d’une larme précieuse…

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Viens-t’en avec moi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Tony Cook

    
Viens-t’en avec moi

Viens-t’en avec moi
Il n’est plus que toi
Dont mon cœur puisse se réjouir ;
Nous aimions par les nuits d’hiver
Errer dans la neige :
Si nous renouvelions ces vieux plaisirs ?
Noires et folles, les nuées
Tachent d’ombre, là-haut, les terres élevées
Comme elles faisaient autrefois,
Et ne s’arrêtent que là-bas,
À l’horizon confusément amoncelées,
Tandis que les rayons de lune
Si prestement luisent et fuient
Qu’à peine pouvons-nous dire qu’ils ont souri.

Viens avec moi — viens te promener avec moi ;
Nous étions bien plus autrefois,
Mais la Mort nous a dérobés nos compagnons
Comme le Soleil la rosée ;
Oui, la Mort les a pris un à un, nous laissant
Tous deux seuls désormais ;
Aussi mes sentiments se voudraient-ils aux tiens
Nouer étroitement, n’ayant d’autre soutien.

« Non, ne m’appelle pas, cela ne saurait être ;
L’Amour serait-il si constant ?
La fleur de l’Amitié peut-elle dépérir
Pour revivre après de longs ans ?
Non, quand même le sol est humide de larmes
Et si belle qu’elle ait pu croître ;
Car la sève une fois tarie, son flux vital
Ne s’épanchera jamais plus :
Mieux encore que ne fait l’étroit cachot des morts
La Terre sépare le cœur des hommes. »

***

Come, walk with me

Come, walk with me ;
There only thee
To bless my spirit now ;
We used to love on winter nights
To wander throw the snow.
Can we not woo back old delights ?
The clouds rush dark and wild ;
They fleck with shade our mountain heights
The same as long ago,
And on the horizon rest at last
In looming masses piled ;
While moonbeams flash and fly so fast
We scarce can say they smiled.

Come, walk with me — come, walk with me ;
We were not once so few ;
But Death has stolen our company
As sunshine steals the dew :
He took them one by one, and we
are left, the only two ;
So closer would my feelings twine,
Because they have no stay but thine.

« Nay, call me not ; it may not be ;
Is human love so true ?
Can Friendship’s flower droop on for years
And then revive anew ?
No ; though the soil be wet with tears,
How fair soe’er it grew ;
The vital sap once perished
Will never flow again ;
And surer than that dwelling dread,
The narrow dungeon of the dead,
Time parts the hearts of men. »

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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CHANSON (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration
    
CHANSON

Entre joie et poignant ennui
Oh! ne se peut nulle tendresse :
C’est en vain qu’un coeur en détresse
Retient l’amitié qui s’enfuit.

Jamais tes yeux ne souriraient
A voir les miens mouillés de larmes,
Mais je sais bien qu’ils ne sauraient
Toujours partager mes alarmes.

Adieu. C’en est fini du temps
Que nous pensions, sentions de même.
Je veux rôder par l’océan,
Je veux courir les mers désertes.

Aux îles, aux lointains rivages
Le malheur est libre d’errer;
Ton oreiller sera suave,
Mon très cher, sans moi pour veiller.

Tu n’auras plus, chaque matin,
Quand ton coeur bondit d’allégresse,
A simuler un air chagrin
Pour t’accorder à ma tristesse.

Jour par jour, quelque triste gage
Désertera ton souvenir,
Et, tous liens brisés, pour finir,
Que serai-je à tes yeux qu’un songe?

***

SONG

O between distress and pleasure
Fond affection cannot be;
Wretched hearts in vain would treasure
Friendship’s joys when other flee.

Well I know thine eye would never
Smile, while mine grieved, willingly;
Yet I know thine eye for ever
Could not weep in sympathy.

Let us part, the time is over
When 1 thought and felt like thee;
I will be an Ocean rover,
I will sail the desert sea.

Isles there are beyond its billow;
Lands where woe may wander free;
And, beloved, thy midnight pillow
Will be soft unwatched by me.

Not on each returning morrow
When thy heart bounds ardently
Need’st thou then dissemble sorrow,
Marking my despondency.

Day by day some dreary token
Will forsake thy memory
Till at last all old links broken
I shall be a dream to thee.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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