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Poésie

Posts Tagged ‘errer’

Tu as erré (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018




    
tu as erré
souvent perdu pied
connu des heures
d’épouvante

tu allais crever là
sans avoir rien compris
rien vécu rien accompli

crever de n’avoir pu
te faire naître

un jour
le chemin
s’est ouvert

tu n’as plus fait
que marcher
et au sortir
de la forêt
ayant vaincu
la peur
un autre regard
t’a été donné

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.
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L’ABSENCE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
L’ABSENCE

Elle est sortie, elle est loin, mais je la vois
car tout est plein d’elle dans cette chambre,
tout lui appartient, et moi comme le reste.

Ce lit encore tiède, où je laisse errer ma bouche, est foulé à la mesure de son corps.
Dans ce coussin tendre a dormi sa petite tête enveloppée de cheveux.

Ce bassin est celui où elle s’est lavée; ce peigne a pénétré les noeuds de sa chevelure emmêlée.
Ces pantoufles prirent ses pieds nus. Ces poches de gaze continrent ses seins.

Mais ce que je n’ose toucher du doigt, c’est ce miroir où elle a vu ses meurtrissures toutes chaudes,
et où subsiste peut-être encore le reflet de ses lèvres mouillées.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA PIE (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Illustration: Marion Rose
    
LA PIE

L’ombre des frondaisons sur les prés bouge.
Le foin reste accroché aux haies par touffes.
Un églantier sur le talus s’étale.
La brise emporte en passant ses pétales.

La vapeur pâle erre au fond de l’azur.
Le soleil jette aux chemins ses dorures.
Un portail s’ouvre au passant sous un saule.
Le courant d’air va d’une arcade à l’autre.

Ainsi la pie d’arbre en arbre au verger,
ainsi la vie d’heure en heure, au juger.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE FROID (Poésie Irlandaise)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



Diarmaid

LE FROID

Froid, froid,
que froide est cette nuit la grande plaine de Lurg,
la neige est plus haute que les monts,
le daim ne trouve plus de nourriture.

Froid jusqu’au jugement,
la tempête s’est répandue partout,
sur la pente chaque sillon est un ruisseau
et chaque gué est un étang.

Le lac déborde c’est une mer intense —
les étangs sont des lacs qui débordent,
les chevaux ne franchissent plus le gué de Ross
et les hommes non plus.

Les oiseaux de l’île de Fâl errent sur la mer,
il n’est pas de rivage où la vague ne déferle,
dans les terres il n’y a plus de terre,
on n’entend plus les cloches et l’oiseau des marais ne chante plus.

Les loups du bois de Cuan ne trouvent
ni repos, ni sommeil, dans leurs tanières,
le roitelet ne trouve plus
d’abri pour son nid en Lonslope.

Sur la troupe des oiseaux se sont déchaînés
le vent mordant et le givre du nord,
le merle n’a plus de toit qui lui plaise
pour s’abriter du côté des bois de Cuan.

L’aigle de la vallée de Ridi Rua
souffre du vent rude,
grandes sont sa misère et sa peine,
il a de la glace dans son bec.

Se lever de la couette et de la plume
serait grande folie pour toi,
voilà pourquoi je dis froid,
froid, froid, jusqu’au jugement.

La poursuite de Diarmaid et Grainné.
Livre jaune de LECAN.

(Poésie Irlandaise)

Illustration

 

 

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Sur la mort de son fils Furui (Yamanoue no Okura)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



 

Odilon Redon le rêve s'achève par la mort

[Sur la mort de son fils Furui)

Même si je possédais
Les sept sortes de trésors
Que les gens de ce monde
Prisent tant,
Quel usage
En ferais-je ?

De nous deux,
Mon fils Furui
Telle une perle blanche,
A l’aube radieuse
Où brille l’étoile du matin,
Sans quitter notre couche
De fine étoffe étendue,
Debout
Ou assis,
Folâtrait
Avec nous.
Quand l’étoile du soir
Ramenait la nuit :
 » Allons nous coucher  »
Disait-il en prenant ma main,
Père, mère,
Restez près de moi
Entre vous je veux dormir
Comme le brin médian de l’herbe saki.
Gentiment
Il parlait ainsi,
J’aurais voulu voir et quels maux
Et quels bonheurs lui étaient réservés
Quand un jour,
Il serait devenu un homme.
J’étais confiant et plein d’espoir
Ainsi qu’on est dans une grande barque.
Imprévu,
Un vent venu par le travers
A soufflé violemment
Sur nos têtes.
Ne sachant que faire,
Confondu,
J’ai fixé
Mes relève-manches de blanche étoffe,
Un clair miroir
J’ai pris en main.
Vers les dieux du ciel
Levant les yeux je n’ai fait qu’implorer.
Devant les dieux de la terre
Je me suis prosterné, front contre terre.
je me suis soumis à la volonté
Des dieux du ciel et de la terre;
Qu’ils m’exaucent
Ou ne m’écoutent pas.
Affolé
Je les suppliais.
Mais, même pour un peu de temps
Il n’y eut pas de mieux.
Peu à peu
Son corps s’est émacié,
Matin après matin,
Les mots se sont arrêtés sur ses lèvres.
De son âme à l’existence limitée
La vie s’est interrompue.
J’ai bondi,
Trépigné, crié,
Tombant à terre j’ai regardé vers le ciel
Et j’ai sangloté
j’ai laissé s’envoler mon fils
Que je gardais dans mes bras
Telle est la voie de ce monde.

