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PETITE COUSINE (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019



Illustration
    
PETITE COUSINE

Cousine, petite cousine de miel sauvage, comme nous rampions
joueurs autour des pieds de table, nous approchions furtifs
des escarpins et des bottes, attrapions les lacets, vilaine,

vilaine cousine, blondes tes tresses et de bonbon
ta bouche, cette barque, cet été et ce lac
où j’inventai l’énigme de ta bouche,

aujourd’hui, tu noues toi-même tes lacets, tu es montée
dans mille trains, as pris des vols à destination de Milan
et arrêté des taxis à Prague et au Cap.

Quelque chose nous débusque, nous chasse de-ci de-là.
Ô qu’un jour me soit promis un bar de nuit
où tu consoles ma mélancolie avec des histoires,

quatre lacets noués ensemble pour toujours.

***

NICHTJE

Nichtje, wild honingnichtje, hoe we speels
langs tafelpoten kropen, pumps en laarzen
beslopen, steeds naar veters grepen, stout

stout nichtje, blond je vlechten en van snoep
je mond, die sloep, die zomer en dat meer
waar ik het raadsel van je mond uitvond,

nu strik je zelf.je veters, stapte duizend
treinen in, nam vluchten naar Milaan
en hield in Praag en Kaapstad taxi’s aan.

Jets drijft ons op. Jets jaagt ons heen en weer.
O dat mij ooit een nachtkroeg wordt beloofd
waar jij mijn heimwee met verhalen troost,

vier veters eeuwig aan elkaar geknoopt.

(Menno Wigman)

 

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VITRINES (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



 

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VITRINES

Des cadillacs et des ombrelles
De l’albuplast et de bretelles
De faux dollars de vrais bijoux
Y’en a vraiment pour tous les goûts
Des oraisons pour dentifrices
Des chiens nourris qui parlent anglais
Et les putains à l’exercice
Avec leurs yeux qui font des frais
De faux tableaux qui font la gueule
Et puis des vrais qui leur en veulent
Des accordéons déployés
Qui soufflent un peu avant de gueuler
Des filles en fleurs des fleurs nouvelles
Des illustrés à bonne d’enfant
Et des enfants qui font les belles
Devant des mecs bourrés d’argent

Les vitrines de l’avenue
Font un vacarme dans les coeurs
A faire se lever le bonheur
Des fois qu’il pousserait dans les rues

Les faux poètes qu’on affiche
Et qui se meurent à l’hémistiche
Les vedettes à nouveau nez
Paroles de Léo Ferré
Les prix Goncourt que l’on égorge
Les gorges chaudes pour la voix
Les coupe file et les soutiens-gorge
Avec la notice d’emploi
Des chansons mortes dans la cire
Et des pick-up pour les traduire
Microsillon baille aux corneilles
C’est tout Mozart dans une bouteille
Le sang qui coule plein à la une
Et qui se caille aux mots croisés
« France soir », « Le Monde » et la fortune
Devant des mecs qu’ont pas bouffé

Les vitrines de l’avenue
Font un vacarme aux alentours
A faire se lever l’amour
Des fois qu’on le vendrait aux surplus

Des père Noël grandeur nature
Qui ne descendent plus que pour les parents
Pendant que les gosses jouent les doublures
En attendant d’avoir vingt ans
Toupie qui tourne au quart de tour
Bonbons fondants bonheur du jour
Et ces mômes qu’en ont plein les bras
A lécher la vitrine comme ça
Des soldats de plomb qui font du zèle
Des poupées qui font la vaisselle
De drôles d’oiseaux en équilibre
Pour amuser les tout petits
A l’intérieur la vente est libre
Pour ceux qui s’ennuient dans la vie
Des merveilles qu’on peut pas toucher
Devant des mecs qui peuvent « Entrer »

Les vitrines de l’avenue
Font un vacarme dans les yeux
A rendre aveugles tous les gueux
Des fois qu’ils en auraient trop vu

Jambon d’York garanti Villette
Des alcools avec étiquettes
Crème à raser les plus coriaces
« Où l’on m’étend le poil se lasse »
La gaine qui fond sous les caresses
Le slip qui rit le bas qu’encaisse
L’escarpin qui use le pavé
Les parfums qui sentent le péché
Des falbalas pour la comtesse
Des bandes en soie pour pas que ça blesse
Du chinchilla de la toile écrue
Y faut vêtir ceux qui sont nus
Des pull-over si vrais qu’ils bêlent
Des vins si vieux qu’ils coulent gagas
Des décorations qu’étincellent
Devant des mecs qui n’en veulent pas.

