Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘espace’

Amour, amour (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Amour, amour, à la tour du ciel les nuages
montèrent telles de triomphantes lavandières,
et tout brida en bleu d’azur, tout fut étoile :
la mer, la nef, le jour s’exilèrent ensemble.

Viens voir les cerisiers dans leur eau constellée
viens voir la ronde clef de l’univers rapide,
viens toucher le feu de l’azur instantané,
viens avant que ses pétales soient consumés.

Il n’est ici que lumière, quantités, grappes,
il n’est qu’espace ouvert par les vertus du vent
jusqu’à livrer les derniers secrets de l’écume.

Et parmi tant de bleus célestes, submergés,
nos yeux se sont perdus, ils devinent à peine
les puissances de l’air et les clefs de la mer.

***

Amor, amor, las nubes a la torre del cielo
subieron como triunfantes lavanderas,
y todo ardió en azul, todo fue estrella :
el mar, la nave, el día se desterraron juntos.

Ven a ver los cerezos del agua constelada
yla clave redonda del rápido universo,
ven a tocar el fuego del azul instantáneo,
ven antes de que sus pétalos se consuman.

No hay aquí sino luz, cantidades, racimos,
espacio abierto por las virtudes del viento
hasta entregar los últimos secretos de la espuma.

Y entretantos azules celestes, sumergidos,
se pierden nuestros ojos adivinando apenas
los poderes del aire, las llaves submarinas.

(Pablo Neruda)

Illustration: Rafal Olbinski

 

 

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Il n’y a qu’une nuit (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018




    
Il n’y a qu’une nuit.
Elle dure depuis toujours.

Le reste n’est que traverses de lumière,
passage d’astres et pan de ciel provisoirement éclairé ;

espace où nous aimons nous perdre
avec de grands frissons que les mots semblent exciter.

(Werner Lambersy)

 

Recueil: L’éternité est un battement de cils
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Avec une intensité soudaine (Virginia Woolf)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018


 


 

la-femme-peintre

Avec une intensité soudaine,
comme si l’espace d’une seconde,
elle l’eût vu net,
elle mena une ligne,
là, au centre.
Tout était fini.
Oui, songea-t-elle, reposant son pinceau,
au comble de l’épuisement,
j’ai eu ma vision.

(Virginia Woolf)

 

 

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La part (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’espace
c’est la part du chien
celle du chat c’est le temps

(Werner Lambersy)

 

Recueil: L’éternité est un battement de cils
Traduction:
Editions: Actes Sud

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FIGURES DE WIDMANSTATTEN (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



FIGURES DE WIDMANSTATTEN

Du plus profond du ciel sur le froid de ton fer,
météore (mémoire du zénith, moire éraflée du
temps)
tu dis ces griffes d’ange, ces paraphes d’espace,
ces trajets d’astres entés sur le tain du zodiaque.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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LA CHAIR (Shirô Murano)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



 

Achille Funi sarfatti2

LA CHAIR
NIKUTAI

Servante que tu es, servante obèse de l’âme
Toi
Qui es dotée d’une molle entrée
Vase à fleurs qui coule sans arrêt
— Cela c’est la salive de Dieu en quantité

Toi
Que dorment les époux du bétail domestique
Tu es le dortoir licencieux

Toi quelquefois
Tu es la chapelle sans pasteur

Ou alors quelquefois
Tu es comme la maison désolée
Quand s’y trouve une infirmière

Ou bien
La caisse d’un instrument
Dont la corde a été tendue
Et puis sur l’espace plein de meurtrissures

C’est un paysage
Qui va s’étendre au loin

(Shirô Murano)

Illustration: Achille Funi

 

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J’ai toujours aimé me perdre (Alain Jouffroy)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018




    
J’ai toujours aimé me perdre, dans les villes ou ailleurs,
ce qu’on appelle «perdre son temps ».

L’emploi de la vie n’est pas un emploi du temps,
mais des espaces que l’on découvre en y avançant au hasard.

On respire enfin, hors tout itinéraire.
On pourrait appeler la vie l’emploi de la respiration.

Jusqu’à l’expiration, magnifique, finale.

(Alain Jouffroy)

 

Recueil: Être-Avec
Traduction:
Editions: De la Différence

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Au retour de ces voyages (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018




    
Au retour de ces voyages
que certaines pensées font dans l’infini,
dans ces espaces habités seulement par l’Idée,
c’est pour elles une incompréhensible vision,
que celle de ce monde réel.

Les maladies du corps et de l’âme,
les laideurs, les monstruosités, les crimes, les prostitutions,
toutes les lâchetés et toutes les folies terrestres,
toutes ces tragédies terribles ou ces comédies ridicules,
qu’éclairent tranquillement tour à tour le soleil d’or ou la lune pâle,
tout ce spectacle enfin, cette danse macabre, cette comédie plus infernale que divine,

font qu’elles se demandent,
ne pouvant croire que tant d’horreurs soient vraies,
si elles ne sont pas sous l’empire d’une hallucination bizarre,
d’un rêve sans doute maladif,
qui les torture,
mais qui leur ment.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Un espace ne peut en effacer un autre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Un espace
ne peut en effacer un autre,
mais bien le mettre aux abois.
Car les espaces occupent aussi un lieu,
dans une autre dimension qui est plus que l’espace.

Il est des espaces à la voix unique,
d’autres aux voix nombreuses
et même des espaces sans voix,
mais tout espace est seul,
plus seul que ce qu’il recèle.

Même si tout espace
se confond finalement avec tout autre.

Même si tout espace
est un jeu impossible,
car rien ne tient dans rien.

(Roberto Juarroz)

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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La mort (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018




    
Comment la mort me surprendrait-elle ?
Elle est mienne, n’est que mienne.
Je la nourris moi-même, en vivant.

*

Il ne devrait pas y avoir de mot pour la mort,
que nous ne connaissons pas, qui n’existe pas.

*

Ne pas dire après la mort.
La mort interdit tout après.
Fixer cet étrange ensuite.

*

Le mourant ne prolonge par sa route ailleurs.
C’est sa route même, et tout l’espace derrière lui,
qui, dans l’instant s’effondre.

*

Mort, on franchit l’obstacle en le devenant.
Absorbant – absorbé.

*

Mourir est difficile.
Et pourtant, tous y parviennent.

*

C’est la sortie de ce monde qui est arrachement, agonie.
L’entrée dans le néant
ne peut qu’être inapparente et douce.

(Roger Munier)

 

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