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Poésie

Posts Tagged ‘espérance’

Une rose seule, c’est toutes les roses (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Une rose seule, c’est toutes les roses
et celle-ci: l’irremplaçable,
le parfait, le souple vocable
encadré par le texte des choses…

Comment jamais dire sans elle ,
ce que furent nos espérances,
et les tendres intermittences
dans la partance continuelle.

*

T’appuyant, fraîche claire
rose, contre mon oeil fermé —,
on dirait mille paupières
superposées

contre la mienne chaude.
Mille sommeils contre ma feinte
sous laquelle je rôde
dans l’odorant labyrinthe.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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JE VEUX SONGER (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
JE VEUX SONGER

Il fait froid, c’est l’hiver…
Je veux songer à mes années vides —
Je n’attends plus personne…
Aucune espérance, aucune…
Plus personne n’est libre…
Je veux songer à mes années vides.
Ferme partout,
Ferme la porte… Il fait froid, c’est l’hiver…

(George Bacovia)

 

 

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STYLE SIMPLE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



STYLE SIMPLE

Tel un coeur déchu,
Un ciel d’automne,
Lourd,
Retarde
Les espérances
D’hier…
Et des feuilles,
Années envolées
Par le monde,
Vainement…
Nous n’attendons
Avec l’hiver
Qui vient,
Que la neige…

(George Bacovia)

Illustration: Egon Schiele

 

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LES ÎLES FORTUNÉES (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



LES ÎLES FORTUNÉES

Quelle voix se glisse dans le bruit des vagues
Qui n’est pas la voix de la mer ?
C’est la voix de quelqu’un qui nous parle,
Mais qui, si nous prêtons l’oreille, se tait,
Du seul fait que nous ayons prêté l’oreille.

Et c’est seulement si, dans un demi-sommeil,
Sans la moindre conscience d’entendre nous entendons,
Qu’elle nous vient alors murmurer l’espérance
À laquelle, tel un enfant
Qui dort, tout en dormant nous sourions.

Ce sont des îles fortunées,
Ce sont des terres de nulle part,
Où séjourne le Roi dans l’attente.
Mais, si nous commençons à nous réveiller,
La voix se tait, il n’y a que la mer.

***

AS ILHAS AFORTUNADAS

Que voz vem no som das ondas
Que não é a voz do mar?
É a voz de alguém que nos fala,
Mas que, se escutamos, cala,
Por ter havido escutar.

E só se, meio dormindo,
Sem saber de ouvir ouvimos,
Que ela nos diz a esperança
A que, como uma criança
Dormente, a dormir sorrimos.

São ilhas afortunadas,
São terras sem ter lugar,
Onde o Rei mora esperando.
Mas, se vamos despertando,
Cala a voz, e há só o mar.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 

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La bouche d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



 

Sung Jin Kim  Realistic-Lips-Paintings-10-498x296

La bouche d’Amaranthe

Beau corail soupirant, ce pourpre qui me flatte
Allaite d’espérance et d’amour mes esprits :
Belle et petite bouche où s’enfante un souris,
Qui semond à baiser votre vive écarlate.

Vos dents riches remparts d’une voix délicate,
Dessus les diamants emporteront le prix :
Si de votre douceur ils sont tant favoris,
Que votre langue veuille être leur avocate.

Vermeillon merveilleux, prison des libertés,
Trésor de l’Orient, blanches égalités,
Ô rempart précieux que j’assauts d’espérance,

Belles dents, petits dés, avec lesquels l’amour
Gagna mes libertés et mon coeur l’autre jour,
Aujourd’hui livrez-moi quelque meilleure chance.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Sung Jin Kim

 

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Rumeur du monde (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



 

Remedios Varo Uranga_revelation mystique [1280x768]

Rumeur du monde

Écoute
autour de la maison
l’âpre rumeur du monde :
meurtres, massacres,
épouvante, incendie,
tyrannie et torture.

En d’autres lieux, dans d’autres cœurs
bien sûr !

