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Poésie

Posts Tagged ‘espace’

Une sorte de chant pareil au jour (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019




    
Une sorte de chant
pareil au jour qui traverse
un feuillage et descend,
furtif, jusqu’à l’herbe pauvre.

Un chant qui parle d’octobre
et d’eau cachée,
de lointains sans amertume,
fronts mêlés, collines heureuses

Et ce besoin d’espace entre
les mots, comme une disposition
de traces et de froissements.

Ici entre les fleurs, avec le grain
des ombres, la vie circule et boit,
fugitive, à d’anciennes sources.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard
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ODE A LA LUMIÈRE MARINE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019


 


ODE A LA LUMIÈRE MARINE

[…]

Pouvoir
de la lumière qui mûrit dans l’espace,
vague qui nous traverse
sans nous mouiller, hanche
de l’univers,
rose
reviviscente, née de nouveau :
ouvre
chaque jour tes pétales,
tes paupières,
que la vitesse de ta pureté
agrandisse nos yeux
et nous apprenne à voir vague à
la mer
et fleur à fleur la terre.
vague

(Pablo Neruda)


Illustration: Geneviève Goulley

 

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La page est un territoire (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019



Illustration: Henri Rousseau dit le douanier-rousseau
    
La page est un territoire,
routes et hameaux, espaces lacunaires,
la rumeur alentour de la terre d’extase.

Tu ne t’attardes pas aux images,
errant dans la végétation flottante

Des heures, tu es entré dans le regard
intense des mots, parcourant le jour aveugle
par des chemins d’oiseaux tumultueux.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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La vénus mathématique (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



venus

La vénus mathématique

Dans un journal à fascicules
J´ai lu en lettres majuscules
Qu´on ne peut vivre sans calcul
En ce siècle où les automates
Sont les grands rivaux des primates
Qu´on ne peut plus vivre sans maths

Comme d´ailleurs depuis toujours
Quel que soit l´homme et ses recours
On ne peut vivre sans amour

Moi qui tiens fermement à vivre
Et qui suis lucide autant qu´ivre
J´ai uni le lit et le livre

J´ai rencontré au point critique
La femme la plus érotique
Une Vénus mathématique
Vive la nouvelle Vénus mathématique!

Au bal de l´Hôtel Terminus
Je vis soudain cette Vénus
Qui embrasa mes cosinus

C´était la folle nuit du rythme
Au bras d´un jeune sybarite
Elle exhibait ses logarithmes

C´était pour moi un jour de bol
La voilà qui me carambole
D´un grand sourire en hyperbole

C´était la grande nuit du rut
Le temps de pousser un contre-ut
Je l´attaquai comme une brute

Grâce à son triangle et son pis
Aussi rond que le nombre Pi
Elle augmenta mon entropie
Vive la nouvelle Vénus mathématique!

Et moi, très vite, j´adorai
Cette enfant qui suivait de près
De toute science les progrès

Les manuels, les opuscules
Les courbes, les tests, les calculs
Lui tenaient lieu de crépuscules

Au saint nom des mathématiques
Elle appliqua ses statistiques
À nos étreintes frénétiques

Au diable les gens qui attifent
Leur passion de préservatifs
Ou de retraits intempestifs

Bientôt, nous réglâmes tous nos
Exercices abdominaux
Selon la méthode Ogino
Vive la nouvelle Vénus mathématique

Et la Vénus aux équations
Me fit goûter des sensations
D´une nouvelle dimension

Les entités humanoïdes
Aux formes hyperboloïdes
Charment les spermatozoïdes

Dans mon vieux grenier en spirale
Chaque soir, quel concert de râles
Quand je frôlais son intégrale

Elle avait uni sans histoire
La mécanique ondulatoire
Et les positions giratoires

Mes caresses venaient en troupe
Selon la théorie des groupes
Pour réunir jambes et croupes
Vive la nouvelle Vénus mathématique

Hélas, un jour, un jour funeste
Elle me fit passer un test
Qui lui démontra sans conteste
En comparant des numéros
Que j´étais un pauvre zéro
Elle prit la tangente au trot

Avec ses courbes inconnues
Dans l´espace discontinu
Elle s´en alla toute nue
Vive la nouvelle Vénus mathématique!

