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Poésie

Posts Tagged ‘essaimer’

Automne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Automne

Il y eut donc le printemps et son fleuve de fleurs
— Avec ses mains de feuilles fermées sur l’ombre en fruit
oh ! cet automne, là, qui dure sur nos vies
et ferme l’horizon du long cri de son sang. —

Il y eut donc l’été lourd comme l’angélus de midi
où nos mains en prison glissaient le long des livres
— oh ! Nos corps roués d’ombre, roués d’eau, de soleil —
où le sommeil
veillait sur l’ivresse des mouches et des pensées.

C’est l’automne, va, c’est l’automne, paix des forêts,
tu n’as pas reconnu la grive immortelle et gavée
grise, grise, que ne fleurira plus son sang dernier
car il y a chasse aux hommes cette année.

Les vieux fusils sommeillent près des vieilles poupées
le plomb de nos soldats d’enfants coule en sang sur la terre
les abeilles d’acier essaiment vers nos coeurs
nouvelles fleurs d’où coulera le miel chaud de la mort.

De mes songes tristes a surgi ton visage, ma mort,
soudain le nuage de ton visage pâle de vie.
Plaisir, désir, ton sourire
éclairait de neige l’au-delà
et je comptais mes pas sous ta lumière
dévalant vers l’hiver.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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DE LA TOUR (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
DE LA TOUR

Cette terre grise lissée par le vent dans ses croupes,
dans son galop vers la mer,
dans sa ruée de troupeaux sous les dômes
et les contreforts de l’intérieur, vue
dans le vertige depuis les glacis, file
la lumière, file de mystérieuses années-lumière,
file un seul destin de multiples façons,
dit : « regarde-moi, je suis ton étoile »
et en cet instant s’enfonce plus profond
dans le coeur l’épine de la vie.
Cette terre toscane nue et pure
où court la pensée de celui qui reste
ou qui, issu d’elle, s’en éloigne.

Mes années, plus de quarante, essaiment toutes
hors de leur nid d’abeilles. Elles cherchent
ici plus qu’ailleurs leur pain, s’enquièrent
de nous, de vous murés dans la croûte
de ce corps lumineux. Et persiste,
persiste à pulluler la mort — la vie —
tendre et hostile, claire et inconnaissable.

Voilà ce que l’oeil saisit de cette tour de guet.

***

DALLA TORRE

Questa terra grigia lisciata dal vento nei suoi dossi
nella sua galoppata verso il mare,
nella sua ressa d’armento sotto i gioghi
e i contrafforti dell’interno, vista
nel capogiro dagli spalti, fila
luce, fila anni luce misteriosi,
fila un solo destino in moite guise,
dice : « guardami, sono la tua stella »
e in quell’attimo punge più profonda
il cuore la spina della vita.
Questa terra toscan brulla e tersa
dove corre il pensiero di chi resta
o cresciuto da lei se ne allontana.

Tutti i miei più che quarant’anni sciamano
fuori del loro nido d’ape. Cercano
qui più che altrove il loro cibo, chiedono
di noi, di voi murati nella crosta
di questo corpo luminoso. E seguita,
seguita a pullulare morte e vita
tenera e ostile, chiara e inconoscibile.

Tanto afferra l’occhio da questa torre di vedetta.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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Elle avait collé un brin d’herbe de Polnar (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Une lettre vient de me parvenir depuis ma ville de naissance
encore portée par la grâce de sa jeunesse
À l’intérieur entre tourment et tendresse
Elle avait collé un brin d’herbe de Polnar (*).

Cette herbe et le nuage des mourants avec son éclat
avaient allumé jadis l’alphabet, lettre à lettre
et sur le visage des lettres, cendres murmurantes
le brin d’herbe de Polnar.

L’herbe est ma maison de poupée, mon petit monde étroit
là où les enfants en rangs violonaient pendant qu’ils brûlaient
le maestro était une légende, ils dressent haut leurs arcs
pour le brin d’herbe de Polnar.

Je ne veux rien partager avec cette petite tige qui essaime chez moi.
Je désire de la bonne terre comme espace pour nous deux
et je vais porter au Seigneur ma dernière offrande :
le brin d’herbe de Polnar.
(* : Polnar était le camp d’extermination aux portes de Vilno)

(Avrom Sutzkever)

 

 

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Nos cris ont de longues racines (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2016




Nos cris ont de longues racines
s’élève leur sève en fuseau
et se libère à notre cime
en un langage de rameaux

Ces longs cris demeurent des cris
des nostalgies de mélodie
Mais sur le bourgeon le plus haut
se perche le chant d’un oiseau

qui nous exprime
et nous essaime
mieux que nous-mêmes.

(Robert Mallet)

Illustration

 

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RONDE (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2016



 Cyril Leysin La-ronde.- c [800x600]

 

RONDE

Avec du soleil ou du clair de lune,
Et des voix de femme, et des pas de danse,
Mêlez les rêves en ronde d’enfance:
La brise est neigeuse, l’herbe saupoudrée
Des pétales blancs que sèment les branches;
Passe la blonde et passe la brune!
Elles tournoient; vous n’en aimez qu’une;
Embrassez celle que vous voudrez.

Les bouquets levés comme des torches
Essaiment, comme des étincelles,
Le sang des roses que la brise mêle
A la neige des lys effeuillés sous le porche;
Je sais le balustre où vous accouderez
Ce rire timide qui voile un émoi;
La ronde tourne et vous faites un choix;
Embrassez celle que vous voudrez.

On sonne du fifre et tous les rires
Vont tournant, encore, comme au vent les feuilles;
Vous avez peur de son baiser d’accueil,
Vous cherchez le mot que vous vouliez dire;
La coquette d’un rire vous absoudrait,
A vous voir au coeur cette honte d’amour:
Ne dites rien si vous êtes à court;
Embrassez celle que vous voudrez.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Cyril Leysin

 

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