Mais ne te crois ni agneau ni colombe.
Comme chacun
tu portes en toi le loup, le tigre
et la vipère,
en toi dans des ténèbres
où leur rage enchaînée
sourdement siffle et gronde.

Dans l’angoisse, la crainte
mais aussi l’espérance,
veille sur les remparts, en toi,
et prie pour que les chaînes ne se rompent.

(Jean Joubert)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

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Le souvenir (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



 

Alexandre Sulimov -   (2)

Le souvenir

Ô délire d’une heure auprès de lui passée,
Reste dans ma pensée !
Par toi tout le bonheur que m’offre l’avenir
Est dans mon souvenir.

Je ne m’expose plus à le voir, à l’entendre,
Je n’ose plus l’attendre,
Et si je puis encor supporter l’avenir,
C’est par le souvenir.

Le temps ne viendra pas pour guérir ma souffrance,
Je n’ai plus d’espérance ;
Mais je ne voudrais pas, pour tout mon avenir,
Perdre le souvenir !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

 

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Souvenir (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Allan Douglas Davidson a-reclining-female-nude-in-a-sunlit-glade

Souvenir

Le ciel, aux lueurs apaisées,
Rougissait le feuillage épais,
Et d’un soir de mai, doux et frais,
On sentait perler les rosées.

Tout le jour, le long des sentiers,
Vous aviez, aux mousses discrètes,
Cueilli les pâles violettes
Et défleuri les églantiers.

Vous aviez fui, vive et charmée,
Par les taillis, en plein soleil ;
Un flot de sang jeune et vermeil
Pourprait votre joue animée.

L’écho d’argent de votre voix
Avait sonné sous les yeuses,
D’où les fauvettes envieuses
Répondaient toutes à la fois.

Et rien n’était plus doux au monde
Que de voir, sous les bois profonds,
Vos yeux si beaux, sous leurs cils longs,
Etinceler, bleus comme l’onde !

O jeunesse, innocence, azur !
Aube adorable qui se lève !
Vous étiez comme un premier rêve
Qui fleurit au fond d’un coeur pur !

Le souffle des tièdes nuées,
Voyant les roses se fermer,
Effleurait, pour s’y parfumer,
Vos blondes tresses dénouées.

Et déjà vous reconnaissant
A votre grâce fraternelle,
L’Etoile du soir, blanche et belle,
S’éveillait à l’Est pâlissant.

C’est alors que, lasse, indécise,
Rose, et le sein tout palpitant,
Vous vous blottîtes un instant
Dans le creux d’un vieux chêne assise.

Un rayon, par l’arbre adouci,
Teignait de nuances divines
Votre cou blanc, vos boucles fines.
Que vous étiez charmante ainsi !

Autour de vous les rameaux frêles,
En vertes corbeilles tressés,
Enfermaient vos bras enlacés,
Comme un oiseau fermant ses ailes ;

Ou comme la Dryade enfant,
Qui dort, s’ignorant elle-même,
Et va rêver d’un Dieu qui l’aime
Sous l’écorce qui la défend !

Nous vous regardions en silence.
Vos yeux étaient clos ; dormiez-vous ?
Dans quel monde joyeux et doux
L’emportais-tu, jeune Espérance ?

Lui disais-tu qu’il est un jour
Où, loin de la terre natale,
La Vierge, d’une aile idéale,
S’envole au ciel bleu de l’amour ?

Qui sait ? L’oiseau sous la feuillée
Hésite et n’a point pris l’essor,
Et la Dryade rêve encor…
Un Dieu ne l’a point éveillée !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Allan Douglas Davidson

 

 

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Chant Alterné (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Chant Alterné

I
Éros aux traits aigus, d’une atteinte assurée,
Dés le berceau récent m’a blessée en ses jeux;
Et depuis, le désir, cette flèche dorée,
Étincelle et frémit dans mon coeur orageux.

II
Les roses de Sâron, le muguet des collines,
N’ont jamais de mon front couronné la pâleur;
Mais j’ai la tige d’or et les odeurs divines
Et le mystique éclat de l’éternelle Fleur.

