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Poésie

Posts Tagged ‘espérance’

Je regardai la fenêtre (Giorgio Caproni)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2017



    


Je regardai la fenêtre. Murée.
La porte. Condamnée.

Ah, « Quelle folle danse »
(je me mis à chantonner,
ainsi, pour ne pas désespérer
dans la ténèbre) « est l’Espérance. »

***

Guardai la finestra. Murata.
La porta. Condannata.

Ah, « Quale folle danza »
(mi misi a canticchiare,
cosí, per non disperare
nel buio) « è la Speranza. »

(Giorgio Caproni)

 

Recueil: Le mur de la Terre
Traduction: Philippe Di Meo
Editions: Atelier la Feugraie

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L’ESPÉRANCE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Annagol
    
L’ESPÉRANCE

Craintive amie que l’Espérance;
Assise en dehors de ma geôle,
Elle guettait ma destinée
Comme font les coeurs égoïstes.

Elle était cruelle en sa crainte :
Un morne jour que, pour la voir,
J’épiais entre les barreaux,
Elle détourna le visage!

Faux veilleur faisant fausse garde,
Chuchotant paix quand je luttais,
Chantant si je versais des larmes,
Pour se taire quand j’écoutais!

Fausse, certe, autant qu’implacable :
Mes joies dernières humiliées,
L’Affliction même fut contrite
De voir leurs ruines dispersées.

Mais l’Espérance — dont un souffle
Eût guéri mon dément chagrin —
Gagnant les cieux à tire-d’aile,
S’en fut, et jamais ne revint.

***

HOPE

Hope was but a timid friend;
She sat without my grated den,
Watching how my fate would tend,
Even as selfish-hearted men.

She was cruel in her fear;
Through the bars, one dreary day,
I looked out to see her there,
And she turned her face away!

Like a false guard false watch keeping,
Still in strife she whispered peace;
She would sing while I was weeping;
When I listened, she would cease.

False she was, and unrelenting;
When my last joys strewed the ground,
Even Sorrow saw, repenting,
Those sad relics scattered round;

Hope—whose whisper would have given
Balm to all that frenzied pain—
Stretched her wings and soared to heaven;
Went—and ne’er returned again!

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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À pas lents, pesants (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
À pas lents, pesants, obstinés,
Dans la nuit noire m’en allant,
Empli d’un espoir infini,
Répétant cent fois la prière,
Je sais — la prière portera
Secours à l’espérance claire,
La pesante foi posera
La pierre lente du labeur.
À pas lents, pesants, obstinés,
Je mesure les chemins de la nuit:
Empli d’une foi infinie
J’espère atteindre le matin.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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J’aime le vin (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2017




    
J’aime le vin parce qu’il m’est étrange,
parce qu’il m’est familier,
parce qu’il est incompréhensible et fabuleux.

J’aime le vin parce que je ne peux m’empêcher d’aimer les hommes.
Dans ma cave, il n’y a pas de vin.
Il n’y a que d’heureuses espérances.

(Jean-Claude Pirotte)

Découvert ici: http://www.bulledemanou.com/

 

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NOS MAINS DANS L’EAU (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017




    
NOS MAINS DANS L’EAU

Nous remuons cette eau. Nos mains s’y cherchent,
S’y effleurent parfois, formes brisées.
Plus bas, c’est un courant, c’est de l’invisible,
D’autres arbres, d’autres lumières, d’autres rêves.

Et vois, même ce sont d’autres couleurs.
La réfraction transfigure le rouge.
Était-ce un jour d’été, non, c’est l’orage
Qui va « changer le ciel », et jusqu’au soir.

Nous plongions nos mains dans le langage,
Elles y prirent des mots dont nous ne sûmes
Que faire, n’étant rien que nos désirs.

Nous vieillîmes. Cette eau, notre espérance.
D’autres sauront chercher à plus profond
Un nouveau ciel, une nouvelle terre.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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J’aime (Jules Verne)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017



Illustration: Frédérique Nalpas
    
J’aime ces doux oiseaux, qui promènent dans l’air
Leur vie et leur amour, et plus prompts que l’éclair,
Qui s’envolent ensemble !
J’aime la fleur des champs, que l’on cueille au matin,
Et que le soir, au bal, on pose sur son sein
Qui d’enivrement tremble !

J’aime les tourbillons des danses, des plaisirs,
Les fêtes, la toilette, et les tendres désirs
Qui s’éveillent dans l’âme !
J’aime l’ange gardien qui dirige mes pas,
Qui me presse la main, et me donne tout bas
Pour les maux un dictame !

