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La danseuse espagnole (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



Illustration
    
La danseuse espagnole

Ainsi qu’une allumette qui avant de flamber
darde autour d’elle des langues blanches de lumière;
ainsi commence, — enserrée dans le cercle
des spectateurs , — nerveuse et ronde, brûlante et claire
à s’étendre saccadée sa danse.

Et tout à coup elle est flamme tout à fait.

D’un regard elle allume ses cheveux
et d’un geste révélant un art téméraire
elle lance sa robe toute dans l’incendie
d’où les bras tels des serpents effrayés
s’élancent vifs et claquants.

Puis, comme si le feu lui semblait trop étroit,
elle le ramasse tout entier et le jette,
fière, avec des gestes hautains
et regarde : il est là furieux par terre,
flambant toujours et ne se rendant point.

Cependant victorieuse et sûre d’elle-même
elle lève son visage, d’un doux sourire saluant
et le piétine de ses petits pieds fermes.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Dimanche vers le sud (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Ces années déjà lointaines
furent celles de l’ennui de la détresse
des aveugles et interminables errances

poursuivies au hasard des rues sombres
À cette époque j’étais empêché de quitter
la ville et la ville m’étouffait

Souvent se psalmodiait en moi
le titre d’un recueil de poèmes
que je possède et que je n’ai jamais

lu : Dimanche vers le sud…
Dimanche vers le sud avait
écrit le poète espagnol

dont je ne sais rien sinon
qu’il a passé la majeure partie
de son existence en exil

Dimanche — journée pour moi
particulière, marquée par une attente
véhémente mais toujours déçue

l’attente de l’événement
qui allait me désentraver
déverrouiller ma vie

me pousser sur les ohemins
Dimanche vers le sud… dimanche
vers le sud… je ressassais ces mots

qui attisaient en moi
un violent désir de fuite
de décisive échappée vers des terres

de lumière vers la mer vers une Espagne
fantasmée En d’ineffables instants
de liberté et d’allégresse je parcourais alors

en tous sens les vastes étendues
du plateau castillan éclairé
par une pâle lumière d’automne

une lumière douce secrète
et qui n’offusquait pas la nuit
dans laquelle je me cherchais

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Paméla (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



 

Illustration: Yann Rivron
    
Paméla
Tango chanté

1
À Séville,
Belle ville,
Plus tranquille
Qu’à Bell’ ville
L’ beau Dédé fait travailler sa belle.
Aux «Señors» amoureux qui l’appellent
Elle vend
Pour de l’argent
Son beau corps ardent;
Plus félin’ qu’une Espagnole
Ell’ les affole,
Si bien qu’un jour,
Pâmé d’amour,
Don Pedro creva comme un tambour!

Refrain
Paméla, poupée d’amour
Née dans nos faubourgs,
Tu es le plus beau bijou
De l’Andalou,
Et tes soeurs
Dans leurs ardeurs
Les plus grisantes
A leurs possesseurs
Paraissent languissantes;

2
Paméla, tes yeux vainqueurs
Percent tous les coeurs
Paméla, ton corps pervers
Est comme un enfer!
Paméla, poupée d’amour
Née dans nos faubourgs,
Tu es le plus beau bijou
De l’Andalou
Un Alcade
De Grenade
En balade,
Par bravade,
Voulut voir la fameuse hétaïre
Se vantant qu’ell’ ne pourrait l’ séduire,
Mais devant
Ce corps troublant
Il tomba dément,
Et depuis ce jour fatal
D’vint radical
Si bien qu’un jour,
Grisé d’amour,
Il creva Alphons’ comme un tambour!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Village espagnol (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



 

village espagnol  [1280x768]

Village espagnol :
Des fleurs, une eau qui gargouille —
Ah quel silence.

***

A Spanish village:
Flowers and gurgling water, —
How silent it is!

(Richard Wright)

Illustration

 

 

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