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Poésie

Posts Tagged ‘espérer’

Je voudrais parfois entrer dans une maison au hasard (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022




Je voudrais parfois entrer dans une maison au hasard,
m’asseoir dans la cuisine et demander aux habitants
de quoi ils ont peur, ce qu’ils espèrent
et s’ils comprennent quelque chose à notre présence commune sur terre.
On m’a assez dressé pour que je retienne cet élan
qui pourtant me semble le plus naturel du monde.

(Christian Bobin)

 

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Pour Joséphine, quelques nouvelles après tant d’années (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022



Illustration: Edvard Munch
    
Pour Joséphine,
quelques nouvelles après tant d’années

Qu’espères-tu, qu’attends-tu, mon amie,
qui reviens en un si triste voyage
jusqu’ici où les bourrasques
font entendre au soleil leur voix très forte et endeuillée,
au parfum de jasmin et de terre éboulée ?

Me voici à cet âge que tu sais,
ni jeune ni vieux, j’attends, je regarde
ces vicissitudes comme suspendues ;
je ne sais plus ce que j’ai voulu, ce qu’on m’a imposé,
tu entres dans mes pensées et tu en sors intacte.

Pour le reste, ce qui doit être est encore,
le fleuve coule, la campagne change,
il grêle, il ne pleut plus, un chien aboie,
la lune apparaît, rien ne s’éveille
rien ne sort de ce long sommeil aventureux.

***

Notizie a Giuseppina dopo tanti anni

Che speri, che ti riprometti, amica,
se torni per cosi cupo viaggio
fin qua dove nel sole le burrasche
hanno una voce altissima abbrunata,
di gelsomino odorano e di frane ?

Mi trovo qui a questa età che sai,
né giovane né vecchio, attendo, guardo
questa vicissitudine sospesa;
non so più quel che volli o mi fu imposto,
entri nei miei pensieri e n’esci illesa.

Tutto l’altro che deve essere è ancora,
il fiume scorre, la campagna varia,
grandina, spiove, qualche cane latra,
esce la luna, niente si riscuote,
niente dal lungo sonno avventuroso.

(Mario Luzi)

Traduction de Moussia et Jean-Marie Barnaud

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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Insurgés (Zohra Karim)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2022




    
Insurgés

Insurgés, révoltés, dissidents, rebelles,
Tienanmen, Mandela, Luther King et bien d’autres.
Hommes, femmes, de droit, de liberté
D’humanité et d’amitié
D’hier ou de là-bas
Et j’espère encore ici et demain.
Votre sang n’a pas coulé en vain
Il coule toujours dans nos veines.

(Zohra Karim)

Recueil: La révolte des poètes
Traduction:
Editions: Livre de poche Jeunesse

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POÈME D’AMOUR (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



Georges Jeanclos L'Extase  [800x600]

POÈME D’AMOUR

Je te ferai ce soir un poème d’amour
Où l’on verra ton ombre apparaître à la rime
Mes désirs rouleront ainsi que des tambours
Dans l’odeur du sommeil et des algues marines

Viens. Tu seras pour moi l’orbe éclatant du monde,
D’étendards déployés claquant dans tes regards
Sur tes cheveux au vent, noirs escadrons de l’ombre
La neige des baisers légère comme un cil

Tu es mon Amérique immense et familière,
Mon ciel extravasé. J’adore mon vautour
Grande femme bruissant de soies et de lumières
Je suis parti vers toi sans espoir de retour

Parmi l’adoration des fleurs et des abeilles,
Sur les étés stridents, sur l’automne incertain
Je te retrouve en moi plus vivante, et pareille
A ce que j’ai toujours espéré du destin
Ô mon pain quotidien, ma sereine merveille.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Georges Jeanclos

 

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Ah l’amertume des kakis (Sôseki)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2022



Ah l’amertume des kakis
Etrangers l’un pour l’autre
Comment espérer d’autres rapports

(Sôseki)

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Contrefaçon de son image espérée (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2022


truman-exit

Il est entré dans le jeu
Par le mauvais côté
Le déroule sans chiffre
La vie s’imprime en boucle
Ce qu’il touche est l’interface
que renvoie le néant
le point critique où
elle est contrefaçon
de son image espérée.