J’aime du triste saule, au soir muet du jour,
La tête chaude encor, pleine d’ombre et d’amour,
Qui se penche et qui pense !
J’aime la main de Dieu, laissant sur notre coeur
Tomber en souriant cette amoureuse fleur
Qu’on nomme l’espérance !

J’aime le doux orchestre, en larmes, gémissant
Qui verse sur mon âme un langoureux accent,
Une triste harmonie !
J’aime seule écouter le langage des cieux
Qui parlent à la terre, et l’emplissent de feux
De soleil et de vie.

J’aime aux bords de la mer, regardant le ciel bleu,
Qui renferme en son sein la puissance de Dieu,
M’asseoir toute pensive !
J’aime à suivre parfois en des rêves dorés
Mon âme qui va perdre en des flots azurés
Sa pensée inactive !

J’aime l’effort secret du coeur, qui doucement
S’agite, la pensée au doux tressaillement,
Que l’on sent en soi-même !
Mieux que l’arbre, l’oiseau, la fleur qui plaît aux yeux,
Le saule tout en pleurs, l’espérance des Cieux…
J’aime celui qui m’aime.

(Jules Verne)

Découvert ici: https://livresdunjourblog.wordpress.com/

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VOIX SUR LE FLEUVE (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017



Illustration: Alphonse Osbert
    
VOIX SUR LE FLEUVE

Non, c’est le bruit de l’eau! Mais si, écoute
Ces voix qui nous appellent sur le fleuve.
Est-ce loin à l’avant, nous ne savons,
C’est comme s’il faisait jour dans cette nuit.

Et toi, tu veux que je ne cesse pas
De regarder, écouter, voir, entendre,
Tu as même des mots à me proposer
Pour que je voie plus loin et sache plus.

Et je veux bien, je ne renonce pas,
Mais comment accepter de n’avoir pu
Répondre à qui avait désir sans espérance ?

Qu’aurais-je dû offrir, qu’il pût aimer?
Qu’aurais-je pu lui dire, qui eût sens,
Le fleuve ? Son eau cogne à des portes closes.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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L’absence (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



 

Steven Rushefsky  The-Letter [1280x768]

L’absence

Quinze longs jours encore et plus de six semaines
Déjà ! Certes, parmi les angoisses humaines
La plus dolente angoisse est celle d’être loin.

On s’écrit, on se dit que l’on s’aime, on a soin
D’évoquer chaque jour la voix, les yeux, le geste
De l’être en qui l’on met son bonheur, et l’on reste
Des heures à causer tout seul avec l’absent.
Mais tout ce que l’on pense et tout ce que l’on sent
Et tout ce dont on parle avec l’absent, persiste
À demeurer blafard et fidèlement triste.

Oh! l’absence! le moins clément de tous les maux!
Se consoler avec des phrases et des mots,
Puiser dans l’infini morose des pensées
De quoi vous rafraîchir, espérances lassées,
Et n’en rien remonter que de fade et d’amer!

Puis voici, pénétrant et froid comme le fer,
Plus rapide que les oiseaux et que les balles
Et que le vent du sud en mer et ses rafales
Et portant sur sa pointe aiguë un fin poison,
Voici venir, pareil aux flèches, le soupçon
Décoché par le Doute impur et lamentable.

Est-ce bien vrai ? Tandis qu’accoudé sur ma table
Je lis sa lettre avec des larmes dans les yeux,
Sa lettre, où s’étale un aveu délicieux,
N’est-elle pas alors distraite en d’autres choses?
Qui sait ? Pendant qu’ici pour moi lents et moroses
Coulent les jours, ainsi qu’un fleuve au bord flétri,
Peut-être que sa lèvre innocente a souri ?
Peut-être qu’elle est très joyeuse et qu’elle oublie?

Et je relis sa lettre avec mélancolie.

(Paul Verlaine)

Illustration: Steven Rushefsky

 

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Le jour gris (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le jour gris

Le jour le mieux défendu
est le jour du temps le plus terne,
sans éclat sans chaleur sans force…
— Cherche ta joie sous la cendre!

Elève tes yeux désertés :
rien à voir dans ce gris!
Ouvre tes mains vides : rien,
ni vent ni soleil ni pluie!

Mais quelle étrange sécurité!
Quelle amertume jusqu’au bonheur!
Toute l’espérance est acquise
puisque tout est déjà consommé.

(Jean Tardieu)

 

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L’ESPÉRANCE (Pierre Della Faille)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    

L’ESPÉRANCE

est morte
à Auschwitz.

(Pierre Della Faille)

 

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