Les vitrines de l’avenue
C’est mes poches à moi quand je rêve
Et que j’y fouille à mains perdues
Des lambeaux de désirs qui lèvent

(Léo Ferré)

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Wagon de chaussures (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Wagon de chaussures

les roues coursent, coursent,
et que transportent-elles ?
un wagon elles m’apportent
de chaussures tressaillantes.

wagon à dais nuptial
dans la splendeur du soir ;
chaussures – un plein compartiment
comme des humains qui dansent.

est-ce un mariage, une fête
aveuglant mon esprit ?
chaussures – si familières
j’ai reconnu chacune.

claquètent les semelles :
vers où, vers où, vers où ?
des vieilles rues de Vilnius
on nous mène à Berlin.

„à qui sont-elles ?“ si je demande,
risque que mon cœur se fende ;
dites-moi, chaussures, la vérité :
où sont vos pieds ?

les pieds de ces pantoufles
aux boutonnets de rosée ;
où est le frêle corps ?
où est donc cette femme ?

dans ces chaussures d’enfants, toutes,
pourquoi ne vois-je d’enfant ?
pourquoi la mariée ne chausse
bientôt les souliers de la noce ?

parmi bottines et godillots
je trouve les escarpins de ma mère.
ceux qu’elle réservait au sabbat
pour certes y mettre ses plus beaux habits.

et claquètent les semelles :
vers où, vers où, vers où ?
des vieilles rues de Vilnius
on nous mène à Berlin.

***

A vogn shikh

Di reder yogn, yogn,
Vos brengen zey mit zikh?
Zey brengen mir a vogn
Mit tsaplendike shikh.

Der vogn vi a khupe
In ovntikn glants;
Di shikh- a fule kupe
Vi mentshn in a tants.

A khasene, a yontev?
Tsi hot mikh ver farblendt?
Di shikh- azoyne nonte
Oyf s’nay ikh hob derkent.

Es klapn di optsasn:
Vuhin, vuhin, vuhin?
Fun alte vilner gasn
Me traybt undz keyn Berlin.

Ikh darf nit fragn “vemes”,
Nor s’tut in hartz a ris:
oh, zagt mir, shikh, den emes,
Vu zenen zey di fis?

Dis fis fun yene tufle
Mit knephele vi toy
Und do –vu iz dos gufl?
Und dort vu iz di froy?

In kindershikh in alle
Vos zeh ikh nit kayn kind?
Vos tut nit on di kale
Di shikhelekh atsind?

Durkh kindershikh un shkrabes
Kh’derken mayn mames shikh!
Zi flegt zey bloyz oyf shabes
Aroyftsien oyf zikh.

Un s’klapn di optsasn:
Vuhin, vuhin, vuhin?
Fun alte vilner gasn
Me traybt undz keyn Berlin.

(Avrom Sutzkever)

Illustration

 

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Un soir des champs (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2015


perce_oreille

 

Le soir chausse en haute brousse
Les escarpins du sommeil.
Tournez, moulins, lourds de lune,
Gluants d’algues, de lamproies.

Un renard chasse en silence
Pointe, muse et glisse
Au ras de l’herbe et des ronces
Son museau de hareng saur.

La silencieuse rose,
Fleur des pluies, frémit tout bas;
L’escadrille des grenouilles
Fait battre ses gorges blanches.

Dans le sidéral hôtel
Où la bonne fait l’amour,
Eclatée de cornemuses
Vibrante comme un tambour,

Sous les gros édredons rouges
Les chalands sont endormis,
Lourds de rêves et de soupes,
Ecrasés de solitude.

Dormez vises, moi je veille
A la proue de vos destins,
Près du chat, du perce-oreille,
Sous la lampe du matin.

(Maurice Fombeure)

 

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