(Charles Dobzynski)

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Qu’espères-tu des yeux? (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2022


YeuxBleus

J’étais sur ta route
Une seconde pour la vie et
Tu ne m’as pas regardée
– Mais qu’espères-tu des yeux?

(Michel Deguy)

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La croisée des chemins (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2022


chene-vierge

A la croisée des chemins entre brande et lande
Entre yin et yang au premier souffle bleu
Prescience des gentianes à la jonction des
Joncs et des aulnes au jaunissement sacré
Du feuillage intérieur là où l’esprit se tapisse
Au frémir de l’aubier au premier râle dans
L’eau cloque où le martin-pêcheur émigre
Du cristal au crépitement du temps au grelot
De la neige là où de rien commence
La mutation l’indéchiffrable au goût
De menthe fraîche.

(Charles Dobzynski)

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L’Angkar (Paul de Brancion)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2022



Illustration


Illustration
    

L’Angkar*

J’espère ne jamais savoir d’expérience
ne jamais vivre cela

ni mes enfants
ni mes semblables

jamais

je demande pardon à ceux qui liront
ce titre et qui ont eu à souffrir des Khmers rouges

« l’Angkar ne dit rien, ne parle
pas mais il a des yeux et des
oreilles partout »

« qui proteste est un ennemi
qui s’oppose est un cadavre »

regretté
le toucher de ton corps

Automutilation
on s’est exterminés les uns les autres
ce pays
naguère paradis
terrestre
sourire
nous tue
charnier

oser en toute méconnaissance
tu connais autre chose
mais féroce aussi
rester vivant
avec cela dans le coeur
encore tari
alors que l’enfance est nue
et la pluie la pluie
la lutte est inégale

il pleut

encore et encore

les rizières
s’étendent dans le lointain
gris vert
des ombres marchent dans l’eau

vivants qui reviennent

cette grande nonchalance
fut ponctuée de sang

[…]

Tout ce que nous avons subi
d’atroce
ne peut être dissous

et nos tortionnaires
humains
comme nous

quoi de plus déroutant
de plus affligeant
se sentir le semblable
de ces travailleurs consciencieux

ces éradicateurs sont nos frères

regretter jusqu’à
cette humanité

douter d’exister pleinement

*En khmer, «l’Organisation», nom sous lequel le Parti communiste du Kam-
puchéa (Khmers rouges) a gouverné le Cambodge lorsqu’il a pris le pouvoir en 1975

(Paul de Brancion)

Recueil: Qui s’oppose à l’Angkar est un cadavre
Traduction:
Editions: Lanskine

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L’INSTANT CRÉÉ (Jean-Guy Pilon)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2022



Illustration: Oleg Zhivetin  
    

L’INSTANT CRÉÉ

Pose là tes mains
Comme deux silhouettes frémissantes
Qui ne trahiront pas ta mémoire
O Belle secrète

Déjà s’ébranlent tes veines
Pour apprendre le vertige
Pour poser des charnières
Aux personnages que nous incarnons

Tu as oublié ta pesanteur
Aux rives où l’on enchaîne
Les mouettes noires
Et s’ouvrent devant ton corps
Les horizons chauds du rêve
Du rêve du monde et de la vie
Fondus et confondus
Brillants à l’appel de tes yeux A
l’infini des parfums

J’ignore la croissance du miel
Le mécanisme de l’aile
Le port où l’on nous attend toi et moi
Séparément
Je ne veux reconnaître que l’appel du jour
La courbe de ta hanche
Et la frayeur de mon corps
A l’instant de l’amour

L’arbre non plus ne voit pas son destin La
pierre oubliée au fond de la rivière Espère
reconnaître chaque courant A mon
passage

Donne-moi tes mains
O Belle secrète
Cette nuit ta mémoire éclatera

(Jean-Guy Pilon)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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