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Poésie

Posts Tagged ‘escalier’

TA MAIN… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2019



Ta main, plus chaude que la mienne,
Etait dans ces nuits blanches
Le fantôme de mes peines.
En face, le mur aveuglé
Ecoutait l’averse, écoutait
Le sang noir
Ruisseler de coeurs lointains.

Les mots depuis longtemps
Ne suffisent plus.
Dans les couloirs moisis
Tu retrouveras nos pas.
Sur les fleurs gauches des cloisons
Nos regards.
Il ne reste plus rien.
Mais la mémoire continue.
Ton chapeau est sur le lit,
La douleur est repartie,
Mais le soleil réchauffe encore
Des épaules rondes dans l’escalier.

La tête sur le poing, aveuglé de silence
Je n’oublierai jamais le sang qui m’appelait.
Je me retournerai quand tu seras parti
Je t’attendrai jusqu’au matin.

(Jean Rousselot)

 

 

 

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Le grenier (Carlos Larronde)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



Le grenier

… Il est noir, l’escalier,
L’escalier qui monte au grenier,
au grenier où le plancher craque
C’est un endroit que l’on aime beaucoup.
La nuit s’y attarde ; on y trouve de tout :
Vieux livres, souvenirs, chapeaux à claque,
Et des rats sortant de leur trou.
On a peur ; il fait noir ; le plancher craque.
C’est bon d’être là, sous les tuiles,
seul et tranquille,
Pour avoir peur et pour penser.
La lucarne est garnie de vitres, bien ternes
avec des toiles d’araignées.
On l’ouvre sur la campagne moderne,
Quand on ne veut plus vivre avec le passé.

(Carlos Larronde)

Illustration

 

 

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Escaliers ouverts (Georges Drano)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019



escher_relativity

 

Escaliers ouverts
dans l’être du dedans
Couloirs qui tiennent
à leurs racines.
Nous allons vers les angles
d’une histoire qui se ferme
Sans savoir où nous sommes.

(Georges Drano)

Illustration: Maurits Cornelis Escher

 

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L’ARAIGNÉE (Madeleine Ley)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2019



L’ARAIGNÉE

Araignée grise
Araignée d’argent
Ton échelle exquise
Tremble dans le vent.

Toile d’araignée
Émerveillement
Lourde de rosée
Dans le matin blanc !
Ouvrage subtil
Qui frissonne et ploie
Ô maison de fil
Escalier de soie!

Araignée grise
Araignée d’argent
Ton échelle exquise

Tremble dans le vent.

(Madeleine Ley)

Illustration

 

 

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SOUVENT J’OUBLIAIS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2019




    
SOUVENT J’OUBLIAIS

Souvent j’oubliais le sens des actes les plus simples.

Par exemple, devant l’employé du métro qui poinçonne les billets :
« Bonjour! ça va? » disais-je en lui tendant la main et en soulevant mon chapeau.
Mais l’autre hausse les épaules : « Vous fichez pas du monde! Vot’ billet! »

Un soir, rentrant chez moi, j’ai comme un vague souvenir
qu’il me faut crier quelque chose dans l’allée de l’immeuble.
Mais quoi? Misère, je ne le sais plus, je l’ai oublié.
Je murmure d’abord « Bonne nuit! » puis, élevant peu à peu la voix :
« L’addition!… Un hareng de la Baltique, un!… Les jeux sont faits!… Waterloo!… Vade retro… »
La concierge, furieuse, se lève en papillotes et m’insulte.

Je prends congé de mes amis Z… qui habitent au septième étage, sans ascenseur.
On m’accompagne sur le seuil de l’appartement.
Soudain, apercevant l’escalier, je suis pris de panique et pense, dans un éclair :
« C’est quelque chose qui sert à monter, non à descendre! » je ne vois plus les marches,
mais l’espace vertical qu’elles découpent de haut en bas :
une falaise abrupte, une faille, un précipice affreux!

