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Poésie

Posts Tagged ‘espèce’

S’endormir (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: F.A. Moore
    
S’endormir

L’homme qui s’endort, s’abandonne, se fie à quelque chose;
se remet aux choses, et à son corps, première chose ;
s’adapte en dedans,
s’adapte à n’être pas et,
comme il s’adaptait à être,
à se séparer.

Le voici qui s’assimile à ce qui existe de plus stable,
au plus petit potentiel compatible avec la vie,
— à l’état où on ne soit pas encore;
renonce à ce qui est à quelque distance ;
se retire, obéit;
immole le réel, devient tout réel,
consent à n’être que soi-même ;

change d’espèce.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Fictive ou réelle (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



    
fictive ou réelle
la monnaie des mots
paie mal les images

la peau de la langue
et la peau des yeux
ce sont deux espèces

on a trop léché
la folle fêlure
qui casse la vie

on aimerait boire
toute la poussière
que fait la lumière

attraper cela
qui dans la présence
fume sur les doigts

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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L’abeille (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018




L’abeille qui, toute à son vol, tremble aux abords
De la fleur colorée, puis se pose, quasi
Confondue avec elle
Pour l’oeil qui regarde sans voir,

N’a pas changé depuis Cécrops. Celui-là seul
Dont la vie est dotée d’un être connaissable
Vient à vieillir, distinct
De l’espèce dont procède sa vie.

Elle est la même, elle, qu’une autre qui n’est pas
Elle. Nous seuls — ô temps, ô âme, ô vie, ô mort ! —
Au prix de la mort nous payons
Notre vie plus vie que la vie.

(Fernando Pessoa)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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BOUTIQUE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Illustration: Alain Gaudin
    
BOUTIQUE

Des hommes viennent chercher
avec un lent sourire
des paquets clos
parfois une bougie blanche
dans cette boutique austère
où pendent les sabots ornés
leur voix clame :
« Y a-t-il du monde ? »
Une femme vient enfin
les servir de ses mains
ayant cueilli l’herbe
au bord de ces chemins
que traverse si vite un lièvre
d’espèce commune.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’appel de la musique (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



    

L’appel de la musique assouplit quelque chose d’essentiel dans l’homme
sans raisons ni arguments.

Ce lien doit être en relation avec les rythmes épars dans l’univers.
Il n’y a pas de poésie sans musique,
mais l’essentiel, en elle, c’est la musique intérieure,
bien que demeure aussi une certaine musique extérieure.

Il s’agit d’une espèce de musique du sens,
en intime symbiose avec la musicalité propre des mots.
Comme dans toute musique, le silence habite ses interstices.
Ainsi que la transcendance et la consolation?

Il est difficile de concevoir un homme, et moins encore un poète
qui n’aime pas la musique à l’intérieur et à l’extérieur du poème.

Le souci de l’être, qui est l’essence de la poésie, sait que l’être est musique.
Et devine même qu’il existe une musique du vide et du non-être.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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ÉCLAТАNТE ВЕAUТÉ… (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018




    
ÉCLAТАNТE ВЕAUТÉ…

Je nageais dans la beauté
Éclatante, chair et rose…
D’un coup la réalité
M’assomme, caillou sans cause.

Mais pourquoi toujours biaiser?
Pas de caillou symbolique :
Ne pas idéaliser
Quand le sort me fait la nique.

L’instinct trahit rarement,
Cet homme apportait le drame :
«Il vient couper le courant » …
Mer et tempête en mon âme.

Prêt pour tailler mon crayon .
Mon couteau, dans la lumière :
Tuer… faire le lion,
Et qu’ils paient pour ma misère !

Déjà tout est condamné :
La bête, elle, a sa tanière,
Mais moi, je suis désarmé
Pour cette espèce de guerre.

Тu serai, pis encor :
Assommé sans élégance,
L’arme légale, c’est l’or :
On est dupe avec la lance.

Aujourd’hui le héros peut,
Bombe de nouvelle espèce,
Lancer de beaux billets bleus
Explosant en sous et pièces.

Et voilà comme, tangent,
Je tirai ma révérence…
Ce soir, lime, astres d’argent
Ме parlaient de l’espérance.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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La chouette (Pierre Garnier)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
la chouette est semblable
au grand paon de nuit.
A n’en pas douter de la même espèce.

les pieds (ne pas parler de pattes)
dans l’aube.

oiseau debout
comme les hommes.

(Pierre Garnier)

 

Recueil: Ornithopoésie
Traduction:
Editions: Des Vanneaux

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Agir et penser comme un chat (1) (Stéphane Garnier)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018




Illustration: ArbreaPhotos
Au commencement, Dieu créa l’Homme,
mais le voyant si faible, il lui donna le chat.

(Warren Eckstein)


    

Le chats de gouttière même les plus loqueteux sont toujours nobles.
Ils n’ont rien à prétendre.
Ils sont chats… et tout est dit.

(Frédéric Vitoux)

Au plus profond de nous, nous sommes tous motivés par les mêmes urgences.
Les chats ont le courage de vivre sans s’en préoccuper.

(Jim Davis)

Avec les qualités de propreté, d’affection, de patience,
de dignité et de courage que possèdent les chats,
combien d’entre nous, je vous le demande,
pourraient devenir des chats ?

(Fernand Méry)

L’idée du calme
est dans un chat assis.

(René Char)

Le chat semble mettre un point d’honneur à ne servir à rien,
ce qui ne l’empêche pas de revendiquer au foyer
une place meilleure que celle du chien.

(Michel Tournier)

Et quand je vois passer un Chat
je dis:
il en sait long sur l’Homme.

(Jules Supervielle)

J’ai beaucoup étudié les philosophes et les chats.
La sagesse des chats est infiniment supérieure.

(Hippolyte Taine)

Le chat ne nous caresse pas,
il se caresse à nous.

(Rivarol)

L’espèce humaine est la seule à avoir des difficultés à se voir en tant qu’espèce.
Un chat semble n’avoir aucun mal à un être un chat; c’est tout simple.
Les chats n’ont apparemment aucune complexe,
aucune ambivalence, aucun conflit et ne montrent aucun signe de volonté d’être plutôt des chiens.

(Abraham Maslow)

 

Auteur: Stéphane Garnier
Recueil: Agir et Penser comme un Chat
Editions: De l’Opportun

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La tendresse des poètes (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2018



Non-assistance à poètes en danger

La tendresse des poètes voyage
en baleine bleue autour du monde :
aidez-nous à sauver cette espèce
en voie de disparition.

(René Depestre)

Illustration: Tamara Lunginovic

 

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L’ESPÈCE HUMAINE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    

L’ESPÈCE HUMAINE

L’espèce humaine m’a donné
le droit d’être mortel
le devoir d’être civilisé
la conscience humaine
deux yeux qui d’ailleurs ne fonctionnent pas très bien
le nez au milieu du visage
deux pieds deux mains
le langage
l’espèce humaine m’a donné
mon père et ma mère
peut-être des frères on ne sait
des cousins à pelletées
et des arrière-grands-pères
l’espèce humaine m’a donné
ses trois facultés
le sentiment l’intelligence et la volonté
chaque chose de façon modérée
l’espèce humaine m’a donné
trente-deux dents un coeur un foie
d’autres viscères et dix doigts
l’espèce humaine m’a donné
de quoi se dire satisfait

(Raymond Queneau)

 

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