I
Plus belle qu’Artémis aux forêts d’Ortygie,
Rejetant le cothurne en dansant dénoué,
Sur les monts florissants de la sainte Phrygie
J’ai bu les vins sacrés en chantant Évohé !

II
Un esprit lumineux m’a saluée en reine.
Pâle comme le lys â l’abri du soleil,
Je parfume les coeurs; et la vierge sereine
Se voile de mon ombre à l’heure du sommeil.

Dans l’Attique sacrée aux sonores rivages,
Aux bords Ioniens où rit la volupté,
J’ai vu s’épanouir sur mes traces volages
Ta fleur étincelante et féconde, ô Beauté!

II
Les sages hésitaient ; l’âme fermait son aile ;
L’homme disait au ciel un triste et morne adieu :
rai fait germer en lui l’Espérance éternelle,
Et j’ai guidé la terre au-devant de son Dieu !

I
O coupe aux flots de miel oit s’abreuvait la terre,
Volupté ! Monde heureux plein de chants immortels !
Ta fille bien aimée, errante et solitaire,
Voit l’herbe de l’oubli croître sur ses autels.

II
Amour, amour sans tache, impérissable flamme !
L’homme a fermé son coeur, le monde est orphelin.
Ne renaitras-tu pas dans la nuit de son âme,
Aurore du seul jour qui n’ait pas de déclin?

(Leconte de Lisle)

 

 

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Dies irae (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Dies irae

Il est un jour, une heure, où dans le chemin rude,
Courbé sous le fardeau des ans multipliés,
L’Esprit humain s’arrête, et, pris de lassitude,
Se retourne pensif vers les jours oubliés.

La vie a fatigué son attente inféconde ;
Désabusé du Dieu qui ne doit point venir,
Il sent renaître en lui la jeunesse du monde ;
Il écoute ta voix, ô sacré Souvenir !

Les astres qu’il aima, d’un rayon pacifique
Argentent dans la nuit les bois mystérieux,
Et la sainte montagne et la vallée antique
Où sous les noirs palmiers dormaient ses premiers Dieux.

Il voit la Terre libre et les verdeurs sauvages
Flotter comme un encens sur les fleuves sacrés,
Et les bleus Océans, chantant sur leurs rivages,
Vers l’inconnu divin rouler immesurés.

De la hauteur des monts, berceaux des races pures,
Au murmure des flots, au bruit des dômes verts,
Il écoute grandir, vierge encor de souillures,
La jeune Humanité sur le jeune Univers.

Bienheureux ! Il croyait la Terre impérissable,
Il entendait parler au prochain firmament,
Il n’avait point taché sa robe irréprochable ;
Dans la beauté du monde il vivait fortement.

L’éclair qui fait aimer et qui nous illumine
Le brûlait sans faiblir un siècle comme un jour ;
Et la foi confiante et la candeur divine
Veillaient au sanctuaire où rayonnait l’amour.

Pourquoi s’est-il lassé des voluptés connues ?
Pourquoi les vains labeurs et l’avenir tenté ?
Les vents ont épaissi là-haut les noires nues ;
Dans une heure d’orage ils ont tout emporté.

Les grandes visions sous les cèdres pensifs,
Et la Liberté vierge et ses cris magnanimes,
Et le débordement des transports primitifs !

L’angoisse du désir vainement nous convie :
Au livre originel qui lira désormais ?
L’homme a perdu le sens des paroles de vie :
L’esprit se tait, la lettre est morte pour jamais.

Nul n’écartera plus vers les couchants mystiques
La pourpre suspendue au devant de l’autel,
Et n’entendra passer dans les vents prophétiques
Les premiers entretiens de la Terre et du Ciel.

Les lumières d’en haut s’en vont diminuées,
L’impénétrable Nuit tombe déjà des cieux,
L’astre du vieil Ormuzd est mort sous les nuées ;
L’Orient s’est couché dans la cendre des Dieux.