Affolé, étourdi par le vertige, je crie : « Non! Non! Retenez-moi! »
Je supplie mes amis de me garder chez eux pour la nuit. En vain.
Pas de pitié : on me pousse, en plaisantant, vers l’abîme.
Mais moi, hurlant comme un homme qu’on assassine, je résiste,
je m’arc-boute, — finalement je cède, perds l’équilibre,
manque la première marche, tombe et me casse une jambe.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: La part de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les lames du vent glacé (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2019



Illustration: Paul Delvaux
    
Les lames du vent glacé
Lacèrent mon visage

Le code au bout des doigts
Un portail
Puis un autre

Une envolée dans l’escalier
Je fais la nique
A l’ascenseur

Derrière la porte
Et son cadre de fer
Le ventre chaud
De mon enclos

Qu’est-ce que ça change

Invisible dehors

Ici
Dans les miroirs
Compagne unique
De moi-même

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Tu m’accables (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Tu m’accables, femme au grand dos
contre moi dans ce lit,
je me demande, les yeux clos,
pourquoi je suis ici.

J’aimais bien les vagabondages,
la poudre des chemins,
la pauvreté, les paysages,
le goût du lendemain.

Même une chambre dans Paris
fut parfois la nacelle
où j’embarquais dans le jour gris
ou dans la nuit si belle.

Ô mes chambres, j’ai descendu
tant d’escaliers béants
vers le désert des jours confus,
les recommencements!

Et maintenant je dors avec
la femme, unique chair,
vaincu peut-être, ou bien cœur sec
où va briller l’éclair?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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C’est une étoile dont le coeur noir est un astre (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



C’est une étoile dont le coeur noir est un astre.
Et cette étoile étire ses rayons à travers nos regards
et pose son coeur noir sur nos paupières.
Mais cela se passe ailleurs, et ne se fait sur nous qu’en image.
C’est une étoile qui redevient une étoile, et se retrouvant,
nous invente un corps si beau que le nôtre ne s’y reconnais plus.

Pourtant le vieil homme avait gardé un coin de naïveté dans sa chair,
un morceau de pain à partager avec son image la plus belle.
Jamais il ne s’était vu si beau, jamais il ne s’était vu si laid.
Etoile perdue au fond du ciel que tu es.

Le noir aussi est lumière, et voit le noir en s’obscurcissant.
L’étoile s’illumine en reculant en elle les larmes du noir.
Sa clarté c’est celle qu’elle voit.

Le soleil c’est où la lumière se ferme sur sa montée la plus lumineuse.
Une lumière qui se caille comme le sang.
C’est la lumière qui monte à sa tour par un escalier de couleurs.
Et l’étoile, c’est la nuit qui monte à sa tour.

(Joë Bousquet)

Illustration: Renaud Baltzinger

 

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Le bonheur était au grenier (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019




    
le bonheur était au grenier
paré de toiles d’araignées
par la lucarne entrait la lune
et le frisson par l’escalier

on avait peur d’être surpris
par un fantôme ou bien par une
grand-mère folle au regard gris
la bougie s’éteignait la lune

glissait sur un meuble branlant
nos mouvements devenaient lents
pendant que nos coeurs palpitaient

l’un de nous ouvrait la lucarne
sur les mystères de l’été
qui nous déléguaient la lucane

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Gens sérieux s’abstenir
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Une rumeur d’épouvante rôde en ville (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Une rumeur d’épouvante rôde en ville,
Se glisse dans les maisons comme un voleur.
Pourquoi ne pas relire, avant de m’endormir,
Le conte de Barbe-Bleue ?

Comment la septième monta l’escalier,
Comment elle appela sa soeur cadette,
Et guetta, retenant son souffle,
Ses frères bien-aimés, ou la terrible messagère…

Une poussière s’élève comme un nuage de neige,
Les frères vont entrer au galop dans la cour du château,
Et sur la nuque innocente et gracile,
Le tranchant de la hache ne se lèvera pas.

Consolée à présent par cette cavalcade,
Je devrais m’endormir tranquille
Mais qu’a-t-il, ce coeur, à battre comme un enragé,
Et le sommeil, pourquoi ne vient-il pas ?

(Anna Akhmatova)

Illustration: Walter Crane

 

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