***

Si jeune il est
Qu’il ne connaît pas la route :
Voici pour toi,
Messager venu d’en bas.
Sur ton dos, fais-le passer!

***

Faisant offrande d’une étoffe
Je prie et implore les dieux.
Sans le laisser errer
Conduisez-le tout droit,
Enseignez-lui le chemin du ciel!

(Yamanoue no Okura)

Illustration: Odilon Redon

 

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Finalement j’ai toujours erré (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Finalement j’ai toujours erré de terre en terre
de maison en maison
de moi en moi
fidèle au même ciel
où je vais dessinant une constellation
pour qu’elle projette
et réunisse les folles étincelles de mon feu vagabond

***

Afinal sempre andei de terra
em terra
de casa em casa
de mim em mim
fiel ao mesmo céu
em que vou desenhando uma constelaçao qualquer
que projecte
e reùnas as soltas faùlhas do meu vagabundo fogo.

(Teresa Rita Lopes)


Illustration

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UNE APPARENCE (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018




    
UNE APPARENCE

Je ne suis pas moi
je ne suis qu’une apparence

Mon image me couvre
telle une vieille couverture

J’erre comme un point d’interrogation
un verbe sans sujet

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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JEUNE FILLE (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: Antoine Wiertz 
    
JEUNE FILLE

I
Amour de jeune taille
Cheveux bleus ou bien blonds dents fraîches seins mouvants
Jambes de guêpes assassines portant l’entaille
Fraîcheur de coeur insensé dans le vent!
Que vous fait un visage austère de larmes sèches, que vous fait ce visage entrevu et errant?
Enfant de jeune amant qui déjà savez tout ce qu’il faudra savoir.
Qui allez retrouver le dieu dans ses hauts langes,
Que vous donne le visage intense et d’expérience,
où se sont arrondis autant de ciels chanteurs, que la douleur acquit aux formes d’un lit noir?
Amour de volupté que vous fait la tristesse
Vous n’êtes point la femme morte ô jeune taille :
Le vent du soir, flatté d’ironie et promesse, ah! qu’il frappe pour vous le visage du chant
Et fuyez! jambes de guêpes portant l’entaille.

II
Votre grâce, ah la naissance de vos yeux
Le cri subtil silencieux de l’ensemble de votre corps quand il se pose sur l’espace qu’il charge de ses fleurs amères
La paresse de votre main entièrement pareille dans les jeux
A la servante du temple quand elle annonce les mystères;
Le désir de votre fraîcheur lorsque votre âme de raison arrive aux portes rosées
De votre bouche pour parler sinueusement parmi nos murs
De forêts encombrées et de dragons barbus avant l’orée du soir
Dont vous avez rêvé nue en les songes de votre nuit par mille essoufflements obscurs;
La caresse de votre jour étant simplement assise
Par la présence irréfutable et quand vos pointes de seins se lèvent
A chaque communion avec l’air souple de la vie où l’enfance vous est promise :
Le vague occupant votre amour et l’innocence vos chagrins.

III
Suprême dissonance géante dans la consonance de l’ог
Dans la constance d’un orchestre amour du jugement immense
Dans le déchirement d’enfance double requiem des morts
La forme du son par la mort, le sein inconnu de la mort, et le jeune ange par la mort et l’artiste entier vers la mort;
Chantant l’insouciance des seins
Chantant la promesse du règne et la valse du sourire,
Chantant le fond noir du tonnerre! alors rébellion dans les chutes, et toutes murailles de l’amer,
Chantant l’atome explorant l’horreur et l’épouvante de finir, avec impossible boussole au souffle marin du délire;

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE POUR ET LE CONTRE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018




    
LE POUR ET LE CONTRE

un petit oiseau gris
avec des manchettes
chante
miaou miaou
eh oui ce n’était pas un zoizeau c’était un chat
voilà ce que c’est que d’écrire trop vite
quand on écrit trop vite faut compter sur la chance
sur l’inspiration
on peut très bien errer
et pourtant et pourtant c’est pourtant là ce que je voulais dire
ce petit oiseau gris avec des manchettes
il parlait chat

(Raymond Queneau)

 

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D’UN PIANO LOINTAIN (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018




    
D’UN PIANO LOINTAIN

Au piano, trois notes ont chanté.
Comme le goût… ou l’effluve d’un thé.
Subtile ivresse effleurant mon visage.
Plus d’une vie en moi s’ouvre un passage.

Voix de Márta, doux souvenir d’antan.
Voix de velours, qui pourtant n’est point d’elle.
Je n’ai pas pris, pauvre, son talisman.
Je ne suis plus, hélas, avec ma belle.

Son souvenir ne veut plus me laisser.
Je vois frémir sa lèvrе et son baiser.
Du piano, mon oeil, errant, s’absente.

Mais sans briser la peine qui me hante.
Comme le goût… ou l’effluve d’un thé,
Au piano, trois notes ont chanté.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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