L’Esprit ne descend plus sur la race choisie ;
Il ne consacre plus les Justes et les Forts.
Dans le sein desséché de l’immobile Asie
Les soleils inféconds brûlent les germes morts.

Les Ascètes, assis dans les roseaux du fleuve,
Écoutent murmurer le flot tardif et pur.
Pleurez, Contemplateurs ! votre sagesse est veuve :
Viçnou ne siège plus sur le Lotus d’azur.

L’harmonieuse Hellas, vierge aux tresses dorées,
À qui l’amour d’un monde a dressé des autels,
Gît, muette à jamais, au bord des mers sacrées,
Sur les membres divins de ses blancs Immortels.

Plus de charbon ardent sur la lèvre-prophète !
Adônaï, les vents ont emporté ta voix ;
Et le Nazaréen, pâle et baissant la tête,
Pousse un cri de détresse une dernière fois.

Figure aux cheveux roux, d’ombre et de paix voilée,
Errante au bord des lacs sous ton nimbe de feu,
Salut ! l’Humanité, dans ta tombe scellée,
Ô jeune Essénien, garde son dernier Dieu !

Et l’Occident barbare est saisi de vertige.
Les âmes sans vertu dorment d’un lourd sommeil,
Comme des arbrisseaux, viciés dans leur tige,
Qui n’ont verdi qu’un jour et n’ont vu qu’un soleil.

Et les sages, couchés sous les secrets portiques,
Regardent, possédant le calme souhaité,
Les époques d’orage et les temps pacifiques
Rouler d’un cours égal l’homme à l’Éternité.

Mais nous, nous, consumés d’une impossible envie,
En proie au mal de croire et d’aimer sans retour,
Répondez, jours nouveaux ! nous rendrez-vous la vie ?
Dites, ô jours anciens ! nous rendrez-vous l’amour ?

Où sont nos lyres d’or, d’hyacinthe fleuries,
Et l’hymne aux Dieux heureux et les vierges en choeur,
Eleusis et Délos, les jeunes Théories,
Et les poèmes saints qui jaillissent du coeur ?

Oh ! la tente au désert et sur les monts sublimes,
Où sont les Dieux promis, les formes idéales,
Les grands cultes de pourpre et de gloire vêtus,
Et dans les cieux ouvrant ses ailes triomphales
La blanche ascension des sereines Vertus ?

Les Muses, à pas lents, Mendiantes divines,
S’en vont par les cités en proie au rire amer.
Ah ! c’est assez saigner sous le bandeau d’épines,
Et pousser un sanglot sans fin comme la Mer !

Oui ! le Mal éternel est dans sa plénitude !
L’air du siècle est mauvais aux esprits ulcérés.
Salut, Oubli du monde et de la multitude !
Reprends-nous, ô Nature, entre tes bras sacrés !

Dans ta khlamyde d’or, Aube mystérieuse,
Éveille un chant d’amour au fond des bois épais !
Déroule encor, Soleil, ta robe glorieuse !
Montagne, ouvre ton sein plein d’arôme et de paix !

Soupirs majestueux des ondes apaisées,
Murmurez plus profonds en nos coeurs soucieux !
Répandez, ô forêts, vos urnes de rosées !
Ruisselle en nous, silence étincelant des cieux !

Consolez-nous enfin des espérances vaines :
La route infructueuse a blessé nos pieds nus.
Du sommet des grands caps, loin des rumeurs humaines,
Ô vents ! emportez-nous vers les Dieux inconnus !

Mais si rien ne répond dans l’immense étendue,
Que le stérile écho de l’éternel Désir,
Adieu, déserts, où l’âme ouvre une aile éperdue !
Adieu, songe sublime, impossible à saisir !

Et toi, divine Mort, où tout rentre et s’efface,
Accueille tes enfants dans ton sein étoilé ;
Affranchis-nous du temps, du nombre et de l’espace,
Et rends-nous le repos que la vie a troublé !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

 

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