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Poésie

Posts Tagged ‘esquiver’

Complices (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2019




    
Complices

Nous sommes les complices
d’une grande et belle évasion
il y a celui qui aime
celui qui lit
celui qui écrit
celui qui rêve
celui qui refuse
celui qui plante
celui qui marche
celui qui joue
celui qui nie
celui qui apprend
celui qui doute
celui qui se moque
celui qui se saoule
celui qui dit non
nous sommes tous les complices
d’une grande et belle évasion
nous creusons des tunnels
nous tressons des cordages
nous prenons des notes
nous rusons nous savons
que les détours sont nécessaires
qu’il faut esquiver l’ordre des choses
qu’au bout il y a dehors
demain
dedans

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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La Poursuivie (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018


 


Tristan  e

La Poursuivie

Je te poursuis encore sur le versant des songes
mais tu glisses de moi comme sable en la main
et comme un coquillage invente son mensonge
la courbe de ton corps esquive ton dessein

Je te traque et tu fuis Je te perds et tu plonges
Les forêts des grands fonds ont d’étranges détours
Je marche sur la mer et mon ombre s’allonge
sous le soleil obscur et dans l’ombre des tours

Aux plages de fraîcheur que déroule le lit
la trace de nos corps s’efface avec le jour
Le lit s’enfle et se gonfle aux brises de la nuit
Tristan la voile est noire et tu mourras d’amour

Tristan la voile est noire Iseult ne t’aime plus
La Belle au Bois s’endort du sommeil de l’hiver
Mourir ou bien dormir le flux et le reflux
me ramènent toujours aux lieux où j’ai souffert

Mais que le chant du coq à l’aube revenue
Mais qu’un rai de soleil qu’un pigeon qu’un appel
que le matin léger me rendent l’enfant nue
me voici de nouveau le complice du ciel

Sur son front la couronne invisible des Soeurs
Tristan la voile est blanche au flot des nébuleuses

(Claude Roy)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration

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Pas héros (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



 

Illustration
    
pas héros

pas équipé pour

et trop vieux
pour affronter les bêtes

on esquive
c’est moins glorieux sans doute
mais qu’est-ce que ça peut faire
il n’y a personne
pour voir

(Antoine Emaz)

 

Recueil: LIMITE
Traduction:
Editions: Tarabuste

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Jacques, es-tu jamais triste (Jacques Darras)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



Jacques, es-tu jamais triste, je te pose la question moi-même,
Personne jamais ne te la demandant, la pluie roule-t-elle sur
Tes joues mimant les larmes que tu aurais au fond des yeux
Et qui, ne coulant pas, délégueraient leur eau démocratique
À l’eau du ciel laïcisé, Jacques, n’esquive pas la question, s’
Il te plaît, il pleut souvent au Nord, reconnais-le, oui je sais,
J’ai passé mon enfance à écraser l’après-midi de mon nez sur
Les vitres à regarder le compotier céleste s’épuiser, cependant
J’ai appris à aimer la tristesse, la pomme fluide des automnes
Pluvieux, le jeu de mots sur la vieillesse du temps cueilli dans
La paume tenue ouverte sous les nuages, j’aime surtout le mot
Buée qui est comme une nuée enrhumée, me mouche dedans,
Carré d’étoffe grand comme un champ de colza jaune en mai
À la lisière d’une forêt, mes pluies sont jaunes, mes pleurs sont
Vrais par la couleur qu’ils ont ensoleillée, il m’arrive même de
Pleuvoir en été d’une petite pluie fine qu’on nomme « drache »,
Par chez nous « drache » c’est Darras en liquide concentré car
Je ne pleure jamais qu’étant nommé, qu’étant sommé par mon
Nom de lui rendre compte de mon humeur, « humidité joyeuse »
Voilà le bulletin que j’aimerais faire à la fin —bonsoir nuages !

(Jacques Darras)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Tamara Lunginovic

 

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Des airs pleins la tête (Lydia Padellec)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



 

Albert Joseph Moore (4) [1280x768]

Des airs pleins la tête
elle esquive la ronde
et sans bruit
défie l’ombre d’un sourire
elle ne gaspille
ni le silence
ni la confiture

Je suis seule avec le poème. Cette solitude ne me fait pas peur.
J’ai besoin du silence pour entendre le froissement des mots.

(Lydia Padellec)

Illustration: Albert Joseph Moore

 

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Je ne possède plus rien (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2015



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– Je ne possède plus rien
qu’une moitié de moi-même.
Qui recollera
l’autre moitié de mon parcours
encore dans le noir?

– Le noir, travaille-le
à l’empêtre à la pâte,
tisonne-le dans l’être,
chauffe-le à blanc,
qu’il te dénude,
asséché peut-être,
il te rendra la vue.

– Parfois je m’esquive
par les failles du feu qui me brûle
et j’emporte mes cendres.

(Charles Dobzynski)

Illustration: Hippolyte Flandrin

 

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La minute suivante (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2015



La minute suivante

Nudité, dernier voile de l’âme
qui cependant demeure celée.
Le langage fertile du corps
ne la détecte ni la déchiffre.
Mais au-delà de la peau, des muscles,
et des nerfs, et du sang, et des os,
elle esquive l’intime contact,
le mariage floral, l’étreinte
divinisante de la matière
grisée et enivrée pour toujours
par cette sublime conjonction.
Pauvres de nous, mendiants affamés:
Nous ne pressentons que les reliefs
de ce banquet au-delà des nues
si contingentes de notre chair.
C’est pourquoi triste est la volupté
dans la minute suivant l’extase.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Egon Schiele

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