(Guy Béart)

 

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Laisse-moi fuir (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2018



Laisse-moi fuir
Être libre (Du vent pour mon arbre ! De l’eau pour ma fleur)
Vivre de soi à soi
et noyer les dieux en moi
Ou écraser leurs têtes vipérines sous mon pied.
pas d’espace, dis-tu, pas d’espace
Mais tu ne m’y incluras pas
Même si ta cage est robuste.
Ma force sapera ta force;
Je déchirerai l’obscur nuage
Pour voir moi-même le soleil
Pâle et déclinant, pousse atroce

(Dylan Thomas)

Découvert chez Lara ici

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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JASMIN (Pierre-Bérenger Biscaye)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2018



 

JASMIN

La nuit fait avancer d’un battement
d’aile ou de pétale le corps vers
d’autres solitudes L’espace
s’élargit sous la blessure fraîche
que hante le jasmin
L’ambre jaune
laissé par la mer prépare
la migration paisible des paupières

(Pierre-Bérenger Biscaye)

Illustration: F.A. Moore

 

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Terres africaines (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



fete-au-village

Terres africaines

L’épaisse peau du ventre tendu vibrant comme un arc
l’épaisse pluie sur les ténèbres de la case
l’épaisse nuit marbrée d’éclairs et de grondements
l’épaisse chaleur dégoulinant de sueur et de sève
d’épaisses larmes de lait de sang d’urine et de sperme
l’épaisse foule de solitudes croisant leurs jambes dans la danse
l’épaisse rumeur de l’épaisse forêt dans un infime coin de l’espace désert

(Michel Butor)

 Illustration

 

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DANS LA FRAÎCHEUR DES FLEUVES OUI DORMENT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration
    
DANS LA FRAÎCHEUR DES FLEUVES OUI DORMENT

Je te rencontre aux heureux pontons
de la nuit épouse
maintenant exhumée
presque tiède d’une joie nouvelle,
grâce amère d’une vie sans estuaire.

Oscillent des routes vierges
dans la fraîcheur des fleuves qui dorment:

Et je suis encore l’enfant prodigue qui écoute
son nom dans le silence
quand les morts appellent.

La mort
est un espace dans le coeur.

***

FRESCHE DI FIUMI.IN SONNO

Ti trovo nei felici approdi,
della notte consorte,
ara dissepolta
quasi tepore d’una nuovo gioia,
grazia amara del viver senza foce.

Vergini strade oscillano
fresche di fiumi in sonne:

E ancora sono il prodigo the ascolta
dal silenzio il sue nome
quando chiamano i morti.

Ed è morte
une spazio nel cuore.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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La nuit ferme ta paupière (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



Je me niche dans l’espace
Sur le sein d’une étoile
Qui referme sur moi
Ses branches de noël

Je tire ce drap de souvenirs
Sur la couche de l’oubli
Et j’étouffe dans l’oreiller
L’expression de mes regrets

La vitesse de la lumière
Est supérieure à celle du son
Et quand finit la chanson
La nuit ferme ta paupière.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Zinaida Serebriakova

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Funérailles (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



Je perçus des Funérailles, dans mon Cerveau,
Un Convoi allait et venait,
Il marchait – marchait sans fin – je crus
Que le Sens faisait irruption –

Puis quand tous furent assis,
Un Office, comme un Tambour –
Se mit à battre – on eût dit
Que mon esprit devenait gourd –

Puis j’entendis soulever une Caisse
Et de nouveau crisser dans mon Âme
Des pas, avec ces mêmes Bottes de Plomb,
Puis l’Espace – sonna le glas,

Comme si tous les Cieux étaient une Cloche,
Et l’Être, rien qu’une Oreille,
Et le Silence, et Moi, une Race étrange
Ici naufragée, solitaire –

Puis une Planche dans la Raison, céda,
Et je tombai, tombai encore –
Je heurtais un Monde, à chaque plongée,
Et Cessai de connaître – alors –

Combien obscurs les Hommes, les Pléiades,
Avant qu’un ciel soudain
Révèle qu’à jamais l’Un d’eux
Est soustrait à la vue –

Membres de l’Invisible, ils existent,
Sous nos yeux écarquillés,
Dans l’Immensité du Possible,
Insaisissables, comme l’Air –

Pourquoi ne pas Les avoir retenus ?
Les Cieux en souriant,
Frôlent nos Têtes désappointées,
Sans une syllabe –

(Emily Dickinson)

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